L'association en \"Parti\".md
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-title: L’association en « Parti » et la trajectoire communiste
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-*Dessin réalisé par l'autrice de l'article*
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-Autrice : Crabi - Liaison commune de Lyon - Fédération anarchiste - 30 / 10 / 2024
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-# Chapitres
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-<p><a href="#que-signifie-s-organiser-en-parti-du-point-de-vue-de-la-gauche"><button class = "button_header button_history">1 Que signifie &quot;s&#39;organiser en parti&quot; du point de vue de la gauche</button></a></p>
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-<p><a href="#le-parti-construit-il-son-peuple-focus-sur-les-partis-révolutionnaires"><button class = "button_header button_theory">2 Le parti construit-il son peuple ? Focus sur les Partis « révolutionnaires »</button></a></p>
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-<p><a href="#quelle-place-donner-à-un-parti-ouvert-organisé-par-les-libertaires"><button class = "button_header button_militant">3 Quelle place donner à un parti &quot;ouvert&quot;, organisé par les libertaires ?</button></a></p>
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-# Que signifie "s'organiser en parti" du point de vue de la gauche
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-_Qui est représenté ? Les masses sont-elles un bon point de repère ?_
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-« *Le Parti assure le rôle dirigeant de la révolution. Il se bat pour l’unité de tous et toutes les révolutionnaires* **car sans Parti, la classe ouvrière est désorganisée et ne pourra vaincre le capitalisme***.* **Les éléments les plus conscients et déterminés du prolétariat** *doivent construire ce parti de type nouveau. Le Parti Communiste d’aujourd’hui a pour idéologie le marxisme-léninisme-maoïsme, le dernier degré atteint en théorie et en pratique par le marxisme. Il se base sur toutes les expériences historiques du prolétariat international et plus particulièrement la Commune de Paris, la révolution russe dirigée par le Parti Communiste jusqu’en 1953 et la révolution chinoise dirigée par le Parti Communiste jusqu’en 1976.* »
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-– *Le Parti* – Parti Communiste Maoïste (français)
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-Dans la langue commune : « Un parti politique est un groupe de personnes possédant des idées politiques communes réunis en association. Il peut chercher à influencer le gouvernement en place, en le soutenant si celui-ci en est issu, ou en s'y opposant. Il nomme également ses propres candidats aux différentes élections et en tentant d'obtenir des mandats politiques. Un parti politique peut aussi influencer l'opinion publique. Il peut être présent au Parlement. »[^1]
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-Au d’autres termes, l’organisation en « Parti » est une stratégie basée sur une **centralisation de pouvoir, de ressources et de biens**. **Le pouvoir appartient aux tendances majoritaires** au sein du Parti. Les ressources sont amassées et utilisées par ces tendances et pour la subsistance du Parti. Et **les biens – locaux, matériaux et journaux – servent à maintenir en vie le Parti**. Les partisan.nes du « Parti » donnent à leur comité local une étiquette et une forme qui se réfère à ce qui est décidé en congrès ou en assemblée. Ce parti suit une structure très souvent fédéraliste. Où, selon les idéologies portées par ledit Parti, les localités/comités se chargent plus ou moins des activités qui leur sont locales.
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-*Selon Jean[^2] et Monica Charlot[^3], ces partis doivent avoir une base électorale. Les campagnes électorales durent plus longtemps favorisant l’émergence de régulation et de structures afin de gérer tout l’électorat et les élus. **Les comités de campagne deviennent permanents formant des sections locales avec des idées, un programme et des éléments de langage propres à la section centrale du parti.***
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-*Tout cela demande de l’argent et des compétences. Cette professionnalisation des partis entraine la création de **différents services dans le but de les maintenir et les agrandir**. Iels énoncent même que « Le degré d’institutionnalisation des partis dépend du degré de développement politique du système socio-politique dont ils font partis ».*
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-Cette structure peut être démocratique. C’est-à-dire que les militant.es élisent des représentant.es pour orienter les décisions du Parti vers une certaine tendance (changement de structure, points de vue national sur des évènements etc.) et vers certaines activités (mise en place d’une propagande, camp d’été, recrutement etc.).
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-Cette association en « Parti » est très présente dans les milieux militants aujourd’hui, car elle est, depuis la naissance du « communisme », la structure donnée pour réaliser un « changement de société » révolutionnaire ou non. Parmi les partis de la gauche dite « radicale » en France, on peut citer :
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-- Nouveau Parti Anticapitaliste, lancé en 2009
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-- Lutte ouvrière, depuis 1968
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-- Ligue Trotskyste de France, depuis 1998
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-- Parti Communiste des Ouvriers de France, fondé en 1979
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-- Révolution Permanente, depuis 2021
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-- Parti communiste Maoïste, depuis 2015
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-Les caractéristiques de ces Partis suivent une logique se rapprochant de celle des Partis de Masses[^4]. La compétition électorale est basée **sur la mobilisation de ses membres. Un travail intensif de terrain est entretenu. Des cotisations et des contributions sont mises en place. Des délégués et élites sont « responsables », devant les membres du Parti, de faire tourner ce dit Parti.**
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-Des « organisations de masse » sont mises en place – si ce n’est donc pas directement les Partis - pour recruter tout le monde dans le but de **mener des actions encore plus massives**. Ces organisations servent à **justifier leur idéologie**. Elles donnent une **légitimité et une image au Parti qui l’organise**.
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-*Daniel Gaxie[^5], dans son ouvrage « Le cens caché » énonce la possible formation de barrières invisibles empêchant les militants lambda d’arriver dans un cercle élevé. Ces partis fournissent à **l’oligarchie des ressources monétaires, sociales et symboliques.***
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-*On peut retranscrire cette vision en prenant l’exemple de la scission entre le Front National et le Mouvement National Républicain. En effet, le pouvoir semblait monopolisé et la famille, qu’on dit éternelle, s’est scindée en deux, car ce monopole causa une frustration.*
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-Enfin, il est primordial de noter que le NPA à ses débuts mélangeait marxistes et anarchistes jusqu’aux départs de ces derniers. L’accès aux organes fonctionnelles du Parti étant régis par des socialistes de la LCR, une grande partie des activités organisées par les anarchistes étaient dénigrées et sabotées.
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-*« Presque 10000 membres à sa fondation, aujourd’hui entre 2000 et 2500 membres : ces chiffres, pourtant significatifs, disent pourtant encore mal l’effondrement rapide de la promesse NPA. Le NPA n’a pas su trouver les voies d’un nouveau type d’organisation, inventant des pratiques militantes renouvelées davantage ajustées à la perspective d’auto-émancipation des opprimés. […] Le NPA n’a pas su résister à la culture avant-gardiste de son axe initiateur, la LCR, dont le jeune Trotsky avait saisi lucidement les effets «substitutistes» (substitution du parti aux masses, des dirigeants aux militants, etc.) contre Lénine.[^6]»[^7]*
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-<img src="media/images/schéma_parti.png" style="background-color: transparent;" width = 500>
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-On peut résumer: Le « Parti » est un outil de lutte **avant-gardiste**. Il amène la **professionnalisation du milieu militant** qui s’y engage, ce qui **cristallise la mise en place d'une bureaucratie et d'une classe politique régissante**. Elle **subsiste** en exploitant le malheur de celles et ceux – sympathisant.es et militant.es - qui se révoltent pour vivre. Elle **gouverne** dans l’**établissement de rapport de force,** filtrant plus ou moins l’expression des tendances minoritaires tout en faisant **l’impasse totale sur la possibilité de corruption de ses membres et de sa tendance majoritaire** : de fait dans le Parti tout **écart** de ses membres est traité par sa tendance régissante et en servant ses propres intérêts[^8]. Un Parti ne peut donc pas lui-même se démanteler et dénoncer sa propre corruption car **la bureaucratie chargée de maintenir le Parti en vie, est aussi chargée de dénoncer les écarts et de résoudre les conflits**… Résulte la scission de l’organisation lorsque sa majorité régissante perd sa crédibilité après avoir échoué à se maintenir au pouvoir.
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-**Ajout le 23 Juin 2024 suite à la scission du NPA :**
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-La dernière scission du NPA est la conséquence des combats systématiques de ses membres, historiques ou non, entre eux.elles :
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-Le NPA propose, en théorie, un schéma de représentation par plateforme qui permet un pluralisme de pensés sensées converger et donner une direction commune au Parti. Cette diversité de courant politique cause une concurrence idéologique entre ces plateformes.[^15] Des désaccords naissent et rendent difficile cette convergence. La plateforme ayant le dernier mot est celle des « initiateur.ices » du NPA (Besancenot et Poutou). Elle est constamment remise en question par les autres étant donné qu’elle garde la main mise sur les facteurs économique (budget, organisation, investissement etc.) et politique (alliance avec des réformistes ou bien des « ennemis » idéologiques).
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-A l’intérieur du NPA se confrontent donc des avant-gardes, puristes révolutionnaires et d’autres réformistes, anticapitalistes. Sous la pression de la représentativité et de la course à leur légitimité (lors d’élections ou d’évènements), les différentes fanges du NPA ont à l’issue de leur 5 eme congrès, décidées de faire une scission. Ironiquement les scissions se revendiquent du NPA et de sa racine (la Ligue Communiste Révolutionnaire), elles gardent alors le diminutif « NPA » rendant leur distinction difficile.
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-Lors du congrès, la plateforme C (ayant eu 45.3% des suffrages) jugée « sectaire » par la plateforme B (ayant recueilli 48.5% des suffrages)[^16], devient alors la preuve du mal fonctionnement du Parti sensé permettre rappelons-le : « […] à chaque militant de trouver sa place et de pouvoir exercer pleinement sa souveraineté au sein du parti. Les débats à l’intérieur du parti doivent être simples, accessibles mais pas simplistes : un parti des travailleurs, de tous les travailleurs, des travailleuses, manuels ou intellectuels. » – Statuts du NPA modifiés par le 4e congrès – Nouveaupartianticapitaliste.[^17]
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-On peut remarquer l’ironie de la dénonciation de « sectarisme » lorsque 50% de l’organisation se détache de l’autre par peur de perdre la main mise d’un joue-joue parlementaire…
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-Cette scission pourrait-elle ouvrir les yeux sur l’inutilité d’un Parti avant-gardiste chez les Marxistes ? Non. Cette situation profitera à Lutte Ouvrière et amènera la création potentielle d’un nouveau parti anticapitaliste « révolutionnaire », cette fois-ci, difficilement ouvert à tout le monde.
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-[^15]: https://rapportsdeforce.fr/analyse/pourquoi-deux-npa-irreconciliables-010915719
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-[^16]: https://lanticapitaliste.org/actualite/vie-du-npa/la-separation-du-npa-etait-devenu-inevitable-du-fait-du-sectarisme-de-sa
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-[^17]: https://npa-lanticapitaliste.org/node/54309
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-<p><a href="#que-signifie-s-organiser-en-parti-du-point-de-vue-de-la-gauche"><button class = "button_header button_history">1 Que signifie &quot;s&#39;organiser en parti&quot; du point de vue de la gauche</button></a></p>
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-<p><a href="#le-parti-construit-il-son-peuple-focus-sur-les-partis-révolutionnaires"><button class = "button_header button_theory">2 Le parti construit-il son peuple ? Focus sur les Partis « révolutionnaires »</button></a></p>
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-<p><a href="#quelle-place-donner-à-un-parti-ouvert-organisé-par-les-libertaires"><button class = "button_header button_militant">3 Quelle place donner à un parti &quot;ouvert&quot;, organisé par les libertaires ?</button></a></p>
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-# Le parti construit-il son peuple ? Focus sur les Partis « révolutionnaires »
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-« *Seule une révolution pourra guérir notre société des maux qui la rongent […] c'est-à-dire d'arracher des mains des capitalistes la gestion des usines, des banques, des mines, des terres, de l'énergie et des transports. Et de faire en sorte qu'ils appartiennent à la collectivité et soient gérés par elle. […] La société capitaliste peut être renversée pour laisser place à une organisation nouvelle et supérieure de la société : le communisme.* **Cette transformation profonde ne pourra se faire qu’au travers d’une révolution de l’ampleur de la révolution russe***. […] Pour arracher durablement les moyens de production aux capitalistes, les réorganiser et les développer pour satisfaire les besoins de l’humanité, la classe ouvrière* **aura besoin du pouvoir politique***. […] Pour surmonter ces obstacles [provenant de l’Etat et de la bourgeoisie] et vaincre, les exploités auront besoin d’un parti qui se fixe cet objectif, et dont l’ensemble de la politique tende vers la préparation de ces périodes d’affrontement contre la bourgeoisie. […]* **Le parti révolutionnaire devra avoir de profondes ramifications dans la classe ouvrière et dans l’ensemble des couches exploitées de la société pour pouvoir en exprimer les intérêts communs, les aider à s’organiser pour détruire l’État de la bourgeoisie et prendre le pouvoir.** »
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-– *Qui sommes-nous ?* – Lutte Ouvrière
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-Les partis révolutionnaires de gauche prônent et défendent pour la plupart des idées socialistes et communistes. Souhaitant tous l’organisation des « travailleurs » à travers leur propre Parti dirigé par leurs propres militant.es informé.es et éclairé.es. Conscient.es de la nécessité de l’établissement du socialisme et d’une « phase transitoire ». Elle, toujours différente selon les militant.es, et se basant sur les mêmes textes et théories marxistes.
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-Ces Partis seraient aussi les instances dirigeantes du **peuple favorable (non "contre-révolutionnaire") à la révolution lors de son éruption**. Son objectif est de gagner les faveurs du peuple sympathisant lors des assemblées, pour ensuite y siéger et le chapoter. Tandis que la destinée de ses opposant.es n’est pas vraiment précisée.
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-Beaucoup prennent modèle la « révolution » des Bolchéviks de 1917. C'est-à-dire la prise de pouvoir d’un parti révolutionnaire, par son comité révolutionnaire : une prise de pouvoir martiale et militaire. **C’est un putsch organisé par un Parti militarisé,** bien minoritaire à l’époque**, contre un gouvernement provisoire peu populaire. La situation de « réussite » de la révolution pour les bolchevicks bien que très contextuelle et nébuleuse sert aujourd’hui d’exemple bateau à nos partis d’aujourd’hui.**
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-Les partisans.es de l’organisation en Parti partagent la dispute du pouvoir avec leur opposant.es politiques « révolutionnaires ». **C’est lors de ses congrès, ses assemblées et ses « soviets » que les partis/tendances s’opposent et essaient mutuellement de se dominer (rapport de force)**. Alors, lorsque les militant.es d’une tendance en ont l’occasion, ils s’imposent. Parce que pour eux.lles, iels sont les éléments « éclairé.es » et « conscientisé.es » de la « classe ouvrière » : **les autres sont des contre-révolutionnaires**, ignorant.es et stupides qui mettent en péril tout le "travail accompli".
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-Alors, oui, ce Parti façonne un idéal pour le peuple. **Mais un idéal qui lui est propre**. Enfin, il construit son peuple à partir de son idéal.***
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-Après le Dual Power, après la révolte, le Parti détruit et soumet le peuple
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-L’idée du Dual Power[^9], alimentée par de nombreux.ses militant.es de gauche, consciemment ou non, prend vie avant et pendant la révolte. Alors qu’elle met en scène de nombreuses alternatives économiques et politiques. Elle est oubliée par le Parti « dominant » aussitôt qu’il prend le pouvoir. Après la « révolution », le Parti prend **place et impose sa domination politique et économique**.
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-Le Parti rime ainsi avec acharnement pour le pouvoir et le gain de cause. Il n’entend en rien à laisser autonomes des territoires alliés. Son idéal s’impose aux Partis et organisations qui ébranlent son pouvoir, par les mots ou par les armes.
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-***Abstract sur la révolution Russe***
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-La révolution russe, saint graal de ces Partis, en est l’exemple même : **éliminations des opposant.es au Parti bolchevique, police politique dans toutes les régions, nouvelle caste bourgeoise et économie capitaliste, extermination de tout mouvement de grève et de soulèvement non-bolchevique et mise en place d’un parti unique**. On compte des milliers de notes, de livres et d’articles où ces Partisans de **la révolution bolchevique se justifient à chacune de leurs actions ignobles et horribles** :
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-- Dissolution de l’assemblée constituante en 1918 dans la violence et par le Parti Bolchevick. Le 28 novembre, Lénine interdit le parti des KD, accusé **d'être contre-révolutionnaire et fait arrêter ses dirigeants**. Le 12 décembre, il publie dans la Pravda ses *Thèses sur l'Assemblée constituante* où il expose que l'Assemblée constituante russe est constituée de **partis bourgeois ;** accepter sa domination serait un recul pour la révolution sociale.**
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-- Création, en décembre 1917, d'une police politique et de tribunaux d'exception, chargés d'arrêter, juger et condamner par des « méthodes expéditives » les **« ennemis du régime » qualifiés de « poux » et d'« agents capitalistes »**. Elle est aussi chargée de la traque des dissident.es, de leur expulsion du Parti et de leur condamnation pour **« activités contre-révolutionnaires ». Sont ciblés les socialistes révolutionnaires, les anarchistes, les mencheviks, les socialistes-révolutionnaires de gauche, les sionistes, les bundistes, les pacifistes, les démocrates, les libéraux du Parti constitutionnel démocratique, et, bien sûr, les « Blancs »** (partisans de la monarchie)
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-- Le 18 mars 1921, l'Armée rouge réprime dans le sang la révolte de Kronstadt, dont les marins avaient exigé le retour au « pouvoir des soviets » et la fin du monopole bolchevique. Trotski justifie cette répression : « _Les soviets dominés par les socialistes-révolutionnaires et les anarchistes ne pouvaient servir que de marchepieds pour passer de la dictature du prolétariat à la restauration capitaliste. Ils n'auraient pu jouer aucun autre rôle, quelles qu'aient été les « idées » de leurs membres. Le soulèvement de Cronstadt avait ainsi un caractère **contre-révolutionnaire**_ **»[^10].**
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-La peur de ne pas avoir le contrôle sur le peuple a mené le Parti bolchévique à commettre d’innombrables trahisons envers les autres partisan.nes de la « révolution ». Ces actes « **contextuels** », « **nécessaires** » et que l’on ne « **peut juger car nous n’y étions pas** » sont de fait inévitables dans une révolution mené par le Parti: les rapports de forces, qui existaient lors des assemblées et des soviets, se sont simplement étendus à la répression armée. Les écarts qui autrefois étaient traités par des exclusions sont maintenant traités par des exécutions.
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-**Cette stratégie infiniment plus efficace dans un contexte de guerre, devient alors justifiable pour ledit Parti, lui permettant une hégémonie dans les assemblées**. Les massacres sont assumée par la tendance régissante, car de fait, le Parti mène sa révolte et construit son peuple comme il l’a fait par le passé, en excluant les « contre-révolutionnaires » en leur trouant la poitrine. Alors le Parti façonne le peuple – massacres, répressions et flicages – qui par la suite lui donnera légitimité lors des soviets.
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-Il n’est pas utile, ici, de s’attarder sur cette question lorsque des articles plus poussés nous donnent encore plus d’informations sur tout cela. Ces Partis ont mené des massacres, quelle que soit l’idéologie qu’ils soutenaient.
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-<p><a href="#que-signifie-s-organiser-en-parti-du-point-de-vue-de-la-gauche"><button class = "button_header button_history">1 Que signifie &quot;s&#39;organiser en parti&quot; du point de vue de la gauche</button></a></p>
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-<p><a href="#le-parti-construit-il-son-peuple-focus-sur-les-partis-révolutionnaires"><button class = "button_header button_theory">2 Le parti construit-il son peuple ? Focus sur les Partis « révolutionnaires »</button></a></p>
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-<p><a href="#quelle-place-donner-à-un-parti-ouvert-organisé-par-les-libertaires"><button class = "button_header button_militant">3 Quelle place donner à un parti &quot;ouvert&quot;, organisé par les libertaires ?</button></a></p>
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-# Quelle place donner à un parti "ouvert", organisé par les libertaires ?
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-« *Le NPA est un parti qui se bat pour les principes définis dans le document programmatique adopté au congrès de fondation. […] Ce qui rend nécessaire une centralisation des activités du parti, c’est que le capitalisme dispose d’un cadre centralisé d’où s’organise sa domination : l’État, les puissances économiques et financières. L’enjeu est bien un changement de pouvoir et une rupture révolutionnaire avec l’ordre établi. […] Notre objectif est de permettre à chaque militant de trouver sa place et de pouvoir* **exercer pleinement sa souveraineté au sein du parti.** *Les débats à l’intérieur du parti doivent être* **simples, accessibles mais pas simplistes :** **un parti des travailleurs, de tous les travailleurs, des travailleuses, manuels ou intellectuels.** »
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-– *Statuts du NPA modifiés par le 4e congrès* – Nouveaupartianticapitaliste
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-Et si l’on pensait le Parti différemment ?
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-En effet, il serait possible de créer un Parti « anarchiste » (appelé comme cela ?), d’y faire vivre la démocratie et de tout faire pour qu’il soit « ouvert ». De faire en sorte que la structure soit un outil pour la lutte et non une instance de pouvoir hiérarchique. De faire comme les autres organisations anarchistes !
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-Alors, me direz-vous, les partisan.nes de ce parti « libre » arriveraient à se défaire de la corruption et de la violence irraisonnée. Enfin, il participera aux élections locales ou nationales pour faire entendre la voix de ses membres \**et celle du peuple\**.
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-Cela parait être fortuit … Et complètement antagonique.
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-Cette tentative « partisane » a déjà eu lieu :
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-« À la suite du congrès de Paris de 1953, la Fédération anarchiste se transforme en Fédération communiste libertaire (FCL) par un vote majoritaire de 71 mandats contre 61. (Les autres noms proposés étant « Parti communiste anarchiste » et « Parti communiste libertaire » !) La crise a cependant fortement affaibli l'organisation, car la Fédération ne regroupe qu'environ 130 à 160 militants. »[^11]
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-« En décembre 1955, la FCL décide de présenter des "candidats révolutionnaires" aux Élections législatives françaises de 1956. Ils feront un score dérisoire et Georges Fontenis considèrera par la suite cette tentative électoraliste comme « une erreur quelque peu ridicule »[^12], qui a entraîné la scission de plusieurs groupes actifs. Ces groupes formeront ensuite les Groupes anarchistes d'action révolutionnaire (GAAR)[^13]. Pour Christian Lagant, l'éditeur de la revue Noir et rouge, la FCL était devenu un « parti plus trotskiste que libertaire qui devait se suicider politiquement après le summum de la participation aux élections législatives de 1956 »[^14]
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-Similaire à la FCL, la Coordination des Groupes Anarchistes scissionne avec la FA en 2002 pour mettre en place **un mécanisme plus "efficace" par majorité**. En quelques années apparaissent des combats internes, des guerres de clans, des tendances qui en écrasent d'autres jusqu'à ce que la structure se brise. 
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-Aujourd’hui, l’ « Union Communiste Libertaire », structure communiste libertaire, se plait à joindre marxisme et anarchisme. Elle se targue d’une volonté de « synthèse » dans le sens du marxisme et non de l’anarchisme. Elle anime aussi toujours la volonté de peser politiquement, à l’image d’un Parti :
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-« *Mais en même temps nous nous définissons comme un courant nouveau, produit d’une volonté de synthèses et de dépassements multiples. […] Nous voulons devenir demain une force politique majeure, qui donne au courant libertaire « lutte de classe » une assise auprès des larges masses, et ce dans un mouvement révolutionnaire, s’inscrivant dans un mouvement ouvrier refondé et renouvelé*. » – Manifeste de l’UCL – *Une démarche ouverte* *&* *Un courant nouveau* – UCL
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-L’UCL refuse toute participation et collaboration avec des anarchistes des courants mutuellistes, individualiste ou « autonomes ». Souhaitant garder « pure » leur tendance marxiste au sein de leur organisation. Toutefois, l’UCL accueille évidemment les sympathisant.es pour les convertir et s’en servir, à l’image des autres courants révolutionnaires.
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-Très récemment, des groupes comme l’ « Envol » à Bordeaux ou bien « Acide » à Toulouse ont quitté l’UCL. Iels dénoncent l’approche de « Parti » de l’organisation :
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-« *Au lieu de chercher à résoudre ces problèmes, l’UCL s’enfonce dans une fuite en avant où une minorité de personnes continue de tenir une barque qui prend l’eau de toutes parts. Nous reprochons également une sorte d’injonction tacite à des publications frénétiques en réaction à des faits divers, comme si nous devions suivre le rythme des médias et des politiques dominants contre lequel nous nous battons. L’UCL est aussi marquée par une autonomisation des instances fédérales et une logique de centralisation qui vont à l’encontre des règles collectivement définies dans nos statuts. Ceci résulte en une prise de pouvoir discrète : des refus de publication de textes aux modifications de compte-rendu de commissions, en passant par des après-réunions influençant les décisions. Certains espaces d’élaboration politique sont ainsi devenus des entre-soi affinitaires, on peut y retrouver des logiques d’alliances de circonstances qui visent à écarter les éléments les plus critiques et les plus anarchistes. […] Nous notons, d’ailleurs, que toute critique à leur égard est rapidement balayée d’un revers de la main au nom de la « confiance » et de la « camaraderie ». En outre, le Secrétariat Fédéral semble aujourd’hui avoir la main mise sur une grande partie de la gestion de l’organisation.* »
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-– Extrait de la Lettre de départ collectif du groupe de Bordeaux [actuellement « L’Envol »] de la fédération UCL – 10 juillet 2023 
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-Et encore cet extrait ne reflète pas l’ampleur de l’échec de l’UCL vis-à-vis de leur organisation « démocratique » et « libertaire ».
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-
197
-Une structure « libre » et anarchiste au sein d’un « Parti », ou d’une organisation s’en rapprochant, ne peut exister. Le Parti est un appareil centralisé et rigide, incompatible avec les préceptes anarchistes, donnant les pouvoirs décisionnels à une minorité "idéale" et où les informations y sont contrôlées et régulées.
198
-
199
-
200
-***Mais, alors, que faire des autres Partis existants ? Ils font vivre une logique hiérarchique dans leurs activités.***
201
-
202
-***Allons-nous les ignorer ?***
203
-
204
-**Il est risqué** d’ignorer ses ennemi.es et de poursuivre la création d’un monde « en dehors » en croyant vivre sur une autre planète. Non, nous ne pouvons pas faire dans le court-termisme et le sectarisme géographique.
205
-
206
-***Allons-nous essayer de les convaincre frontalement avec nos mots ?***
207
-
208
-**Il est vain de croire que cela est utile** : Depuis plus de cent ans, des personnes plus éclairé.es les un.es des autres n’ont fait que trop discuter avec nos « ennemi.es ». Mettant à mal le mouvement anarchiste. L’exposant à des scandales, des disputes inutiles et plus encore.
209
-
210
-Historiquement, on pense à l’Espagne de 1936, où les anarchistes, alors plus d’un million en espagne, choisissent de débattre et de concilier avec les socialistes et les républicains qui sont globalement minoritaires. Souhaitant faire dans l’« union antifasciste », **les anarchistes se feront trahir, désarmer et fusiller sous les ordres de ces Partis**. Iels seront taxés alors de « contre-révolutionnaires », encore, bien que mobilisé.es sur tous les fronts contre les fascistes.
211
-
212
-On peut penser à la Makhnovchina qui a combattu au côté de l’armée rouge dirigée par les bolchéviques. Les anarchistes pensaient pouvoir s’arranger, après la défaite de l’Ukraine nationaliste, avec les rouges. **Iels se feront poignarder dans le dos par ces allié.es aussitôt que la victoire obtenue contre les fascistes.**
213
-
214
-Ensuite, le Parti Communiste Français et la SFIO française, après-guerre, déjà très critiquables, mènent le reste de « la gauche » dans l’oubli à travers d’innombrables concessions aux républicains. Les Partis « socialistes » alors majoritaires parlementent en face de fascistes. En résulte une défaite immense pour ces soi-disant « révolutionnaires » socialistes.
215
-
216
-Plus récemment, on peut penser à toute la « gauche » qui s’acharne à vouloir se fédérer, sans succès. Elle s’engouffre dans le néant tandis qu’elle tente de converger ses luttes dans des assemblées apolitiques et des débats sans fonds. Tout le monde essaie de convaincre tout le monde, sans réellement s’écouter.
217
-
218
-Iels font de la politique de métier, souhaitent en s’inspirant du passé, imposer des lignes idéologiques. Il en résulte une défaite complète de la « gauche ».
219
-
220
-<br />
221
-
222
-# Références
223
-[^1]: https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti\_politique
224
-[^2]: Politologue français
225
-[^3]: Historienne franco-britannique, spécialisée dans l'étude de la civilisation britannique
226
-[^4]: Notion introduite par le Français Maurice Duverger dans son ouvrage Les partis politiques en 1951.
227
-[^5]: Politiste Français
228
-[^6]: Dans Léon Trotsky : *Nos tâches politiques* (1<sup>e</sup> éd. : 1904)
229
-[^7]: https://blogs.mediapart.fr/philippe-corcuff/blog/040213/pourquoi-je-quitte-le-npa-pour-la-federation-anarchiste
230
-[^8]: On ne manque pas d’exemple de cadres politiques impliqué.es dans des affaires restant à leur poste, protégé.es par la tendance régissante de leur Parti.
231
-[^9]: https://purpleblack.org/webpages/ourarticles/Dual%20Power.md
232
-[^10]: https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/01/lt19380115.htm
233
-[^11]: https://fr.wikipedia.org/wiki/Anarchisme\_en\_France
234
-[^12]: Georges Fontenis, *Changer le monde. Histoire du mouvement communiste libertaire (1945-1997)*, éd. Le Coquelicot/Alternative libertaire, 2000, page 128.
235
-[^13]: Christian Lagant, *Noir & Rouge* n°9
236
-[^14]: https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9d%C3%A9ration\_communiste\_libertaire\_(1953-1957)
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\ No newline at end of file
La-morale-anarchiste.md
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-title: La morale anarchiste
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-[Télécharger PDF - La morale anarchiste - Pierre Kropotkine - avril 1889 ](media/PDF/La-morale-anarchiste.pdf)
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-_« Nous ne voulons pas être gouvernés. Mais, par cela même, ne déclarons-nous pas que nous ne voulons gouverner personne ? Nous ne voulons pas être trompés, nous voulons qu’on nous dise toujours rien que la vérité. Mais, par cela même, ne déclarons-nous pas que nous-même ne voulons tromper personne, que nous nous engageons à dire toujours la vérité, rien que la vérité, toute la vérité ? Nous ne voulons pas qu’on nous vole les fruits de notre labeur ; mais, par cela même, ne déclarons-nous pas respecter les fruits du labeur d’autrui ? »_ La morale anarchiste - P. Kropotkine
8
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10
-# Préface de Martine R.
11
-Septembre 1989,
12
-Liaison Bas-Rhin de la Fédération anarchiste
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16
-Quand les compagnons du Groupes Fresnes-Antony de la Fédération Anarchiste m'ont
17
-sollicitée pour écrire cette préface, j'ai songé aux heures de recherche et de lecture que m'avait
18
-demandées un article rédigé pour la revue Itinéraire sur Pierre Kropotkine et traitant justement
19
-de la morale. Car les discours sur la morale foisonnent. Il suffit de regarder plus près l'histoire
20
-des idées et l'on s'aperçoit de la multitude des études sur le sujet.
21
-Il existe autant de morales que de sociétés. Chaque groupement constitué crée des formes de
22
-vie, des usages, des moeurs qui, une fois reconnus utiles et devenus des procédés courants de
23
-la pensée, se transforment d'abord en habitudes instinctives, puis en règle de vie. Voici donc
24
-comment se constitue une éthique propre.
25
-La morale apparaît d'abord comme le système des règles que l'homme suit (ou doit suivre)
26
-dans sa vie aussi bien personnelle que sociale. Abordée sous cet angle, la question morale
27
-constitue le centre de toute réflexion, puisque toute entreprise humaine, si désintéressée soit-
28
-elle, est soumise à l'interrogation de savoir si elle est justifiée ou non, nécessaire, admissible
29
-ou répréhensible, en accord avec les valeurs reconnues ou en contradiction avec elles, c'est-à-
30
-dire si elle aide à la réalisation de ce qui est considéré comme souhaitable, à la prévention ou
31
-à l'élimination de ce qui est jugé mauvais. Ce qui peut se résumer à la notion du bien et du
32
-mal.
33
-
34
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35
-
36
-Puisque les règles d'éthique ne sont pas toutes les mêmes pour différents individus, époques et
37
-civilisations, il est cependant intéressant et essentiel de noter qu'un facteur moral s'est imposé
38
-comme condition sine qua non de survivance et de progrès : l'entraide. Pierre Kropotkine a
39
-admirablement décrit ce trait substantiel dans son ouvrage : L'Entraide, un facteur d'évolution
40
-(1).
41
-Dès les temps les plus reculés, des penseurs ont cherché à comprendre l'origine des sentiments
42
-moraux et des idées morales qui empêchent les hommes de commettre des actes nuisant à leur
43
-congénère ou, en général, affaiblissent les liens sociaux. Il y a eu les écoles grecques : les
44
-unes ont fondé les notions de morales, non plus sur la seule crainte des dieux et des
45
-phénomène naturels, mais sur la compréhension par l'homme de sa propre nature; les autres se
46
-sont lancés dans les spéculations abstraites, la métaphysique. La morale chrétienne gèle la
47
-société et empêche tout essor moral. Il faudra quinze siècles pour que certains écrivains
48
-rompent avec la religion et se décident à reconnaître l'égalité des droits comme base de la
49
-société civile. Le monde bouge, la morale bouge et l'on voit que l'éthique, c'est-à-dire la
50
-science des idées et des doctrines morales, touche à une autre science, la sociologie, c'est-à-
51
-dire la science de la vie et de l'évolution des sociétés.
52
-Les Temps Modernes marquent l'avènement d'une morale rationaliste fondée sur des bases
53
-scientifiques. Là encore deux courants se font jour : Hobbes et ses disciples considèrent la
54
-morale comme prescrite par une puissance extérieure à l'homme. Ils remplacent l'Église par
55
-l'État, ce qui revient à dire que l'homme ne trouve son salut que dans un pouvoir central,
56
-strictement organisé, qui empêche la lutte incessante entre les individus. D'autres estiment que
57
-seule une large possibilité accordée aux hommes de former entre eux des accords de toutes
58
-sortes permettra d'établir dans la société un ordre des choses nouveau, fondé sur le principe
59
-d'une juste satisfaction de tous les besoins.
60
-
61
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62
-
63
-
64
-Le XIXe siècle voit naître trois courants nouveaux : le positivisme, l'évolutionnisme et le
65
-socialisme. Ce dernier prône l'égalité politique et sociale des hommes. Il se subdivise en deux
66
-branches bien distinctes : le socialisme autoritaire (ou marxisme) et le socialisme libertaire
67
-(ou anarchisme). Le premier n'apporte rien à la morale : il applique les principes de Hobbes et
68
-donne à l'État tout la latitude de gestion des affaires. Le second renforce les notions de justice
69
-de d'égalité. Pierre-Joseph Proudhon voit la justice comme base de la morale. Dans son écrit :
70
-Qu'est-ce que la propriété?, il dit : "Est juste ce qui est égal, est injuste ce qui est inégal".
71
-Contemporain de Kropotkine, M-J Guyau se propose, dans son ouvrage essentiel Esquisse
72
-d'une morale sans obligation ni sanction de déterminer la portée, l'étendue et les limites d'une
73
-morale exclusivement scientifique. Il s'attache à dénoncer la confusion qui existe entre
74
-sanction morale et sanction sociale et rejoint en ce sens Kropotkine qui estime que la morale
75
-est une "science", celle qui dicte à l'individu libre son devoir. Elle lui sert à se perfectionner et
76
-à perfectionner le milieu dans lequel il vit.
77
-
78
----
79
-
80
-Contrairement aux affirmations les plus fallacieuses et aux oublis volontaires dans les
81
-ouvrages de philosophie, les anarchistes ont une morale : une morale libre de toute obligation
82
-oppressive et de toute saction répressive, se fondant sur l'entraide et la fraternisation de tous
83
-les groupes humains. Elle a ceci de particulier : elle n'ordonne rien, elle refuse absolument de
84
-modeler l'individu selon une idée abstraite, tout comme elle refuse de le mutiler par la
85
-religion, la loi ou le gouvernement. Elle veut laisser la liberté pleine et entière à l'individu.
86
-Cette morale est en accord parfait avec le type de socitété que souhaitent promouvoir les
87
-anarchistes : une société sans État, gérée directement par les individus et les groupements
88
-sociaux, dont la règle économique est la suivante :
89
-- l'égalité économique et sociale de tous les individus,
90
-- la possession collective ou individuelle des moyens de production et de distribution,
91
-excluant toute possibilité pour certains de vivre du travail des autres,
92
-- l'abolition du salariat et du système d'exploitation de l'homme par l'homme.
93
-Les anarchistes n'ont pas la prétention de changer la nature humaine. Il n'espèrent qu'une
94
-chose : une meilleure éducation de l'individu pour une conception plus saine des rapports
95
-entre lui et ses semblables.
96
-Rompre avec le milieu et se perfectionnant, telle est l'idée-force de Kropotkine, et j'ajouterai :
97
-lutter pour plus de justice, dans le sens où l'entend Proudhon :
98
-"Sentir, affirmer la dignité humaine, d'abord dans tout ce qui nous est propre, puis dans la
99
-personne du prochain, et cela, sans retour d'égoïsme comme sans considération aucune de
100
-divinité ou de communauté : voilà le droit. Etre prêt en toute circonstance à prendre, et au
101
-besoin contre soi-même, la défense de cette dignité : voilà la justice". (2)
102
-Que cette phrase serve de réflexion et de pratique aux péroreurs multiples qui s'épanchent à
103
-force de discours et de littérature sur les Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.
104
-
Symposium.md
... ...
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99 99
100 100
101 101
102
-<h3 style="text-align: center;"><a href='/L%27association%20en%20%22Parti%22.md'><button class="button_header button_history">"L’association en « Parti » et la trajectoire communiste"</button></a></h3>
102
+<h3 style="text-align: center;"><a href='/webpages/ourarticles/L&apos;association en &quot;Parti&quot;.md'><button class="button_header button_history">"L’association en « Parti » et la trajectoire communiste"</button></a></h3>
103 103
104 104
_Par Crabi_ix_
105 105
Theses-Dagues-De-Judith.md
... ...
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2
-title: Towards an Anarcha-Transfeminist, Youth Liberationist, Anti-racist, Anti-Rapist Prison Abolitionism
3
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4
-# VERS UN ABOLITIONNISME ANARCHA-TRANSFEMINISTE, ANTI-RACISTE, ANTI-VIOLEURS, YOUTH LIBERATIONIST
5
-
6
-Note de traduction : Si l'écriture inclusive a été préférée pour parler des survivant.e.s d'agressions, les oppresseurs sont genrés par généralisation au masculin dans ce texte.
7
-
8
-Content Warning : Viol, Agression Sexuelle, Agression de personnes mineures, Incarcération, Abus, Racisme
9
-***
10
-
11
-
12
-1. **_Tout violeur est un flic sans badge_**
13
-2. **_Tout flic est un violeur avec un badge_** <sup>[1](#myfootnote1)</sup>.
14
-3. Presque aucun violeur n’est emprisonné. Les prisons ne punissent pas les violeurs.
15
-4. De fait, la majorité des violeurs prospèrent, ont une carrière réussie, obtenant pouvoir, richesse et prestige.
16
-5. D’un autre côté, les survivant.e.s qui tuent les personnes les ayant violé ou abusé risquent d’être incarcéré.e.s en conséquence. Les prisons punissent celleux qui se défendent contre les violeurs.
17
-6. Les personnes incarcérées sont régulièrement agressées en prison ; les agressions commises par les gardiens, le personnel, et les autorités sont, de façon anecdotique, plus courantes que les agressions par d’autres personnes incarcérées. En d’autres termes:
18
-7. Les prisons sont dirigées et opérées par les violeurs et pour leur bénéfice ; les prisons récompensent les violeurs avec un accès à un groupe de victimes qui ne peuvent pas résister ou s’échapper. Les prisons punissent la résistance violente.
19
-8. Abolir les prisons implique alors nécessairement de libérer une population de survivant.e.s qui ont tué leurs violeurs. Cela suppose de les libérer de gardiens de prison qui sont aussi des violeurs.
20
-9. Le Complexe Carcéral-Industriel n’est pas et n’a jamais été une institution destinée à punir les gens qui dominent violemment et blessent autrui.
21
-10. Le Complexe Carcéral-Industriel n’est pas une institution de justice.
22
-11. Le Complexe Carcéral Industriel est une institution d’esclavage racial.
23
-12. Bien que l’abus et les agressions sont des phénomènes complexes et des personnes marginalisées peuvent commettre de tels actes de domination, la grande majorité des actes de violence sexuelle dans les soi-disant États-Unis sont commis par des hommes cisgenres, blancs et hétérosexuels (Quel que soit l’âge ou le genre de la victime.)
24
-13. Le Complexe Carcéral-Industriel incarcère de façon très disproportionnée les personnes noires et indigènes.
25
-14. Le Complexe Carcéral-Industriel incarcère de façon très disproportionnée les personnes noires, indigènes, queer, trans, femmes et mineurs, pour avoir tué ou violemment résisté à un violeur. Tout particulièrement si le violeur est un homme blanc cisgenre.
26
-15. Les personnes noires et indigènes ne sont pas violentes de façon disproportionnée. Les hommes blancs le sont. Mais les hommes blancs ne sont pas emprisonnés de façon disproportionnées. Au contraire, une majorité de gardiens de prison sont des hommes blancs.
27
-16. La grande majorité des personnes incarcérées ne sont pas des violeurs ou agresseurs.
28
-17. Ergo, la grande majorité des personnes incarcérées noires ou indigènes ne sont pas des violeurs ou agresseurs.
29
-18. Les violeurs et agresseurs échappent de façon disproportionnée à la prison, les hommes blancs adultes sont protégés par la loi, la communauté et les flics.
30
-19. Les personnes noires et indigènes, trans, non-binaires, et queer, les femmes et les enfants sont les principales victimes de la violence sexuelle.
31
-20. Parmi celles-ci, les personne qui sont à l’intersection de plusieurs oppressions ont un risque plus élevé d’être violées.
32
-21. Les personnes qui sont à l’intersection de plusieurs oppressions ont aussi un risque plus élevé d’être incarcérées. Quand elles sont incarcérées, elles sont alors emprisonnées dans une cage gardée par des hommes blancs violeurs avec des badges et des armes et des tasers – instruments d’autorité, menace de mort, et torture.
33
-22. Un abolitionnisme qui se concentre sur de facto la protection, « réhabilitation » et sécurité des violeurs et agresseurs vis-à-vis de la résistance insurrectionnelle volontaire, autonome, individuelle ou collective des survivant.e.s et leurs allié.e.s est un abolitionnisme qui se concentre sur la protection et sécurité des hommes blancs hétérocis non-incarcérés.
34
-23. Un abolitionnisme qui bénéficie principalement les hommes blancs cishétéros non-incarcérés, et/ou qui essaye d’une façon ou d’une autre de protéger les violeurs et agresseurs des actes d’action directe perpétrés par les survivant.e.s est un abolitionnisme qui rend service aux puissants et défavorise les personnes marginalisées.
35
-24. Un abolitionnisme qui débute de la présupposition que « libérer et réhabiliter les personnes incarcérées » est synonyme de « libérer les violeurs, meurtriers et agresseurs » est un programme raciste qui considère les jeunes personnes noires et indigènes comme « violeurs, meurtriers et agresseurs », en acceptant le mensonge fasciste et réactionnaire selon lequel l’incarcération de masse de personnes noires ou indigènes est un projet destiné à « punir les violeurs, meurtriers et agresseurs ».
36
-25. Quand une personne est sérieusement blessée et a besoin de thérapie et de soin pour se rétablir, c’est de la « réhabilitation ».
37
-26. Les victimes incarcérées par le Complexe Industriel-Carcéral et l’esclavage racial ont été gravement blessées. Les victimes de viol ont été gravement blessées.
38
-27. Les violeurs ne sont pas sérieusement blessés par leur décision de violer quelqu’un, et ils n’ont pas besoin de se rétablir de cette expérience.
39
-<br>27a. Les agressions ou traumas dont un violeur aurait été victime dans le passé ne sont pas liées à leur décision de violer quelqu’un. Leur propre expérience potentielle de victimisation devrait être adressé dans son propre contexte, et non dans le contexte des expériences et besoins de quelqu’un d’autre – nommément, leurs victimes.
40
-28. Un abolitionnisme qui bénéficie de façon disproportionnée les hommes blancs cishet aux dépends des personnes noires, indigènes, trans et queer, femmes et enfants, n’est pas une abolition du Complexe Carcéral-Industriel.
41
-29. Un abolitionnisme qui se concentre sur les besoins des violeurs et agresseurs, et bénéficie les hommes blancs aux dépends des personnes marginalisées est complice et collègue du Complexe Carcéral-Industriel, car :
42
-30. Tout violeur est un flic sans badge. Et :
43
-31. Tout flic est un violeur avec un badge.
44
-
45
-***
46
-
47
-### Notes de fin : à celles et ceux qui disent « la résistance violente ne compte seulement comme autodéfense que en tant que dernier recourt, dans l'immédiat d'une aggression »
48
-<br>
49
-« Dans la nuit du 16 Novembre 1982, à Cheyenne, dans le Wyoming, Richard Jahnke Senior sorti de sa voiture et se retrouva dans la ligne de mire du fusil à pompe tenu par son fils de 16 ans. Richard Junior tira six fois ; quatre de ses tirs touchèrent son père dans le buste. Dans la maison, sa sœur de 17 ans Deborah attendait dans le salon avec une carabine semi-automatique M-1. Elle n’eut pas à tirer. Une heure après la fusillade, Richard Jahnke Senior mourut de ses blessures.
50
-
51
-<br>
52
-« Richard fut accusé de meurtre et d’avoir prémédité avec sa sœur ce meurtre. Au procès, les enfants se défendirent en affirmant qu’iels s’étaient protégés des agressions perpétrées par leur père. Richard Jahnke témoigna d’années d’abus violents. Il dit au jury que son père battait sa femme et lui, et battait et abusait sexuellement sa sœur, depuis aussi longtemps qu’il pouvait s’en souvenir. Richard et Deborah témoignèrent avoir à plusieurs reprises tenté d’obtenir de l’aide de la part d’agences de protection des enfants locales. L’avocat de Richard tenta également d’avoir un psychiatre légiste témoigner des effets de cette histoire d’abus sur la perception du danger par Richard la nuit du meurtre. Le jury considéra Richard coupable du meurtre et le condamna à une peine de 5 à 15 ans de prison.
53
-
54
-<br>
55
-Richard fit appel et remit en cause l’exclusion, lors du procès, du témoignage de l’expert. La court suprême du Wyoming confirma le jugement du procès. Concernant la question de l’autodéfense, il fut affirmé que la seule preuve admissible aurait été « une preuve établissant le fait que la défense pensait de bonne foi être dans un danger de mort ou de blessure grave immédiat, et que le seul moyen d’échapper à un tel danger était par l’emploi de force létale ».
56
-<br>
57
-<br>⎯ Joelle A. Moreno, « Killing Daddy : Developing a Self-Defense Strategy for the Abused Child » <sup>[2](#myfootnote2)</sup>.
58
-
59
-<br>
60
-Nous ne demandons seulement que les gens se revendiquant « anarchistes » ou « radicales » évitent de s’appuyer sur des outils heuristiques tels que la cour de justice, qu’iels affirment rejeter, pour juger de la justification éthique de l’autonomie des survivant.e.s. Vous avez établi un double standard éthique absurde, équivalent à une règle de droit, selon lequel toute victime ou survivant.e qui ne parvient pas à surmonter physiquement l’assaillant au moment même de l’agression, durant une expérience traumatique où iel a déjà eut son autonomie et son agentivité confisqués, perd automatiquement tout droit de reprendre leur autonomie et agentivité des mains de l’oppresseur par n’importe quel moyen possible ou nécessaire.
61
-<br>
62
-<br>Ce standard devient complètement absurde à la lumière de n’importe quelle considération de ce que le viol est dans la vraie vie – il s’agit très rarement d’un étranger dans une ruelle sautant hors d’un buisson, mais presque toujours quelqu’un que la victime connaît, aime, ou duquel elle dépend. Presque toujours quelqu’un qui détient du pouvoir sur elle. Les violeurs, par définition, volent une personne de son autonomie et de son agentivité, et par leur nature les circonstances dans lesquelles le viol a le plus de chances d’avoir lieu sont des circonstances dans lesquelles la victime est déjà sans pouvoir. Nous reconnaissons que le sexe avec une personne ivre est du viol, même si elle dit « oui », car l’ivresse inhibe la capacité d’une personne à donner son consentement informé. Comment une telle personne est supposée surmonter son assaillant au moment d’une agression ? Comment est-ce qu’un.e enfant ou un.e adolescent.e est supposé se défendre contre un père dans le moment de l’agression ? Une femme qui est violée par son mari dans son sommeil ?
63
-<br>
64
-<br>En établissant ce standard de protection qui s’applique aux violeurs après l’acte mais pas aux victimes, vous êtes en train d’établir implicitement un standard dans lequel un viol qui peut-être complété avec succès est de fait un acte protégé. Un standard selon lequel la personne la plus forte physiquement peut dominer, voler l’autonomie d’une autre personne, et s’attendre à voir leurs actions être protégées par la « communauté », aussi longtemps qu’elle peut réussir son agression. Vous collaborez avec le violeur en réifiant ce pouvoir, en s’assurant que cette perte d’agentivité et d’autonomie soit renforcée en permanence avec l’accord de la « communauté ». Nous notons que ce standard est tout particulièrement grave quand il concerne les enfants, les personnes âgées, avec des handicaps, ou qui font face à une oppression structurelle qui inhibe leur capacité à riposter contre des assaillants qui détiennent un pouvoir sur elles.
65
-<br>
66
-<br>Nous n’avons pas, n’avons jamais, défendu l’introduction d’un standard, une procédure, une règle, une mesure consistant à exécuter tous les violeurs, et nous sommes fatigué.e.s de cet homme de paille malhonnête. Nous rejetons la logique absurde de Engels dans « Sur l’Autorité », qui suppose que tout acte de force est automatiquement autoritaire, même un.e esclave tuant son maître, ou un.e prisonnier.e tuant leur gardien de prison, et nous trouvons extrêmement étrange que d’autoproclamé.e.s anarchistes semble appliquer sélectivement un standard Engelsien spécifiquement et seulement aux survivant.e.s de violence sexuelle. Nous demandons à ce que les « anarchistes » arrêtent de se ranger du côté des juges, des jurys, des cours de justice, des prisons et des flics, qui préféreraient envoyer en prison un adolescent de 15 ans pour avoir résisté violemment et d’avoir fait preuve de solidarité radicale avec sa sœur contre leur père, et ensuite vous faire passer pour « anti-carcéraux ».
67
-<br>
68
-<br>Nous demandons que vous arrêtiez de traiter le viol comme une erreur individuelle, une pathologie, une déviance, ou un « pêché » dont il faut se repentir, et que vous le reconnaissiez comme la structure du pouvoir et de la hiérarchie qu’il est. Nous demandons à ce que vous arrêtiez de forcer les survivant.e.s de se conformer à ce standard moral rigide tout en les accusant d’être des autoritaires puritain.e.s assoiffé.e.s de sang pour n’avoir ne serait-ce que contemplé la possibilité d’actes de résistance, pour n’avoir ne serait-ce que imaginé reprendre des mains des agresseurs l’agentivité et l’autonomie qui leur a été confisqué. Arrêtez de calomnier les anarchistes queer et transféministes en les qualifiant de réactionnaires pour avoir cité les théories d’anarchistes transféministes et queer passées <sup>[3](#myfootnote3)</sup>. Arrêtez de brandir vos livres sur la justice transformative comme des prêcheurs de coin de rue, arrêtez d’accuser les anarchistes trans noir.e.s d’aller contre la « résistance des personnes racisées » en critiquant l’investissement d’anarchistes blancs dans la récapitulation de la culture du viol suprémaciste blanche.
69
-<br>
70
-<br>Nous ne croyons pas qu’il y ait une seule solution qui puisse être appliquée à toutes les instances de violence sexuelle.
71
-<br>
72
-<br>Mais ce n’est pas notre devoir de sauver les âmes de nos oppresseurs.
73
-<br>
74
-<br>Nous n’avons sincèrement aucun intérêt dans ce quoi un agresseur ou violeur « mériterait ». Nous n’avons pas de règle universelle pour évaluer si une personne « mérite » une réponse particulière ou non. Si un violeur individuel désire la repentance, c’est ok pour eux de vouloir, mais ils sont invités d’aller s’en référer à Dieu. Pas nous, et sûrement pas leurs survivant.e.s. Si un violeur individuel change sincèrement et veut travailler activement contre la culture du viol, alors ils sont invités à s’engager dans ce travail de long terme vers la réhabilitation avec celleux qui sont volontaires à dédier des années de leur vie à des efforts de réhabilitation, mais ils ne peuvent en aucun cas un droit indiscutable à partager les communautés de leur propre victimes et survivant.e.s. Le viol est toujours un choix. Il n’est pas une erreur tragique ou quelque chose qui est arrivé au violeur. Ils sont les agents de leurs propres actions. Il y a beaucoup de stratégies possibles, en temps qu’individus ou communautés, concernant la réponse à avoir à quelqu’un qui a choisi, de leur propre chef, de dérober l’autonomie corporelle d’une autre personne. Mais une personne ayant prit cette décision n’est pas automatiquement assurée d’une résolution non-violente des conséquences de ses actions.
75
-<br>
76
-<br>Notre but est d’interrompre les structures de pouvoir, et d’interrompre la capacité de ceux qui infligent leur domination à autrui de causer plus de dommages, par n’importe quel moyen possible ou nécessaire. Être anti-viol c’est être antifasciste, ni plus ni moins.
77
-<br>
78
-<br>⎯ Judith’s Daggers
79
-
80
-***
81
-<a name="myfootnote1">Des ressources sur la violence sexuelle policière peuvent être trouvées sur les sites suivant :</a>
82
-
83
-a) *The California Law Review*, “Police Sexual Violence, Police Brutality, #MeToo, and Masculinities”, qui indique qu’au moins 36,5 % des officiers de police dans une étude nationale ont commis des formes de Violence Sexuelle Policière, et crucialement, leurs collègues savaient et les ont protégé (le phénomène du « Blue Wall of Silence »), du plus les femmes noires ont été notées comme drastiquement plus souvent victimes de Violence Sexuelle Policière que les femmes blanches ;
84
-
85
-b) Stinson et al. “Police Sexual Misconduct: a National Scale Study of Arrested officers”, qui montre, dans une étude d’officiers de police arrêtés pour des crimes de nature sexuelle, la violence sexuelle ne consiste pas en des cas isolés, et la plupart des victimes (71%) étaient en dessous de l’âge de 18 ans au moment de l’agression, la catégorie d’âge modale étant 14-15 ans ;
86
-
87
-c) Isidoro Rodriguez, “Predators Behind the Badge,” dans lequel un officier dit que cibler les victimes de Violences Domestique cherchant de l’aide est comme « tirer sur une vache dans un couloir » (« Like shooting fish in a barrel ») ;
88
-
89
-d) Walker and Irlbeck, “Police Sexual Abuse of Teenage Girls: A 2003 Update on “Driving While Female,” qui montre que 40 % des cas reportés de Violence Sexuelle Policière ont impliqué des personnes adolescentes ;
90
-
91
-e) Buffalo News, “Abusing the Law,” qui indique qu’un officier de police est arrêté dans un cas d’agression ou abus à caractère sexuel tous les 5 jours aux US ;
92
-
93
-f) Lohse’s “Since 2010 At Least 1300 Women and Children Have Been Sexually or Physically Attacked by UK Cops,” , une série en quatre parties sur la violence sexuelle policière et les victimes et survivant.e.s de cette violence. Quand nous disons « tout flic est un violeur avec un badge », nous le disons de la même façon que « All Cops Are Bastards ». Il n’y a pas de bons flics parce que ceux ostensiblement bons renforcent toujours le pouvoir des mauvais ; il n’y a pas de flic qui ne protège pas et ne s’allie pas avec des flics-violeurs, qui ne collabore pas, de façon explicite ou implicite, avec les flics-violeurs contre leurs victimes.
94
-
95
-<a name="myfootnote2">Joelle A. Moreno, [*Killing Daddy: Developing a Self-Defense Strategy for the Abused Child*](https://ecollections.law.fiu.edu/faculty_publications/30), 137 U. Pa. L. Rev. 1281 (1989). Consulté le 20 Août 2022.</a>
96
-
97
-<a name="myfootnote3">Nommément, Dangerous Spaces: Violent Resistance, Self-Defense, and Insurrectional Struggle Against Gender</a>
98
-
webpages/biblios/biblio_theorie.md
... ...
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128 128
<h2 style="text-align: left; Border-bottom: none;">Lectures classiques</h2>
129 129
130 130
<ul>
131
-<li><p>Kropotkine, Piotr. 1889. "<a href="/La-morale-anarchiste.md">La morale anarchiste</a>"</p></li>
131
+<li><p>Kropotkine, Piotr. 1889. "<a href="/webpages/ourarticles/La-morale-anarchiste.md">La morale anarchiste</a>"</p></li>
132 132
</ul>
133 133
<h2 style="text-align: left; Border-bottom: none;">Critique du marxisme</h2>
134 134
... ...
@@ -191,7 +191,7 @@ v
191 191
<h2 style="text-align: left; Border-bottom: none;">Transféminismes et féminismes</h2>
192 192
193 193
<ul>
194
-<li><a href="/Theses-Dagues-De-Judith.md">Vers un abolitionnisme anarcha-transféministe, anti-raciste, anti-violeurs, youth liberationist</a></li>
194
+<li><a href="/webpages/ourarticles/Theses-Dagues-De-Judith.md">Vers un abolitionnisme anarcha-transféministe, anti-raciste, anti-violeurs, youth liberationist</a></li>
195 195
<li><a href="/webpages/ourarticles/intersectionnalite-ab35.md"> [FA] Pour une synthèse anarchiste intersectionelle</a></li>
196 196
<li>Connell, R.W. 2014. <em>Masculinités. Enjeux sociaux de l’hégémonie</em>, traduit par Maxime Cervulle, Paris, Éditions Amsterdam.</li>
197 197
<li>Tanenbaum, Julia. 2016. &quot;<a href ="/webpages/ourarticles/Anarcha-Feminist Theory, Organization and Action 1970-1978.md">To Destroy Domination in All Its Forms: Anarcha-Feminist Theory, Organization and Action 1970-1978, by Julia Tanenbaum</a>&quot;, <em>Anarchist Theory</em>, 29</li>
webpages/ourarticles/L'association en \"Parti\".md
... ...
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+---
2
+title: L’association en « Parti » et la trajectoire communiste
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+<p align="center">
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+<img src="/media/images/association parti_final_neg.png" style="background-color: transparent;" width = 600>
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+</p>
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+*Dessin réalisé par l'autrice de l'article*
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+***
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+Autrice : Crabi - Liaison commune de Lyon - Fédération anarchiste - 30 / 10 / 2024
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+# Chapitres
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+<p><a href="#que-signifie-s-organiser-en-parti-du-point-de-vue-de-la-gauche"><button class = "button_header button_history">1 Que signifie &quot;s&#39;organiser en parti&quot; du point de vue de la gauche</button></a></p>
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+<p><a href="#le-parti-construit-il-son-peuple-focus-sur-les-partis-révolutionnaires"><button class = "button_header button_theory">2 Le parti construit-il son peuple ? Focus sur les Partis « révolutionnaires »</button></a></p>
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+<p><a href="#quelle-place-donner-à-un-parti-ouvert-organisé-par-les-libertaires"><button class = "button_header button_militant">3 Quelle place donner à un parti &quot;ouvert&quot;, organisé par les libertaires ?</button></a></p>
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+***
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+# Que signifie "s'organiser en parti" du point de vue de la gauche
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+_Qui est représenté ? Les masses sont-elles un bon point de repère ?_
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+« *Le Parti assure le rôle dirigeant de la révolution. Il se bat pour l’unité de tous et toutes les révolutionnaires* **car sans Parti, la classe ouvrière est désorganisée et ne pourra vaincre le capitalisme***.* **Les éléments les plus conscients et déterminés du prolétariat** *doivent construire ce parti de type nouveau. Le Parti Communiste d’aujourd’hui a pour idéologie le marxisme-léninisme-maoïsme, le dernier degré atteint en théorie et en pratique par le marxisme. Il se base sur toutes les expériences historiques du prolétariat international et plus particulièrement la Commune de Paris, la révolution russe dirigée par le Parti Communiste jusqu’en 1953 et la révolution chinoise dirigée par le Parti Communiste jusqu’en 1976.* »
29
+
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+– *Le Parti* – Parti Communiste Maoïste (français)
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+
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+---
33
+
34
+
35
+Dans la langue commune : « Un parti politique est un groupe de personnes possédant des idées politiques communes réunis en association. Il peut chercher à influencer le gouvernement en place, en le soutenant si celui-ci en est issu, ou en s'y opposant. Il nomme également ses propres candidats aux différentes élections et en tentant d'obtenir des mandats politiques. Un parti politique peut aussi influencer l'opinion publique. Il peut être présent au Parlement. »[^1]
36
+
37
+
38
+Au d’autres termes, l’organisation en « Parti » est une stratégie basée sur une **centralisation de pouvoir, de ressources et de biens**. **Le pouvoir appartient aux tendances majoritaires** au sein du Parti. Les ressources sont amassées et utilisées par ces tendances et pour la subsistance du Parti. Et **les biens – locaux, matériaux et journaux – servent à maintenir en vie le Parti**. Les partisan.nes du « Parti » donnent à leur comité local une étiquette et une forme qui se réfère à ce qui est décidé en congrès ou en assemblée. Ce parti suit une structure très souvent fédéraliste. Où, selon les idéologies portées par ledit Parti, les localités/comités se chargent plus ou moins des activités qui leur sont locales.
39
+
40
+*Selon Jean[^2] et Monica Charlot[^3], ces partis doivent avoir une base électorale. Les campagnes électorales durent plus longtemps favorisant l’émergence de régulation et de structures afin de gérer tout l’électorat et les élus. **Les comités de campagne deviennent permanents formant des sections locales avec des idées, un programme et des éléments de langage propres à la section centrale du parti.***
41
+
42
+*Tout cela demande de l’argent et des compétences. Cette professionnalisation des partis entraine la création de **différents services dans le but de les maintenir et les agrandir**. Iels énoncent même que « Le degré d’institutionnalisation des partis dépend du degré de développement politique du système socio-politique dont ils font partis ».*
43
+
44
+Cette structure peut être démocratique. C’est-à-dire que les militant.es élisent des représentant.es pour orienter les décisions du Parti vers une certaine tendance (changement de structure, points de vue national sur des évènements etc.) et vers certaines activités (mise en place d’une propagande, camp d’été, recrutement etc.).
45
+
46
+Cette association en « Parti » est très présente dans les milieux militants aujourd’hui, car elle est, depuis la naissance du « communisme », la structure donnée pour réaliser un « changement de société » révolutionnaire ou non. Parmi les partis de la gauche dite « radicale » en France, on peut citer :
47
+
48
+- Nouveau Parti Anticapitaliste, lancé en 2009
49
+- Lutte ouvrière, depuis 1968
50
+- Ligue Trotskyste de France, depuis 1998
51
+- Parti Communiste des Ouvriers de France, fondé en 1979
52
+- Révolution Permanente, depuis 2021
53
+- Parti communiste Maoïste, depuis 2015
54
+
55
+Les caractéristiques de ces Partis suivent une logique se rapprochant de celle des Partis de Masses[^4]. La compétition électorale est basée **sur la mobilisation de ses membres. Un travail intensif de terrain est entretenu. Des cotisations et des contributions sont mises en place. Des délégués et élites sont « responsables », devant les membres du Parti, de faire tourner ce dit Parti.**
56
+
57
+Des « organisations de masse » sont mises en place – si ce n’est donc pas directement les Partis - pour recruter tout le monde dans le but de **mener des actions encore plus massives**. Ces organisations servent à **justifier leur idéologie**. Elles donnent une **légitimité et une image au Parti qui l’organise**.
58
+
59
+*Daniel Gaxie[^5], dans son ouvrage « Le cens caché » énonce la possible formation de barrières invisibles empêchant les militants lambda d’arriver dans un cercle élevé. Ces partis fournissent à **l’oligarchie des ressources monétaires, sociales et symboliques.***
60
+
61
+*On peut retranscrire cette vision en prenant l’exemple de la scission entre le Front National et le Mouvement National Républicain. En effet, le pouvoir semblait monopolisé et la famille, qu’on dit éternelle, s’est scindée en deux, car ce monopole causa une frustration.*
62
+
63
+Enfin, il est primordial de noter que le NPA à ses débuts mélangeait marxistes et anarchistes jusqu’aux départs de ces derniers. L’accès aux organes fonctionnelles du Parti étant régis par des socialistes de la LCR, une grande partie des activités organisées par les anarchistes étaient dénigrées et sabotées.
64
+
65
+*« Presque 10000 membres à sa fondation, aujourd’hui entre 2000 et 2500 membres : ces chiffres, pourtant significatifs, disent pourtant encore mal l’effondrement rapide de la promesse NPA. Le NPA n’a pas su trouver les voies d’un nouveau type d’organisation, inventant des pratiques militantes renouvelées davantage ajustées à la perspective d’auto-émancipation des opprimés. […] Le NPA n’a pas su résister à la culture avant-gardiste de son axe initiateur, la LCR, dont le jeune Trotsky avait saisi lucidement les effets «substitutistes» (substitution du parti aux masses, des dirigeants aux militants, etc.) contre Lénine.[^6]»[^7]*
66
+
67
+<p align="center">
68
+<img src="/media/images/schéma_parti.png" style="background-color: transparent;" width = 500>
69
+</p>
70
+
71
+On peut résumer: Le « Parti » est un outil de lutte **avant-gardiste**. Il amène la **professionnalisation du milieu militant** qui s’y engage, ce qui **cristallise la mise en place d'une bureaucratie et d'une classe politique régissante**. Elle **subsiste** en exploitant le malheur de celles et ceux – sympathisant.es et militant.es - qui se révoltent pour vivre. Elle **gouverne** dans l’**établissement de rapport de force,** filtrant plus ou moins l’expression des tendances minoritaires tout en faisant **l’impasse totale sur la possibilité de corruption de ses membres et de sa tendance majoritaire** : de fait dans le Parti tout **écart** de ses membres est traité par sa tendance régissante et en servant ses propres intérêts[^8]. Un Parti ne peut donc pas lui-même se démanteler et dénoncer sa propre corruption car **la bureaucratie chargée de maintenir le Parti en vie, est aussi chargée de dénoncer les écarts et de résoudre les conflits**… Résulte la scission de l’organisation lorsque sa majorité régissante perd sa crédibilité après avoir échoué à se maintenir au pouvoir.
72
+
73
+**Ajout le 23 Juin 2024 suite à la scission du NPA :**
74
+La dernière scission du NPA est la conséquence des combats systématiques de ses membres, historiques ou non, entre eux.elles :
75
+
76
+Le NPA propose, en théorie, un schéma de représentation par plateforme qui permet un pluralisme de pensés sensées converger et donner une direction commune au Parti. Cette diversité de courant politique cause une concurrence idéologique entre ces plateformes.[^15] Des désaccords naissent et rendent difficile cette convergence. La plateforme ayant le dernier mot est celle des « initiateur.ices » du NPA (Besancenot et Poutou). Elle est constamment remise en question par les autres étant donné qu’elle garde la main mise sur les facteurs économique (budget, organisation, investissement etc.) et politique (alliance avec des réformistes ou bien des « ennemis » idéologiques).
77
+
78
+A l’intérieur du NPA se confrontent donc des avant-gardes, puristes révolutionnaires et d’autres réformistes, anticapitalistes. Sous la pression de la représentativité et de la course à leur légitimité (lors d’élections ou d’évènements), les différentes fanges du NPA ont à l’issue de leur 5 eme congrès, décidées de faire une scission. Ironiquement les scissions se revendiquent du NPA et de sa racine (la Ligue Communiste Révolutionnaire), elles gardent alors le diminutif « NPA » rendant leur distinction difficile.
79
+Lors du congrès, la plateforme C (ayant eu 45.3% des suffrages) jugée « sectaire » par la plateforme B (ayant recueilli 48.5% des suffrages)[^16], devient alors la preuve du mal fonctionnement du Parti sensé permettre rappelons-le : « […] à chaque militant de trouver sa place et de pouvoir exercer pleinement sa souveraineté au sein du parti. Les débats à l’intérieur du parti doivent être simples, accessibles mais pas simplistes : un parti des travailleurs, de tous les travailleurs, des travailleuses, manuels ou intellectuels. » – Statuts du NPA modifiés par le 4e congrès – Nouveaupartianticapitaliste.[^17]
80
+
81
+On peut remarquer l’ironie de la dénonciation de « sectarisme » lorsque 50% de l’organisation se détache de l’autre par peur de perdre la main mise d’un joue-joue parlementaire…
82
+
83
+Cette scission pourrait-elle ouvrir les yeux sur l’inutilité d’un Parti avant-gardiste chez les Marxistes ? Non. Cette situation profitera à Lutte Ouvrière et amènera la création potentielle d’un nouveau parti anticapitaliste « révolutionnaire », cette fois-ci, difficilement ouvert à tout le monde.
84
+
85
+
86
+[^15]: https://rapportsdeforce.fr/analyse/pourquoi-deux-npa-irreconciliables-010915719
87
+
88
+[^16]: https://lanticapitaliste.org/actualite/vie-du-npa/la-separation-du-npa-etait-devenu-inevitable-du-fait-du-sectarisme-de-sa
89
+
90
+[^17]: https://npa-lanticapitaliste.org/node/54309
91
+
92
+<br />
93
+<br />
94
+
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+<p><a href="#que-signifie-s-organiser-en-parti-du-point-de-vue-de-la-gauche"><button class = "button_header button_history">1 Que signifie &quot;s&#39;organiser en parti&quot; du point de vue de la gauche</button></a></p>
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+<p><a href="#le-parti-construit-il-son-peuple-focus-sur-les-partis-révolutionnaires"><button class = "button_header button_theory">2 Le parti construit-il son peuple ? Focus sur les Partis « révolutionnaires »</button></a></p>
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+<p><a href="#quelle-place-donner-à-un-parti-ouvert-organisé-par-les-libertaires"><button class = "button_header button_militant">3 Quelle place donner à un parti &quot;ouvert&quot;, organisé par les libertaires ?</button></a></p>
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+
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+# Le parti construit-il son peuple ? Focus sur les Partis « révolutionnaires »
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+« *Seule une révolution pourra guérir notre société des maux qui la rongent […] c'est-à-dire d'arracher des mains des capitalistes la gestion des usines, des banques, des mines, des terres, de l'énergie et des transports. Et de faire en sorte qu'ils appartiennent à la collectivité et soient gérés par elle. […] La société capitaliste peut être renversée pour laisser place à une organisation nouvelle et supérieure de la société : le communisme.* **Cette transformation profonde ne pourra se faire qu’au travers d’une révolution de l’ampleur de la révolution russe***. […] Pour arracher durablement les moyens de production aux capitalistes, les réorganiser et les développer pour satisfaire les besoins de l’humanité, la classe ouvrière* **aura besoin du pouvoir politique***. […] Pour surmonter ces obstacles [provenant de l’Etat et de la bourgeoisie] et vaincre, les exploités auront besoin d’un parti qui se fixe cet objectif, et dont l’ensemble de la politique tende vers la préparation de ces périodes d’affrontement contre la bourgeoisie. […]* **Le parti révolutionnaire devra avoir de profondes ramifications dans la classe ouvrière et dans l’ensemble des couches exploitées de la société pour pouvoir en exprimer les intérêts communs, les aider à s’organiser pour détruire l’État de la bourgeoisie et prendre le pouvoir.** »
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+– *Qui sommes-nous ?* – Lutte Ouvrière
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+Les partis révolutionnaires de gauche prônent et défendent pour la plupart des idées socialistes et communistes. Souhaitant tous l’organisation des « travailleurs » à travers leur propre Parti dirigé par leurs propres militant.es informé.es et éclairé.es. Conscient.es de la nécessité de l’établissement du socialisme et d’une « phase transitoire ». Elle, toujours différente selon les militant.es, et se basant sur les mêmes textes et théories marxistes.
110
+
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+Ces Partis seraient aussi les instances dirigeantes du **peuple favorable (non "contre-révolutionnaire") à la révolution lors de son éruption**. Son objectif est de gagner les faveurs du peuple sympathisant lors des assemblées, pour ensuite y siéger et le chapoter. Tandis que la destinée de ses opposant.es n’est pas vraiment précisée.
112
+
113
+Beaucoup prennent modèle la « révolution » des Bolchéviks de 1917. C'est-à-dire la prise de pouvoir d’un parti révolutionnaire, par son comité révolutionnaire : une prise de pouvoir martiale et militaire. **C’est un putsch organisé par un Parti militarisé,** bien minoritaire à l’époque**, contre un gouvernement provisoire peu populaire. La situation de « réussite » de la révolution pour les bolchevicks bien que très contextuelle et nébuleuse sert aujourd’hui d’exemple bateau à nos partis d’aujourd’hui.**
114
+
115
+Les partisans.es de l’organisation en Parti partagent la dispute du pouvoir avec leur opposant.es politiques « révolutionnaires ». **C’est lors de ses congrès, ses assemblées et ses « soviets » que les partis/tendances s’opposent et essaient mutuellement de se dominer (rapport de force)**. Alors, lorsque les militant.es d’une tendance en ont l’occasion, ils s’imposent. Parce que pour eux.lles, iels sont les éléments « éclairé.es » et « conscientisé.es » de la « classe ouvrière » : **les autres sont des contre-révolutionnaires**, ignorant.es et stupides qui mettent en péril tout le "travail accompli".
116
+
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+Alors, oui, ce Parti façonne un idéal pour le peuple. **Mais un idéal qui lui est propre**. Enfin, il construit son peuple à partir de son idéal.***
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+
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+<br />
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+
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+Après le Dual Power, après la révolte, le Parti détruit et soumet le peuple
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+<br />
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+
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+L’idée du Dual Power[^9], alimentée par de nombreux.ses militant.es de gauche, consciemment ou non, prend vie avant et pendant la révolte. Alors qu’elle met en scène de nombreuses alternatives économiques et politiques. Elle est oubliée par le Parti « dominant » aussitôt qu’il prend le pouvoir. Après la « révolution », le Parti prend **place et impose sa domination politique et économique**.
128
+
129
+Le Parti rime ainsi avec acharnement pour le pouvoir et le gain de cause. Il n’entend en rien à laisser autonomes des territoires alliés. Son idéal s’impose aux Partis et organisations qui ébranlent son pouvoir, par les mots ou par les armes.
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+
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+***Abstract sur la révolution Russe***
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+
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+La révolution russe, saint graal de ces Partis, en est l’exemple même : **éliminations des opposant.es au Parti bolchevique, police politique dans toutes les régions, nouvelle caste bourgeoise et économie capitaliste, extermination de tout mouvement de grève et de soulèvement non-bolchevique et mise en place d’un parti unique**. On compte des milliers de notes, de livres et d’articles où ces Partisans de **la révolution bolchevique se justifient à chacune de leurs actions ignobles et horribles** :
134
+
135
+- Dissolution de l’assemblée constituante en 1918 dans la violence et par le Parti Bolchevick. Le 28 novembre, Lénine interdit le parti des KD, accusé **d'être contre-révolutionnaire et fait arrêter ses dirigeants**. Le 12 décembre, il publie dans la Pravda ses *Thèses sur l'Assemblée constituante* où il expose que l'Assemblée constituante russe est constituée de **partis bourgeois ;** accepter sa domination serait un recul pour la révolution sociale.**
136
+- Création, en décembre 1917, d'une police politique et de tribunaux d'exception, chargés d'arrêter, juger et condamner par des « méthodes expéditives » les **« ennemis du régime » qualifiés de « poux » et d'« agents capitalistes »**. Elle est aussi chargée de la traque des dissident.es, de leur expulsion du Parti et de leur condamnation pour **« activités contre-révolutionnaires ». Sont ciblés les socialistes révolutionnaires, les anarchistes, les mencheviks, les socialistes-révolutionnaires de gauche, les sionistes, les bundistes, les pacifistes, les démocrates, les libéraux du Parti constitutionnel démocratique, et, bien sûr, les « Blancs »** (partisans de la monarchie)
137
+- Le 18 mars 1921, l'Armée rouge réprime dans le sang la révolte de Kronstadt, dont les marins avaient exigé le retour au « pouvoir des soviets » et la fin du monopole bolchevique. Trotski justifie cette répression : « _Les soviets dominés par les socialistes-révolutionnaires et les anarchistes ne pouvaient servir que de marchepieds pour passer de la dictature du prolétariat à la restauration capitaliste. Ils n'auraient pu jouer aucun autre rôle, quelles qu'aient été les « idées » de leurs membres. Le soulèvement de Cronstadt avait ainsi un caractère **contre-révolutionnaire**_ **»[^10].**
138
+
139
+La peur de ne pas avoir le contrôle sur le peuple a mené le Parti bolchévique à commettre d’innombrables trahisons envers les autres partisan.nes de la « révolution ». Ces actes « **contextuels** », « **nécessaires** » et que l’on ne « **peut juger car nous n’y étions pas** » sont de fait inévitables dans une révolution mené par le Parti: les rapports de forces, qui existaient lors des assemblées et des soviets, se sont simplement étendus à la répression armée. Les écarts qui autrefois étaient traités par des exclusions sont maintenant traités par des exécutions.
140
+
141
+**Cette stratégie infiniment plus efficace dans un contexte de guerre, devient alors justifiable pour ledit Parti, lui permettant une hégémonie dans les assemblées**. Les massacres sont assumée par la tendance régissante, car de fait, le Parti mène sa révolte et construit son peuple comme il l’a fait par le passé, en excluant les « contre-révolutionnaires » en leur trouant la poitrine. Alors le Parti façonne le peuple – massacres, répressions et flicages – qui par la suite lui donnera légitimité lors des soviets.
142
+
143
+Il n’est pas utile, ici, de s’attarder sur cette question lorsque des articles plus poussés nous donnent encore plus d’informations sur tout cela. Ces Partis ont mené des massacres, quelle que soit l’idéologie qu’ils soutenaient.
144
+
145
+<br />
146
+
147
+<p><a href="#que-signifie-s-organiser-en-parti-du-point-de-vue-de-la-gauche"><button class = "button_header button_history">1 Que signifie &quot;s&#39;organiser en parti&quot; du point de vue de la gauche</button></a></p>
148
+<p><a href="#le-parti-construit-il-son-peuple-focus-sur-les-partis-révolutionnaires"><button class = "button_header button_theory">2 Le parti construit-il son peuple ? Focus sur les Partis « révolutionnaires »</button></a></p>
149
+<p><a href="#quelle-place-donner-à-un-parti-ouvert-organisé-par-les-libertaires"><button class = "button_header button_militant">3 Quelle place donner à un parti &quot;ouvert&quot;, organisé par les libertaires ?</button></a></p>
150
+
151
+# Quelle place donner à un parti "ouvert", organisé par les libertaires ?
152
+
153
+
154
+---
155
+« *Le NPA est un parti qui se bat pour les principes définis dans le document programmatique adopté au congrès de fondation. […] Ce qui rend nécessaire une centralisation des activités du parti, c’est que le capitalisme dispose d’un cadre centralisé d’où s’organise sa domination : l’État, les puissances économiques et financières. L’enjeu est bien un changement de pouvoir et une rupture révolutionnaire avec l’ordre établi. […] Notre objectif est de permettre à chaque militant de trouver sa place et de pouvoir* **exercer pleinement sa souveraineté au sein du parti.** *Les débats à l’intérieur du parti doivent être* **simples, accessibles mais pas simplistes :** **un parti des travailleurs, de tous les travailleurs, des travailleuses, manuels ou intellectuels.** »
156
+
157
+– *Statuts du NPA modifiés par le 4e congrès* – Nouveaupartianticapitaliste
158
+
159
+---
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+
161
+
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+Et si l’on pensait le Parti différemment ?
163
+-
164
+En effet, il serait possible de créer un Parti « anarchiste » (appelé comme cela ?), d’y faire vivre la démocratie et de tout faire pour qu’il soit « ouvert ». De faire en sorte que la structure soit un outil pour la lutte et non une instance de pouvoir hiérarchique. De faire comme les autres organisations anarchistes !
165
+
166
+Alors, me direz-vous, les partisan.nes de ce parti « libre » arriveraient à se défaire de la corruption et de la violence irraisonnée. Enfin, il participera aux élections locales ou nationales pour faire entendre la voix de ses membres \**et celle du peuple\**.
167
+
168
+Cela parait être fortuit … Et complètement antagonique.
169
+
170
+Cette tentative « partisane » a déjà eu lieu :
171
+
172
+---
173
+
174
+
175
+« À la suite du congrès de Paris de 1953, la Fédération anarchiste se transforme en Fédération communiste libertaire (FCL) par un vote majoritaire de 71 mandats contre 61. (Les autres noms proposés étant « Parti communiste anarchiste » et « Parti communiste libertaire » !) La crise a cependant fortement affaibli l'organisation, car la Fédération ne regroupe qu'environ 130 à 160 militants. »[^11]
176
+
177
+« En décembre 1955, la FCL décide de présenter des "candidats révolutionnaires" aux Élections législatives françaises de 1956. Ils feront un score dérisoire et Georges Fontenis considèrera par la suite cette tentative électoraliste comme « une erreur quelque peu ridicule »[^12], qui a entraîné la scission de plusieurs groupes actifs. Ces groupes formeront ensuite les Groupes anarchistes d'action révolutionnaire (GAAR)[^13]. Pour Christian Lagant, l'éditeur de la revue Noir et rouge, la FCL était devenu un « parti plus trotskiste que libertaire qui devait se suicider politiquement après le summum de la participation aux élections législatives de 1956 »[^14]
178
+
179
+---
180
+
181
+Similaire à la FCL, la Coordination des Groupes Anarchistes scissionne avec la FA en 2002 pour mettre en place **un mécanisme plus "efficace" par majorité**. En quelques années apparaissent des combats internes, des guerres de clans, des tendances qui en écrasent d'autres jusqu'à ce que la structure se brise. 
182
+
183
+Aujourd’hui, l’ « Union Communiste Libertaire », structure communiste libertaire, se plait à joindre marxisme et anarchisme. Elle se targue d’une volonté de « synthèse » dans le sens du marxisme et non de l’anarchisme. Elle anime aussi toujours la volonté de peser politiquement, à l’image d’un Parti :
184
+
185
+« *Mais en même temps nous nous définissons comme un courant nouveau, produit d’une volonté de synthèses et de dépassements multiples. […] Nous voulons devenir demain une force politique majeure, qui donne au courant libertaire « lutte de classe » une assise auprès des larges masses, et ce dans un mouvement révolutionnaire, s’inscrivant dans un mouvement ouvrier refondé et renouvelé*. » – Manifeste de l’UCL – *Une démarche ouverte* *&* *Un courant nouveau* – UCL
186
+
187
+L’UCL refuse toute participation et collaboration avec des anarchistes des courants mutuellistes, individualiste ou « autonomes ». Souhaitant garder « pure » leur tendance marxiste au sein de leur organisation. Toutefois, l’UCL accueille évidemment les sympathisant.es pour les convertir et s’en servir, à l’image des autres courants révolutionnaires.
188
+
189
+Très récemment, des groupes comme l’ « Envol » à Bordeaux ou bien « Acide » à Toulouse ont quitté l’UCL. Iels dénoncent l’approche de « Parti » de l’organisation :
190
+
191
+« *Au lieu de chercher à résoudre ces problèmes, l’UCL s’enfonce dans une fuite en avant où une minorité de personnes continue de tenir une barque qui prend l’eau de toutes parts. Nous reprochons également une sorte d’injonction tacite à des publications frénétiques en réaction à des faits divers, comme si nous devions suivre le rythme des médias et des politiques dominants contre lequel nous nous battons. L’UCL est aussi marquée par une autonomisation des instances fédérales et une logique de centralisation qui vont à l’encontre des règles collectivement définies dans nos statuts. Ceci résulte en une prise de pouvoir discrète : des refus de publication de textes aux modifications de compte-rendu de commissions, en passant par des après-réunions influençant les décisions. Certains espaces d’élaboration politique sont ainsi devenus des entre-soi affinitaires, on peut y retrouver des logiques d’alliances de circonstances qui visent à écarter les éléments les plus critiques et les plus anarchistes. […] Nous notons, d’ailleurs, que toute critique à leur égard est rapidement balayée d’un revers de la main au nom de la « confiance » et de la « camaraderie ». En outre, le Secrétariat Fédéral semble aujourd’hui avoir la main mise sur une grande partie de la gestion de l’organisation.* »
192
+
193
+– Extrait de la Lettre de départ collectif du groupe de Bordeaux [actuellement « L’Envol »] de la fédération UCL – 10 juillet 2023 
194
+
195
+Et encore cet extrait ne reflète pas l’ampleur de l’échec de l’UCL vis-à-vis de leur organisation « démocratique » et « libertaire ».
196
+
197
+Une structure « libre » et anarchiste au sein d’un « Parti », ou d’une organisation s’en rapprochant, ne peut exister. Le Parti est un appareil centralisé et rigide, incompatible avec les préceptes anarchistes, donnant les pouvoirs décisionnels à une minorité "idéale" et où les informations y sont contrôlées et régulées.
198
+
199
+
200
+***Mais, alors, que faire des autres Partis existants ? Ils font vivre une logique hiérarchique dans leurs activités.***
201
+
202
+***Allons-nous les ignorer ?***
203
+
204
+**Il est risqué** d’ignorer ses ennemi.es et de poursuivre la création d’un monde « en dehors » en croyant vivre sur une autre planète. Non, nous ne pouvons pas faire dans le court-termisme et le sectarisme géographique.
205
+
206
+***Allons-nous essayer de les convaincre frontalement avec nos mots ?***
207
+
208
+**Il est vain de croire que cela est utile** : Depuis plus de cent ans, des personnes plus éclairé.es les un.es des autres n’ont fait que trop discuter avec nos « ennemi.es ». Mettant à mal le mouvement anarchiste. L’exposant à des scandales, des disputes inutiles et plus encore.
209
+
210
+Historiquement, on pense à l’Espagne de 1936, où les anarchistes, alors plus d’un million en espagne, choisissent de débattre et de concilier avec les socialistes et les républicains qui sont globalement minoritaires. Souhaitant faire dans l’« union antifasciste », **les anarchistes se feront trahir, désarmer et fusiller sous les ordres de ces Partis**. Iels seront taxés alors de « contre-révolutionnaires », encore, bien que mobilisé.es sur tous les fronts contre les fascistes.
211
+
212
+On peut penser à la Makhnovchina qui a combattu au côté de l’armée rouge dirigée par les bolchéviques. Les anarchistes pensaient pouvoir s’arranger, après la défaite de l’Ukraine nationaliste, avec les rouges. **Iels se feront poignarder dans le dos par ces allié.es aussitôt que la victoire obtenue contre les fascistes.**
213
+
214
+Ensuite, le Parti Communiste Français et la SFIO française, après-guerre, déjà très critiquables, mènent le reste de « la gauche » dans l’oubli à travers d’innombrables concessions aux républicains. Les Partis « socialistes » alors majoritaires parlementent en face de fascistes. En résulte une défaite immense pour ces soi-disant « révolutionnaires » socialistes.
215
+
216
+Plus récemment, on peut penser à toute la « gauche » qui s’acharne à vouloir se fédérer, sans succès. Elle s’engouffre dans le néant tandis qu’elle tente de converger ses luttes dans des assemblées apolitiques et des débats sans fonds. Tout le monde essaie de convaincre tout le monde, sans réellement s’écouter.
217
+
218
+Iels font de la politique de métier, souhaitent en s’inspirant du passé, imposer des lignes idéologiques. Il en résulte une défaite complète de la « gauche ».
219
+
220
+<br />
221
+
222
+# Références
223
+[^1]: https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti\_politique
224
+[^2]: Politologue français
225
+[^3]: Historienne franco-britannique, spécialisée dans l'étude de la civilisation britannique
226
+[^4]: Notion introduite par le Français Maurice Duverger dans son ouvrage Les partis politiques en 1951.
227
+[^5]: Politiste Français
228
+[^6]: Dans Léon Trotsky : *Nos tâches politiques* (1<sup>e</sup> éd. : 1904)
229
+[^7]: https://blogs.mediapart.fr/philippe-corcuff/blog/040213/pourquoi-je-quitte-le-npa-pour-la-federation-anarchiste
230
+[^8]: On ne manque pas d’exemple de cadres politiques impliqué.es dans des affaires restant à leur poste, protégé.es par la tendance régissante de leur Parti.
231
+[^9]: https://purpleblack.org/webpages/ourarticles/Dual%20Power.md
232
+[^10]: https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/01/lt19380115.htm
233
+[^11]: https://fr.wikipedia.org/wiki/Anarchisme\_en\_France
234
+[^12]: Georges Fontenis, *Changer le monde. Histoire du mouvement communiste libertaire (1945-1997)*, éd. Le Coquelicot/Alternative libertaire, 2000, page 128.
235
+[^13]: Christian Lagant, *Noir & Rouge* n°9
236
+[^14]: https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9d%C3%A9ration\_communiste\_libertaire\_(1953-1957)
... ...
\ No newline at end of file
webpages/ourarticles/La-morale-anarchiste.md
... ...
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1
+---
2
+title: La morale anarchiste
3
+---
4
+
5
+[Télécharger PDF - La morale anarchiste - Pierre Kropotkine - avril 1889 ](/media/PDF/La-morale-anarchiste.pdf)
6
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+_« Nous ne voulons pas être gouvernés. Mais, par cela même, ne déclarons-nous pas que nous ne voulons gouverner personne ? Nous ne voulons pas être trompés, nous voulons qu’on nous dise toujours rien que la vérité. Mais, par cela même, ne déclarons-nous pas que nous-même ne voulons tromper personne, que nous nous engageons à dire toujours la vérité, rien que la vérité, toute la vérité ? Nous ne voulons pas qu’on nous vole les fruits de notre labeur ; mais, par cela même, ne déclarons-nous pas respecter les fruits du labeur d’autrui ? »_ La morale anarchiste - P. Kropotkine
8
+
9
+
10
+# Préface de Martine R.
11
+Septembre 1989,
12
+Liaison Bas-Rhin de la Fédération anarchiste
13
+
14
+---
15
+
16
+Quand les compagnons du Groupes Fresnes-Antony de la Fédération Anarchiste m'ont
17
+sollicitée pour écrire cette préface, j'ai songé aux heures de recherche et de lecture que m'avait
18
+demandées un article rédigé pour la revue Itinéraire sur Pierre Kropotkine et traitant justement
19
+de la morale. Car les discours sur la morale foisonnent. Il suffit de regarder plus près l'histoire
20
+des idées et l'on s'aperçoit de la multitude des études sur le sujet.
21
+Il existe autant de morales que de sociétés. Chaque groupement constitué crée des formes de
22
+vie, des usages, des moeurs qui, une fois reconnus utiles et devenus des procédés courants de
23
+la pensée, se transforment d'abord en habitudes instinctives, puis en règle de vie. Voici donc
24
+comment se constitue une éthique propre.
25
+La morale apparaît d'abord comme le système des règles que l'homme suit (ou doit suivre)
26
+dans sa vie aussi bien personnelle que sociale. Abordée sous cet angle, la question morale
27
+constitue le centre de toute réflexion, puisque toute entreprise humaine, si désintéressée soit-
28
+elle, est soumise à l'interrogation de savoir si elle est justifiée ou non, nécessaire, admissible
29
+ou répréhensible, en accord avec les valeurs reconnues ou en contradiction avec elles, c'est-à-
30
+dire si elle aide à la réalisation de ce qui est considéré comme souhaitable, à la prévention ou
31
+à l'élimination de ce qui est jugé mauvais. Ce qui peut se résumer à la notion du bien et du
32
+mal.
33
+
34
+---
35
+
36
+Puisque les règles d'éthique ne sont pas toutes les mêmes pour différents individus, époques et
37
+civilisations, il est cependant intéressant et essentiel de noter qu'un facteur moral s'est imposé
38
+comme condition sine qua non de survivance et de progrès : l'entraide. Pierre Kropotkine a
39
+admirablement décrit ce trait substantiel dans son ouvrage : L'Entraide, un facteur d'évolution
40
+(1).
41
+Dès les temps les plus reculés, des penseurs ont cherché à comprendre l'origine des sentiments
42
+moraux et des idées morales qui empêchent les hommes de commettre des actes nuisant à leur
43
+congénère ou, en général, affaiblissent les liens sociaux. Il y a eu les écoles grecques : les
44
+unes ont fondé les notions de morales, non plus sur la seule crainte des dieux et des
45
+phénomène naturels, mais sur la compréhension par l'homme de sa propre nature; les autres se
46
+sont lancés dans les spéculations abstraites, la métaphysique. La morale chrétienne gèle la
47
+société et empêche tout essor moral. Il faudra quinze siècles pour que certains écrivains
48
+rompent avec la religion et se décident à reconnaître l'égalité des droits comme base de la
49
+société civile. Le monde bouge, la morale bouge et l'on voit que l'éthique, c'est-à-dire la
50
+science des idées et des doctrines morales, touche à une autre science, la sociologie, c'est-à-
51
+dire la science de la vie et de l'évolution des sociétés.
52
+Les Temps Modernes marquent l'avènement d'une morale rationaliste fondée sur des bases
53
+scientifiques. Là encore deux courants se font jour : Hobbes et ses disciples considèrent la
54
+morale comme prescrite par une puissance extérieure à l'homme. Ils remplacent l'Église par
55
+l'État, ce qui revient à dire que l'homme ne trouve son salut que dans un pouvoir central,
56
+strictement organisé, qui empêche la lutte incessante entre les individus. D'autres estiment que
57
+seule une large possibilité accordée aux hommes de former entre eux des accords de toutes
58
+sortes permettra d'établir dans la société un ordre des choses nouveau, fondé sur le principe
59
+d'une juste satisfaction de tous les besoins.
60
+
61
+---
62
+
63
+
64
+Le XIXe siècle voit naître trois courants nouveaux : le positivisme, l'évolutionnisme et le
65
+socialisme. Ce dernier prône l'égalité politique et sociale des hommes. Il se subdivise en deux
66
+branches bien distinctes : le socialisme autoritaire (ou marxisme) et le socialisme libertaire
67
+(ou anarchisme). Le premier n'apporte rien à la morale : il applique les principes de Hobbes et
68
+donne à l'État tout la latitude de gestion des affaires. Le second renforce les notions de justice
69
+de d'égalité. Pierre-Joseph Proudhon voit la justice comme base de la morale. Dans son écrit :
70
+Qu'est-ce que la propriété?, il dit : "Est juste ce qui est égal, est injuste ce qui est inégal".
71
+Contemporain de Kropotkine, M-J Guyau se propose, dans son ouvrage essentiel Esquisse
72
+d'une morale sans obligation ni sanction de déterminer la portée, l'étendue et les limites d'une
73
+morale exclusivement scientifique. Il s'attache à dénoncer la confusion qui existe entre
74
+sanction morale et sanction sociale et rejoint en ce sens Kropotkine qui estime que la morale
75
+est une "science", celle qui dicte à l'individu libre son devoir. Elle lui sert à se perfectionner et
76
+à perfectionner le milieu dans lequel il vit.
77
+
78
+---
79
+
80
+Contrairement aux affirmations les plus fallacieuses et aux oublis volontaires dans les
81
+ouvrages de philosophie, les anarchistes ont une morale : une morale libre de toute obligation
82
+oppressive et de toute saction répressive, se fondant sur l'entraide et la fraternisation de tous
83
+les groupes humains. Elle a ceci de particulier : elle n'ordonne rien, elle refuse absolument de
84
+modeler l'individu selon une idée abstraite, tout comme elle refuse de le mutiler par la
85
+religion, la loi ou le gouvernement. Elle veut laisser la liberté pleine et entière à l'individu.
86
+Cette morale est en accord parfait avec le type de socitété que souhaitent promouvoir les
87
+anarchistes : une société sans État, gérée directement par les individus et les groupements
88
+sociaux, dont la règle économique est la suivante :
89
+- l'égalité économique et sociale de tous les individus,
90
+- la possession collective ou individuelle des moyens de production et de distribution,
91
+excluant toute possibilité pour certains de vivre du travail des autres,
92
+- l'abolition du salariat et du système d'exploitation de l'homme par l'homme.
93
+Les anarchistes n'ont pas la prétention de changer la nature humaine. Il n'espèrent qu'une
94
+chose : une meilleure éducation de l'individu pour une conception plus saine des rapports
95
+entre lui et ses semblables.
96
+Rompre avec le milieu et se perfectionnant, telle est l'idée-force de Kropotkine, et j'ajouterai :
97
+lutter pour plus de justice, dans le sens où l'entend Proudhon :
98
+"Sentir, affirmer la dignité humaine, d'abord dans tout ce qui nous est propre, puis dans la
99
+personne du prochain, et cela, sans retour d'égoïsme comme sans considération aucune de
100
+divinité ou de communauté : voilà le droit. Etre prêt en toute circonstance à prendre, et au
101
+besoin contre soi-même, la défense de cette dignité : voilà la justice". (2)
102
+Que cette phrase serve de réflexion et de pratique aux péroreurs multiples qui s'épanchent à
103
+force de discours et de littérature sur les Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.
104
+
webpages/ourarticles/Theses-Dagues-De-Judith.md
... ...
@@ -0,0 +1,98 @@
1
+---
2
+title: Towards an Anarcha-Transfeminist, Youth Liberationist, Anti-racist, Anti-Rapist Prison Abolitionism
3
+---
4
+# VERS UN ABOLITIONNISME ANARCHA-TRANSFEMINISTE, ANTI-RACISTE, ANTI-VIOLEURS, YOUTH LIBERATIONIST
5
+
6
+Note de traduction : Si l'écriture inclusive a été préférée pour parler des survivant.e.s d'agressions, les oppresseurs sont genrés par généralisation au masculin dans ce texte.
7
+
8
+Content Warning : Viol, Agression Sexuelle, Agression de personnes mineures, Incarcération, Abus, Racisme
9
+***
10
+
11
+
12
+1. **_Tout violeur est un flic sans badge_**
13
+2. **_Tout flic est un violeur avec un badge_** <sup>[1](#myfootnote1)</sup>.
14
+3. Presque aucun violeur n’est emprisonné. Les prisons ne punissent pas les violeurs.
15
+4. De fait, la majorité des violeurs prospèrent, ont une carrière réussie, obtenant pouvoir, richesse et prestige.
16
+5. D’un autre côté, les survivant.e.s qui tuent les personnes les ayant violé ou abusé risquent d’être incarcéré.e.s en conséquence. Les prisons punissent celleux qui se défendent contre les violeurs.
17
+6. Les personnes incarcérées sont régulièrement agressées en prison ; les agressions commises par les gardiens, le personnel, et les autorités sont, de façon anecdotique, plus courantes que les agressions par d’autres personnes incarcérées. En d’autres termes:
18
+7. Les prisons sont dirigées et opérées par les violeurs et pour leur bénéfice ; les prisons récompensent les violeurs avec un accès à un groupe de victimes qui ne peuvent pas résister ou s’échapper. Les prisons punissent la résistance violente.
19
+8. Abolir les prisons implique alors nécessairement de libérer une population de survivant.e.s qui ont tué leurs violeurs. Cela suppose de les libérer de gardiens de prison qui sont aussi des violeurs.
20
+9. Le Complexe Carcéral-Industriel n’est pas et n’a jamais été une institution destinée à punir les gens qui dominent violemment et blessent autrui.
21
+10. Le Complexe Carcéral-Industriel n’est pas une institution de justice.
22
+11. Le Complexe Carcéral Industriel est une institution d’esclavage racial.
23
+12. Bien que l’abus et les agressions sont des phénomènes complexes et des personnes marginalisées peuvent commettre de tels actes de domination, la grande majorité des actes de violence sexuelle dans les soi-disant États-Unis sont commis par des hommes cisgenres, blancs et hétérosexuels (Quel que soit l’âge ou le genre de la victime.)
24
+13. Le Complexe Carcéral-Industriel incarcère de façon très disproportionnée les personnes noires et indigènes.
25
+14. Le Complexe Carcéral-Industriel incarcère de façon très disproportionnée les personnes noires, indigènes, queer, trans, femmes et mineurs, pour avoir tué ou violemment résisté à un violeur. Tout particulièrement si le violeur est un homme blanc cisgenre.
26
+15. Les personnes noires et indigènes ne sont pas violentes de façon disproportionnée. Les hommes blancs le sont. Mais les hommes blancs ne sont pas emprisonnés de façon disproportionnées. Au contraire, une majorité de gardiens de prison sont des hommes blancs.
27
+16. La grande majorité des personnes incarcérées ne sont pas des violeurs ou agresseurs.
28
+17. Ergo, la grande majorité des personnes incarcérées noires ou indigènes ne sont pas des violeurs ou agresseurs.
29
+18. Les violeurs et agresseurs échappent de façon disproportionnée à la prison, les hommes blancs adultes sont protégés par la loi, la communauté et les flics.
30
+19. Les personnes noires et indigènes, trans, non-binaires, et queer, les femmes et les enfants sont les principales victimes de la violence sexuelle.
31
+20. Parmi celles-ci, les personne qui sont à l’intersection de plusieurs oppressions ont un risque plus élevé d’être violées.
32
+21. Les personnes qui sont à l’intersection de plusieurs oppressions ont aussi un risque plus élevé d’être incarcérées. Quand elles sont incarcérées, elles sont alors emprisonnées dans une cage gardée par des hommes blancs violeurs avec des badges et des armes et des tasers – instruments d’autorité, menace de mort, et torture.
33
+22. Un abolitionnisme qui se concentre sur de facto la protection, « réhabilitation » et sécurité des violeurs et agresseurs vis-à-vis de la résistance insurrectionnelle volontaire, autonome, individuelle ou collective des survivant.e.s et leurs allié.e.s est un abolitionnisme qui se concentre sur la protection et sécurité des hommes blancs hétérocis non-incarcérés.
34
+23. Un abolitionnisme qui bénéficie principalement les hommes blancs cishétéros non-incarcérés, et/ou qui essaye d’une façon ou d’une autre de protéger les violeurs et agresseurs des actes d’action directe perpétrés par les survivant.e.s est un abolitionnisme qui rend service aux puissants et défavorise les personnes marginalisées.
35
+24. Un abolitionnisme qui débute de la présupposition que « libérer et réhabiliter les personnes incarcérées » est synonyme de « libérer les violeurs, meurtriers et agresseurs » est un programme raciste qui considère les jeunes personnes noires et indigènes comme « violeurs, meurtriers et agresseurs », en acceptant le mensonge fasciste et réactionnaire selon lequel l’incarcération de masse de personnes noires ou indigènes est un projet destiné à « punir les violeurs, meurtriers et agresseurs ».
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+25. Quand une personne est sérieusement blessée et a besoin de thérapie et de soin pour se rétablir, c’est de la « réhabilitation ».
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+26. Les victimes incarcérées par le Complexe Industriel-Carcéral et l’esclavage racial ont été gravement blessées. Les victimes de viol ont été gravement blessées.
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+27. Les violeurs ne sont pas sérieusement blessés par leur décision de violer quelqu’un, et ils n’ont pas besoin de se rétablir de cette expérience.
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+<br>27a. Les agressions ou traumas dont un violeur aurait été victime dans le passé ne sont pas liées à leur décision de violer quelqu’un. Leur propre expérience potentielle de victimisation devrait être adressé dans son propre contexte, et non dans le contexte des expériences et besoins de quelqu’un d’autre – nommément, leurs victimes.
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+28. Un abolitionnisme qui bénéficie de façon disproportionnée les hommes blancs cishet aux dépends des personnes noires, indigènes, trans et queer, femmes et enfants, n’est pas une abolition du Complexe Carcéral-Industriel.
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+29. Un abolitionnisme qui se concentre sur les besoins des violeurs et agresseurs, et bénéficie les hommes blancs aux dépends des personnes marginalisées est complice et collègue du Complexe Carcéral-Industriel, car :
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+30. Tout violeur est un flic sans badge. Et :
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+31. Tout flic est un violeur avec un badge.
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+***
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+### Notes de fin : à celles et ceux qui disent « la résistance violente ne compte seulement comme autodéfense que en tant que dernier recourt, dans l'immédiat d'une aggression »
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+« Dans la nuit du 16 Novembre 1982, à Cheyenne, dans le Wyoming, Richard Jahnke Senior sorti de sa voiture et se retrouva dans la ligne de mire du fusil à pompe tenu par son fils de 16 ans. Richard Junior tira six fois ; quatre de ses tirs touchèrent son père dans le buste. Dans la maison, sa sœur de 17 ans Deborah attendait dans le salon avec une carabine semi-automatique M-1. Elle n’eut pas à tirer. Une heure après la fusillade, Richard Jahnke Senior mourut de ses blessures.
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+« Richard fut accusé de meurtre et d’avoir prémédité avec sa sœur ce meurtre. Au procès, les enfants se défendirent en affirmant qu’iels s’étaient protégés des agressions perpétrées par leur père. Richard Jahnke témoigna d’années d’abus violents. Il dit au jury que son père battait sa femme et lui, et battait et abusait sexuellement sa sœur, depuis aussi longtemps qu’il pouvait s’en souvenir. Richard et Deborah témoignèrent avoir à plusieurs reprises tenté d’obtenir de l’aide de la part d’agences de protection des enfants locales. L’avocat de Richard tenta également d’avoir un psychiatre légiste témoigner des effets de cette histoire d’abus sur la perception du danger par Richard la nuit du meurtre. Le jury considéra Richard coupable du meurtre et le condamna à une peine de 5 à 15 ans de prison.
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+Richard fit appel et remit en cause l’exclusion, lors du procès, du témoignage de l’expert. La court suprême du Wyoming confirma le jugement du procès. Concernant la question de l’autodéfense, il fut affirmé que la seule preuve admissible aurait été « une preuve établissant le fait que la défense pensait de bonne foi être dans un danger de mort ou de blessure grave immédiat, et que le seul moyen d’échapper à un tel danger était par l’emploi de force létale ».
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+<br>
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+<br>⎯ Joelle A. Moreno, « Killing Daddy : Developing a Self-Defense Strategy for the Abused Child » <sup>[2](#myfootnote2)</sup>.
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+Nous ne demandons seulement que les gens se revendiquant « anarchistes » ou « radicales » évitent de s’appuyer sur des outils heuristiques tels que la cour de justice, qu’iels affirment rejeter, pour juger de la justification éthique de l’autonomie des survivant.e.s. Vous avez établi un double standard éthique absurde, équivalent à une règle de droit, selon lequel toute victime ou survivant.e qui ne parvient pas à surmonter physiquement l’assaillant au moment même de l’agression, durant une expérience traumatique où iel a déjà eut son autonomie et son agentivité confisqués, perd automatiquement tout droit de reprendre leur autonomie et agentivité des mains de l’oppresseur par n’importe quel moyen possible ou nécessaire.
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+<br>
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+<br>Ce standard devient complètement absurde à la lumière de n’importe quelle considération de ce que le viol est dans la vraie vie – il s’agit très rarement d’un étranger dans une ruelle sautant hors d’un buisson, mais presque toujours quelqu’un que la victime connaît, aime, ou duquel elle dépend. Presque toujours quelqu’un qui détient du pouvoir sur elle. Les violeurs, par définition, volent une personne de son autonomie et de son agentivité, et par leur nature les circonstances dans lesquelles le viol a le plus de chances d’avoir lieu sont des circonstances dans lesquelles la victime est déjà sans pouvoir. Nous reconnaissons que le sexe avec une personne ivre est du viol, même si elle dit « oui », car l’ivresse inhibe la capacité d’une personne à donner son consentement informé. Comment une telle personne est supposée surmonter son assaillant au moment d’une agression ? Comment est-ce qu’un.e enfant ou un.e adolescent.e est supposé se défendre contre un père dans le moment de l’agression ? Une femme qui est violée par son mari dans son sommeil ?
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+<br>En établissant ce standard de protection qui s’applique aux violeurs après l’acte mais pas aux victimes, vous êtes en train d’établir implicitement un standard dans lequel un viol qui peut-être complété avec succès est de fait un acte protégé. Un standard selon lequel la personne la plus forte physiquement peut dominer, voler l’autonomie d’une autre personne, et s’attendre à voir leurs actions être protégées par la « communauté », aussi longtemps qu’elle peut réussir son agression. Vous collaborez avec le violeur en réifiant ce pouvoir, en s’assurant que cette perte d’agentivité et d’autonomie soit renforcée en permanence avec l’accord de la « communauté ». Nous notons que ce standard est tout particulièrement grave quand il concerne les enfants, les personnes âgées, avec des handicaps, ou qui font face à une oppression structurelle qui inhibe leur capacité à riposter contre des assaillants qui détiennent un pouvoir sur elles.
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+<br>Nous n’avons pas, n’avons jamais, défendu l’introduction d’un standard, une procédure, une règle, une mesure consistant à exécuter tous les violeurs, et nous sommes fatigué.e.s de cet homme de paille malhonnête. Nous rejetons la logique absurde de Engels dans « Sur l’Autorité », qui suppose que tout acte de force est automatiquement autoritaire, même un.e esclave tuant son maître, ou un.e prisonnier.e tuant leur gardien de prison, et nous trouvons extrêmement étrange que d’autoproclamé.e.s anarchistes semble appliquer sélectivement un standard Engelsien spécifiquement et seulement aux survivant.e.s de violence sexuelle. Nous demandons à ce que les « anarchistes » arrêtent de se ranger du côté des juges, des jurys, des cours de justice, des prisons et des flics, qui préféreraient envoyer en prison un adolescent de 15 ans pour avoir résisté violemment et d’avoir fait preuve de solidarité radicale avec sa sœur contre leur père, et ensuite vous faire passer pour « anti-carcéraux ».
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+<br>Nous demandons que vous arrêtiez de traiter le viol comme une erreur individuelle, une pathologie, une déviance, ou un « pêché » dont il faut se repentir, et que vous le reconnaissiez comme la structure du pouvoir et de la hiérarchie qu’il est. Nous demandons à ce que vous arrêtiez de forcer les survivant.e.s de se conformer à ce standard moral rigide tout en les accusant d’être des autoritaires puritain.e.s assoiffé.e.s de sang pour n’avoir ne serait-ce que contemplé la possibilité d’actes de résistance, pour n’avoir ne serait-ce que imaginé reprendre des mains des agresseurs l’agentivité et l’autonomie qui leur a été confisqué. Arrêtez de calomnier les anarchistes queer et transféministes en les qualifiant de réactionnaires pour avoir cité les théories d’anarchistes transféministes et queer passées <sup>[3](#myfootnote3)</sup>. Arrêtez de brandir vos livres sur la justice transformative comme des prêcheurs de coin de rue, arrêtez d’accuser les anarchistes trans noir.e.s d’aller contre la « résistance des personnes racisées » en critiquant l’investissement d’anarchistes blancs dans la récapitulation de la culture du viol suprémaciste blanche.
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+<br>Nous ne croyons pas qu’il y ait une seule solution qui puisse être appliquée à toutes les instances de violence sexuelle.
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+<br>Mais ce n’est pas notre devoir de sauver les âmes de nos oppresseurs.
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+<br>Nous n’avons sincèrement aucun intérêt dans ce quoi un agresseur ou violeur « mériterait ». Nous n’avons pas de règle universelle pour évaluer si une personne « mérite » une réponse particulière ou non. Si un violeur individuel désire la repentance, c’est ok pour eux de vouloir, mais ils sont invités d’aller s’en référer à Dieu. Pas nous, et sûrement pas leurs survivant.e.s. Si un violeur individuel change sincèrement et veut travailler activement contre la culture du viol, alors ils sont invités à s’engager dans ce travail de long terme vers la réhabilitation avec celleux qui sont volontaires à dédier des années de leur vie à des efforts de réhabilitation, mais ils ne peuvent en aucun cas un droit indiscutable à partager les communautés de leur propre victimes et survivant.e.s. Le viol est toujours un choix. Il n’est pas une erreur tragique ou quelque chose qui est arrivé au violeur. Ils sont les agents de leurs propres actions. Il y a beaucoup de stratégies possibles, en temps qu’individus ou communautés, concernant la réponse à avoir à quelqu’un qui a choisi, de leur propre chef, de dérober l’autonomie corporelle d’une autre personne. Mais une personne ayant prit cette décision n’est pas automatiquement assurée d’une résolution non-violente des conséquences de ses actions.
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+<br>Notre but est d’interrompre les structures de pouvoir, et d’interrompre la capacité de ceux qui infligent leur domination à autrui de causer plus de dommages, par n’importe quel moyen possible ou nécessaire. Être anti-viol c’est être antifasciste, ni plus ni moins.
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+<br>⎯ Judith’s Daggers
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+<a name="myfootnote1">Des ressources sur la violence sexuelle policière peuvent être trouvées sur les sites suivant :</a>
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+a) *The California Law Review*, “Police Sexual Violence, Police Brutality, #MeToo, and Masculinities”, qui indique qu’au moins 36,5 % des officiers de police dans une étude nationale ont commis des formes de Violence Sexuelle Policière, et crucialement, leurs collègues savaient et les ont protégé (le phénomène du « Blue Wall of Silence »), du plus les femmes noires ont été notées comme drastiquement plus souvent victimes de Violence Sexuelle Policière que les femmes blanches ;
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+b) Stinson et al. “Police Sexual Misconduct: a National Scale Study of Arrested officers”, qui montre, dans une étude d’officiers de police arrêtés pour des crimes de nature sexuelle, la violence sexuelle ne consiste pas en des cas isolés, et la plupart des victimes (71%) étaient en dessous de l’âge de 18 ans au moment de l’agression, la catégorie d’âge modale étant 14-15 ans ;
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+c) Isidoro Rodriguez, “Predators Behind the Badge,” dans lequel un officier dit que cibler les victimes de Violences Domestique cherchant de l’aide est comme « tirer sur une vache dans un couloir » (« Like shooting fish in a barrel ») ;
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+d) Walker and Irlbeck, “Police Sexual Abuse of Teenage Girls: A 2003 Update on “Driving While Female,” qui montre que 40 % des cas reportés de Violence Sexuelle Policière ont impliqué des personnes adolescentes ;
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+e) Buffalo News, “Abusing the Law,” qui indique qu’un officier de police est arrêté dans un cas d’agression ou abus à caractère sexuel tous les 5 jours aux US ;
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+f) Lohse’s “Since 2010 At Least 1300 Women and Children Have Been Sexually or Physically Attacked by UK Cops,” , une série en quatre parties sur la violence sexuelle policière et les victimes et survivant.e.s de cette violence. Quand nous disons « tout flic est un violeur avec un badge », nous le disons de la même façon que « All Cops Are Bastards ». Il n’y a pas de bons flics parce que ceux ostensiblement bons renforcent toujours le pouvoir des mauvais ; il n’y a pas de flic qui ne protège pas et ne s’allie pas avec des flics-violeurs, qui ne collabore pas, de façon explicite ou implicite, avec les flics-violeurs contre leurs victimes.
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95
+<a name="myfootnote2">Joelle A. Moreno, [*Killing Daddy: Developing a Self-Defense Strategy for the Abused Child*](https://ecollections.law.fiu.edu/faculty_publications/30), 137 U. Pa. L. Rev. 1281 (1989). Consulté le 20 Août 2022.</a>
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97
+<a name="myfootnote3">Nommément, Dangerous Spaces: Violent Resistance, Self-Defense, and Insurrectional Struggle Against Gender</a>
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