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Abraham Guillen.md
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| 2 | -title: Abraham Guillén |
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| 5 | -# Abraham Guillén : Anarcho-marxisme, théorie de la guérilla et socialisme de marché |
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| 7 | -« A warhead nutjob mutualist » |
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| 9 | -C’est en l’affublant de ce doux épithète volontairement humoristique (et relativement intraduisible en français… « mutuelliste cinglé et belliqueux » ?) qu’un.e ami.e italien.ne a piqué ma curiosité en me faisant découvrir Abraham Guillén, un théoricien socialiste d’Amérique latine. |
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| 11 | -Guillén était un « anarcho-marxiste ». Très prolifique (il écrit une quarantaine de livres), son apport le plus notable est son étude de la guérilla. Après Mai 68, sa théorie de la guérilla peut être considérée à un certain degré comme proto-autonomiste. Guillén est un stratège remarquable et un analyste compétent des luttes de libération, ayant compris une partie du tournant des luttes dans la seconde moitié du XXème siècle. |
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| 13 | -Son originalité provient aussi du fait qu’il était économiste, et considérait que l’alternative pratique à la planification centralisée soviétique était une forme de socialisme de marché. |
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| 15 | -Malgré un certain renom, peu de ses travaux ont été traduits en français, et uniquement une portion l’a été en anglais. |
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| 17 | -## Courte biographie |
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| 19 | -Abraham Guillén naît en 1913 en Espagne. Il rejoint la FIJL (la formation de jeunesse de la CNT) puis la CNT-FAI. Durant la guerre d’Espagne, il se bat dans la colonne Rosal. |
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| 21 | -Il connaît la théorie marxiste et il est favorable à une alliance avec le POUM ; il accuse toutefois ce dernier parti de ne pas être réellement marxiste par son rejet du syndicalisme. Il critique également la hiérarchie de la CNT et sa trahison des bases, ayant enterré la révolution sociale au profit de l’alliance avec la république. |
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| 23 | -Il est condamné à mort par le régime franquiste à la fin de la guerre civile, mais sa peine est ensuite commuée en 20 ans de prison. Il s’enfuit de prison en 1945 et part en exil en Argentine, où il s’occupe de théorie économique. Il se montre critique de l’URSS mais dans les années 50 le modèle socialiste chinois semble retenir son attention, et paraît un temps s’éloigner de l’anarchisme au profit du « *néomarxisme* », une interprétation libertaire de la théorie de Marx. |
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| 25 | -Il est arrêté au tout début des années 60, accusé d’entretenir des liens avec les *Uturuncos*, une guérilla péroniste du nord de l’Argentine qui combattait la dictature de la *Révolution Libératrice*; après un court emprisonnement, il obtient l’asile politique en Uruguay. Il noue des liens avec la FAU (Fédération Anarchiste Uruguayenne) et l’OPR-33 (Organisation Populaire Révolutionnaire), sa branche militante. Contrairement à d’autres mouvements de lutte et de guérilla en Amérique Latine à cette époque, l’OPR-33 s’allie au syndicalisme et aux « masses » plutôt que de s’en isoler. |
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| 27 | -Guillén été un « mentor » des *Tupamaros*, une guérilla uruguayenne marxiste-léniniste. Cependant il faut noter que Guillén dans ses écrits critique très régulièrement leurs méthodes en les comparant à celles de l’OPR-33, et n’est pas marxiste-léniniste. Mais c’est justement en réaction à ses critiques que les *Tupamaros* infléchissent leur tactique. La tactique urbaine des *Tupamaros* servira ensuite d’inspiration à des groupes comme les *Black Panthers* ou les *Weathermen* aux USA. |
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| 29 | -Sa théorie de la guérilla, qu’il écrit durant les années 60, se montre cependant très influente en Amérique Latine. Le cœur de cette théorie résidait dans une critique des méthodes guévaristes, du *focoismo*, qui privilégie les petits groupes armés clandestins agissant dans les montagnes. Guillén rejette l’idée guévariste selon laquelle un pays n’abritant pas de terrain accidenté, comme l’Uruguay, est impropre à la formation d’une guérilla. En étant l’un des premiers théoriciens de la « *guérilla urbaine* », Guillén cherche à démanteler la vision guévariste et par extension marxiste-léniniste de la lutte, faite de groupes de révolutionnaires professionnels isolés des masses. Guillén rencontre par ailleurs le Che, mais leur discussion se termine très rapidement en dispute. |
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| 31 | -Abraham Guillén remet l’accent sur l’anarchisme à partir de la moitié des années 60, et tout particulièrement après Mai 68 à Paris et dans le monde ; notamment le fédéralisme et l’action directe. Il s’intéresse également au modèle Yougoslave de l’autogestion et du socialisme de marché. |
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| 33 | -La figure centrale de l’anarchisme pour Guillén est Bakounine, dont il considère la théorie comme nécessaire pour pallier aux déficiences du marxisme. La critique bakouninienne de la technobureaucratie est importante à ses yeux ; ainsi que son appel à l’action directe. |
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| 35 | -Guillén considère aussi l’anarchisme comme une théorie plus adaptée aux luttes dans les pays moins développés, en opposition à un marxisme orthodoxe qui laisse entendre que la Révolution doit provenir du cœur de l’Empire, des pays plus développés. Guillén, lui, souscrit à la théorie de la *Révolution Continentale* : en Amérique, la révolution doit provenir du Sud, privant les US de leur pré gardé. La dégénérescence de l’impérialisme seule permettra ensuite l’exportation de la révolution jusqu’au cœur de l’Empire, jusqu’aux US. |
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| 37 | -Guillén continue cependant de s’appuyer sur la théorie marxiste, notamment sa théorie de l’exploitation et le matérialisme historique. Il pense même que les bolcheviques, en opposition au marxisme social-démocrate, avaient incorporé une facette anarchiste (en même temps que blanquiste), du moins avant la solidification de l’état soviétique. |
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| 39 | -Ses derniers écrits, de la fin des années 80, portent notamment sur la théorie économique de l’autogestion et du socialisme de marché. |
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| 41 | -## Guillén : Stratégie de la guérilla urbaine |
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| 43 | -« *Quand j'ai publié « Stratégie de guérilla urbaine », les « Tupamaros » ont vu une lumière, puisque je disais que les « forêts de ciment sont plus sûres que les forêts d'arbres* » ; [interview d’Abraham Guillén en 1978](https://alterautogestion.blogspot.com/2012/07/entretien-avec-abraham-guillen.html). |
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| 46 | -Guillén s’attelle à sa théorisation de la lutte durant les années 60. Son premier ouvrage notable dans ce domaine est sa *Théorie de la violence : guerre et lutte de classe*, publié en 1965. Mais son principal livre est la *Stratégie de la Guérilla Urbaine*, publiée en 1966 ; ses influences sont multiples : son expérience de la CNT-FAI, de l’OPR-33 et son étude des révoltes de Mai 68 guident notamment son analyse. Il publiera ensuite en 1969 un troisième traité notable, *Challenge au Pentagone*. Des extraits de ces travaux et le texte complet de Stratégie de la guérilla urbaine et Challenge au Pentagone sont consultables en anglais dans [*Philosophy of the Urban Guerilla*](https://archive.org/details/philosophy-of-the-urban-guerrilla-the-revolutionary-writings-of-abraham-guillen-). |
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| 48 | -Un autre de ses textes, où il développe plus le caractère militaire d’une guérilla et dont le propos est moins abordé ici, [*Dialectique de la Guérilla*](https://le-cafe-anarchiste.info/la-dialectique-de-la-guerre-abraham-guillen/), a été traduit en français. |
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| 50 | -### La ville comme centre subversif |
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| 52 | -Le sens du « *guillénisme* » est avant tout celui d’une réponse au guévarisme et à la stratégie des focos, la formation de groupes clandestins en campagne et dans les montagnes, visant à s’appuyer sur les masses paysannes et cherchant à encercler les villes. |
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| 54 | -Pour Guillén, la stratégie guévariste commet l’erreur de considérer que l’action militaire peut créer ex-nihilo des révolutions. Guillén insiste au contraire que plutôt qu’un terrain favorable, ce qu’il faut se constituer est un soutien populaire réel, notamment au sens des masses. Les *objectifs militaires* doivent être subordonnés aux buts politiques. |
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| 56 | -Et c’est au sein des villes que se trouvent les masses dotées d’un potentiel révolutionnaire. Le capitalisme a concentré le prolétariat en zone urbaine, ainsi que les sans emplois, les étudiants. Le centre d’opération doit donc être les plus grandes villes. |
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| 58 | -Plutôt que le contrôle du maquis et l’encerclement des villes, Guillén propose l’action urbaine et à partir de ce point la subversion des campagnes. Il reconnaît toutefois que la stratégie doit s’adapter au contexte du pays et des régions, selon la prévalence ou non d’une population rurale ou urbaine. Dans une Amérique Latine ayant connue une urbanisation très tôt dans son histoire, la part de population urbaine force à reconnaître au moins la nécessité d’une alliance entre campagne et mouvements urbains, et que toute politique révolutionnaire doit laisser une place aux revendications paysannes, notamment les réformes agraires. |
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| 60 | -### Le temps et l’espace |
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| 62 | -Dans la résistance, dans la lutte, dans la *guerre de libération*, le camps qui gagne n’est pas, n’est plus, celui qui triomphe par les armes, mais celui qui tient le plus longtemps ; moralement, politiquement, économiquement. |
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| 64 | -« *Une armée prétorienne qui oppresse et colonise sa propre population n’atteindra jamais la victoire mais bien plutôt sa défaite définitive et écrasante, en étant forcée de s’engager dans des petites batailles, à être démoralisée par le facteur temporel, et forcée à frapper dans le vide par l’emploi stratégique et rationnel de l’espace par la guérilla* ». |
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| 66 | -L’emploi de l’espace consiste à se regrouper momentanément en des points faibles du dispositif impérial et se disperser ensuite, dans la ville, dans la foule, ou dans les mouvements. |
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| 68 | -Organiser un *foco* isolé de la population limite le soutien qu’il peut obtenir, et surtout le rend très vulnérable à des campagnes d’encerclement. Dans le cadre des guérillas, des luttes armées d’Amérique latine, Guillén souligne comment les actions dans les campagnes rendaient les groupes vulnérables aux sièges, et même aux bombardements aériens, au napalm, à l’artillerie. En choisissant des tactiques conventionnelles, en se plaçant sur un plan strictement militaire, la guérilla s’expose à des attaques de nature conventionnelle et doit se plier à des lois qui la défavorise, tandis que les armées régulières sont des expertes de ce type de manœuvres. |
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| 70 | -La lutte ne doit pas se rattacher au territoire, elle doit être partout et nulle part. |
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| 72 | -« *Stratégiquement, une petite armée de guérilla doit opérer en vue de créer les conditions pour une insurrection de masse sans engager les forces populaires dans une bataille initiale, sans se rattacher à un espace donné (barricades urbaines), sans créer de camps de montagne fixes (aussi longtemps qu’elle est faible dans l’espace elle doit savoir comment durer dans le temps)* ». |
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| 74 | -Guillén préconise des actions surprises, perpétrées par des groupes mobiles qui surgissent des masses ou du mouvement, créent une supériorité locale momentanée, avant de disparaître pour laisser les forces de la répression frapper dans le vide. |
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| 76 | -Ces petites opérations ne doivent pas être faites pour saisir des objectifs physiques, mais doivent chercher à encourager l’esprit révolutionnaire de la population, et gagner du temps. |
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| 78 | -En somme, il faut pour la guérilla garder l’initiative, démoraliser l’adversaire, éviter l’affrontement, se montrer flexible et changer ses plans d’opération, grignoter l’ennemi, le paralyser stratégiquement, l’humilier, égratigner son image auprès de la population, faire des actions surprises pour encercler et annihiler l’empire là où il est vulnérable puis se disperser. |
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| 80 | -### L’action directe à travers les mouvements |
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| 82 | -Une masse subversive, un mouvement plus large peut toutefois effectivement occuper du terrain, élever des barricades. Mais ces actions ne visent pas ou doivent éviter à obtenir une permanence dans le temps. En outre, les militants ne doivent pas s’y limiter, ils doivent rester mobiles dans le temps et l’espace pour multiplier les angles d’approche. |
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| 84 | -Le militant anonyme, à la fois distinct du mouvement dans son action, et lié au mouvement en en sortant et en s’y dispersant, agit sur un « *front mobile* ». Son rôle n’est pas l’occupation de terrain, cela devrait être le rôle d’un mouvement qui aurait atteint une radicalité et une masse critique. Les guérilleros ne doivent pas établir leur propre infrastructure (mais peuvent sans doute se reposer sur celle du mouvement). |
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| 86 | -Toute action doit être subordonnée aux objectifs politiques du mouvement en général. Pour Guillén, si les actions radicales perpétrées par les militants ou la guérilla sont couronnées de succès et qu’ils parviennent à maintenir leurs liens avec le mouvement ; les plus modérés seront nombreux à être convaincus de l’efficacité réelle des actions militantes. Guillén prend les actions de l’OPR-33 comme des exemples éclatant d’efficacité, en employant des méthodes variées pour faire une pression personnelle sur le patronat et ses agents lors des grèves d’une façon bien plus efficace que la simple cessation de travail ne l’est. Guillén ici se place entre autres dans la lignée du syndicalisme d’action directe que défendaient les anarchistes des bourses du travail en France. |
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| 88 | -Contrairement au Che, Guillén voit un intérêt et un potentiel révolutionnaire dans les grèves, dans les revendications de libertés par les mouvements ouvriers, pour la démocratisation des régimes, ou pour la libération d’un héro populaire. |
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| 90 | -Il cite Mai 68 comme un exemple, avec les occupations d’usine, l’alliance entre le prolétariat et les étudiants, les manifestations ; toutes ces actions ont un potentiel plus important que de se retirer dans un foco dans les montagnes. Pour Guillén le foquismo n’est rien de plus qu’une stratégie d’étudiants qui agissent séparés des travailleurs. |
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| 92 | -« *Le foquismo (…) n’est bon qu’à empiler les cadavres et donner des victoires faciles aux généraux de la répression, entraînés par le Pentagone* ». |
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| 94 | -Toutes ces actions temporaires et tactiques sont valables à condition qu’une vision stratégique révolutionnaire est conservée. |
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| 96 | -Vivre séparément, Lutter ensemble |
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| 98 | -Le militant ne doit donc pas être extérieur au mouvement, il est préférable qu’il existe en son sein, en fait partie. Guillén encourage la dispersion géographique des militants dans la ville et la compartimentation ; il ne semble pas mettre l’accent sur la notion de réseau plutôt que de groupe, mais c’est une conclusion logique qu’un lecteur pourrait tirer de son ouvrage. |
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| 100 | -Il rejette la pratique des Tupamaros qui créaient des caches et habitaient collectivement dans des maisons et appartements, ainsi faciles à identifier et surveiller. Il préconise aussi la diversité de l’approvisionnement ; la décentralisation et la redondance sont préférables. |
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| 102 | -Une infrastructure lourde crée des traces que le militant doit éviter de produire. En outre, l’infrastructure lourde est non seulement une erreur tactique, elle est aussi une erreur logistique et économique. L’infrastructure étant de la propriété, détenir de l’infrastructure c’est créer des propriétaires ou même de tomber à la merci de propriétaires, un problème auquel les Tupamaros eurent à faire face. Et entretenir une infrastructure trop lourde est une perte de temps et de capitaux que des agents autres que l’État ne peuvent se permettre. |
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| 104 | -Les représailles comme tactique |
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| 106 | -Guillén est critique de la violence aveugle. |
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| 108 | -Il met l’accent sur les représailles comme stratégie centrale, permettant aux actions anonymes de facilement se justifier aux yeux du mouvement. Des actions qu’il faut laborieusement expliquer à la population ne valent rien. L’action doit être significative et convaincante en elle-même. Il faut agir avec l’intérêt et le sentiment du mouvement et de la population en tête, de façon rationnelle ; et les cibles doivent être soigneusement choisies. |
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| 110 | -Pour reprendre une expression employée par Tiqqun dont le texte « Ceci n’est pas un programme » rejoint une partie des thèses guillénistes, les actions doivent être invisibles pour l’Empire et visibles pour le mouvement. |
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| 112 | -« Rien n’est plus important que la conséquence politique de nos actions ; tout le reste est secondaire ; à l’image des généraux pour qui l’art de la guerre consiste à forcer l’ennemi à battre en retraite ». |
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| 114 | -Les actions coup de main, si elles sont efficaces pour résoudre des conflits sociaux, pousseront les gens vers les idées révolutionnaires plutôt que le syndicalisme modéré. Le syndicalisme d’action directe peut pousser aux occupations d’usine, la transformation de ces dernières en coopératives de production, entreprises autogérées… et préparer à l’avènement d’une société socialiste sans bureaucrates et capitalistes. |
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| 116 | -Il est donc nécessaire que toute action soit proportionnelle ; la violence militante ne doit jamais dépasser celle déployée par l’État au risque de perdre le mouvement. C’est une chose que Guillén critique âprement chez les Tupamaros qui perdirent peu à peu le soutien des masses après une guérilla urbaine efficace, en employant une violence exacerbée, en ayant une ligne politique confuse, des demandes irréalistes ou peu judicieuses aux yeux de la population, en pratiquant la prise d’otage et le meurtre. Guillén critique la pseudo « justice populaire » exercée par les groupes armés qui se veulent juges et bourreaux. |
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| 118 | -Ainsi, l’autodéfense est la notion qui prime chez Guillén, et en un sens l’éthique et la stratégie politique est une épine dorsale nécessaire pour le guérillero ou le militant. |
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| 120 | -Antiautoritarisme, fédéralisme |
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| 122 | -Guillén note que le centralisme organisationnel crée des vulnérabilités et est une cause de scissions |
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| 124 | -Les organisations de guérilla doivent également rejeter le despotisme interne. S’il faut des commandants, ils doivent être élus et délégués responsables et révocables ; en outre, il doit y avoir une rotation obligatoire des cadres. Guillén évoque l’exemple du général thébain Epaminondas, qui après deux années brillantes de campagne, redevint un soldat comme les autres. |
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| 129 | -« Les choses sont ainsi, si les guérillas urbaines allemandes et italiennes ne mobilisent pas la population à la base de leurs actions, si ces minorités armées ne convainquent pas les masses populaires désarmées, le triomphe de la révolution ne se produira pas ainsi. Il convient alors de se demander, à quoi sert la dramatisation de la lutte ? À moins qu’il ne soit question de déstabiliser un pays ou d’expulser du Pouvoir un parti pour qu’un autre prenne sa place (mais sera-t-il meilleur ou pire ?), pousser la violence à l’extrême ne se justifie pas, si on va à la chasse pour que d’autres chassent (…) Je n’ai pas beaucoup d’informations sur la guerre urbaine européenne, mais j’imagine qu’elle est détachée des mouvements syndicaux ouvriers, aujourd’hui réformistes (socialistes ou communistes), qui peuvent être mobilisés par ces guerilleros, pour accéder à un socialisme authentique. Lequel ? Comment ? Pour quand ? Avec quel programme ? C’est là que se trouve la faiblesse de la guérilla européenne. Quel est son message ? Comment résout-t-elle la crise de la société post-industrielle ? Si la politique est mauvaise, la stratégie ne peut jamais être bonne ; elle est mise en échec, non par lâcheté, mais par manque d’intelligence. » |
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| 130 | -~ Abraham Guillén au sujet de la RAF. |
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| 136 | -Principes d’Économie Libertaire |
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| 139 | -« Une économie inspirée par des principes fédéralistes et autogérées, avec un marché autogéré, peut être fonctionnelle et éviter la planification centralisée qui mène inévitablement à l’État totalitaire et bureaucratique, propriétaire de tous et tout (…) Dans un marché libéré des capitalistes et de la tutelle de l’État, ces lois auto-réguleront, presque cybernétiquement, le processus économique de production, échange, distribution et consommation ». |
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| 141 | -Les principes d’économie libertaire de Guillén sont un court texte publié en 1988 dans lequel il résume des idées qu’il explore dans plusieurs de ses autres ouvrages d’économie, dont l’un des principaux est « Socialisme autogestionnaire ». |
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| 143 | -Guillén rejette le modèle économique soviétique qu’il considère comme planiste, et critique le modèle à l’Ouest non pas en temps que système de libre marché mais comme « Western Welfare-Statism » (un providentialisme d’état occidental), défendu par des « socialistes de la cathédrale » (il emprunte ici l’expression de Bakounine) sociaux-démocrates dont la muse, qui était avant cela Marx, est désormais Keynes. La nouvelle forme du capitalisme, pour Guillén, est celle du capitalisme de monopole dominé par la classe technobureaucratique ; le modèle keynésien est celui de la croissance des taxes, l’inflation monétaire, le déficit, le chômage pour les bases. |
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| 145 | -Il en tire une théorie donc d’un socialisme de marché et post-étatique. Comme nous l’avons mentionné auparavant, Guillén s’était d’ailleurs intéressé au modèle yougoslave. |
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| 147 | -Son socialisme essaye de coupler le libre marché avec l’autogestion généralisée. Il n’est toutefois pas exactement un mutuelliste ; il ne semble pas s’en revendiquer, et se distingue des incarnations individualistes du mutuellisme contemporain par diverses propositions ; il n’est pas individualiste en replaçant l’individu comme appartenant avant tout aux collectifs. Son influence marxiste est visible. |
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| 149 | -Il souhaite également le remplacement de l’argent par des chèques de travail et éviter l’accumulation de capital ; il est pourtant un défenseur dans un même temps de la concurrence sur le libre marché et du profit motive ; l’articulation entre ces deux n’est pas tout à fait explicitée dans son pamphlet. Il va même jusqu’à parler d’une « main invisible » du marché socialiste. En somme, le libre-marché du socialisme est un marché débarrassé de l’accumulation individuelle de richesse, de la spéculation, de la propriété privée capitaliste. La planification doit venir d’une mise en commun de richesse sociale : une formulation qui peut-être manque de clarté. |
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| 151 | -Il est très optimiste par rapport à l’apport technologique, voyant l’informatique comme un apport utile au marché socialiste, et voyant l’automatisation de la production comme un progrès nécessaire. Guillén espère qu’à terme le système économique atteindra éventuellement le communisme. |
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| 155 | -On serait tenté de qualifier la théorie économique de Guillén de « collectivisme de marché » anti-autoritaire ou anarchiste, puisque l’on ressent très clairement le caractère anarcho-syndicaliste de son cadre théorique, tout en étant en désaccord avec les thèses individualistes. |
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| 157 | -Guillén était-il un « warhead nutjob mutualist » ? Évidemment non : il était un anarchiste social de marché, et surtout un stratège. |
Anarcha-Feminist Theory, Organization and Action 1970-1978.md
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| 2 | -title: Anarcha-Feminist Theory, Organization and Action 1970-1978 |
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| 5 | -*This article is a repost of a paper written by Julia Tanenbaum and published by pglavin16 on October 26, 2016. It's still accessible in [Institute for Anarchist Studies' archive](https://web.archive.org/web/20170711163641/https://anarchiststudies.org/2016/10/26/to-destroy-domination-in-all-its-forms-anarcha-feminist-theory-organization-and-action-1970-1978-by-julia-tanenbaum/)* |
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| 10 | -## To Destroy Domination in All Its Forms: Anarcha-Feminist Theory, Organization and Action 1970-1978, by Julia Tanenbaum |
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| 12 | -As anarchists look for genealogies of principles and praxis in a variety of social movements, from the anarcho-pacifists who spoke out against World War II to anarchists who joined the Black Power movement, so too should they look for their feminist foremothers, not only in the early 20th century anarchist movement but in the radical women’s movement of the 1970s. Many radical feminists shared anarchist goals such as ending domination, hierarchy, capitalism, gender roles, and interpersonal violence, and utilized and influenced the key anarchist organizational structure of the small leaderless affinity group. They grappled with the questions of how to balance autonomy and egalitarianism and create nonhierarchical organizations that also promoted personal growth and leadership. In 1974 Lynne Farrow wrote, “Feminism practices what anarchism preaches<a href="#footnotes" aria-describedby="footnote-label" id="footnotes-ref">[1]</a>.” |
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| 14 | -<img src="media/images/anafem/anafem1.jpg" class="center" width="200" style="background-color: transparent"> |
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| 16 | -Anarcha-feminism was at first created and defined by women who saw radical feminism itself as anarchistic. In 1970, during the rapid growth of small leaderless consciousness raising (CR) groups around the country, and a corresponding theory of radical feminism that opposed domination, some feminists, usually after discovering anarchism through the writings of Emma Goldman, observed the “intuitive anarchism” of the women’s liberation movement. Radical feminism emphasized the personal as political, what we would now call prefigurative politics, and a dedication to ending hierarchy and domination, both in theory and practice.2 CR groups functioned as the central organizational form of the radical feminist movement, and by extension the early anarcha-feminist movement. 3 Members shared their feelings and experiences and realized that their problems were political. The theories of patriarchy they developed explained what women initially saw as personal failures. Consciousness raising was not therapy, as liberal feminists and politicos frequently claimed; its purpose was social transformation not self-transformation.4 Radical feminist and anarchist theory and practice share remarkable similarities. In a 1972 article critiquing Rita Mae Brown’s calls for a lesbian party, anarchist working-class lesbian feminist Su Katz described how her anarchism came “directly out of” her feminism, and meant decentralization, teaching women to take care of one another, and smashing power relations, all of which were feminist values.5 Radical feminism attributed domination to the nuclear family structure, which they claimed treats children and women as property and teaches them to obey authority in all aspects of life, and to patriarchal hierarchical thought patterns that encouraged relationships of dominance and submission.6 To radical feminists and anarcha-feminists, the alternative to domination was sisterhood, which would replace hierarchy and the nuclear family with relationships based on autonomy and equality. A chant that appeared in a 1970 issue of a feminist newspaper read “We learn the joys of equality/Of relationships without dominance/Among sisters/We destroy domination in all its forms.”7 These relationships, structured around sisterhood, trust, and friendship, were of particular importance to the radical feminist vision of abolishing hierarchy. As radical feminist theologian Mary Daly wrote in 1973, “The development of sisterhood is a unique threat, for it is directed against the basic social and psychic model of hierarchy and domination.”8 Radical feminists opposed the “male domineering attitude” and “male hierarchical thought patterns,” and attempted to act as equals in relationships deeper than male friendships.9 |
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| 18 | -To feminists familiar with anarchism, the connections between both radical feminist and anarchist theory and practice were obvious. Anarchist feminism was essentially a step in self-conscious theoretical development, and anarcha-feminists believed that an explicit anarchist analysis, and knowledge of the history of anarchists who faced similar structural and theoretical obstacles, would help women overcome the coercion of elites and create groups structured to be accountable to their members but not hierarchical.10 They built an independent women’s movement and a feminist critique of anarchism, along with an anarchist critique of feminism. To anarcha-feminists, the women’s movement represented a new potential for anarchist revolution, for a movement to confront forms of domination and hierarchy, personal and political. Unlike Goldman, Voltaraine De Cleyre, the members of Mujeres Libres, and countless other female anarchists concerned with the status of women in the 19th and early 20th century, they became feminists before they became anarchists. Anarcha-feminists eventually merged into the anti-nuclear movement by the end of 1978, but not before contributing to crucial movement debates among both anarchists and feminists, building egalitarian, leaderless, and empowering alternative institutions, and altering US anarchism in theory and practice. |
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| 21 | -### A. Becoming Anarcha-Feminists |
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| 23 | -The term “anarchist-feminist,” later used interchangeably with anarcho-feminism and anarcha-feminism, first appeared in an August 1970 issue of the Berkeley-based movement newspaper, *It Ain’t Me Babe*. The newspaper published an editorial calling for “feminist anarchist revolution” next to an article about Emma Goldman. The collective did not synthesize a theory of anarcha-feminism, but rather explained how their anarchist beliefs related to the organizational structure of the paper, which they designed as an affinity group to encourage autonomy and discourage “power relationships or leader follower patterns.”11*It Ain’t Me Babe* exemplified the “intuitive anarchism” of the early women’s liberation movement. It’s masthead read “end all hierarchies” and the paper contained articles like Ellen Leo’s “Power Trips,” which exemplified the radical feminist tendency to oppose all forms of domination. Leo wrote in 1970, “The oppression of women is not an isolated phenomenon. It is but one of the many forms of domination in this society. It is a basic belief that one person or group of people has the right to subjugate, rule and boss others.”12 Like anarchists, these feminists connected the oppression of women to a larger phenomenon of domination. Beginning in 1968 and growing in strength until 1972, radical feminism was anything but monolithic and many participants differed greatly in regards to their views on sexuality, the family, the state, organizational structure, and the inclusion of transgender women in the movement. |
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| 25 | -Most anarcha-feminists were initially radicalized by the political and cultural milieu of the anti-war movement, but it was their experiences in the women’s liberation movement combined with the influence of Emma Goldman that led them to develop anarcha-feminism as a strategy. As feminists struggled to reclaim women’s history, Goldman became a feminist icon due to her advocacy of birth control, free love, and personal freedom. In 1971 radical feminist novelist and historian Alix Kates Shulman wrote, “Emma Goldman’s name has re-emerged from obscurity to become a veritable password of radical feminism. Her works rose from the limbo of being out of print to…being available in paperback. Her face began appearing on T-shirts, her name on posters, her words on banners.”13 Goldman criticized the bourgeois feminist movement and its goal of suffrage, which led many women to criticize her as a “man’s woman.” However, Shulman and many others argued that Goldman was a radical feminist worthy of recognition because she stressed the oppression of women as women by the institutions of the patriarchal family and puritan morality, as well as religion and the state.14 As anarcha-feminist Cathy Levine wrote in 1974, “The style, the audacity of Emma Goldman, has been touted by women who do not regard themselves as anarchists… because Emma was so right-on…. It is no accident, either, that the anarchist Red Terror named Emma was also an advocate and practitioner of free-love; she was an affront to more capitalist shackles than any of her Marxist contemporaries.”15 Feminists honored Goldman’s ideas and legacy by opening an Emma Goldman Clinic for Women in Iowa in 1973, publishing new volumes of her work, naming their theater troupes after her, and writing screenplays, operas, and stage plays about her life. 16 In 1970, the women’s liberation periodical Off Our Backs dedicated an issue to Goldman with her image on the cover. Despite this, Betsy Auleta and Bobbie Goldstone’s article about Goldman’s life discussed what they perceived as her faults (her opposition to suffrage and disconnect from much of the women’s movement) because she had become a “super-heroine” in the movement. 17 |
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| 27 | -### C. Siren and Early Anarcha-feminist Networks |
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| 28 | -<img src="media/images/anafem/anafem2.jpg" class="float-left" style="background-color: transparent"> Goldman encouraged women to make connections between radical feminism and anarchism, and her writings often served as radical feminists’ introduction to anarchism or the impetus for them to make connections between anarchism and feminism. To many anarcha-feminists this theory represented both a critique of the sexism of the male New Left, including its anarchist members, as well as a critique of socialist and liberal feminism. Despite this intuitive anarchism, attempts by early anarcha-feminists to develop an anarchist analysis within many radical feminist collectives felt silenced, while women in the anarchist movement, where misogyny ruled as much as in the rest of the New Left, also felt alienated. Anarcho-feminist attempts to elucidate connections between feminism and anarchism, like those of Arlene Meyers and Evan Paxton, were often met with intimidation and censorship in mixed groups. These conditions created the possibility for an independent anarcha-feminist movement, but first, anarcha-feminists would have to communicate and develop their theories. |
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| 30 | -Early anarcha-feminist theory and debate emerged through Siren newsletter. The first issue, produced as a journal in 1971, contained “Who We Are: The Anarcho-Feminist Manifesto,” written by Arlene Wilson, a member of the Chicago Anarcho-Feminist Collective.18 The manifesto focused on differentiating anarcha-feminism from socialist feminism through a critique of the state: “The intelligence of womankind has at last been brought to bear on such oppressive male inventions as the church and the legal family; it must now be brought to re-evaluate the ultimate stronghold of male domination, the State.”19 |
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| 32 | -In February of 1970 Arlene Meyers and the Siren collective switched from journal to newsletter format, which allowed feminists throughout the US to participate in defining anarcha-feminism and its theory.20 Siren allowed women in diverse (often not explicitly anarchist) collectives in many regions of the country to communicate and develop their theory. Later issues of the newsletter included news items related to feminist and anarchist activism, including political prisoner support for anarchists in Spain through the Anarchist Black Cross, women’s health clinics, childcare and living collectives, and working at infoshops like Mother Earth Bookstore.21 |
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| 34 | -The last three issues of Siren, published in 1973, contain the majority of the newsletter’s analysis and debate, covering topics such as state power and authoritarianism, prefigurative politics, lesbian feminism, and gender identity and expression. Issue 10 of Siren contained two statements by transgender individuals, critiquing both sexism and the gender binary, and offering a progressive vision of transgender inclusion within the movement. Eden W, a member of the Tucson Anarcho-Feminists, described her experiences as a “male woman” and critiqued “the authoritarianism that demands that males must be of one gender and females of another,” thus critiquing the gender binary itself as a form of authoritarianism..22 Finally, she asked feminists to look on “femmiphiles” as their sisters.23 |
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| 36 | -This essay stood in contrast with the prejudice towards trans women in the larger radical feminist movement, which sometimes portrayed them as interlopers who brought male privilege into women only spaces. That same year radical feminist Robin Morgan famously denounced male to female transgender feminist songwriter and activist Beth Elliot as a rapist and “infiltrator” at the 1973 West Coast Lesbian Conference, although it is worth noting that two-thirds of the conference-goers voted for Elliot to stay.24 Some feminists conflated transgender women with men in drag, accused them of being rapists, and felt that they retained male privilege and should not be allowed in feminist spaces.25 Although anarcha-feminists were undoubtedly influenced by this discourse, attitudes towards transgender people were not monolithic in the feminist movement at large. Eden W’s statement emphasizes that she is heterosexual, perhaps because of this widespread fear of transgender women as rapist infiltrators. This limited discussion of transsexuality nevertheless reveals that anarcha-feminists were willing to discuss this conflict, and give transgender people a voice in the movement. |
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| 38 | -Issue 8 of Siren also contained “Blood of the Flower,” a statement written by Marian Leighton and Cathy Levine, members of the Cambridge based Black Rose Anarcho-Feminist collective.26 Unlike Wilson, Leighton and Levine reject not only socialist feminism’s analysis of the state, but its tactics and the idea of movement building altogether. To them, “movements,” as represented by the male Left and its ideas of a vanguard, separated politics from personal dreams of liberation until women abandoned their dreams or dropped out of the movement altogether. Instead, they advocated leaderless affinity groups in which each member could act as an individual, and presented this anarchist form of organization as the alternative to hierarchical movement politics practiced by socialist feminists and liberal feminists. The small leaderless affinity group allows members to participate “on an equal level of power” without leadership determining the direction of the movement.27 They wrote, “Organizing women, in the New Left and Marxist left, is viewed as amassing troops for the Revolution. But we affirm that each woman joining in struggle is the Revolution.”28 This anarcha-feminist vision, almost similar to the cell-like structure of earlier insurrectionary anarchist groups, emphasized valuing individual contributions in small groups instead of building the large, often authoritarian, and impersonal “revolutionary armies” that many New Leftists and socialist feminists envisioned. To achieve this, anarcha-feminists would build their movement through small affinity groups and participating in various feminist and anarchist counter-institutions. |
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| 40 | -### D. Small Groups, Growing Networks |
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| 41 | -<img src="media/images/anafem/anafem3.jpg" class="float-left" style="background-color: transparent" width="200">Anarcha-feminists also formed study groups, which, like the CR groups, also acted as affinity groups, and formed and dissolved quickly. Many groups were located in university towns, partially due to the success of AnarchoFeminist Network Notes as a communications network, which allowed activists to communicate and organize outside of major urban areas. Collectives were often small, flexible, and project based. Because they required intimacy and small size, when groups became too large, as the Des Moines and Cambridge based Black Rose Anarcho-Feminists did, they split into multiple study and action groups.29 These groups also acted as affinity groups that collectively participated in action around various local and national issues, from the local food coop to international political prisoner support to the lesbian movement to ecology struggles and the anti-nuclear movement.30 |
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| 43 | -The collective Tiamat originated in Ithaca, New York in 1975 and dissolved in 1978. Their name originated from the tale of a goddess of chaos and creation, feared by men but worshiped by women.31 The collective read anarchist theory together, shared ideas, and put out an issue of the newsletter Anarcha-Feminist Notes in 1977. According to former member Elaine Leeder’s reflections, the collective members participated in political activities ranging from protesting the building of a local shopping mall to raising money for a day care center for political dissidents in Chile. Furthermore, Leeder argued that the collective was a functioning “anarchistic society”: “We are leaderless, non-hierarchical… and always ready to change. We live self-management, learn what it is together…and support each other.” 32 Tiamat supported Leeder’s interest in the mental health liberation movement and her successful effort to stop the introduction of electro-shock therapy at a local mental hospital.33 |
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| 45 | -Anarcha-feminists worked in a wide variety of movements, and thus brought their prefigurative and feminist ideas to a diverse audience. Furthermore, a focus on education allowed anarcha-feminists to develop their own autonomy and talents. However, these diverse activities and the ephemeral nature of these collectives illustrate why anarcha-feminism is almost always ignored by historians and documents or records of these collectives are difficult to find. |
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| 47 | -To unite a small, decentralized movement, anarcha-feminists created communications networks through newsletters and conferences. At the Yellow Springs Socialist Feminist Conference in Ohio in 1975, the future members of Tiamat met and anarcha-feminists proposed that they should combine their networks and mailing lists.34 After the conference, anarcha-feminists established new collectives in Bloomington, Illinois, and Buffalo, New York.35 The conference was considered notable for its lack of a definitive definition of socialist feminism, and its broad “principles of unity” included two items associated with radical feminism and anarcha-feminism, but condemned by male socialists: recognizing the need for an autonomous women’s movement, and that all oppression is interrelated.36 Its broad principles illustrated how socialist feminists viewed economic oppression as one of many forms of domination rather than as the “lynchpin,” as male Marxists tended to argue. |
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| 49 | -Similar in format to Siren, Anarcha-Feminist Notes originated from a merger of two short-lived newsletters, Anarcho-Feminist Network Notes and The Anarchist-Feminist Communications Network.37 A different collective published each issue of the newsletter, and thus each varied in style and content. The Des Moines anarcha-feminist study and action group, Tiamat, and the Utopian Feminists were among the collectives who published issues of the newsletter. Although the last issue was published in March 1978, Anarcha-Feminist Notes, while it existed, acted as an effective means of communication for a decentralized movement. |
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| 51 | -Prior to Tiamat’s dissolution, it sponsored an Anarcha-Feminist Conference in June 1978 that attracted women from London, Italy, Toronto, and several US cities.38 In an idyllic location in Ithaca, women attended three days of workshops on topics such as anarcha-feminism and unions, self-liberation as social change, the ecology movement and anarcha-feminism, women and violence, building the anarcha-feminist network, matriarchy and feminist spirituality, beards and body hair, combatting racism, and anarcha-feminism and class.39 The conference’s theme was “Anarcha-Feminism: Growing Stronger,” which referenced the growth of anarcha-feminist theory and action since its inception. A packet given to conference attendees contained an essay called Tribes by Martha Courtot, which echoed conference goers’ feelings about building anarcha-feminist community. “We tell you this: we are doing the impossible. We are teaching ourselves to be human. When we are finished, the strands which connect us will be unbreakable; already we are stronger than we ever have been.”40 Unlike purely cultural feminism, anarcha-feminists connected this strength and community to a larger fight against domination. Both their personal lives and organizing efforts in mixed movements like the ecology movement were important parts of their politics. |
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| 53 | -### E. From Conscioussness Raising to Counter-Institutions |
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| 55 | -Historian Barbara Ryan argues that the “small group sector” of the feminist movement virtually disappeared by the mid ‘70s, due to ideological and practical conflicts within the movement and the influence of liberal feminists, who advocated larger structured organizations.41 However this frequent narrative, which emphasizes the fast rise and fall of small CR groups, negates the crucial contributions of anarcha-feminists, who continued to organize within small, decentralized, and leaderless feminist collectives throughout the 1970s. Radical feminists extended the CR group’s anarchistic structure to a variety of other projects, such as domestic violence shelters, living collectives, and periodicals, many of which continued to support women through the late 1970s and into the 1980s. According to Helen Ellenbogen’s 1977 review of anarcha-feminist groups, many of these collectives were not explicitly anarchist but “intuitively anarchist,” such as the grassroots domestic violence shelters in Cambridge and Los Angeles where anarcha-feminists worked and observed practices like discouraging women from calling the police to deal with abusive males.42 Ellenbogen remarks on how anarcha-feminists joined women’s health clinics in Los Angeles, Seattle, and Boston, which resisted cooperation with the state and utilized collective process.43 In a 1972 article in Siren, Los Angeles anarcha-feminist Evan Paxton explained the anarcha-feminist principles of these self-help clinics, including the one where she worked. Clinics gave “women the confidence and knowledge to take care of their own bodies, which is essential in the struggle for self control.”44 Women’s health clinics helped women avoid the paternalism of (usually male) doctors and gain self-control.45 |
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| 57 | -<img src="media/images/anafem/anafem4.jpg" class="float-right" style="background-color: transparent" width="400"> Anarcha-feminists operated a free school in Baltimore, which taught courses on Wilhelm Reich, movement structural skills, how to form a co-op, and anarchist and feminist political theory.46 Others worked on media projects like feminist newspapers or journals such as Through the Looking Glass, which focused on women prisoners, The Second Wave, and feminist radio stations.47 This focus on outreach and education illustrates anarcha-feminists’ long-term approach to revolution. Theorists like Kornegger and Rebecca Staton argued that anarchist revolution, both historically and in the present, requires preparation through education, the creation of alternative non-hierarchical structures, changes in consciousness, and direct action.48 As Staton wrote in a 1975 article in Anarcho-Feminist Network Notes, “Anarchists…have seen their own role in the revolutionary process as agitators and educators—not as vanguard…. The Revolution, for Anarchists, is the transformation of society by people taking direct control of their own lives.”49 In 1976, in the first issue of Anarcha-Feminist Notes, Judi Stein, an anarcha-feminist who worked at a feminist health center, described her experiences with collective processes, self-help, and feminism there as “ways to live out anarchism.”50 By working at self-help clinics, free schools, feminist radio stations, newspapers, and domestic violence shelters, anarcha-feminists spread their ideas and organizational methods, and helped themselves and other women in their own struggles for autonomy. |
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| 59 | -The self-described gay anarcho-feminist printer Come! Unity Press explicitly connected their political philosophy to their organizational structure. Founded in 1972, the press published Anarchism: The Feminist Connection, feminist writings of Emma Goldman, an issue of Anarcho-Feminist Notes, and other classic anarchist writings, like the speeches of Sacco and Vanzetti.51 Notably, they allowed members to decide for themselves how much they could afford to pay for the use of their printing facilities, which exemplified their anarcha-feminist philosophy of “survival by sharing.” The women of the press wrote in 1976, “As anarcho-feminists we want to end all forms of domination. Money is a…tool of power. It is a means of enforcing racism, sexism, or starvation and control over basic survival.”52 In a 1976 article critiquing “feminist businesses” in The Second Wave, Peggy Kornegger praised this model, and wrote that the press’ “‘survival by sharing’…certainly demonstrates if nothing else, that there are ways of confronting capitalism that don’t involve either power or control—and that work!”53 This alternative economic model helped the feminist movement, and its own members, survive. |
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| 61 | -### F. “Anarcho-Sexism” and Anarcha-Feminist Interaction With the Anti-Capitalist Left |
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| 63 | -Anarcha-feminists also worked within the larger anarchist movement, attending anarchist conferences and confronting sexism in mixed groups. Anarcha-feminists attended the Anarchs of New York sponsored Live and Let Live Festival in April 1974. Anarcha-feminist groups like the New York Anarcho-Feminists and Come! Unity Press participated along with several hundred other conference goers, and the final schedule included four anarcha-feminist workshops amongst many other unscheduled lesbian and anarcha-feminist discussions and meet-ups. The feminist periodical Off Our Backs included a report on the conference written by two anarcha-feminists, Mecca Reliance and Jean Horan.54 Reliance, who attended both mixed and impromptu women-only workshops on anarcha-feminism, wrote that the mixed workshop was uninteresting and focused on the abolition of the nuclear family, apparently the only comfortable topic for the many male attendees, while the women-only workshop was energetic and facilitated a focus on organization and internal process.55 This mirrored one impetus towards separatism in the radical feminist movement: male dominated meetings in the New Left led women to censor their thoughts and long for an environment where they could speak freely and determine their own agenda.56Anarcha-feminists also attended the 1975 Midwest Anarchist Conference, and experienced several incidents of sexism, such as a man trying to take a hammer away from Karen Johnson, assuming that she could not use it because of her gender. However, the man eventually accepted her and other women’s criticism of his actions.57 |
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| 65 | -Anarcha-feminists experienced sexism in the Industrial Workers of the World (IWW) meetings, and conflicts over sexism in anarchist periodicals like the Social Revolutionary Anarchist Federation Bulletin and The Match confirmed that many male anarchists shared the sexist attitudes of their Marxist counterparts.58 These attitudes encouraged separatism, but some anarcha-feminists worked in mixed collectives. Grant Purdy, a member of the Des Moines anarcha-feminist The New World Collective, which existed from 1973-76, wrote an article about her group’s experience in a mixed anarchist group called the Redwing Workers Organization (RWO) in the Spring 1977 issue of Anarcha-Feminist Notes.59 RWO focused on healthcare organizing, but the women in the group pushed feminist perspectives and led the group to treat personal struggles as political ones.60 She argued that despite frustrations, women could thrive in mixed groups if they created separate women’s groups outside of the larger organization, as the Des Moines women did. Women in mixed anarchist organizations taught male anarchists about their own misogyny and learned new skills from their comrades.61 However, for anarcha-feminists like Purdy, “involvement with men has always been conditional. Men are clear that they are not a priority for us over other women.”62 These separate women’s support groups and their presence at conferences illustrate how anarcha-feminists brought their ideas and organizational styles to the male anarchist movement as the radical feminist movement declined. |
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| 67 | -### G. Differing Feminisms |
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| 69 | -From the beginning of the movement. anarcha-feminists differentiated socialist feminists and their theories from the traditional male socialist Left. In a 1971 article in the first issue of Siren, Arlene Wilson’s Chicago-based anarcha-feminist group emphasized that anarcho-feminists “are all socialists” and “refuse to give up this pre-Marxist term,” and continued, “We love our Marxist sisters…and have no interest in disassociating ourselves from their constructive struggles.” In 1974 Black Rose anarcha-feminist Marian Leighton commented that socialist feminist literature is not “narrowly dogmatic or opportunistic”63 like that of traditional male Marxists. Rather, it could be included in anarcha-feminist analysis. Anarcha-feminist film maker Lizzie Borden argued in a 1977 article in feminist art journal Heresies that Marxist women like Rosa Luxemburg, Alexandra Kollantai, and Angelica Balabanoff came closer to anarchism in their opposition to bureaucracy, authoritarianism, and the subversion of the revolution by the Bolsheviks than their male comrades.64 However, like Leighton, she emphasized that these anarchistic tendencies stemmed from socialization and lack of access to power, not simple essentialist understandings of gender. As Carol Ehrlich wrote in her 1977 article Socialism, Anarchism, and Feminism, which appealed to socialist and radical feminists to embrace anarchism, “Women of all classes, races, and life circumstances have been on the receiving end of domination too long to want to exchange one set of masters for another.”65 Leighton, Kronneger, and Ehrlich argued the defining distinction between radical feminism and anarcha-feminism was largely a step in self-conscious theoretical development.66 Thus, it was feminists’ unfamiliarity with anarchism that led them to embrace Marxism, although their ideology, “skeptical of any social theory that comes with a built-in set of leaders and followers” held more in common with anarchism.67 |
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| 71 | -<img src="media/images/anafem/anafem5.jpg" class="float-left" style="background-color: transparent">width="400">Anarcha-Feminists and socialist feminists often found their common interests outweighed their ideological differences, and worked together. Arlene Wilson was also a member of the socialist feminist group the Chicago Women’s Liberation Union (CWLU), along with other anti-authoritarian women.68 Wilson introduced Penny Pixler and other CWLU women to the Chicago chapter of the newly reconstituted IWW in the early 70s.69 They found the Chicago IWW less patriarchal and hierarchical than many Marxist parties and sects and were impressed with its history of women organizers. Several joined the union and became active in the Chicago Branch in addition to their continued work with CWLU projects.70 The CWLU dissolved acrimoniously in 1976 due to internal conflict over what some members observed as the group’s white middle-class orientation. Pixler and other former members shifted their primary activity to the IWW. Pixler contributed many articles to the Industrial Worker focusing on women workers, and contributed an article about the position of women in Maoist China to anarcha-feminist literary journal, Whirlwind in 1978.71 |
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| 73 | -Anarcha-Feminists were also influenced by the theories of the French situationists, who positioned women’s oppression as a part of larger systems of power relations without reducing it to an effect of capitalism. Carol Ehrlich and Lynne Farrow argued that Situationism should be a component of anarcha-feminist analysis because it emphasizes both an awareness of capitalist oppression and the need to transform everyday life.72 Situationists expanded Marx’s theories of alienation and commodity fetishism to apply to modern consumer capitalism and argued that capitalist society led to the increasing tendency towards the consumption of social relations and identity through commodities and alienated people from all aspects of their lives, not just their labor.73 In her 1977 article Socialism, Anarchism, and Feminism, Ehrlich argued that a Situationist analysis is applicable to anarcha-feminist theory. With a Situationist analysis, all women’s oppression is real, despite their class status. Furthermore, women held a special relationship to the commodity economy as both consumers and objects to be consumed by men. Ehlrich argued “A Situationist analysis ties consumption of economic goods to consumption of ideological goods, and then tells us to create situations (guerrilla actions on many levels) that will break that pattern of socialized acceptance of the world as it is.”74 |
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| 75 | -Historian Alice Echols argued that after 1975 cultural feminism eclipsed radical feminism, and fundamentally depoliticized it. She wrote, “Radical feminism was a political movement dedicated to eliminating the sex-class system, whereas cultural feminism was a countercultural movement aimed at reversing the cultural valuation of the male and the devaluation of the female.”75 Echols argued that feminists embraced cultural feminism because they could not deal with their differences in race, class, and sexuality, and it became easier to subsume them under universal ideals of womanhood. Anarcha-feminism embraced elements of cultural feminism, but rejected its apolitical aspects and the popular matriarchy theories pioneered by Elizabeth Gould Davis, Jane Alpert, Phyllis Chesler, and Mary Daly.76 These essentialist theories argued that the negative valuation of femininity rather than femininity itself should be challenged, and that power in the hands of women, rather than men, could lead to a feminist society. For example, Jane Alpert’s influential manifesto Mother Right argued that women’s potential for motherhood made them different from, but superior to, men. |
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| 77 | -Ehrlich critiqued “spirituality trippers” and the Amazon Nation for being out of touch with the reality of political and economic oppression, and for failing to recognize that all power, whether in the hands of women or men, is coercive, but other anarcha-feminists saw positive aspects of cultural feminism.77 Cathy Levine defended cultural projects and argued “creating a woman’s culture is the means through which we shall restore our lost humanity.”78 To Levine and other anarcha-feminists, notably Peggy Kornegger who crafted a theory of anarcha-feminist spirituality, anarcha-feminism embraced both the cultural and political. As many former feminists embraced spirituality gurus and their pacifying, depoliticizing, and anti-feminist programs, Kornegger argued that feminists must embrace both the feminist spirituality of theorists such as Mary Daly and physical and political resistance. Her 1976 article “The Spirituality Ripoff” in The Second Wave argued for a feminist approach to spirituality which emphasized both personal growth and political action. Kornegger wrote, “We need no longer separate being and action into two categories. It means that we need no longer call ourselves ‘cultural feminists’ or ‘political feminists’ but must see ourselves as both…. It means teaching ourselves womancraft and self-defense.”79 Describing this realization as a revolutionary “leap of consciousness,” Kornegger positioned anarcha-feminism as the next stage of consciousness raising which would mend the divides between spirituality and politics and between groups of feminists. |
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| 79 | -Anarcha-feminists combined aspects of radical, cultural, and socialist feminism, but added a critique of domination itself. Unlike socialist feminists they saw non-hierarchical structures as “essential to feminist practice.”80 Both radical and anarchist feminists dedicated themselves to building prefigurative institutions, a task socialist feminists did not always see as a vital part of their revolutionary program.81 While cultural feminists often rejected “male theory” and their roots in the New Left in favor of a de-politicized approach to feminism, anarcha-feminists combined emphasis on building a women’s culture with a strong theoretical perspective and class-consciousness. Constantly learning from other feminists and adjusting anarcha-feminist theory accordingly, rather than dogmatism, was a crucial feature of anarcha-feminism and part of the reason anarcha-feminists participated in such a variety of movements. Su Negrin wrote that “no political umbrella can cover all my needs” while Kornegger argued that it was crucial to break down barriers between feminists. As she wrote in 1976, “Although I call myself an anarcha-feminist, this definition can easily include socialism, communism, cultural feminism, lesbian separatism, or any of a dozen other political labels.”82 Anarcha-feminists learned from women in other parts of the feminist movement, despite their disagreements. |
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| 81 | -### H. The Tyranny of Structurelessness or the Tyranny of Tyranny |
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| 82 | - |
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| 83 | -The movement’s debate over structure and leadership gave the new anarcha-feminist position relevance and strategic value. An anarchistic commitment to equality and friendship structured feminist political organizations and fostered egalitarianism and respect, and reinforced mutual knowledge and trust, but when groups became clique-like and elites emerged, feminists utilized various structural methods to ensure equality.83 Radical feminist groups utilized lot systems to distribute tasks in an egalitarian manner, disc systems that ensured equal speaking time by distributing an equal amount of discs to members at the beginning of the meeting and instructing them to give one up each time they spoke, and collective decision-making through consensus or other means.84 They viewed women’s capacities as equal but stymied by their socialization, and empowered thousands of women to write, speak in public, talk to the press, chair a meeting, and make decisions for the first time.85 |
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| 84 | - |
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| 85 | -However, the goals of empowerment and egalitarianism came into conflict.86 “Elites”, or women with informal leadership positions within groups, often socially coerced other women into agreeing with them, or not stating their opinions at all, and in reaction the movement developed a paranoia about elites; women who exercised leadership or even attempted to teach skills to other members were often shunned and trashed.87 This triggered bitter statements like Anselma dell’Olio’s 1970 speech, “Divisiveness and Self-Destruction in the Women’s Movement: A Letter of Resignation” which claimed, “If you are…an achiever you are immediately labeled…a ruthless mercenary, out to get her fame and fortune over the dead bodies of selfless sisters who have buried their abilities and sacrificed their ambitions for the greater glory of Feminism.”88 Ironically, to some women, this justified the behavior of women who were in fact dominating others, and then presented themselves as tragic heroines destroyed by their envious and less talented “sisters.”89 |
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| 87 | -<img src="media/images/anafem/anafem6.jpg" style="background-color: transparent" class="float-right" width="400">In her widely read 1970 article, Jo Freeman, going by the pen name Joreen, argued that not only feminists’ personal practices, but the “tyranny of structurelessness” limited democracy and that to overcome it, groups needed to create explicit structures accountable to their membership.90 After circulating widely among feminists, the paper was published in the feminist journal The Second Wave in 1972. To Freeman, structure was inevitable because of individuals’ differing talents, predispositions, and backgrounds, but became pernicious when unacknowledged.91 Leaders were appointed as spokespeople by the media, and structurelessness often disguised informal, unacknowledged, and unaccountable leadership and hierarchies within groups. Thus, Freeman argued that structure would prevent elites from emerging and ensure democratic decision-making. Some anarcha-feminists, such as Carol Ehrlich agreed with this part of Freeman’s analysis while others, like Cathy Levine and Marian Leighton, opposed structure entirely.92 However, Joreen also decried the small group’s size and emphasis on consciousness raising as ineffective, and advocated for large organizations.93 Even after calling for “diffuse, flexible, open, and temporary” leadership, Freeman argued that to successfully fight patriarchy, the movement must move beyond the small groups of its consciousness raising phase and shift to large, usually hierarchical, organizations.94</div> |
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| 89 | -Anarcha-Feminists asserted that the small group was not simply a reaction to male hierarchical organization, but a solution to the movement’s problems with both structure and leadership. In 1974, Cathy Levine, the cowriter of “Blood of the Flower,” wrote the anarcha-feminist response to Freeman, “The Tyranny of Tyranny.” Often printed with Freeman’s essay, Levine’s piece first appeared in the anarchist journal Black Rose.95 Levine argued that feminists who utilize the “movement building” strategies of the male Left forgot the importance of the personal as political, psychological oppression, and prefigurative politics. Instead of building large, alienating, and hierarchical organizations, feminists should continue to utilize small groups which “multiply the strength of each member” by developing their skills and relationships in a nurturing non-hierarchical environment.96 Building on the theories of Wilhelm Reich, she argued that psychological repression kept women from confronting capitalism and patriarchy, and thus caused the problem of elites.97 Developing small groups and a women’s culture would invigorate individual women and prevent burn out, but also create a prefigurative alternative to hierarchical organization. She wrote, “The reason for building a movement on a foundation of collectives is that we want to create a revolutionary culture consistent with our view of the new society; it is more than a reaction; the small group is a solution.”98 |
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| 90 | - |
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| 91 | -Similarly, Carol Ehlrich, Su Negrin, and Lynne Farrow argued that the small group allowed individuals to fight oppression in their everyday lives.99 All oppression involved individual actors, even if they acted as an agent of the state or the ruling class. Su Negrin, a member of Murray Bookchin’s Anarchos group and radical feminist, wrote and published Begin At Start in 1972.100 Negrin argued that the root structures of domination lie in everyday life because we are dominated but also dominate others, especially in sexual relationships and parenting, and applied this theory to her own life and relationships with her husband and children. These ideas reflected the feminist emphasis on the personal as political and pointing out domination in everyday life. Mutual trust in small groups helps people recognize and work with stylistic differences rather than trying to eliminate them. Similarly, Sue Katz, an anarchist lesbian leader of the working-class feminist Stick it in the Wall Motherfucker collective, responded to Rita Mae Brown’s calls for a lesbian party in a May 1972 issue of The Furies, claiming that small groups were actually efficient and could deal more effectively with internal problems.101 The small group emphasized the personal as political and developing relationships instead of the national campaign related strategy of liberal feminists and some socialist feminist groups. |
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| 92 | - |
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| 93 | -Levine’s individualist focus starkly challenges the emphasis on conformity to ensure egalitarianism in many groups.102An anarcha-feminist understanding of equality, rather, would allow women to excel in different areas, provided they teach others the skills. Indeed, much anarcha-feminist work was educational and theorists like Kornegger focused on political education as a crucial area of tactics. As she argued in Anarchism: The Feminist Connection, women’s intuitive anarchism and egalitarianism was counteracted by socialization in an authoritarian society, but anarchist history and theory provided useful precedent for creating egalitarian structured organizations that also ensured leadership development and individual autonomy. Kornegger cited the example of the achievements of the anarchist organizations CNT-FAI and the collectives during the Spanish Civil War as an example of “the realization of basic human ideals: freedom, individual creativity, and collective cooperation.”103 |
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| 94 | - |
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| 95 | -Historically, anarchists grappled with the same questions of structure, organization, and prefiguration feminists were debating. These examples of political education and fluid structures that rotated tasks and leadership would help feminists watch for elites without resorting to voting or hierarchical models of organization. |
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| 96 | - |
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| 97 | -### I. No Gods, No Masters, No Nukes |
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| 98 | - |
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| 99 | -As the anti-nuclear movement emerged and gained strength through the Seabrook nuclear power plant occupation, and later the 1979 Three Mile Island nuclear meltdown incident, anarcha-feminists shifted their activity to large mixed-gender coalitions of affinity groups.104 Many anarcha-feminists who attended the 1978 Anarcha-Feminism: Growing Stronger conference sponsored by TIAMAT met up at the Seabrook anti-nuclear demonstrations, which attracted thousands to participate in non-violent civil disobedience to occupy the plant.105 Tellingly, when Tiamat eventually dissolved, members joined a women’s anti-nuclear affinity group, the Lesbian Alliance, and others worked with a mixed group on ecology issues.106Although they usually participated in women-only affinity groups, they interacted with men and authoritarian male politics in the larger movement. Anarcha-feminists also formed collectives in universities like Hunter College, Cornell, and Wesleyan.107 Often influenced by the writings of Murray Bookchin, who advocated political study groups, these affinity groups became the primary organizational model of the anti-nuclear direct action movement just as the similarly structured small group was the organizational model of the radical feminist movement.108 |
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| 100 | - |
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| 101 | -Throughout the 1980s, anarchist feminists connected the ideas they formed in the women’s liberation movement to an even wider range of issues, including violence against women, environmental destruction, militarism, and the nuclear arms race.109 Roxanne Dunbar-Ortiz argues in the introduction to Quiet Rumors that the anarcha-feminist movement “had to all intents and purposes ceased to function” by 1980 as liberal feminists eclipsed radicals and male anarchists remained “traditional” in their sexism.110 However, even as anarcha-feminists shifted from focusing primarily on women’s oppression to a wider array of political issues, the organizational form and process, and the concern with both the personal and political remained. Consensus decision-making, a hallmark of prefigurative politics, was referred to as “feminist process” in the anti-nuclear movement, illustrating the influence of the many anarcha-feminist affinity groups and other feminists.111 |
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| 102 | - |
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| 103 | -However, it remains to be seen if replacing a separate women’s movement of small affinity groups with often mixed gender affinity groups was strategic. Today, many anarchist women and queer people, often in reaction to the sexism of anarchist men and rape culture inside anarchist collectives and movements, are forming their own affinity groups once again. It is worth investigating how changing ideas about gender and sexuality and the rise of queer and trans politics affected this change, and if it is a strategic one. How did theories of intersectionality and Black feminism interact with anarcha-feminism, and differ from earlier anarcha-feminist arguments that often did not directly address racial politics? The history of anarcha-feminism points to these and many more questions in an area of anarchist politics and theory that is generally under-investigated. |
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| 105 | -<img src="media/images/anafem/anafem7.jpg" class="center" style="background-color: transparent" width="200"> |
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| 107 | -## Conclusion |
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| 108 | - |
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| 109 | -Often anarcha-feminists remarked that women were “natural anarchists” and positioned feminists as an untapped revolutionary force. However, neither the women’s movement nor the women in it always acted anarchistically. As activist Kytha Kurin wrote in 1980, “if anarchist tendencies within the feminist movement are accepted as a natural by-product of being female, it puts an unfair pressure on women to ‘live up to their natural anarchism’ and limits our potential for political development…. Many women’s groups do disintegrate, many women do exploit other women and men.”112 Radical feminists functioned as anarchists in anarchist spaces while lacking knowledge of anarchism. I think this proves the power of prefigurative politics and liberated anarchist spaces and organizations, free of the unnatural hierarchies that the white supremacist capitalist patriarchy forces upon us, to bring out the “intuitive anarchism” of a variety of people from white middle-class feminists to Occupy Wall Street protestors.113 Whether their relationships are based on sisterhood, ecology, or race or class solidarity, people have tried, and sometimes failed, to live without dominance and hierarchy. Once radical feminism was, as Kornegger wrote, “the connection that links anarchism to the future.”114 We must look for similar links in our movements today; we can see them throughout what anarchist scholar and activist Chris Dixon termed the anti-authoritarian current, from the prison abolition movement to the radical environmental movement to queer and feminist struggles today.115 If another world is possible, we can and must create it now. |
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| 110 | - |
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| 111 | -*Julia Tanenbaum is a student in the Philadelphia area involved with United Students Against Sweatshops and environmental organizing. She studies history hoping to help build our movements today.* |
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| 113 | -*** |
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| 114 | -## Notes |
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| 116 | -<ol> |
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| 117 | -<li id="footnotes">Peggy Kornegger, “Anarchism: The Feminist Connection,” in Reinventing Anarchy: What Are Anarchists Thinking These Days?, ed. Howard Ehrlich (Routledge and Kegan Paul Books, 1979). <a href="#footnotes-ref" aria-label="Back to content">↩</a></li> |
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| 118 | -</ol> |
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| 119 | - |
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| 120 | -[2] Prefigurative politics is the desire is to embody within a movement’s political and social practices, the forms of social relations, decision-making, culture, and human experience that are the ultimate goal. Although anarcha-feminists did not use this language, various scholars have applied it to the women’s movement and the New Left. See Sheila Rowbotham, “The Women’s Movement and Organizing for Socialism,” in Beyond The Fragments: Feminism and the Making of Socialism, ed. Sheila Rowbotham, Lynne Segal, and Hilary Wainwright. (London: Merlin Press, 1979), 21-155, and Francesca Polletta, Freedom Is an Endless Meeting: Democracy in American Social Movements (Chicago: University Of Chicago Press, 2004). Anarcha-feminists frequently used language like “living the revolution” and “living out anarchism” to describe these practices. See Andrew Cornell, Unruly Equality: U.S. Anarchism in the Twentieth Century (Oakland: University of California Press, 2016) on anarchist prefigurative politics during this period. |
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| 121 | - |
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| 122 | -[3] Wini Breines, The Trouble between Us: An Uneasy History of White and Black Women in the Feminist Movement (Oxford: Oxford University Press, 2006), 92. |
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| 123 | - |
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| 124 | -[4] Alice Echols, Daring to Be Bad: Radical Feminism in America, 1967-1975 (Minneapolis: University of Minnesota Press, 1989), 72. |
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| 125 | - |
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| 126 | -[5] Sue Katz, “An Anarchist Plebe Fights Back,” The Furies 1, no. 4 (n.d.): 12. Rainbow History Online Archives. |
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| 127 | - |
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| 128 | -[6] Breines, The Trouble Between Us, 90. |
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| 129 | - |
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| 130 | -[7] It Ain’t Me Babe, December, 1, 1970, p.11. Wagner Labor Archives, New York University. |
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| 131 | - |
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| 132 | -[8] Mary Daly, Beyond God the Father: Toward a Philosophy of Women’s Liberation (Beacon Press, 1973), 133. |
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| 133 | - |
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| 134 | -[9] Polletta, Freedom Is an Endless Meeting, 162. |
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| 135 | - |
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| 136 | -[10] Although today radical feminism is associated with trans exclusive feminists, during the 1970s it referred to a wider movement which asserted that gender, not class or race, was the primary contradiction and that all other forms of social domination originated with male supremacy. The “radical” served to differentiate it from liberal feminism, which focused solely on formal equality and ignored the fundamental problem of fighting for equality in an inherently unjust society. It also referred to the roots of radical feminists in the Marxist and sometimes anarchist New Left, where they experienced sexism that led them to reject the “male movement” and start their own, without the interference of their male oppressors. Radical feminists also differentiated themselves from “politicos,” women working in male dominated Leftist groups where the struggle against male supremacy was neglected. See Echols, Daring To Be Bad. |
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| 137 | - |
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| 138 | -[11] “It Ain’t Me Babe – A Struggle for Identity,” It Ain’t Me Babe, June 8, 1970, 11. Wagner Labor Archives, New York University. |
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| 139 | - |
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| 140 | -[12] Ellen Leo, “Power Trips,” It Ain’t Me Babe, September 17, 1970, 6. Wagner Labor Archives, New York University. |
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| 141 | - |
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| 142 | -[13] Alix Kates Shulman, “Emma Goldman’s Feminism: A Reappraisal” in Shulman, ed., Red Emma Speaks: An Emma Goldman Reader (New York: Schocken Books, 1971), 4. |
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| 143 | - |
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| 144 | -[14] Shulman, “Emma Goldman’s Feminism”, 6. |
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| 145 | - |
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| 146 | -[15] Cathy Levine, “The Tyranny of Tyranny,” Black Rose 1 (1974): 56. Anarchy Archives. |
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| 147 | - |
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| 148 | -[16] Emma Goldman Clinic, “Emma Goldman Clinic Mission Statement,” available at http://www.emmagoldman.com/about/mission.html (accessed July 9, 2015). |
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| 149 | - |
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| 150 | -[17] “Emma Goldman” Off Our Backs. July 10, 1970, Wagner Labor Archives, New York University, 9, See also Candace Falk, Love, Anarchy, and Emma Goldman (New York: Holt, Rinehart, and Winston, 1984), and Kathy E. Ferguson, Emma Goldman Political Thinking in the Streets (Lanham: Rowman & Littlefield Publishers, 2011) for discussions of Goldman’s relationship with the feminist movement and working-class women’s movement |
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| 151 | - |
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| 152 | -[18] Chicago Anarcho-Feminists, “Who We Are: The Anarcho-Feminist Manifesto,” Siren 1, no. 1 (April 1971). Anarchy Archives. |
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| 153 | - |
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| 154 | -[19] Ibid. |
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| 155 | - |
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| 156 | -[20] Arlene Meyers, “To Our Siren Subscribers,” Siren Journal, No. 1. Weber, “On the Edge of All Dichotomies: Anarch@-Feminist Thought, Process and Action, 1970-1983.,” 64. |
|
| 157 | -[21] “Black Cross Appears Again,” Siren Newsletter 1, no. 3 (1972): 2.; Siren 1, no. 4 (1972): 8. Anarchy Archives. |
|
| 158 | -[22] Eden W, “The Other Side of the Coin,” Siren Newsletter, no. 10 (1973). Anarchy Archives. |
|
| 159 | -[23] Ibid. |
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| 160 | - |
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| 161 | -[24] How Sex Changed: A History of Transsexuality in the United States (Cambridge, Mass.: Harvard University Press, 2004), 258. |
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| 162 | - |
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| 163 | -[25] Susan Stryker, Transgender History (Berkeley: Seal Press, 2008), 105. |
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| 164 | - |
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| 165 | -[26] Marie Leighton and Cathy Levine, “Blood of the Flower,” Siren, no. 8 (1973), 5. Anarchy Archives. |
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| 166 | - |
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| 167 | -[27] Ibid. |
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| 168 | - |
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| 169 | -[28] Ibid. |
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| 170 | - |
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| 171 | -[29] Marie Leighton, “Letter,” Anarcha-Feminist Notes 1, no. 2 (Spring 1977): 12. Anarchy Archives. |
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| 172 | - |
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| 173 | -[30] Elaine Leeder, “The Makings of An Anarchist Feminist,” 1984, 2, Anarchy Archives. |
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| 174 | - |
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| 175 | -[31] Ibid. |
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| 176 | - |
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| 177 | -[32] Ibid. |
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| 178 | - |
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| 179 | -[33] Elaine Leeder, “Tiamat to Me,” Anarcho-Feminist Notes 1, no. 2 (March 20, 1977), 14, Anarchy Archives. |
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| 180 | - |
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| 181 | -[34] Siren Newsletter, No. 2, and Siren Journal, No. 1. Slater, “Des Moines Women Form Support Group.” Anarchy Archives. |
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| 182 | - |
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| 183 | -[35] Leeder, “Tiamat to Me.” |
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| 184 | - |
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| 185 | -[36] Weber, “On the Edge of All Dichotomies,” 103. |
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| 186 | - |
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| 187 | -[37] “Proposal to Merge the Anarcho-Feminist Network Notes and the Anarchist Feminist Communications Network,” Anarcho-Feminist Network Notes 1, no. 3 (October 1975): 9. Anarchy Archives. |
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| 188 | - |
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| 189 | -[38] “Conference Flyer – Anarcha-Feminism: Growing Stronger” (TIAMAT Collective, June 9, 1978), Anarchy Archives. |
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| 190 | - |
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| 191 | -[39] Leeder, “The Makings of An Anarchist Feminist.” |
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| 192 | - |
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| 193 | -[40] Conference Flyer – Anarcha-Feminism: Growing Stronger” (TIAMAT Collective, June 9, 1978), Anarchy Archives. |
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| 194 | - |
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| 195 | -[41] Barbara Ryan, Feminism and the Women’s Movement: Dynamics of Change in Social Movement Ideology, and Activism (New York, NY: Psychology Press, 1992), 54. |
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| 196 | - |
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| 197 | -[42] Hellen Ellenbogen, “Feminism: The Anarchist Impulse Comes Alive,” in Emma’s Daughters (Unpublished, 1977), 6. Anarchy Archives. |
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| 198 | - |
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| 199 | -[43] Ibid., 5. |
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| 200 | - |
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| 201 | -[44] Evan Paxton, “Self Help Clinc Busted,” Siren, 1972, 8 edition, Anarchy Archives. Also see Sandra Morgen, Into Our Own Hands: The Women’s Health Movement in the United States, 1969-1990 (New Brunswick, N.J: Rutgers University Press, 2002). |
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| 202 | - |
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| 203 | -[45] Farrow, “Feminism as Anarchism,” 7. Also see Morgen, Into Our Own Hands. |
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| 204 | - |
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| 205 | -[46] Ellenbogen, “Feminism: The Anarchist Impulse Comes Alive,” 7. |
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| 206 | - |
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| 207 | -[47] Ibid. |
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| 208 | - |
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| 209 | -[48] Kornegger, “Anarchism: The Feminist Connection.” |
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| 210 | - |
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| 211 | -[49] Rebecca Staton, “Anarchism and Feminism,” Anarcho-Feminist Network Notes 1, no. 3 (October 1975): 6. Anarchy Archives. |
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| 212 | - |
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| 213 | -[50] Judy Stein, Anarchist Feminist Notes 1, no. 1, 1976, 6 Anarchy Archives. |
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| 214 | - |
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| 215 | -[51] Come! Unity Press, “Some Thoughts On Money and Women’s Culture,” 1976, Anarchy Archives. |
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| 216 | - |
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| 217 | -[52] Peggy Kornegger, “Anarchism, Feminism, and Economics or: You Can’t Have Your Pie and Share It Too,” The Second Wave 4, no. 4 (Fall 1976): 4. Northeastern University Special Collections. |
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| 218 | - |
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| 219 | -[53] Ibid. |
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| 220 | - |
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| 221 | -[54] Mecca Reliance and Jean Horan, “Anarchist Conference April 19-21: Hunter College.” Off Our Backs, May 31, 1974. Wagner Labor Archives, New York University |
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| 222 | - |
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| 223 | -[55] Ibid. |
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| 224 | - |
|
| 225 | -[56] Rosalyn Baxandall and Linda Gordon, Dear Sisters: Dispatches From The Women’s Liberation Movement (New York, NY: Basic Books, 2001), 12. |
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| 226 | - |
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| 227 | -[57] Karen Johnson, “Mid West Conference,” Anarcho-Feminist Network Notes 1, no. 3 (October 1975): 5. Anarchy Archives. |
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| 228 | - |
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| 229 | -[58] Marie Leighton, “Anarcho-Feminism and Louise Michel,” Black Rose 1, no. 1 (1974): 14. |
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| 230 | - |
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| 231 | -[59] Karen Johnson, “Mid West Conference,” Anarcho-Feminist Network Notes 1, no. 3 (October 1975): 5. Anarchy Archives. |
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| 232 | - |
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| 233 | -[60] Midge Slater, “Des Moines Women Form Support Group,” Anarchist Feminist Notes 1, no. 1 (1976): 10. Anarchy Archives. |
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| 234 | - |
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| 235 | -[61] Grant Purdy, “Red Wing,” Anarcho-Feminist Notes 1, no. 2 (Spring 1977): 7. Anarchy Archives. |
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| 236 | - |
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| 237 | -[62] Ibid. 8. |
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| 238 | - |
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| 239 | -[63] Marie Leighton, “Anarcho-Feminism and Louise Michel,” Black Rose 1, no. 1 (1974): 8. Anarchy Archives. |
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| 240 | - |
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| 241 | -[64] Lizzie Borden, “Women and Anarchy,” Heresies 1, no. 2 (1977): 74. |
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| 242 | - |
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| 243 | -[65] Ehrlich, “Socialism, Anarchism, and Feminism,” 268. |
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| 244 | - |
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| 245 | -[66] Leighton, “Anarcho-Feminism and Louise Michel,” 14. |
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| 246 | - |
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| 247 | -[67] Ehrlich, “Socialism, Anarchism, and Feminism,” 26. |
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| 248 | - |
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| 249 | -[68] Patrick Murfin, “International Working Women’s Day: Portrait of Penny Pixler, Feminist and Wobbly,” The Industrial Worker, March 8, 2015. |
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| 250 | - |
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| 251 | -[69] Ibid. |
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| 252 | - |
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| 253 | -[70] Ibid. |
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| 254 | - |
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| 255 | -[71] On the CWLU’s split in 1976, see “The Chicago Women’s Liberation Union: An Introduction,” The Chicago Women’s Liberation Union Herstory Website, 2000. Some members angry at what they saw as the group’s white middle class orientation unleashed a scathing attack on the organization’s leadership at the 1976 International Women’s Day event which denounced feminism, lesbianism and the ERA. The CWLU split over how to deal with this situation and officially disbanded in 1977. Penny Pixler, “Notes From China,” Whirlwind 1, no. 11 (1978). |
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| 256 | - |
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| 257 | -[72] Carol Ehrlich, “Socialism, Anarchism, and Feminism,” in Reinventing Anarchy: What Are Anarchists Thinking These Days?, ed. Howard Ehrlich (Routledge and Kegan Paul Books, 1977), 271. |
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| 258 | - |
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| 259 | -[73] “Situationists – an Introduction,” Libcom.org, October 12, 2006 “Situationists – Reading Guide,” Libcom.org |
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| 260 | - |
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| 261 | -[74] Ehrlich, “Socialism, Anarchism, and Feminism,” 271. |
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| 262 | - |
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| 263 | -[75] Echols, Daring To Be Bad, 6. |
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| 264 | - |
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| 265 | -[76] Ibid., 252. |
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| 266 | - |
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| 267 | -[77] Ehrlich, “Socialism, Anarchism, and Feminism,” 260. |
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| 268 | - |
|
| 269 | -[78] Ibid. |
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| 270 | - |
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| 271 | -[79] Peggy Kornegger, “The Spirituality Ripoff,” The Second Wave 4, no. 3 (Spring 1976): 18. Northeastern University Special Collections. |
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| 272 | - |
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| 273 | -[80] Ehrlich, “Socialism, Anarchism, and Feminism,” 5. |
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| 274 | - |
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| 275 | -[81] Ibid. |
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| 276 | - |
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| 277 | -[82] Su Negrin, Begin at Start (Times Change Press, 1972), 128.; Kornegger, “Anarchism: The Feminist Connection.” |
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| 278 | - |
|
| 279 | -[83] Polletta, Freedom Is an Endless Meeting, 152. |
|
| 280 | - |
|
| 281 | -[84] Ibid., 160. |
|
| 282 | - |
|
| 283 | -[85] Baxandall and Gordon, Dear Sisters, 15. |
|
| 284 | - |
|
| 285 | -[86] Polletta, Freedom Is an Endless Meeting, 169. |
|
| 286 | - |
|
| 287 | -[87] Ibid., 152. |
|
| 288 | - |
|
| 289 | -[88] Ehrlich, “Socialism, Anarchism, and Feminism.” |
|
| 290 | - |
|
| 291 | -[89] Ibid. |
|
| 292 | - |
|
| 293 | -[90] Jo Freeman, “The Tyranny of Structurelessness,” The Second Wave 2, no. 1 (1972). |
|
| 294 | - |
|
| 295 | -[91] Ibid. |
|
| 296 | - |
|
| 297 | -[92] Ehrlich, “Socialism, Anarchism, and Feminism,” 271. |
|
| 298 | - |
|
| 299 | -[93] Freeman, “The Tyranny of Structurelessness.” |
|
| 300 | - |
|
| 301 | -[94] Ibid. |
|
| 302 | - |
|
| 303 | -[95] Cathy Levine, “The Tyranny of Tyranny” in Untying the Knot: Feminism, Anarchism, and Organization (Dark Star Press and Rebel Press, 1984). |
|
| 304 | - |
|
| 305 | -[96] Levine, “The Tyranny of Tyranny,” 49. |
|
| 306 | - |
|
| 307 | -[97] Ibid., 53. |
|
| 308 | - |
|
| 309 | -[98] Ibid., 54. |
|
| 310 | - |
|
| 311 | -[99] Ehrlich, “Socialism, Anarchism, and Feminism,” 271; Farrow, “Feminism as Anarchism.” |
|
| 312 | - |
|
| 313 | -[100] Negrin, Begin at Start, 1. |
|
| 314 | - |
|
| 315 | -[101] Sue Katz, “An Anarchist Plebe Fights Back,” The Furies 1, no. 4 (n.d.): 10. |
|
| 316 | - |
|
| 317 | -[102] Polletta, Freedom Is an Endless Meeting, 170. |
|
| 318 | - |
|
| 319 | -[103] Kornegger, “Anarchism: The Feminist Connection |
|
| 320 | - |
|
| 321 | -[104] Barbara Epstein, Political Protest and Cultural Revolution: Nonviolent Direct Action in the 1970s and 1980s (Berkeley: University of California Press, 1991) 100. |
|
| 322 | - |
|
| 323 | -[105] Elaine Leeder, “Feminism as Anarchist Process,” in Quiet Rumours: An Anarcha-Feminist Reader, ed. Dark Star Collective, 2nd edition (Edinburgh: AK Press, 2008). |
|
| 324 | - |
|
| 325 | -[106] Leeder, “The Makings of An Anarchist Feminist.” |
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| 326 | - |
|
| 327 | -[107] Weber, “On the Edge of All Dichotomies,”168. |
|
| 328 | - |
|
| 329 | -[108] Epstein, Political Protest and Cultural Revolution, 55. |
|
| 330 | - |
|
| 331 | -[109] Weber, “On the Edge of All Dichotomies,”133. |
|
| 332 | - |
|
| 333 | -[110] Leeder, “Feminism as Anarchist Process,” 3. |
|
| 334 | - |
|
| 335 | -[111] Epstein, Political Protest and Cultural Revolution, 159. |
|
| 336 | - |
|
| 337 | -[112] Kytha Kurin, “Anarcha-Feminism: Why the Hyphen?” in Only a Beginning: An Anarchist Anthology, ed. Allan Antliff (Vancouver, BC.: Arsenal Pulp Press, 2004), 262. [113] Cindy Milstein, “‘Occupy Anarchism’: Musings on Prehistories, Present (Im)Perfects & Future (Im)Perfects,” in We Are Many: Reflections on Movement Strategy from Occupation to Liberation, ed. Kate Khatib, Margaret Killjoy, and Mike McGuire, (Oakland: AK Press, 2012). |
|
| 338 | -[114] Kornegger, “Anarchism: The Feminist Connection,” 248. [115] Chris Dixon, Another Politics: Talking Across Today’s Transformative Movements (Berkeley: University of California Press, 2014). |
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Bibliographie.md
| ... | ... | @@ -161,7 +161,7 @@ Précisions sur les théories et les pensées qui inspirent et façonnent notre |
| 161 | 161 | |
| 162 | 162 | - [Vers un abolitionnisme anarcha-transféministe, anti-raciste, anti-violeurs, youth liberationist](/Theses-Dagues-De-Judith.md) |
| 163 | 163 | - Connell, R.W. 2014. *Masculinités. Enjeux sociaux de l’hégémonie*, traduit par Maxime Cervulle, Paris, Éditions Amsterdam. |
| 164 | -- Tanenbaum, Julia. 2016. "<a href ="/Anarcha-Feminist Theory, Organization and Action 1970-1978.md">To Destroy Domination in All Its Forms: Anarcha-Feminist Theory, Organization and Action 1970-1978, by Julia Tanenbaum</a>", *Anarchist Theory*, 29 |
|
| 164 | +- Tanenbaum, Julia. 2016. "<a href ="/webpages/ourarticles/Anarcha-Feminist Theory, Organization and Action 1970-1978.md">To Destroy Domination in All Its Forms: Anarcha-Feminist Theory, Organization and Action 1970-1978, by Julia Tanenbaum</a>", *Anarchist Theory*, 29 |
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| 165 | 165 | |
| 166 | 166 | <h2 style="text-align: left; Border-bottom: none;">Transhumanisme</h2> |
| 167 | 167 | |
| ... | ... | @@ -188,9 +188,9 @@ Précisions sur les les tactiques de lutte qui découlent des théories et de l' |
| 188 | 188 | |
| 189 | 189 | <ul> |
| 190 | 190 | <li>Dual Power</li> |
| 191 | - <li style="margin-left:2em"><div class="tooltip"><a href="/Dual%20Power.md">"Dual Pouvoir"</a>par Crab_Ix, 2020<span class="tooltiptext">Extrait d'un article réalisé pour le manifeste de l'EANL</span></div></li> |
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| 191 | + <li style="margin-left:2em"><div class="tooltip"><a href="webpages/ourarticles/Dual Power.md">"Dual Pouvoir"</a>par Crab_Ix, 2020<span class="tooltiptext">Extrait d'un article réalisé pour le manifeste de l'EANL</span></div></li> |
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| 192 | 192 | <span class="tooltipPin" style="margin-left:2em">☕</span> |
| 193 | - <li style="margin-left:2em"><a href="/Introduction%20au%20Dual%20Power.md">"Introduction to Dual Power Strategy"</a>par Brian A. Dominick</li> |
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| 193 | + <li style="margin-left:2em"><a href="/webpages/ourarticles/Introduction au Dual Power.md">"Introduction to Dual Power Strategy"</a>par Brian A. Dominick</li> |
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| 194 | 194 | <li>Gradualisme</li> |
| 195 | 195 | <li style="margin-left:2em"><a href="/Gradualisme.md">"Gradualisme révolutionnaire"</a>par Errico Malatesta</li> |
| 196 | 196 | <li>Benvensee, Emmi et Frank Miroslav, "Adapting to Transform ; Networked Conflict"</li> |
| ... | ... | @@ -279,7 +279,7 @@ Précisions sur l'histoire du mouvement anarchiste et sur son travail sur l'éco |
| 279 | 279 | <li>Canning, Kathleen. 2002. <i>Languages of Labor and Gender: female factory work in Germany</i>, 1850-1914, Ann Arbor, University of Michigan Press.</li> |
| 280 | 280 | <li><div class="tooltip">Koopmans, Ruud. 1993. « <a href="https://www.jstor.org/stable/2096279">The Dynamics of Protest Waves: West Germany, 1965 to 1989</a> », <i>American Sociological Review</i>, 58 (5), 637‑658. <span class="tooltiptext" style="text-align: justify;">Rudd Koopmans s'intéresse aux "nouveaux mouvements sociaux" (bien qu'il ait un regard critique sur la réalité ou non des NMS) de la seconde moitié du XXème siècle, principalement en Allemagne, mais il fait référence aussi aux mouvements italiens, US (mouvement des civil rights) ou encore les Pays-Bas. |
| 281 | 281 | |
| 282 | - Le coeur de son analyse est d'essayer de comprendre les dynamiques des actions collectives ; quelle logique il existe dans les successions de mobilisations et de démobilisations, et leurs formes. Etudier les évolutions des mouvements, leur croissance et décroissance, implique aussi de savoir qu'est ce qui est efficace et qu'est ce qui ne l'est pas dans leurs actions et formes organisationnelles.</span></div><span class="tooltipPin">☕</span><ul><a href="/Commentaire sur Rudd Koopmans.md">Commentaire</a> de Purple Black sur l'article de Rudd Koopmans</ul></li> |
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| 282 | + Le coeur de son analyse est d'essayer de comprendre les dynamiques des actions collectives ; quelle logique il existe dans les successions de mobilisations et de démobilisations, et leurs formes. Etudier les évolutions des mouvements, leur croissance et décroissance, implique aussi de savoir qu'est ce qui est efficace et qu'est ce qui ne l'est pas dans leurs actions et formes organisationnelles.</span></div><span class="tooltipPin">☕</span><ul><a href="/webpages/ourarticles/Commentaire sur Rudd Koopmans.md">Commentaire</a> de Purple Black sur l'article de Rudd Koopmans</ul></li> |
|
| 283 | 283 | <li>Rancière, Jacques. 2012 [1981]. <i>La Nuit des prolétaires : Archives du rêve ouvrier</i>, Paris, Fayard.</li> |
| 284 | 284 | <li>Scott, Joan. 1990. « <a href="https://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1990_num_83_1_2932">‘L’ouvrière, mot impie, sordide’. Le discours de l'économie politique française sur les ouvrières (1840-1860)</a> », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 83, pp. 2-15.</li> |
| 285 | 285 | <li>Taylor, Verta. 1989. « <a href="https://www.jstor.org/stable/2117752">Social Movement Continuity: The Women’s Movement in Abeyance »</a>, <i>American Sociological Review</i>, 54 (5), pp. 761-775.</li> |
Commentaire sur Rudd Koopmans.md
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| 2 | -title: Commentaire sur Rudd Koopmans |
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| 4 | - |
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| 5 | -Cette notice porte sur Ruud Koopmans, « <a href="https://www.jstor.org/stable/2096279">The Dynamics of Protest Waves: West Germany, 1965 to 1989</a> », <i>American Sociological Review</i>, 58 (5), 1993, pp. 637‑658. |
|
| 6 | - |
|
| 7 | -*** |
|
| 8 | - |
|
| 9 | -# À propos de l'étude de Rudd Koopmans sur les "Nouveaux Mouvements Sociaux" de la seconde moitié du XXème siècle, principalement en Allemagne, en Italie, aux US ou aux Pays-Bas. |
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| 10 | - |
|
| 11 | -Le coeur de son analyse est d'essayer de comprendre les dynamiques des actions collectives ; quelle logique il existe dans les successions de mobilisations et de démobilisations, et leurs formes. Koopmans veut étudier les évolutions des mouvements, leur croissance et décroissance, ce qui implique aussi de savoir quelle praxis est efficace et quelle praxis ne l'est pas pour un mouvement. |
|
| 12 | - |
|
| 13 | - |
|
| 14 | -## Qu'est-ce qu'un mouvement social pour Koopmans ? |
|
| 15 | - |
|
| 16 | -Les mouvements sociaux se définissent par une faible institutionnalisation, une forte hétérogénéité, une absence de limites clairement définies et de structures centrales de prise de décision, et enfin une forte volatilité. |
|
| 17 | - |
|
| 18 | -Pour faire des études des actions politiques, Koopmans crée une typologie. Il distingue 4 formes d'actions : |
|
| 19 | -<ol> |
|
| 20 | -<li>"Demonstrative actions" : Actions légales, mobilisations de masse, manifestations, meetings, pétitions... toutes des actions non-violentes. Ces actions permettent notamment de mobiliser du monde.</li> |
|
| 21 | -<li>"Confrontational Actions" : Actions non-violentes ici aussi, mais qui ont un but clairement disruptif vis à vis des institutions, souvent extralégales, à l'exemple de la désobéissance civile, les blocus, occupations, manifestations illégales, etc. Elles capitalisent sur un caractère innovateur pour être efficaces.</li> |
|
| 22 | -<li>"Violence légère" : Actions émeutières, etc.</li> |
|
| 23 | -<li>"Violence lourde" : Conspiration, vandalisme, terrorisme, sabotage, meurtre, kidnapping, etc.</li> |
|
| 24 | -</ol> |
|
| 25 | - |
|
| 26 | -Il s'intéresse également à quelles organisations sont derrière les actions politiques (actions spontanées, organisations clandestines violentes ou terroristes, avant-gardes, partis et syndicats) ; les formes de la répression de ces actions ; et la présence ou non d'un soutien par des acteurs politiques établis comme les partis et syndicats. |
|
| 27 | - |
|
| 28 | - |
|
| 29 | -<center>⁂</center> |
|
| 30 | - |
|
| 31 | -Une fois cette typologie établie et ses sources listées, Koopmans s'intéresse à deux théories prééxistantes sur les dynamiques des mouvements sociaux : |
|
| 32 | - - La théorie de Karstedt-Henke |
|
| 33 | - - La théorie de Tarrow |
|
| 34 | - |
|
| 35 | -### 1) Karstedt-Henke : The Counterstrategies of Authorities |
|
| 36 | - |
|
| 37 | -En 1980, Karstedt-Henke argue que les mouvements protestataires passent par 4 phases distinctes : |
|
| 38 | -<ol> |
|
| 39 | -<li>Phase initiale : Les autorités surréagissent à l'émergence du mouvement. S'ensuit une stratégie de répression assez confuse, inconsistente... qui provoque un outrage public.</li> |
|
| 40 | -<li>La stratégie initiale est un échec. Les autorités vont alors mixer répression et une tentative d'appaiser certaines parties du mouvement avec des concessions, trier les "bons" et les "mauvais" protestataires.</li> |
|
| 41 | -<li>Cette stratégie du pouvoir crée des conflits internes au mouvement. Les modérés sont intégrés dans le système politique et s'éloignent des actions sur le terrain. Les radicaux, eux, s'extrémisent. Ils sont confrontés à une répression complète, étant séparés de leurs alliés modérés à l'intérieur et l'extérieur du mouvement. On rentre dans une spirale de violence et de répression.</li> |
|
| 42 | -<li>Début d'action insurrectionnelle et terroriste. Les méthodes confrontationnelles pacifiques sont abandonnées ; les modérés préférant les tactiques réformistes, les radicaux empêchant le mouvement de masse et évitant la répression issue d'actions visibles. Les groupes radicaux se marginalisent encore plus et se ferment aux nouveaux participants.</li> |
|
| 43 | -</ol> |
|
| 44 | - |
|
| 45 | -### 2) Tarrow : Competition among organizations |
|
| 46 | - |
|
| 47 | -Pour Tarrow, les mouvements sociaux émergent quand il y a de nouvelles opportunités : une baisse momentanée dans la répression, une division des élites, l'apparition d'alliés favorables. |
|
| 48 | - |
|
| 49 | -Les protestataires sont à l'origine d'innovations tactiques. Ces innovations et leur diffusion est un processus qui suit une logique : les organisations qui font partie du mouvement vont rentrer en compétition et innover au sein du secteur du mouvement social pour attirer du soutien. |
|
| 50 | - |
|
| 51 | -Cette compétition intensifie le répertoire vers des formes plus radicales, avant que le cycle ne décline à travers une combinaison d'institutionnalisation et de violence. |
|
| 52 | - |
|
| 53 | - |
|
| 54 | -The development of the action repertoire |
|
| 55 | - |
|
| 56 | -Koopmans revient sur ces deux théories, d'abord sur celle de Tarrow. |
|
| 57 | -Il a un regard très critique sur cette dernière et reprend directement ses données et son corpus, qui se base sur les mouvements italiens de 1965 à 1975. |
|
| 58 | - |
|
| 59 | -Ce corpus indique que les actions qui dominent au début sont des actions confrontationnelles (des occupations par exemple : actions de type 2). Au fur et à mesure, les syndicats interfèrent de plus en plus et poussent au développement d'actions démonstratives pacifiques et légales (actions de type 1). |
|
| 60 | - |
|
| 61 | -La violence se développe et devient plus commune à la fin du processus, lorsque tous les autres formes d'action ont commencé à décliner. Et la violence de masse se transforme en violence groupusculaire. |
|
| 62 | - |
|
| 63 | -McAdam (1982) qui étudie les civil rights aux US, note une progression similaire, de même que Koopmans (1992) aux Pays-Bas. |
|
| 64 | - |
|
| 65 | -Koopmans souligne ainsi que l'innovation dans les mouvements sociaux est liée aux tactiques confrontationnelles, qui visent à la disruption. Cette disruption peut-être ensuite dans certains cas normalisée ou réintégrée, mais bien souvent surtout elle est réprimée ; les tactiques confrontationnelles (de type 2) sont les plus ciblées. Les tactiques confrontationnelles qui initient le mouvement font face à une répression qui va pousser les éléments du mouvement en deux directions inverses, la modération et la radicalisation : violence contre intégration. |
|
| 66 | - |
|
| 67 | -La fuite en avant vers le militantisme violent s'explique pour plusieurs raisons : la répression des groupes non-violents délégitimise le pouvoir, et rend donc l'opposition violente à celui-ci plus légitime ; en outre, les actions violentes deviennent moins coûteuses que des actions confrontationnelles non-violentes (Par exemple par la résistance aux arrestations, l'autodéfense, ou le fait que les groupes clandestins pourraient être plus difficiles à cibler par les autorités : ces méthodes rendent la répression plus difficile et protègent donc mieux le militant ou la militante). |
|
| 68 | - |
|
| 69 | - |
|
| 70 | -## Organisation et Spontanéité |
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| 71 | - |
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| 72 | -### Two views on the role of organization |
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| 73 | - |
|
| 74 | -Pour Tarrow (1989), la phase d'expansion du mouvement n'est pas le produit d'une spontanéité pure, mais de compétition entre organisations de mouvement. |
|
| 75 | -Au fur et à mesure, le "marché" devient de plus en plus bondé, ce qui crée une fuite dans la radicalisation pour obtenir du soutien, de l'attention médiatique, etc. |
|
| 76 | - |
|
| 77 | -D'autres, comme Piven et Cloward (1977) arguent au contraire du rôle pionnier des disruptions causées par les différentes formes de manifestation qui peuvent se révéler plus spontanées qu'organisées. |
|
| 78 | - |
|
| 79 | -L'idée est que les organisations au contraire sont la principale force qui affaiblit le mouvement protestataire, en allouant les ressources vers des buts et méthodes plus conventionnels. |
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| 80 | - |
|
| 81 | -Selon Koopmans, l'hypothèse est prouvée comme fausse par ses propres datas : |
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| 82 | - |
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| 83 | -- Si son hypothèse était vraie, il faudrait que le degré de disruption soit au plus haut quand les organisations dominent les mouvements ; or c'est l'inverse que l'on voit. |
|
| 84 | -- Si son hypothèse était vraie, les actions protestataires non organisées devraient être moins efficaces et disruptives que celles organisées. Dans les faits, sur la période italienne, on voit un phénomène plus nuancé. (Et en outre les données employées par Tarrow sont biaisées, puisqu'il prend par exemple en compte les actions perpétrées par des groupuscules d'extrême droite). On notera surtout que ce sont les actions groupusculaires qui sont les plus disruptives. |
|
| 85 | - |
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| 86 | -*** |
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| 87 | - |
|
| 88 | -## DISCUSSION : Determinants of the rise and fall of protest waves. |
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| 89 | - |
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| 90 | -D'où vient la puissance d'une action ? Certains auteurs arguent de l'importance du nombre ; d'autres, à l'inverse, arguent de l'importance de la violence et de la disruption. |
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| 91 | - |
|
| 92 | -Tarrow ainsi que Piven et Cloward pensent que l'efficacité d'une action se mesure dans sa capacité à briser les limitations imposées au comportement social. |
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| 93 | - |
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| 94 | -Rochon (1990) fait un mix de trois éléments pour expliquer la puissance des mouvements : le militantisme, la taille, et l'innovation. Koopmans est du même avis. |
|
| 95 | - |
|
| 96 | -L'innovation : Elle crée de l'attention et crée de l'insécurité pour les forces établies. ça prend aussi au dépourvu les autorités qui ne s'attendent pas à de nouvelles tactiques, de nouveaux thèmes. (Les pouvoirs ayant une forte inertie). |
|
| 97 | -Militantisme : C'est le pouvoir direct du mouvement. C'est un outil risqué surtout quand il est question de violence, puisqu'elle crée un risque de répression ou de backlash. |
|
| 98 | - |
|
| 99 | -Oberschall (1979) : Les innovations tactiques deviennent moins efficaces avec le temps car les autorités apprennent à y répondre et elles attirent moins d'attention par les médias, etc. (Routinisation). |
|
| 100 | - |
|
| 101 | -Obserschall note également que l'absence d'organisation est difficile à soutenir sur le long terme. |
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| 102 | - |
|
| 103 | -Les groupes innovateurs souffrent car avec l'évolution du mouvement, il y a une compétitivité croissante des autres forces : les mouvements professionnalisés et institutionnalisés d'un côté, les groupes radicaux de l'autre. |
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| 104 | - |
|
| 105 | -Oberschall (1978) note également que les médias et autorités préfèrent avoir pour interlocuteurs et objets quelques leaders et des groupes bien identifiables ; cela pousse le plus souvent à une restructuration des mouvements en ce sens, les groupes plus hiérarchiques, avec une "élite" interne qui peut servir de représentation ayant une meilleure visibilité. |
|
| 106 | - |
|
| 107 | -McAdam (1988) note que sur le long terme un mouvement en déclin force les groupes à survivre soit en adoptant une structure leur permettant de survivre malgré la désertion des effectifs ; avec un accès à des ressources qui ne dépendent pas de la participation de masse (ça peut être par exemple par le biais de l'institutionnalisation), soit en ayant une identité collective suffisemment puissante pour continuer les mobilisations même dans un cadre défavorable (par exemple avec des orgas militantes groupusculaires). |
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| 108 | - |
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| 109 | - |
|
| 110 | -## Quelques remarques |
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| 111 | - |
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| 112 | - |
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| 113 | -Quelques conclusions et remarques que l'on peut faire au sujet de cet article : |
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| 114 | - |
|
| 115 | -Le grand défi d'un mouvement est peut-être de retarder sa division, son éclatement, et de parvenir à maintenir son usage d'actions de type 2 qui sont au coeur de ses réussites initiales et innovations. Notons que ces actions peuvent être plus que disruptives, elles peuvent être effectivement positives, constructives. Il y a ici une balance, une dialectique entre subversion et construction interstitielle qu'il faut étudier. Les théories et travaux sur la guérilla urbaine, à l'exemple de ceux d'Abraham Guillèn (ou même les propositions tactiques de Tiqqun, séparées de leur cadre théorique socio-économique caduc), peuvent apporter des pistes de réflexion pour répondre à cette question, tout autant que les écrits des théoriciens du mouvement interstitiel, à l'exemple de William Gillis ou Kevin Carson (Exodus). En somme, cela poste la question de jusqu'à quel point une variété d'approches tactiques non-institutionnelles peuvent coexister sans s'entredéchirer, comment la pénétration ou infiltration du tissu social et des mouvements peut se faire par l'extension d'une action à la fois positive et négative. |
|
| 116 | - |
|
| 117 | -Une tactique de pénétration/infiltration du tissu social et des mouvements, étendre le soutien par l'action (positive et négative), etc... |
|
| 118 | - |
|
| 119 | -Ce texte force également à s'intéresser à comment serait-il possible de retarder l'autonomisation des militants vis-à-vis du mouvement - chose qui devrait passer au moins sans doute par éviter la professionalisation de leur activité, par exemple, ou encore ne pas favoriser l'émergence de groupes qui deviennent complètements indépendants, sont complètement rigides, clairement identifiables. Aussi kitchs et limitées qu'elles puissent l'être, certaines des tactiques les plus visibles de l'autonomie (on ne vous les présente pas) ont au moins à elles un caractère largement inorganique. |
|
| 120 | - |
|
| 121 | -Il y a aussi la fine ligne qui existe entre massification et et marginalisation, sur laquelle il paraît nécessaire de savoir marcher. La massification pose beaucoup de problèmes en soit, puisqu'elle favorise l'institutionnalisation, l'électoralisme (et inversement l'électoralisme implique massification à coup de promesses et de compromis). |
|
| 122 | - |
|
| 123 | -Enfin : comment assurer une pérennité d'un mouvement sur le long terme ? |
|
| 124 | -Notons qu'en aucun cas une organisation doit partir d'un principe de permanence (pour éviter sa fossilisation). |
|
| 125 | - |
|
| 126 | -En outre : cela implique de se demander comment gérer les ressources de groupes dans le cadre d'un mouvement en voie de démobilisation. |
|
| 127 | - |
|
| 128 | -Certains mouvements variés mais minoritaires ont pu espérer trouver une solution dans la pratique des projets positifs, en faisant en sorte que la subsistence du groupe soit profondément liée à son action : faire de la production/reproduction le coeur de l'action "politique" elle-même. Certaines branches de l'anarchisme (mutuellisme, individualisme, et même, à un degré, le syndicalisme) ou de l'autonomie s'y sont penchées. |
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Dual Power.md
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| 2 | -title: Dual Power |
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| 4 | -# Tactiques et statégies |
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| 6 | -<img src="media/images/Logo_vectorized_resized.png" style="background-color: transparent;" width = 50 height = 50> |
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| 10 | -Autrice : Crabouibouif (anonyme), 2020 |
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| 15 | -<i>Extrait du Manifeste de l'EANL (Etude et Actions Néosynthésiste Libertaire) par Crabouibouif et Rosenklippe |
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| 16 | -["Site de l'EANL"](https://eanl.purpleblack.org/) |
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| 17 | -<br />mai 2020</i> |
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| 20 | -<img src="media/images/DUAL_POWER_PURPLEBLACK.png" style="background-color: transparent;"> |
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| 23 | -Le *dual power* est concept de stratégie militante qui désigne la construction d’un contre-pouvoir populaire qui rentre en contradiction avec le pouvoir politique. Le terme vient à l’origine du léninisme, mais il a existé avant lui et a été réactualisé sous d'autres formes. |
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| 25 | -Il s’agit tout d’abord de la mise en réseaux des organisations de lutte (sociétés de résistance/syndicats), de propagande (partis/groupes) et – le plus important – les organes économiques ou sociaux autogérés (coopératives, soupes populaires, banques et assurances mutuelles, bourses du travail...). |
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| 27 | -On peut noter à la fin du XIXè siècle, un grand nombre de pratiques d'entraide sous cette forme : les coops/scops donnaient de l'argent aux caisses de grève, les familles de la campagne (voire celles à l'étranger) accueillaient le temps des grèves les enfants des ouvriers mobilisés. On peut aussi évoquer les pratiques de mutualités employées à l'échelle internationale pour que les syndicats des différents pays se soutiennent économiquement de façon décentralisée. |
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| 29 | -*La Lutte et l'Entraide* de Nicolas Delalande (2019) évoque cette question et révèle son origine au sein du mouvement mutuelliste. Pierre-Jospeh Proudhon avait imaginé la possibilité de "réseauter" des coopératives autour des banques du peuple (banques mutuelles), créant des bastions de résistance au capitalisme et favorisant les pratiques émancipatrices. |
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| 30 | -On peut donc comprendre le *dual power* comme l’émancipation économique progressive du travailleur de l’État. Il permet autant de soutenir des luttes sociales conventionnelles que les efforts révolutionnaires tout en familiarisant les travailleurs avec l'autogestion. |
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| 32 | -Enfin, chez Lénine, le *dual power* indiquait en 1917 la contradiction du pouvoir politique du gouvernement provisoire de Kerensky avec le « pouvoir des soviets », qui possédaient dans les faits le véritable pouvoir local en organisant la gestion des ateliers par les travailleurs autant que la sécurité ou l'aide sociale. |
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| 34 | -*** |
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| 36 | -Aujourd’hui, pratiquement toutes les branches de l’anarchisme brandissent cet étendard idéologique comme substitut ou additif à la révolution. Le *dual power* peut être au service du pacifisme : Mutuellisme étroit, Néofouriérisme et aujourd'hui libertarianisme de gauche (ou encore individualisme des années 1920 avec leurs communes libres). Il peut être un auxiliaire à la révolution, sur le modèle des mutuellistes avancées, des collectivistes ou des plateformistes et des mutuellistes révolutionnaires plus récemment. |
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| 40 | -« Comme le monopole idéologique des institutions dominantes est brisé et que les gens s'appuient de plus en plus sur les institutions alternatives (IA), ceux qui ont bénéficié des arrangements existants peuvent chercher à démanteler leurs concurrents débutants. […] Les institutions de contre-pouvoir (XI) sont créées à la fois pour défendre les IA et pour promouvoir leur croissance. Elles s'efforcent de remettre en question et d'attaquer le statu quo tout en créant, défendant et garantissant un espace pour l'opposition et les institutions alternatives. Elles le font par tous les moyens, des protestations politiques à l'appropriation directe (de plantations, de bâtiments gouvernementaux, d'usines, etc.) pour l'utilisation d'institutions alternatives, en passant par la désobéissance civile ou la résistance armée. |
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| 42 | -[…] Les changements réels sont en cours, plutôt que d'être reportés à un moment révolutionnaire, de sorte que les besoins non satisfaits par l'ordre préexistant sont satisfaits pendant la lutte et qu'aucun secteur de la société ne se fait dire que ses préoccupations ne peuvent être traitées qu'après la victoire. En d'autres termes, la création d'IA et de l'espace politique qui leur est destiné présente des avantages intrinsèques, outre l'avancement du projet révolutionnaire. […] Simultanément, la crédibilité d'une vision révolutionnaire est immensément accrue par sa mise en pratique et par son affinement et son amélioration au fil du temps. Il est également concevable que les clivages entre les révolutionnaires et les réformateurs (et toutes les nuances entre les deux) puissent être réduits en ayant un projet commun que les deux trouvent utile. Les forces qui seraient envoyées pour réprimer un mouvement révolutionnaire se trouvent confrontées à des personnes qui ont pris le contrôle de leur propre vie, plutôt qu'à des cadres armés qui tentent d'imposer une vision au pays, ce qui pourrait éviter un conflit militaire ou du moins en réduire la gravité. |
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| 44 | -Le succès des rébellions à double pouvoir se termine par l'acceptation des nouvelles formes sociales par une grande partie de la population et la prise de conscience par les anciens dirigeants qu'ils ne sont plus capables d'utiliser leurs systèmes de force contre le mouvement révolutionnaire. Cela peut se produire parce que la non-coopération a paralysé les anciennes structures de pouvoir, parce que trop peu de gens restent fidèles aux anciens dirigeants pour faire respecter leur volonté, ou parce que les dirigeants eux-mêmes subissent une conversion idéologique. […] La prétendue "nécessité" d'une avant-garde révolutionnaire pour guider l'impulsion révolutionnaire se révèle sans fondement : comme le peuple a déjà appris à gérer ses propres affaires, il n'a pas besoin de tutelle d'en haut. La possibilité de cooptation est minimisée : "Lorsque le peuple reconnaît son véritable pouvoir, il ne peut être enlevé par la rhétorique ou ... l'imposition" » |
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| 46 | - – « An Introduction to Dual Power strategy », Dominick A. Brian.[^1] |
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| 48 | -[^1]:[« An Introduction to Dual Power strategy », Dominick A. Brian.](/Introduction%20au%20Dual%20Power.md) |
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| 50 | -<br /> |
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| 51 | -**La critique anarchiste** |
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| 53 | -Dans “An Introduction to Dual Power Strategy”, Brian A. Dominick, anarchiste plutôt de la tendance mutuelliste, marque les différences significatives entre communistes et anarchistes sur la définition du Dual Power. |
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| 55 | -« […] Il y a deux dualités à l'œuvre dans le concept stratégique moderne connu sous le nom de Dual Power. […] |
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| 57 | -Les marxistes contemporains insistent sur le fait que les conditions objectives nécessaires à la révolution sociale existent aujourd'hui dans les sociétés nord-américaines et dans l'ensemble du monde industrialisé. Ces conditions, affirme-t-on, sont les formes de production technologiquement avancées qui donnent aux travailleurs la capacité, et non l'autorité, de répondre à tous les besoins matériels de la population. En d'autres termes, si seuls les travailleurs se soulevaient et prenaient le contrôle des moyens de production, la révolution serait à portée de main, car ils pourraient réorganiser l'allocation et finalement se débarrasser d'une pénurie artificielle de biens matériels et de services. L'élément manquant aujourd'hui, affirment les marxistes, est la condition subjective de la conscience révolutionnaire. C'est-à-dire que le peuple doit devenir révolutionnaire dans son esprit. |
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| 58 | - |
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| 59 | -L'idéologie marxiste, telle qu'elle est diffusée par les partis "communistes" modernes (avant-garde autoproclamée dans un état prématuré), est le véhicule prétendument capable d'inculquer cette conscience révolutionnaire aux "masses". Cette croyance est la raison pour laquelle les marxistes contemporains ont tendance à s'organiser idéologiquement, en diffusant de la propagande, plutôt que pratiquement, comme dans la mise en place des organisations de base nécessaires à la satisfaction des besoins immédiats et futurs du peuple, y compris une autogestion politique et économique popularisée. Pour eux, le Dual Power se produit lorsque leur parti établit la force et les moyens nécessaires pour réorganiser et diriger la société du haut vers le bas. » |
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| 61 | -<br /> |
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| 62 | -**La conception anarchiste : municipalistes, mutuellistes et socialistes** |
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| 64 | -Dans une vision similaire, James Mumm, anarcho-municipaliste américain dans un article nommé « Active Revolution » propose une vision « anarchiste » du Dual Power : |
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| 65 | -« Dans la définition originale, le double pouvoir se référait à la création d'un pouvoir alternatif et libératoire pour exister aux côtés du pouvoir étatique/capitaliste et finalement le surmonter. […] |
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| 66 | - |
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| 67 | -La théorie du Dual Power est une double stratégie de résistance publique à l'oppression (contre-pouvoir) et de construction d'alternatives coopératives (contre-institutions). La résistance publique à l'oppression englobe tous les mouvements d'action directe et de protestation qui luttent contre l'autoritarisme, le capitalisme, le racisme, le sexisme, l'homophobie et les autres oppressions institutionnalisées. […] |
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| 68 | - |
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| 69 | -Il est essentiel que ces deux modes d'action généraux ne soient pas isolés au sein d'un mouvement donné. Les organisations de contre-pouvoir et de contre-institution doivent être en relation les unes avec les autres. […] |
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| 70 | - |
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| 71 | -Il n'implique pas un double ensemble de principes, et donc de processus - un pour la résistance du public et un autre pour la construction d'alternatives coopératives. Le processus utilisé pour les deux orientations stratégiques a le même ensemble de principes à la base. Les principes anarchistes de démocratie directe, de coopération et d'entraide ont des implications pratiques qui informent les stratégies de double pouvoir pour la révolution. » |
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| 73 | -<br /> |
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| 74 | -**Insurrectionnalisme** |
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| 76 | -A cela pouvons-nous ajouter les quelques précisions sur la structure de la Révolution selon Brian : |
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| 77 | -« Dans l'esprit de la démocratie participative, la stratégie du Dual Power met fortement l'accent sur le collectivisme, l'application de principes et de pratiques non autoritaires dans les situations sociales quotidiennes, du foyer et de la famille au lieu de travail et à l'économie. Le collectivisme exige, au-delà de la répartition égale du pouvoir entre les individus, de mettre l'accent sur la participation et la diversité des idées. Par conséquent, non seulement les acteurs se voient accorder un poids égal dans la prise de décisions, mais les options elles-mêmes font l'objet d'une attention particulière. Les plus grands facteurs de définition des institutions collectives bien organisées sont les suivants (1) la valorisation (et pas seulement la tolérance) de la dissidence ; (2) l'accent mis sur le processus démocratique ; (3) l'obtention d'une participation maximale de tous les membres ; (4) le sentiment d'unité et d'objectif commun ; (5) l'encouragement de la familiarité interpersonnelle entre les membres ; et (6) le développement et le partage des compétences entre les membres. |
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| 79 | -Ainsi, l'individu est l'unité primaire du changement social, et le collectif est l'unité secondaire. Mais tout comme l'individu peut ne pas s'épanouir dans le vide, le collectif doit reconnaître le contexte plus large du mouvement et la place qu'il y occupe. C'est pour cette raison que les institutions individuelles, organisées collectivement si elles sont révolutionnaires, doivent s'affilier à d'autres institutions similaires. […] |
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| 81 | -L'établissement d'un Dual Power est offensant dans un sens très subversif : il cherche à empiéter lentement mais pleinement sur le domaine de ceux qui détiennent l'autorité, le statu quo. Les attaques contre les institutions à double pouvoir peuvent donc être considérées comme des manœuvres défensives de la part de l'État et de ses cohortes. Généralement, dans toute lutte, si les défenseurs sont bien établis, ils ont un avantage certain sur leurs agresseurs. Il est donc évident que la clé est de devenir bien établi. » |
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| 83 | -Brian donne ainsi un élément important à la compréhension de l’organisation anarchiste du Dual Power : son antiautoritarisme. Il exclut selon lui plusieurs pratiques, notamment celles des plateformistes et la mise en place d’une armée révolutionnaire composée de milices ou de régiments propre à l’idée de la lutte des classes : |
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| 85 | -« Une partie de cette préparation au moment de l'insurrection consiste à affaiblir l'ennemi bien à l'avance. Cela signifie qu'il faut agiter et organiser les rangs des agents de l'ancien ordre. Cela signifie démoraliser la police et l'armée, les encourager à apporter des changements dans leurs institutions comme nous le faisons dans diverses autres. En effet, cela signifie les encourager à devenir nous. […] Mais ne vous y trompez pas, lorsque la violence s'intensifiera parce que les autorités, autrefois confortables, reconnaîtront la menace qui pèse sur leur statut, et sur le cadre social même qui donne naissance à ce statut, nous ne pourrons pas battre une armée au complet, ou des forces de police qui fonctionnent bien. Résistance, refus, sabotage, désertion, tout cela devra être banalisé au sein des forces armées, sinon nous n'aurons aucun espoir de succès dans l'insurrection. |
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| 86 | -Un autre élément majeur de la victoire insurrectionnelle sera la furtivité. En d'autres termes, puisque l'insurrection commencera à peu près au moment où les élites découvriront qu'elles sont sur le point de perdre le tapis sous leurs pieds, nous devons nous débarrasser de la plus grande partie possible de ce tapis et le remplacer par notre nouvelle fondation, le dual power, avant qu'elles ne reconnaissent une menace importante. […] |
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| 88 | -Sans chefs mais non pas désorganisés, les instances (si on peut parler d’instances) insurrectionnelles ne peuvent pas provoquer une remise en question de l’organisation collective par l’ennemi car l’insurrection n’existe que par l’impulsion d’individus conscientisés et indépendants de leurs actes et du collectif. |
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| 90 | -En excluant la croyance du « lendemain meilleur » propre à la révolution violente et armée, l’insurrection permet la structuration parallèle de coopératives, comités sociaux, etc. A la différence d’un soldat, l’insurgé·e peut aussi être membre d’un collectif alternatif et y participer activement. |
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| 93 | -**Précisions pour les Communistes Libertaires** |
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| 95 | -Dans un article de la DSA Libertaire de décembre 2018, les anarchistes américain·es parlent de la nécessité à employer de la stratégie du Dual Power : |
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| 96 | -« Après plus d'un an de discussions sur nos expériences et nos idées, d'organisation de projets au sein et entre nos sections locales, et de mise en place d'institutions durables à l'intérieur et à l'extérieur de la DSA, nous sommes finalement parvenus à un consensus sur les grandes lignes d'une stratégie révolutionnaire adaptée à notre contexte et à nos conditions matérielles actuels. Nous sommes désormais tous d'accord pour dire que la voie du socialisme à notre époque est de construire un Dual Power. » |
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| 97 | -Au fil de cet article la DSA avance l’importance du Dual Power du militantisme : cette stratégie permet la création d’espaces libérés du capitalisme, d’institutions alternatives, de l’engagement. Comment ? |
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| 99 | -« Pour accomplir ces choses en tant que mouvement des classes ouvrières dans toute notre variété, nous devons nous organiser avec tous ceux qui sont exploités et opprimés par le système capitaliste. Cela signifie que nous devons travailler ensemble non seulement sur le lieu de travail, mais aussi dans nos communautés (en ligne et dans la vie réelle), nos blocs et nos prisons, nos écoles et nos quartiers, nos maisons et nos rues, pour construire le pouvoir de la classe ouvrière de base. Nous reconnaissons que cela inclut les travailleurs engagés formellement et informellement au point de production, de logistique et de réalisation, mais aussi ceux qui sont au chômage, retraités, incarcérés, dépendants ou handicapés, et tous ceux qui ne possèdent et ne contrôlent pas les moyens de production capitalistes dans le cadre du 1% ou de leurs laquais. […] |
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| 101 | -À notre avis, le Dual Power est composé de deux éléments : (1.) la construction de contre-institutions qui servent d'alternatives aux institutions qui régissent actuellement la production, l'investissement et la vie sociale sous le capitalisme, et (2.) l'organisation et la confédération de ces institutions afin de construire une base de contre-pouvoir populaire qui peut éventuellement remettre en question de front le pouvoir existant des capitalistes et de l'État. » |
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| 103 | -Les communistes libertaires américains font appel à la structure confédérale pour structurer les institutions alternatives et de contre-pouvoir. Dans ce modèle là les deux institutions s’entremêlent et font appel à la démocratie directe : une confédération en croissance s’oppose à un État dominant. |
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| 105 | -« Le Caucus socialiste libertaire s'organise pour construire des réseaux de conseils communautaires, d'assemblées populaires, de syndicats de locataires et d'autres organes de démocratie participative qui forment un contrepoids aux institutions autoritaires qui régissent actuellement nos vies, organisant la société en parallèle contre le capitalisme et l'État. […]; nos conseils et assemblées peuvent restructurer l'autorité politique autour de nos propres processus de démocratie directe confédérale. Ce cadre de construction du pouvoir populaire en dehors des institutions de gouvernance de notre système actuel, pour remettre en question et éventuellement remplacer ces institutions par des institutions véritablement démocratiques de notre propre fabrication, est le cœur du Dual Power. […] |
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| 107 | -Les contre-institutions peuvent comprendre, sans s'y limiter : les conseils communautaires, les assemblées populaires de quartier, les conseils de travailleurs, les syndicats, les syndicats de base, les coopératives de travailleurs, les économies de solidarité redistributives en réseau local et régional, les initiatives de budgétisation participative et les banques de temps. Ils comprennent également des collectifs engagés dans la fourniture d'une aide mutuelle et de secours en cas de catastrophe, des syndicats de locataires, des fiducies foncières communautaires, des coopératives d'habitation, des systèmes communautaires d'agriculture et de distribution alimentaire, de l'énergie appartenant à la communauté, des modèles d'éducation horizontale, des collectifs de garde d'enfants, et des cliniques de santé gérées par la communauté, pour n'en citer que quelques-unes. […] » |
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| 108 | -Jusque-là les communistes libertaires reprenaient avec beaucoup de similitudes le système collectiviste déjà décrit, mais il ne semble pas reprendre le caractère insurrectionnel précédemment présenté, ou du moins il n’en fera pas part. |
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| 110 | - « Les communautés ouvrières qui s'organisent pour s'occuper des différents problèmes qui les concernent - de la réparation des rues à la distribution de nourriture, des cliniques aux feux de freinage au nettoyage des bâtiments négligés - montrent toutes les limites de la capacité de l'État néolibéral à résoudre nos problèmes et donc à le délégitimer aux yeux des observateurs. Les grèves et les arrêts de travail, les grèves des loyers, les blocages d'autoroute et les manifestations de masse qui accablent la capacité des autorités à maintenir le "business as usual" font tous partie de la façon dont la classe ouvrière démontre son pouvoir. […] |
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| 112 | -Une fois établies, les institutions du Dual Power qui travaillent à l'expansion du socialisme municipaliste dans telle ou telle communauté se confondent d'abord au niveau régional, puis en un vaste réseau international de "villes intrépides" similaires dédiées à la révolution contre le capitalisme et le fascisme, et à la construction dévouée du socialisme libertaire. Cette architecture organisationnelle décentralisée, en réseau, peut donner la priorité à l'universalisation de la démocratie économique et à la redistribution des biens et des services à tous, dans les communautés et les régions respectives. » |
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Gradualisme.md
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| 2 | -title: Gradualisme |
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| 4 | -# Tactiques et statégies |
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| 11 | -Auteur : Errico Malatesta, octobre 1925 |
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| 14 | -_Source: The Method of Freedom: An Errico Malatesta Reader. In The Anarchist Revolution: Polemical Articles 1924–1931, edited and introduced by Vernon Richards (London: Freedom Press, 1995), p.82–87. Originally published as "Gradualismo," Pensiero e Volantà (Rome) 2, no.12 (1 October 1925)._ |
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| 16 | -_Note personnelle – Par X, traductrice_ |
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| 18 | -_Errico Malatesta développe dans cet extrait le « gradualisme révolutionnaire ». Cette notion permet la compréhension de l'insurrectionnalisme. Elle met en défaut le principe de « Révolution » entretenu par les organisations marxistes et anarchistes. Malatesta nous amène à penser que l'anarchisme ne pourra pas prendre forme dans une action militaire seule (aka la Révolution) mais dans une mise en place graduelle de contre-pouvoir et d'alternatives. Et qu'une révolte brusque ne peut mener qu'à l'autoritarisme si elle n'est pas accompagnée par l'émergence d'une société alternative en parallèle._ |
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| 20 | -_Traduction de l'anglais au français. Vous pouvez lire l'article original en fin de page. Références en bas de document._ |
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| 24 | -<img src="media/images/Gradualism_Purple_black.png" style="background-color: transparent;"> |
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| 28 | -Au cours des polémiques qui surgissent entre anarchistes sur la meilleure tactique pour réaliser ou approcher la création d'une société anarchiste - et ce sont des polémiques utiles et même nécessaires quand elles reflètent la tolérance et la confiance mutuelles et évitent les récriminations personnelles - il arrive souvent que les uns reprochent aux autres d'être des gradualistes, et que ces derniers rejettent le terme comme s'il s'agissait d'une insulte. |
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| 30 | -Pourtant, au sens propre du terme et dans la logique de nos principes, nous sommes tous des gradualistes. Et nous devons tous l'être, quelle que soit la manière dont nous le sommes. |
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| 32 | -Il est vrai que certains mots, en particulier en politique, changent continuellement de sens et en prennent souvent un qui est tout à fait contraire au sens original, logique et naturel du terme. |
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| 33 | - |
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| 34 | -C'est le cas du mot "possibiliste". Y a-t-il quelqu'un de sain d'esprit qui puisse sérieusement prétendre vouloir l'impossible ? Pourtant, en France, ce terme est devenu l'étiquette spéciale d'une section du parti socialiste qui suivait l'ancien anarchiste Paul Brousse - et qui était plus disposée que d'autres à renoncer au socialisme en vue d'une coopération impossible avec la démocratie bourgeoise. |
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| 36 | -Il en va de même pour le mot "opportuniste". Qui veut en effet être un in-opportuniste, et donc renoncer aux opportunités qui se présentent ? Pourtant, en France, le terme d'opportuniste a fini par être appliqué spécifiquement aux partisans de Gambetta[1] et est toujours utilisé dans un sens péjoratif pour désigner une personne ou un parti sans idées ni principes et guidé par des intérêts basiques et à court terme. |
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| 37 | - |
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| 38 | -Il en va de même pour le mot "transformiste". Qui nierait que tout dans le monde et dans la vie évolue et change ? Qui n'est pas aujourd'hui un "transformateur" ? Pourtant, ce mot a été utilisé pour décrire les politiques corrompues et à court terme des Depretis italiens[2]. |
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| 40 | -Il serait bon de mettre un frein à l'habitude d'attribuer aux mots un sens différent de leur sens originel et qui donne lieu à de telles confusions et incompréhensions. Mais comment le faire, c'est une autre affaire, surtout quand le changement de sens est une tactique délibérée de la part des politiciens pour déguiser leurs objectifs iniques derrière de belles paroles. |
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| 42 | -Il est donc peut-être vrai que le mot gradualiste, appliqué aux anarchistes, pourrait finir par décrire en fait ceux qui utilisent l'excuse de faire les choses graduellement, au fur et à mesure qu'elles deviennent possibles, et en dernière analyse ne font rien du tout - soit cela, soit ils vont, s'ils vont du tout, dans une direction contraire à l'anarchie. Si tel est le cas, le terme doit être rejeté. Cependant, le sens réel du gradualisme reste le même : tout dans la nature et dans la vie change par degrés, et cela n'est pas moins vrai pour l'anarchie. Elle ne peut apparaître que petit à petit. |
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| 46 | -Comme je le disais plus haut, l'anarchisme est nécessairement gradualiste. |
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| 48 | -L'anarchie peut être vue comme la perfection absolue, et il est juste que ce concept reste dans nos esprits, comme un phare pour guider nos pas. Mais il est évident qu'un tel idéal ne peut être atteint d'un seul coup, en passant de l'enfer du présent au paradis tant désiré de l'avenir. |
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| 49 | - |
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| 50 | -Les partis autoritaires, c'est-à-dire ceux qui croient qu'il est à la fois moral et opportun d'imposer par la force un ordre social donné, peuvent espérer - en vain ! - que lorsqu'ils arriveront au pouvoir, ils pourront, en utilisant les lois, les décrets... et les gendarmes, soumettre indéfiniment tout le monde à leur volonté. |
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| 51 | - |
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| 52 | -Mais de tels espoirs et souhaits sont inconcevables pour les anarchistes, car ceux-ci ne cherchent à imposer que le respect de la liberté et comptent sur la force de persuasion et les avantages perçus de la libre coopération pour la réalisation de leurs idéaux. |
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| 53 | - |
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| 54 | -Cela ne veut pas dire que je crois (comme, par polémique, un journal réformiste peu scrupuleux et mal informé me l'a fait croire) que pour réaliser l'anarchie il faut attendre que tout le monde devienne anarchiste. Je crois au contraire - et c'est pour cela que je suis révolutionnaire - que dans les conditions actuelles, seule une petite minorité, favorisée par des circonstances particulières, peut arriver à concevoir ce qu'est l'anarchie. Ce serait un vœu pieux que d'espérer une conversion générale avant qu'un changement ne se produise réellement dans le type d'environnement dans lequel l'autoritarisme et le privilège prospèrent aujourd'hui. C'est précisément pour cette raison que je crois à la nécessité d'organiser l'avènement de l'anarchie, ou en tout cas de ce degré d'anarchie qui deviendrait progressivement réalisable, dès qu'un degré suffisant de liberté aura été conquis et qu'il existera quelque part un noyau d'anarchistes suffisamment fort numériquement et capable de se suffire à lui-même et d'étendre son influence au niveau local. Je le répète, il faut s'organiser pour appliquer l'anarchie, ou le degré d'anarchie qui devient progressivement possible. |
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| 55 | - |
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| 56 | -Comme nous ne pouvons pas convertir tout le monde d'un coup et que les nécessités de la vie et les intérêts de la propagande ne nous permettent pas de rester isolés du reste de la société, il faut trouver les moyens de mettre en pratique le plus possible d'anarchie parmi les gens qui ne sont pas anarchistes ou qui ne sont que sympathisants. |
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| 57 | - |
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| 58 | -Le problème n'est donc pas de savoir s'il faut procéder graduellement, mais de rechercher la voie la plus rapide et la plus sincère qui conduise à la réalisation de nos idéaux. |
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| 61 | - |
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| 62 | -Dans le monde entier, aujourd'hui, la voie est bloquée par des privilèges conquis, à la suite d'une longue histoire de violences et d'erreurs, par certaines classes qui, outre la supériorité intellectuelle et technique dont elles jouissent du fait de ces privilèges, disposent de forces armées recrutées parmi les classes soumises et les utilisent quand elles le jugent nécessaire, sans scrupules ni retenue. |
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| 63 | - |
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| 64 | -C'est pourquoi la révolution est nécessaire. La révolution détruit l'état de violence dans lequel nous vivons actuellement et crée les moyens d'une évolution pacifique vers toujours plus de liberté, plus de justice et plus de solidarité. |
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| 65 | - |
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| 66 | -Quelle doit être la tactique des anarchistes avant, pendant et après la révolution ? |
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| 67 | - |
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| 68 | -Sans doute la censure nous interdirait-elle de dire ce qu'il faut faire avant la révolution, pour la préparer et pour la faire. En tout cas, c'est un sujet mal traité en présence de l'ennemi. Il est cependant bon de rappeler qu'il faut rester fidèle à soi-même, diffuser la parole et éduquer le plus possible, éviter toute compromission avec l'ennemi et se tenir prêt, au moins en esprit, à saisir toutes les opportunités qui pourraient se présenter. |
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| 69 | - |
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| 70 | -\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_ |
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| 71 | - |
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| 72 | -Et pendant la révolution ? |
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| 73 | - |
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| 74 | -Je commencerai par dire que nous ne pouvons pas faire la révolution tout seuls et qu'il ne serait pas souhaitable de le faire. Si l'ensemble du pays n'est pas derrière elle, avec tous les intérêts, réels et latents, du peuple, la révolution échouera. Et dans le cas, loin d'être probable, où nous remporterions seuls la victoire, nous nous trouverions dans une position absurdement intenable : soit parce que, par le fait même d'imposer notre volonté, de commander et de contraindre, nous cesserions d'être des anarchistes et détruirions la révolution par notre autoritarisme ; soit parce que, au contraire, nous nous retirerions du terrain, laissant à d'autres, aux buts opposés aux nôtres, le soin de tirer profit de notre effort. |
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| 75 | - |
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| 76 | -Nous devons donc agir avec toutes les forces progressistes et les partis d'avant-garde pour attirer la masse du peuple dans le mouvement et éveiller son intérêt, afin de permettre à la révolution - dont nous ferions partie, parmi d'autres - de produire ce qu'elle peut. |
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| 77 | - |
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| 78 | -Cela ne signifie pas que nous devions renoncer à nos objectifs spécifiques. Au contraire, nous devrions rester étroitement unis et distinctement séparés des autres en luttant en faveur de notre programme : l'abolition du pouvoir politique et l'expropriation des capitalistes. Et si, malgré nos efforts, de nouvelles formes de pouvoir apparaissaient pour entraver l'initiative du peuple et imposer leur volonté, nous ne devrions pas y participer, ni leur accorder la moindre reconnaissance. Nous devons faire en sorte que le peuple leur refuse les moyens de gouverner, c'est-à-dire les soldats et les revenus, faire en sorte que ces pouvoirs restent faibles... jusqu'au jour où nous pourrons les écraser une fois pour toutes. |
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| 79 | - |
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| 80 | -En tout cas, nous devons revendiquer et exiger, par la force s'il le faut, notre pleine autonomie, le droit et les moyens de nous organiser comme nous l'entendons et de mettre en pratique nos propres méthodes. |
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| 81 | - |
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| 82 | -Et après la révolution, c'est-à-dire après la chute du pouvoir et le triomphe final des forces de l'insurrection ? |
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| 83 | - |
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| 84 | -\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_ |
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| 85 | - |
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| 86 | -C'est là que le gradualisme prend tout son sens. |
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| 87 | - |
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| 88 | -Nous devons être attentifs aux problèmes pratiques de la vie : la production, le commerce, les communications, les relations entre les groupes anarchistes et ceux qui conservent la foi en l'autorité, entre les collectifs communistes et les individualistes, entre la ville et la campagne. Il faut veiller à utiliser à bon escient les forces de la nature et les matières premières, s'occuper de la distribution industrielle et agricole - selon les conditions qui prévalent à l'époque dans les différents pays - de l'éducation publique, de l'aide à l'enfance et aux handicapés, des services sanitaires et médicaux, de la protection tant contre les criminels de droit commun que contre ceux, plus insidieux, qui continuent à vouloir supprimer la liberté d'autrui dans l'intérêt d'individus et de partis, etc. Les solutions à chaque problème doivent non seulement être les plus économiquement viables, mais aussi répondre aux impératifs de la justice et de la liberté et être les plus susceptibles de laisser ouverte la voie à des améliorations futures. Si nécessaire, la justice, la liberté et la solidarité doivent avoir la priorité sur les avantages économiques. |
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| 89 | - |
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| 90 | -Il n'est pas nécessaire de penser à tout détruire en croyant que les choses s'arrangeront d'elles-mêmes. Notre civilisation actuelle est le résultat de milliers d'années de développement et a trouvé des moyens de résoudre le problème de la cohabitation de millions et de millions de personnes, souvent entassées dans des zones restreintes, et de la satisfaction de leurs besoins de plus en plus nombreux et de plus en plus complexes. Ces avantages sont réduits - et pour la grande majorité des gens pratiquement refusés - du fait que le développement a été réalisé par des moyens autoritaires et dans l'intérêt de la classe dirigeante. Mais si les règles et les privilèges sont supprimés, les gains réels demeurent : les triomphes de l'humanité sur les forces adverses de la nature, le poids accumulé de l'expérience des générations passées, les habitudes sociables acquises au cours de la longue histoire de la cohabitation humaine, les avantages avérés de l'entraide. Il serait insensé, et d'ailleurs impossible, de renoncer à tout cela. |
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| 91 | - |
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| 92 | -En d'autres termes, il faut combattre l'autorité et les privilèges, tout en profitant des avantages que la civilisation a conférés. Nous ne devons rien détruire de ce qui satisfait, même mal, les besoins humains - jusqu'à ce que nous ayons quelque chose de mieux à mettre à la place. |
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| 93 | - |
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| 94 | -Intransigeants à l'égard de toute forme d'imposition ou d'exploitation capitaliste, nous devons être tolérants à l'égard de toutes les conceptions sociales qui prévalent dans les divers groupements humains, pourvu qu'elles ne portent pas atteinte à la liberté et à l'égalité des droits d'autrui. Nous devons nous contenter d'un progrès graduel, tandis que le niveau moral des peuples s'accroît, et avec lui les moyens matériels et intellectuels dont dispose l'humanité, et tout en faisant évidemment tout notre possible, par l'étude, le travail et la propagande, pour hâter l'évolution vers des idéaux de plus en plus élevés. |
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| 95 | - |
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| 96 | -\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_ |
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| 97 | - |
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| 98 | -J'ai trouvé ici plus de problèmes que de solutions. Mais je crois avoir présenté succinctement les critères qui doivent nous guider dans la recherche et l'application des solutions, qui seront certainement nombreuses et varieront selon les circonstances. Mais, en ce qui nous concerne, elles doivent toujours être cohérentes avec les principes fondamentaux de l'anarchisme : personne ne commande personne, personne n'exploite personne. |
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| 99 | - |
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| 100 | -Il appartient à tous les camarades de réfléchir, d'étudier, de se préparer, et de le faire avec toute la rapidité et la rigueur voulues, car l'époque est "dynamique" et nous devons être prêts à faire face à tout ce qui peut arriver. |
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| 101 | - |
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| 102 | -<br /> |
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| 104 | -<br /> |
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| 105 | - |
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| 106 | -# Gradualism - Tactics and stategy |
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| 107 | - |
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| 108 | -_English version_ |
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| 109 | - |
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| 110 | -Author : Errico Malatesta, October 1925 |
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| 111 | - |
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| 112 | -_Source: The Method of Freedom: An Errico Malatesta Reader. In The Anarchist Revolution: Polemical Articles 1924–1931, edited and introduced by Vernon Richards (London: Freedom Press, 1995), p.82–87. Originally published as "Gradualismo," Pensiero e Volantà (Rome) 2, no.12 (1 October 1925)._ |
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| 113 | - |
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| 114 | -Personal Note – X, translator |
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| 115 | - |
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| 116 | -«_In this extract, Errico Malatesta develops "revolutionary gradualism". This concept is a gateway to understanding insurrectionalism. It challenges the principle of "Revolution" maintained by Marxist and anarchist organisations. Malatesta leads us to believe that anarchism cannot take shape through military action alone (aka Revolution), but through the gradual establishment of counter-powers and alternatives. And that a revolt can only lead to authoritarianism if it is not accompanied by the emergence of an alternative society at the same time._» |
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| 117 | - |
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| 118 | -<br /> |
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| 119 | --------------------------------- |
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| 120 | -<br /> |
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| 121 | -In the course of those polemics which arise among anarchists as to the best tactics for achieving, or approaching the creation of an anarchist society — and they are useful, and indeed necessary arguments when they reflect mutual tolerance and trust and avoid personal recriminations — it often happens that some reproach others with being _gradualists_, and the latter reject the term as if it were an insult. |
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| 122 | - |
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| 123 | -Yet the fact is that, in the real sense of the word and given the logic of our principles, we are all gradualists. And all of us, in whatever different ways, have to be. |
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| 124 | - |
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| 125 | -It is true that certain words, especially in politics, are continually changing their meaning and often assume one that is quite contrary to the original, logical and natural sense of the term. |
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| 126 | - |
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| 127 | -Thus the word _possibilist_. Is there anyone of sound mind who would seriously claim to want the impossible? Yet in France the term became the special label of a section of the Socialist Party who were followers of the former anarchist, Paul Brousse — and more willing than others to renounce socialism in pursuit of an impossible cooperation with bourgeois democracy. |
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| 128 | - |
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| 129 | -Such too is the case with the word _opportunist_. Who actually wants to be an in-opportunist, and as such renounce what opportunities arise? Yet in France the term _opportunist_ ended up by being applied specifically to followers of Gambetta [1] and is still used in the pejorative sense to mean a person or party without ideas or principles and guided by base and short-term interests. |
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| 130 | - |
|
| 131 | -The same is true of the word _transformist_. Who would deny that everything in the world and in life evolves and changes? Who today is not a "transformer?" Yet the word was used to describe the corrupt and short-term policies pioneered by the Italian Depretis.[2] |
|
| 132 | - |
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| 133 | -It would be a good thing to put a brake on the habit of attributing to words a meaning that is different from their original sense and which gives rise to such confusion and misunderstanding. But how to do it is another matter, particularly when the change in meaning is a deliberate tactic on the part of politicians to disguise their iniquitous purposes behind fine words. |
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| 134 | - |
|
| 135 | -Maybe it is true, therefore, that the word _gradualist_, as applied to anarchists, could end up in fact describing those who use the excuse of doing things gradually, as and when they become possible, and in the last analysis do nothing at all — either that or move, if they move at all, in a contrary direction to anarchy. If this is the case the term has to be rejected. Yet the real sense of gradualism remains the same: everything in nature and in life changes by degrees, and this is no less true of anarchy. It can only come about little by little. |
|
| 136 | - |
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| 137 | -As I was saying earlier, anarchism is of necessity gradualist. |
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| 138 | - |
|
| 139 | -Anarchy can be seen as absolute perfection, and it is right that this concept should remain in our minds, like a beacon to guide our steps. But quite obviously, such an ideal cannot be attained in one sudden leap from the hell of the present to the longed-for heaven of the future. |
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| 140 | - |
|
| 141 | -The authoritarian parties, by which I mean those who believe it both moral and expedient to impose a given social order by force, may hope — vain hope! — that when they come to power they can, by using the laws, decrees... and _gendarmes_ subject everybody indefinitely to their will. |
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| 142 | - |
|
| 143 | -But such hopes and wishes are inconceivable for the anarchists, since anarchists seek to impose nothing but respect for liberty and count on the force of persuasion and perceived advantages of free cooperation for the realisation of their ideals. |
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| 144 | - |
|
| 145 | -This does not mean I believe (as, by way of polemic, one unscrupulous and ill-informed reformist paper had me believe) that to achieve anarchy we must wait till _everyone_ becomes an anarchist. On the contrary, I believe — and this is why I'm a revolutionary — that under present conditions only a small minority, favoured by special circumstances, can manage to conceive what anarchy is. It would be wishful thinking to hope for a general conversion before a change actually took place in the kind of environment in which authoritarianism and privilege now flourish. It is precisely for this reason that I believe in the need to organise for the bringing about of anarchy, or any rate that degree of anarchy which would become gradually feasible, as soon as a sufficient amount of freedom has been won and a nucleus of anarchists somewhere exists that is both numerically strong enough and able to be self-sufficient and to spread its influence locally. I repeat, we need to organise ourselves to apply anarchy, or that degree of anarchy which becomes gradually possible. |
|
| 146 | - |
|
| 147 | -Since we cannot convert everybody all at once and the necessities of life and the interests of propaganda do not allow us to remain in isolation from the rest of society, ways need to be found to put as much of anarchy as possible into practice among people who are not anarchist or who are only sympathetic. |
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| 148 | - |
|
| 149 | -The problem, therefore, is not whether there is a need to proceed gradually but to seek the quickest and sincerest way that leads to the realisation of our ideals. |
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| 150 | - |
|
| 151 | -Throughout the world today the way is blocked by privileges conquered, as a result of a long history of violence and mistakes, by certain classes which in addition to an intellectual and technical superiority which they enjoy as a result of these privileges, also dispose of armed forces recruited among the subject classes and use them when they think necessary without scruples or restraint. |
|
| 152 | - |
|
| 153 | -That is why revolution is necessary. Revolution destroys the state of violence in which we live now, and creates the means for peaceful development towards ever greater freedom, greater justice and greater solidarity. |
|
| 154 | - |
|
| 155 | -What should the anarchists' tactics be before, during and after the revolution? |
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| 156 | - |
|
| 157 | -No doubt censorship would forbid us to say what needs to be done before the revolution, in order to prepare for it and to carry it out. In any case, it is a subject badly handled in the presence of the enemy. It is, however, valid to point out that we need to remain true to ourselves, to spread the word and to educate as much as possible, and avoid all compromise with the enemy and to hold ourselves ready, at least in spirit, to seize all opportunities that might arise. |
|
| 158 | - |
|
| 159 | -And during the revolution? |
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| 160 | - |
|
| 161 | -Let me begin by saying, we can't make the revolution on our own; nor would it be desirable to do so. Unless the whole of the country is behind it, together with all the interests, both actual and latent, of the people, the revolution will fail. And in the far from probable case that we achieved victory on our own, we should find ourselves in an absurdly untenable position: either because, by the very fact of imposing our will, commanding and constraining, we would cease to be anarchists and destroy the revolution by our authoritarianism; or because, on the contrary, we would retreat from the field, leaving others, with aims opposed to our own, to profit from our effort. |
|
| 162 | - |
|
| 163 | -So we should act together with all progressive forces and vanguard parties to attract the mass of the people into the movement and arouse their interest, allowing the revolution — of which we would form a part, among others — to yield what it can. |
|
| 164 | - |
|
| 165 | -This does not mean that we should renounce our specific aims. On the contrary, we should have to keep closely united and distinctly separate from the rest in fighting in favour of our programme: the abolition of political power and expropriation of the capitalists. And if, despite our efforts, new forms of power were to arise that seek to obstruct the people's initiative and impose their own will, we must have no part in them, never give them any recognition. We must endeavour to ensure that the people refuse them the means of governing — refuse them, that is, the soldiers and the revenue; see to it that those powers remain weak... until the day comes when we can crush them once and for all. |
|
| 166 | - |
|
| 167 | -Anyway, we must lay claim to and demand, with force if needs be, our full autonomy, and the right and the means to organise ourselves as we see fit and to put our own methods into practice. |
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| 168 | - |
|
| 169 | - |
|
| 170 | -And after the revolution — that is after the fall of those in power and the final triumph of the forces of insurrection? |
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| 171 | - |
|
| 172 | -This is where gradualism becomes particularly relevant. |
|
| 173 | - |
|
| 174 | -We must pay attention to the practical problems of life: production, trade, communications, relations between anarchist groups and those who retain a belief in authority, between communist collectives and individualists, between the city and the countryside. We must make sure to use to our advantage the forces of nature and raw materials, and that we attend to industrial and agricultural distribution — according to the conditions prevailing at the time in the various different countries — public education, childcare and care for the handicapped, health and medical services, protection both against common criminals and those, more insidious, who continue to attempt to suppress the freedom of others in the interests of individuals and parties, etc. The solutions to each problem must not only be the most economically viable ones but must respond to the imperatives of justice and liberty and be those most likely to keep open the way to future improvements. If necessary, justice, liberty and solidarity must take priority over economic benefit. |
|
| 175 | - |
|
| 176 | -There is no need to think in terms of destroying everything in the belief that things will look after themselves. Our present civilisation is the result of thousands of years of development and has found some means of solving the problem of how millions and millions of people co-habit, often crowded together in restricted ares, and how their ever-increasing and ever more complex needs can be satisfied. Such benefits are reduced — and for the great majority of people virtually denied — due to the fact that the development has been carried out by authoritarian means and in the interests of the ruling class. But, if the rules and privileges are removed, the real gains remain: the triumphs of humankind over the adverse forces of nature, the accumulated weight of experience of past generations, the sociable habits acquired throughout the long history of human cohabitation, the proven advantages of mutual aid. It would be foolish, and besides impossible, to give up all this. |
|
| 177 | - |
|
| 178 | -In other words, we must fight authority and privilege, while taking advantage from the benefits that civilisation has conferred. We must not destroy anything that satisfies human need however badly — until we have something better to put in its place. |
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| 179 | - |
|
| 180 | -Intransigent as we remain to any form of capitalist imposition or exploitation, we must be tolerant of all those social concepts that prevail in the various human groupings, so long as they do not harm the freedom and equal rights of others. We should content ourselves with gradual progress while the moral level of the people grows, and with it, the material and intellectual means available to mankind; and while, clearly, doing all we can, through study, work and propaganda, to hasten development towards ever higher ideals. |
|
| 181 | - |
|
| 182 | -I have here come up with more problems than solutions. But I believe I have succinctly presented the criteria which must guide us in the search and application of the solutions, which will certainly be many and vary according to circumstances. But, so far as we are concerned, they must always be consistent with the fundamental principles of anarchism: no-one orders anyone else around, no-one exploits anyone else. |
|
| 183 | - |
|
| 184 | -It is the task of all comrades to think, study and prepare — and to do so with all speed and thoroughly because the times are "dynamic" and we must be ready for what might happen. |
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| 185 | - |
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| 186 | ---- |
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| 187 | - |
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| 188 | - |
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| 189 | -_References:_ |
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| 190 | - |
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| 191 | -Français |
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| 192 | - |
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| 193 | -[1] Léon Gambetta a été un éminent politicien républicain de la Troisième République française, jusqu'à sa mort en 1882. |
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| 194 | - |
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| 195 | -[2] Agostino Depretis a été neuf fois premier ministre italien entre 1876 et 1887. Au cours de son mandat ininterrompu de 1881 à 1887, il a changé cinq fois de cabinet, soutenu par des majorités qui passaient de la gauche à la droite, en se basant sur la commodité à court terme plutôt que sur des programmes à long terme. |
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| 196 | - |
|
| 197 | -English |
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| 198 | - |
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| 199 | -[1](https://theanarchistlibrary.org/library/errico-malatesta-gradualism#fn_back1) Léon Gambetta was a prominent republican politician of the French Third Republic, until his death in 1882. |
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| 200 | - |
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| 201 | -[2](https://theanarchistlibrary.org/library/errico-malatesta-gradualism#fn_back2) Agostino Depretis was Italian prime minister nine times between 1876 and 1887. During his uninterrupted premiership from 1881 to 1887 he changed his cabinet five times, supported by majorities that shifted from the Left to the Right, based on short-term convenience rather than long-term programmes. |
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| 202 | - |
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| 19 | 19 | <h1 style="text-align: center; background: #1c1c1c;margin-bottom: 0px; margin-top: 0; display:none;">Revue</h1> |
| 20 | -<a href="/NUMERO_14_Novembre_2025.pdf" download><button class="button_header button_home_revue" style="font-size: 200%;padding-bottom: 8%; padding-top: 20%; width: 100%;">La Bouche de Fer - Novembre 2025 </button></a> |
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| 20 | +<a href="/static/docpdf/NUMERO_14_Novembre_2025.pdf" download><button class="button_header button_home_revue" style="font-size: 200%;padding-bottom: 8%; padding-top: 20%; width: 100%;">La Bouche de Fer - Novembre 2025 </button></a> |
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| 30 | 30 | <a href="mailto:hauoro#64;protonmail.com"><button class="button_header button_home_opt_2" style="font-size: 100%; width: 100%;">Appel à participation pour la revue la Bouche De Fer de 2026 ! Cliquer pour nous contacter par mail : hauoro@protonmail.com</button></a> |
| 31 | 31 | |
| 32 | 32 | <h1 style="text-align: center; background: #1c1c1c;margin-bottom: 0px; margin-top: 0; display:none;">Revue avril </h1> |
| 33 | -<a href="/Special_Avril_2025_12_juin.pdf" download><button class="button_header button_home_opt_2" style="font-size: 100%; width: 100%;">Télécharger la Revue de la Bouche de Fer d'avril 2025</button></a> |
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| 33 | +<a href="/static/docpdf/Special_Avril_2025_12_juin.pdf" download><button class="button_header button_home_opt_2" style="font-size: 100%; width: 100%;">Télécharger la Revue de la Bouche de Fer d'avril 2025</button></a> |
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| 34 | 34 | |
| 35 | 35 | <h1 style="text-align: center; background: #1c1c1c;margin-bottom: 0px; margin-top: 0; display:none;">Archive Bouche de Fer EANL 2020</h1> |
| 36 | 36 | <a href="https://eanl.purpleblack.org/"><button class="button_header button_home_opt_2" style="font-size: 100%; width: 100%;">Vers les archives de Bouche de Fer EANL 2020 </button></a> |
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| 68 | 68 | <div style="text-align: justify"> |
| 69 | 69 | |
| 70 | 70 | <div class="classic"> |
| 71 | -Ce site se donne pour but d'étudier et collecter tout un pan, au mieux méconnu, mais plus souvent ignoré, de la théorie anarchiste, portant sur le féminisme, les identités queers, l'antiracisme, le transhumanisme et même l'antiautoritarisme et l'anticapitalisme, d'un point de vue individualiste et mutuelliste. |
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| 71 | +Ce site se donne pour but d'étudier et de collecter un pan souvent ignoré, au mieux méconnu, de la théorie anarchiste, portant sur les féminismes, l’antiracisme, l'antiautoritarisme et l'anticapitalisme, voire même les identités queers et le transhumanisme, d'un point de vue individualiste et mutuelliste. |
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| 72 | 72 | </div> |
| 73 | 73 | <br /> |
| 74 | 74 | |
| 75 | 75 | <div class="classic"> |
| 76 | -Notre effort inclut la volonté de référencer un ensemble de champs de recherche dont les progrès récents - ou moins récents, mais dont la diffusion en France et dans les franges radicales se fait attendre - peuvent se montrer utiles à une rénovation de la théorie libertaire, afin de la tirer de la gangue marxisante dans laquelle elle s'est enfoncée depuis plus d'une moitié de siècle. |
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| 76 | +Cet effort part d’une volonté commune de référencer un ensemble de travaux utiles à la rénovation de la théorie libertaire, en particulier en France où leur diffusion est faible, afin de la tirer de la gangue marxisante dans laquelle elle s'est enfoncée depuis plus d'un demi-siècle. |
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| 77 | 77 | </div> |
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| 79 | 79 | <p align="center"> |
Introduction au Dual Power.md
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| 2 | -title: Introduction à la stratégie du Double Pouvoir - Dual Power |
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| 5 | -<h1 style="text-align: left; color:transparent; border-bottom: none; margin-bottom: -30px">Introduction à la stratégie du Double Pouvoir - Dual Power</h1> |
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| 6 | -_by Brian A. Dominick_ |
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| 7 | -<p align="center"> |
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| 8 | -<img src="media/images/Logo_vectorized_resized.png" style="background-color: transparent;" width = 50 height = 50> |
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| 9 | -</p> |
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| 10 | - |
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| 15 | -_Note personnelle – Par X, traductrice_ |
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| 17 | -_Brian A. Dominick n'est pas forcément connu, "An introduction to Dual Power strategy" est un zine politique distribué en 2018 aux USA et maintenant archivé à la East Baton Rouge Parish Library. Brian est aussi l'auteur de "Animal Liberation and Social Revolution"._ |
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| 20 | -_Traduction de l'anglais au français. Vous pouvez lire l'article original en fin de page. Références en bas de document._ |
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| 26 | -La grande tâche du Dual Power de la base est de rechercher et de créer des espaces sociaux et de les remplir d'institutions et de relations libératrices. Là où il y a de la place pour agir par nous-mêmes, nous créons des institutions propices non seulement à catalyser la révolution, mais aussi aux conditions actuelles d'une vie épanouie, y compris l'autogestion économique et politique dans toute la mesure du possible. Nous ne cherchons pas à nous emparer du pouvoir, mais à saisir les opportunités liées à l'exercice de notre pouvoir. |
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| 28 | -"Le prolétariat a besoin d'un pouvoir d'État, d'une organisation centralisée de la force, d'une organisation de la violence... pour diriger l'énorme masse de la population... dans le travail d'organisation d'une société socialiste." |
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| 29 | --V.I. Lénine |
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| 30 | -Parti bolchevique |
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| 32 | -"Nous ne voulons pas prendre le pouvoir, mais l'exercer". |
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| 33 | -Sous-commandant Marcos |
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| 34 | -Armée zapatiste de libération nationale |
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| 36 | -Deux dualités sont à l'œuvre dans le concept stratégique moderne connu sous le nom de Dual Power. Tout d'abord, il y a la notion classique de la relation entre (1) l'establishment actuel et (2) la seconde infrastructure sociale qui lui est opposée. |
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| 38 | -Ici, le statu quo consiste en une économie capitaliste de marché, une république autoritaire, le patriarcat, l'adultarchie, l'eurocentrisme judéo-chrétien, la suprématie blanche, etc. Ce sont les idéologies et les institutions qui constituent le système oppressif selon lequel notre société fonctionne. Par nécessité, donc, notre Dual Power oppositionnel, notre infrastructure alternative, doit être basé sur une économie socialiste décentralisée, un régime politique démocratique participatif, une parenté féministe et juvénile, et une culture laïque mais spirituelle, intercommunale. Ce seront les éléments constitutifs de notre nouvelle société, et la maçonnerie a déjà commencé. |
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| 40 | -La deuxième dualité se situe entre (1) la force créatrice de former de nouvelles institutions sociales et de transformer des institutions oppressives en institutions libératrices, et (2) la résistance ou la destruction de ce qui est inutile et oppressif pour nous dans l'establishment actuel. En d'autres termes, nous devons aborder le changement social révolutionnaire avec des tactiques constructives et des tactiques destructives dans notre boîte à outils. Nous ne pouvons pas construire sans faire de la place, mais notre infrastructure sociale alternative ne se fera pas toute seule, nous devons donc l'établir sur les ruines de l'ancien ordre, dans l'ombre de cet ordre. |
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| 42 | -Le Dual Power est une stratégie relativement générique, comme nous l'avons vu. Non seulement il existe une grande divergence entre la version léniniste de la stratégie et l'approche contemporaine de la base, mais il existe également un certain nombre de tendances au sein de ce dernier cadre. Pour l'essentiel, l'alternative la plus populaire à la perspective stratégique décrite dans ce livre est connue sous le nom de municipalisme libertaire. Pour différencier les deux approches, nous appellerons cette version holistique du Dual Power parce que l'un des principaux principes de cette approche est que nous devons former une infrastructure alternative et de résistance dans toutes les sphères de la vie sociale (alors que le municipalisme libertaire ne se concentre que sur le double pouvoir politique). |
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| 44 | -**Conditions révolutionnaires** |
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| 46 | -Les marxistes contemporains insistent sur le fait que les conditions objectives nécessaires à une révolution sociale existent aujourd'hui dans les sociétés nord-américaines et dans l'ensemble du monde industrialisé. Ces conditions, affirment-ils, sont les formes de production technologiquement avancées qui placent la capacité, mais non l'autorité, de satisfaire tous les besoins matériels des gens entre les mains des travailleurs. En d'autres termes, si seulement les travailleurs se soulevaient et prenaient le contrôle des moyens de production, la révolution serait à portée de main, car ils pourraient réorganiser la répartition et enfin mettre fin à une pénurie artificielle de biens matériels et de services. L'élément manquant aujourd'hui, affirment les marxistes, est la condition subjective de la conscience révolutionnaire. En d'autres termes, le peuple doit devenir révolutionnaire dans son esprit. |
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| 48 | -L'idéologie marxiste, telle qu'elle est diffusée par les partis "communistes" modernes (des avant-gardes autoproclamées dans un état prématuré), est le véhicule prétendument capable d'instiller cette conscience révolutionnaire parmi les "masses". C'est pourquoi les marxistes contemporains ont tendance à s'organiser idéologiquement, en diffusant de la propagande, plutôt que pratiquement, en établissant les organisations de base nécessaires pour répondre aux besoins immédiats et futurs du peuple, y compris l'autogestion politique et économique popularisée. Pour eux, le Dual Power naît lorsque leur parti acquiert la force et les moyens de réorganiser et de diriger la société du haut vers le bas. |
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| 50 | -Les marxistes nient généralement la nécessité d'une organisation populaire de base, précisément parce qu'ils pensent que la méthode de l'avant-garde est la voie à suivre, en dépit de son bilan historique. Au moins, affirment-ils, l'avant-gardisme a accompli quelque chose, alors que les méthodes spontanées attribuées à l'anarchisme ne nous ont menés nulle part. Indépendamment de l'in/exactitude de cette affirmation, elle peut être facilement exposée comme un produit de la peur fondamentale des marxistes de donner aux "masses" plus qu'une allégeance idéologique au marxisme et au parti d'avant-garde qu'ils ont choisi. Le parti "fournira la direction nécessaire" pour guider la révolution et reconstruire la société à la suite de l'insurrection. Il n'est donc pas impératif de construire des institutions de base et de mettre en place un cadre démocratique pendant la période pré-insurrectionnelle. Il n'est pas non plus important que le peuple, considéré comme une "masse", développe les compétences nécessaires pour autogérer ne serait-ce que sa propre vie, et encore moins une société entière. Pour les marxistes, les structures de Dual Power se limitent au Parti lui-même. Tous les autres doivent vaquer à leurs occupations normales, tout en soutenant le parti et en attendant d'autres ordres.\* |
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| 52 | -Nous devons également reconnaître que les projets actuels destinés à diffuser des informations, à populariser des critiques sociales ou à éveiller les consciences sont limités. Cela est d'autant plus vrai lorsque leur objectif est de proposer la solution simpliste (pour ne pas dire dangereuse) de l'alignement des masses sur les partis politiques ou les avant-gardes. Les médias et la propagande révolutionnaires doivent être intrinsèquement liés à la lutte. Sans les projets pratiques et quotidiens qui construisent la révolution, tout en fournissant un espace de vie essentiel et une protection contre les effets de l'oppression, notre propagande est sans fondement. Il est tout simplement faux de prétendre que la solution à nos malheurs collectifs peut être trouvée en se tournant vers les élites et les dirigeants comme notre "activisme", quelle que soit leur persuasion idéologique ou leur pouvoir. |
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| 54 | -L'essence d'une stratégie de Dual Power à la base est résumée dans la citation ci-dessus du leader de l'EZLN, Marcos. Elle illustre le concept très différent de révolution professé par les Zapatistes, et qui commence à être compris par les radicaux de divers mouvements à travers le monde. |
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| 56 | -Comme nous l'avons vu dans le dernier chapitre, le pouvoir social des "masses" est actuellement prêté - loué par les élites. Nous renonçons à notre prérogative de gérer nos propres vies politiques et économiques, et nous nous contentons d'accepter passivement le mode de fonctionnement social établi. L'accès limité à la politique offert par le statu quo, comme le vote et les pétitions, n'est rien d'autre que la réaffirmation de notre consentement à être gouvernés, à voir notre pouvoir politique géré par des élites à notre place. |
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| 58 | -Le refus de participer, de quelque manière que ce soit, à la société dominante, de la part de tous les travailleurs, bureaucrates et officiers de police, n'aboutira à rien d'autre qu'au renversement du statu quo. En effet, même l'acceptation passive du statu quo, associée à la participation aux fonctions sociales quotidiennes définies par ce même statu quo, reste un soutien actif à ce dernier. Même dans le cas où une nouvelle force politique alternative s'empare du pouvoir au sommet, la relation d'autorité et de subordination persiste. Ce n'est que lorsque les gens participent réellement à un arrangement social alternatif que l'ancien paradigme est dissous. |
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| 60 | -Cet essai porte sur la démocratie de base. Je n'introduis pas une nouvelle idéologie radicale, je parle de la construction d'un cadre social, ou d'une infrastructure, qui réponde à la volonté réelle du peuple. Je ne dirai rien ici sur la moralité, ni ne partagerai mes opinions sur les questions d'actualité. Ce que je propose, c'est un système dans lequel les décisions en matière de politique sociale et de relations économiques sont prises par ceux qu'elles concernent : les citoyens et les travailleurs. Cette idée stratégique reste bien sûr une menace. Elle prend position contre les pouvoirs démesurés actuellement réservés aux politiciens et à leurs bailleurs de fonds privés. Elle met en cause les arrangements hiérarchiques du lieu de travail, de la famille, de l'école, de l'église, etc. qui contredisent directement et résistent à l'exercice du pouvoir par les gens ordinaires. Mais il ne dit rien sur la manière dont ces personnes devraient utiliser leur pouvoir, une fois qu'elles l'ont acquis. Je fais peu de suggestions spécifiques concernant les questions à trancher, et encore moins les conclusions à privilégier, dans une société démocratique ou une société aspirant à une véritable démocratie. |
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| 62 | -Telle est l'essence du Dual Power à la base. Il s'agit avant tout d'une stratégie révolutionnaire, de la procédure par laquelle nous pouvons soutenir un changement social radical pendant et après les bouleversements insurrectionnels - et même gérer ces bouleversements ; mais le Dual Power est également une situation que nous créons pour nous-mêmes en tant que communautés. Que l'insurrection se produise dans la prochaine décennie ou qu'il faille encore trois générations pour qu'elle se produise, nous pouvons créer des circonstances révolutionnaires maintenant, et nous pouvons exercer le pouvoir dans toute la mesure du possible. Le Dual Power reconnaît qu'attendre la fin de l'insurrection pour participer à des relations politiques et économiques libératrices revient à reporter notre libération ; c'est aussi insensé que d'attendre la fin de l'insurrection pour commencer à réorganiser la société. Nous n'avons pas besoin que l'État et le capitalisme s'effondrent avant de pouvoir commencer à vivre des vies relativement libres. |
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| 64 | -La grande tâche du Dual Power de la base est de rechercher et de créer des espaces sociaux et de les remplir d'institutions et de relations libératrices. Là où il y a de la place pour agir par nous-mêmes, nous formons des institutions propices non seulement à catalyser la révolution, mais aussi aux conditions actuelles d'une vie épanouie, y compris l'autogestion économique et politique dans toute la mesure du possible. Nous ne cherchons pas à nous emparer du pouvoir, mais à saisir les opportunités liées à l'exercice de notre pouvoir. |
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| 66 | -Ainsi, le Dual Power de base est une situation dans laquelle une communauté autodéfinie a créé pour elle-même un système politique/économique qui constitue une alternative opérationnelle à l'État dominant/à l'establishment capitaliste. Le Dual power consiste en des institutions alternatives qui répondent aux besoins matériels et sociaux de la communauté, notamment en matière d'alimentation, d'habillement, de logement, de soins de santé, de communication, d'énergie, de transport, d'éducation et d'organisation politique. Le Dual Power est nécessairement autonome par rapport au système dominant et lui fait concurrence, cherchant à empiéter sur le domaine de ce dernier et, à terme, à le remplacer. |
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| 68 | -La création et la mise en œuvre de ce second pouvoir marquent la première étape de la révolution, celle au cours de laquelle deux systèmes sociaux luttent pour obtenir le soutien du peuple ; l'un pour son allégeance aveugle et non critique, l'autre pour sa participation active et consciente. |
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| 70 | -Outre les bouleversements révolutionnaires, la formation même d'un système de Dual Power dans le présent est en fait l'un des objectifs de la stratégie de Dual Power - nous cherchons à créer une situation de Dual Power en construisant des institutions politiques, économiques et sociales alternatives, afin de répondre aux besoins de nos communautés d'une manière essentiellement autosuffisante. L'autonomie et l'indépendance relative vis-à-vis de l'État et de la capitale sont les principaux objectifs du Dual Power, tout comme l'interdépendance entre les membres de la communauté. |
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| 72 | -Et, encore une fois, bien qu'une société post-insurrectionnelle qui a généralement dépassé les contradictions indiquées par le terme "dual power" soit l'objectif final de cette stratégie, la création d'une infrastructure sociale alternative est une fin souhaitable en soi. Puisque nous n'avons aucun moyen de prédire l'insurrection, il est important pour notre propre tranquillité d'esprit et notre capacité d'action en tant que militants que nous créions des situations dans le présent qui reflètent les principes de nos visions futures. Nous devons créer pour nous-mêmes maintenant les types d'institutions et de relations, dans la mesure du possible, sur lesquels nous baserons notre activisme futur. Nous devons libérer un espace, pour nous et les générations futures, dans l'ombre du système dominant, non seulement pour construire une nouvelle société, mais aussi pour vivre une vie plus libre et plus paisible aujourd'hui. |
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| 74 | -Mais où se situe le rôle de la résistance dans toute cette construction ? Pendant la phase de Dual Power, il est important non seulement de construire les fondations de la nouvelle société, mais aussi de diminuer la force et la capacité de l'ancien système. Nous devons d'abord faire de la place au sein du système encore dominant afin d'avoir de l'espace pour construire une nouvelle société. Par conséquent, nous devons non seulement créer des institutions alternatives, mais aussi des contre-institutions (XI) pour résister et attaquer le statu quo. La contre-activité englobe tout, de la protestation à l'action directe, mais elle est définie comme une activité qui s'oppose activement au statu quo. La complexité de l'analyse exigée par les types d'activités dans lesquelles s'engagent les contre-institutions nous oblige à réévaluer en profondeur ce qui est devenu une pratique courante, presque par défaut, au sein des groupes activistes radicaux. La fusion réussie de la contre-activité des XI et de la proactivité des IA exige un nouveau niveau de compréhension et de coordination stratégique et tactique. |
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| 76 | -**La communauté** |
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| 78 | -En ce qui nous concerne, la communauté fait référence à un groupe autodéfini d'individus consciemment actifs situés dans une proximité locale ou régionale (elle aussi autodéfinie). Les principales tâches du développement communautaire sont (1) le développement interne de structures alternatives et contre-institutionnelles au sein de la communauté ; (2) l'expansion et la diversification de la communauté elle-même (populairement, pas géographiquement) ; (3) l'amélioration subjective (personnelle) et l'éducation des membres de la communauté ; (4) la constitution d'une municipalité souveraine (ayant atteint une "masse critique" de soutien stable et participatif) ; (5) l'identification de la communauté dans le contexte d'une révolution mondiale. |
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| 80 | -Nous commencerons par la dernière directive. Une fois que nous avons généralement identifié et défini notre communauté (et c'est un processus continu, sans fin), nous devons la reconnaître, et la faire reconnaître de l'extérieur, comme faisant partie d'une lutte révolutionnaire plus large, essentiellement mondiale. Les communautés qui se révoltent isolément sont vouées à l'échec. Et tandis que le Dual Power se développera à des rythmes différents selon les sociétés, les régions et les localités, tous les projets de Dual Power doivent être affiliés de manière autonome. |
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| 82 | -Nous essayons de révolutionner la société, mais à une échelle avec laquelle nous pouvons composer. À ce stade, la démocratie directe se prête mieux à la communauté ou à une unité plus petite. Une seule ville peut devoir être divisée en plusieurs municipalités Dual Power, en fonction de sa taille et des souhaits de ses membres résidentiels. Il est généralement inconcevable qu'une unité plus grande qu'une ville (c'est-à-dire un État, une région, etc.) puisse fonctionner comme une communauté à double pouvoir directement démocratique, où l'interaction face à face et l'impact de l'individu sur les décisions pertinentes sont impératifs - du moins à un stade précoce. |
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| 84 | -Le problème de l'échelle est simple, mais sans solution facile : nous voulons réorganiser radicalement l'ensemble de la société, mais de manière décentralisée. Cela signifie qu'il ne peut y avoir de comité central au niveau national, continental ou mondial qui dicte ou dirige le développement des communautés individuelles. La révolution doit se faire de bas en haut, de l'extérieur vers l'intérieur. S'il doit y avoir des institutions et des associations qui s'étendent au-delà du quartier et de la communauté, elles doivent être mises en place après que les unités autonomes (c'est-à-dire les quartiers, les municipalités, etc.) ont été définies. |
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| 86 | -Si nous décidons de mettre en place un système élaboré de strates (par exemple, le quartier, la municipalité, le comté, l'état, la région, la nation, etc), chaque unité doit d'abord être créée, en partant de la plus petite et de la plus intime. ), chaque unité doit être créée, de la plus petite à la plus intime, en premier lieu. Ensuite, nous pouvons nous associer à d'autres unités ainsi développées pour former des réseaux. Par exemple, nous organisons notre quartier en un réseau Dual Power, et cette association de quartier recherche les quartiers voisins et développe un autre réseau pour former un réseau municipal, qui s'associe à d'autres municipalités locales pour former une ville ou un comté à double pouvoir, et ainsi de suite. |
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| 88 | -De manière réaliste, nous devons nous attendre à ce que les réseaux Dual Power se forment d'abord au niveau de la communauté/municipalité, du moins dans la plupart des zones urbaines, et qu'ils se divisent ensuite en quartiers, ou en d'autres strates définies par les personnes impliquées. Cette approche se prête encore à la démocratie directe. Cependant, nous ne pouvons pas former un réseau Dual Power continental, par exemple, et le diviser ensuite. Nous passerions trop de temps à nous rendre à des réunions pour développer nos propres communautés ! |
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| 90 | -En tout état de cause, les échelles seront expérimentées et les communautés se définiront différemment. Il en résultera un manque d'uniformité entre les différentes communautés, même entre les communautés "frontalières" telles qu'elles ont été définies ; il en résultera même de la confusion et des conflits, du moins peut-on le supposer. Mais si l'alternative est la centralisation et la perte de contrôle démocratique, nous devrons procéder à la manière forte, qui est après tout la méthode de la base. |
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| 92 | -En ce qui concerne l'échelle et l'association, la question n'est pas de savoir si la révolution doit être mondiale ou communautaire. Bien sûr, elle doit être mondiale, comme l'affirment constamment les critiques de la plupart des projets d'organisation de la base. La vraie question est de savoir comment nous allons développer le(s) système(s) social(aux) élaboré(s) nécessaire(s) à l'autogestion populaire de la lutte révolutionnaire. Par conséquent, sans exclure - et même en reconnaissant ! - la nécessité d'une organisation globale et inter-réseaux de la révolution, nous insistons sur un processus organique, à la base, par lequel des structures "parapluies" peuvent voir le jour, formant des holarchies à la place des hiérarchies. |
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| 94 | -Nous nous heurtons ici à un concept inhabituel mais très simple. Une holarchie est un modèle de structure organisationnelle qui prévoit différents niveaux de strates sociales à des fins administratives, mais pas différents niveaux d'autorité. D'un point de vue abstrait, il s'agit d'une hiérarchie sans différence dans le pouvoir de décision dont disposent les différents niveaux de la "pyramide". Dans le modèle républicain de gouvernement fédéral en vigueur aux États-Unis, il existe plusieurs niveaux d'autorité. Le président, au sommet de la hiérarchie pyramidale, dispose évidemment d'un pouvoir démesuré par rapport aux citoyens ordinaires. Et il y a plusieurs niveaux de pouvoir entre les deux. |
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| 96 | -Dans une holarchie, qui a toujours la forme d'une pyramide avec moins d'"officiers" occupant les "rangs" supérieurs, le pouvoir de décision (c'est-à-dire l'autorité) diminue au fur et à mesure que la fonction administrative augmente, en partant du citoyen vers les niveaux supérieurs. En d'autres termes, ceux qui se trouvent au "sommet" sont chargés de mettre en œuvre, et non de choisir, l'orientation souhaitée pour une question donnée. Les électeurs à la base (dans leur quartier ou sur leur lieu de travail, par exemple) prennent les décisions et, à certains niveaux (régional, sectoriel, etc.), les "représentants" sont mandatés pour voter à nouveau, de manière à représenter proportionnellement les souhaits de leurs "électeurs". |
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| 98 | -Nous verrons d'autres exemples d'organisation holarchique lorsque nous aborderons les spécificités du Dual Power économique et politique. Pour l'instant, le concept abstrait est important pour introduire une nouvelle façon d'envisager l'action démocratique à grande échelle. |
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| 100 | -La raison la plus évidente de mettre en réseau les institutions locales de Dual Power et de définir nos communautés de Dual Power (formant ainsi un deuxième pouvoir) est qu'elles peuvent former des institutions à l'échelle de la communauté, la deuxième étape du développement interne (la première étant la formation d'institutions alternatives et de contre-institutions). Les institutions communautaires telles que l'économie alternative et les forums politiques, ainsi que les programmes tels que le maintien de l'ordre et l'assainissement, représentent une étape énorme, mais vitale si nos communautés doivent devenir autre chose que des amalgames lâches de collectifs et de coopératives. |
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| 102 | -La communauté Dual Power doit grandir. Elle doit accumuler de plus en plus de membres et former de plus en plus d'institutions pour servir l'expansion. Cependant, la communauté ne peut se développer que si des individus et des organisations décident volontairement d'y participer. Nous ne pouvons pas, comme les organisateurs syndicaux traditionnels, approcher une organisation et lui demander de voter pour nous rejoindre ou non. Nous devons adopter une approche beaucoup plus organique et la participation doit être fondée sur le consensus. Les membres peu enthousiastes ne valent que par leur nombre, au mieux comme moyen de parvenir à une fin, et ce n'est tout simplement pas ainsi que l'on peut faire la révolution. |
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| 104 | -En outre, l'ouverture de la communauté doit être limitée. Il doit y avoir une mission clairement définie et des structures qui garantissent la cohérence de la communauté avec la mission. La mission doit être explicite quant à son désir de changer structurellement la société, et pas seulement de fournir une alternative confortable au système dominant. Cela limitera certainement le nombre de personnes enthousiastes à l'idée de rejoindre la communauté. La plupart des yuppies qui s'affilient aujourd'hui aux coopératives alimentaires se tiendront à l'écart, voire s'y opposeront. C'est là que les clivages de classe deviendront plus évidents et que ceux qui se contenteront des belles paroles de la gauche s'esquiveront. Ceux qui sont moins intéressés par la rhétorique mais désireux de changements pratiques et d'actions prendront leur place, avec un peu de chance à plusieurs contre un. |
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| 106 | -Cela implique évidemment que les AI et les XI existantes qui envisagent de devenir des institutions membres officielles de la nouvelle communauté Dual Power connaîtront souvent elles-mêmes des luttes internes. Mais il s'agit là d'une étape nécessaire dans le développement d'une organisation révolutionnaire. Les membres qui choisissent de ne pas devenir membres de la nouvelle communauté, ou qui ne veulent pas que leur organisation en fasse partie, choisissent soit une révolution différente, soit pas de révolution du tout. Malheureusement, toutes les institutions alternatives ou les contre-institutions ne se trouveront pas au stade approprié de leur développement pour embrasser le Dual Power et en devenir un aspect intégral. Certaines institutions se diviseront, certaines factions choisissant de passer au Dual Power, d'autres conservant la direction actuelle. |
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| 108 | -Lorsque nous parlons de former des institutions Dual Power, nous ne voulons pas simplement dire les organiser à partir de zéro, ou radicaliser les IA existantes. En ce qui concerne les institutions économiques en particulier, il s'agit dans de nombreux cas de transformer des entreprises existantes et des industries entières. Les organisations syndicales sont de bons exemples généraux de XI. Leur tâche, lorsqu'elles l'accomplissent correctement, consiste à représenter les travailleurs en opposition à la direction ou à la propriété. Un syndicat radical cherche non seulement à obtenir des gains esthétiques et des améliorations de la qualité de vie pour les travailleurs, mais aussi à obtenir plus de pouvoir sur le plan structurel. À mesure que le contrôle des patrons sur le lieu de travail diminue, le pouvoir des travailleurs augmente. Et lorsque cela peut se faire de manière structurelle, par exemple par la formation de divers types de conseils de travailleurs, un changement radical s'est produit. Une entreprise qui subit une telle modification structurelle peut être en bonne voie de devenir une coopérative de travailleurs, gérée collectivement et donc éligible à l'adhésion à la communauté du Dual Power. |
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| 110 | -Enfin, comme cela a été suggéré, la mise en œuvre du Dual Power n'est pas simplement une méthode d'organisation des conditions sociales objectives telles que les institutions et le système politique/économique en général, mais sert également à faciliter la croissance subjective, ou personnelle, des individus qui feront la révolution. Cet objectif est atteint non seulement par les institutions économiques et politiques, mais aussi par de nouvelles conceptions et relations de parenté et de culture. Un type hybride d'institution, à la fois politique et économique, est nécessaire pour ce type d'activisme. |
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| 112 | -**La sensibilisation et l'éducation** |
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| 114 | -Le remède à l'avant-gardisme est le renforcement de l'individualité. La stratégie de la base doit assurer l'éducation et le développement des compétences par le biais de plusieurs méthodes. Les formes plus formelles d'instruction et d'apprentissage par les livres ne seront probablement pas supprimées de sitôt, mais nous avons maintenant à notre disposition une pléthore de tactiques plus applicables à l'éducation libératoire. Et, comme cela a été mentionné à plusieurs reprises ici, la pratique et l'application des compétences est le meilleur moyen de les développer. Les compétences militantes peuvent être appliquées dans l'activisme, dans le cadre familial, dans les lieux de travail radicaux, et même dans les activités culturelles et de loisirs. Le militantisme vraiment radical est en soi une source d'autonomisation et d'information, mais les rôles de gestion et de direction le sont encore plus. |
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| 116 | -Un autre aspect majeur du développement du changement subjectif chez les gens consiste à atteindre la population existant en dehors du Dual Power, en proie au système dominant. Pour cette raison, toute communauté à double pouvoir doit entretenir ses propres médias. La propagande implique la critique publique et le démantèlement idéologique des notions et institutions sociales dominantes, ainsi que la promotion d'alternatives révolutionnaires. En d'autres termes, le double objectif du propagandiste consiste à détruire la légitimité perçue de la pensée et de la structure dominantes, tout en faisant la promotion des avantages de l'appartenance à la communauté à double pouvoir. La propagande doit réintroduire l'idée de révolution, cette fois comme une possibilité souhaitable, et non comme un idéal effrayant et inquiétant ou comme un mot à la mode. |
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| 118 | -Les médias alternatifs constituent l'un des types les plus importants d'institutions à double pouvoir. Parties de la contre-institution et de l'institution alternative, les médias radicaux sont plus qu'une simple propagande. Ils fonctionnent comme une autre forme d'éducation. Les médias Dual Power doivent être explicites quant à leur parti pris, leurs intentions de favoriser de nouvelles formes de communauté, etc. Ils doivent faciliter la communication et aider ceux qui se sont habitués au silence à trouver de nouvelles voix. Les médias alternatifs n'ont pas pour but de nier le statu quo, mais de le décrypter et de démystifier les alternatives. |
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| 120 | -**La structure de la révolution** |
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| 122 | -Dans l'esprit de la démocratie participative, la stratégie du double pouvoir met fortement l'accent sur le collectivisme, l'application de principes et de pratiques non autoritaires dans les situations sociales quotidiennes, du foyer et de la famille au lieu de travail et à l'économie. Le collectivisme exige, au-delà de la répartition égale du pouvoir entre les individus, de mettre l'accent sur la participation et la diversité des idées. Par conséquent, non seulement les acteurs ont le même poids dans la prise de décision, mais les options elles-mêmes sont prises en compte. Les principaux facteurs définissant les institutions collectives bien organisées sont les suivants (1) la valorisation (et pas seulement la tolérance) de la dissidence ; (2) l'accent mis sur le processus démocratique ; (3) l'obtention d'une participation maximale de tous les membres ; (4) le sens de l'unité et de l'objectif commun ; (5) l'encouragement de la familiarité interpersonnelle entre les membres ; et (6) le développement et le partage des compétences entre les membres. |
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| 124 | -L'individu est donc l'unité primaire du changement social, et le collectif l'unité secondaire. Mais tout comme l'individu ne peut se réaliser dans le vide, le collectif doit reconnaître le contexte plus large du mouvement et la place qu'il y occupe. C'est pour cette raison que les institutions individuelles, organisées collectivement si elles sont révolutionnaires, doivent s'affilier à d'autres institutions similaires. À cette fin, les réseaux relient les institutions alternatives à des fins de communication, de planification et d'aide mutuelle. Dans le même temps, les fédérations unissent les institutions alternatives autour de tactiques et d'objectifs communs. Les coalitions sont essentiellement des fédérations temporaires qui se concentrent sur une question ou un objectif donné. Contrairement aux collectifs, qui s'appuient généralement sur une échelle limitée pour les rencontres face à face, les réseaux et les fédérations, tout en mettant toujours l'accent sur la communication et la relativité, peuvent être basés sur une gamme d'échelles, du quartier à l'intercontinental - tant que leur but est de relier des collectifs qui partagent des intentions similaires. Afin de rester cohérents avec les principes du collectivisme (et donc des collectifs individuels membres), les réseaux et les fédérations doivent valoriser les processus démocratiques décentralisés, encourager la participation et la dissidence, etc. |
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| 125 | - |
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| 126 | -Le développement d'une infrastructure sociale alternative est l'objectif ultime de la mise en réseau des institutions alternatives. Lorsque des organisations politiques telles que les forums communautaires, les conseils de médiation et les structures municipales, elles-mêmes fondées sur des principes collectivistes, sont associées à des institutions économiques interconnectées telles que les coopératives de travail et les coopératives communautaires, l'infrastructure sociale alternative est sur le point de porter ses fruits, au moins au niveau de la communauté. |
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| 127 | - |
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| 128 | -La question de savoir jusqu'à quel point le projet Dual Power doit être explicitement "révolutionnaire" fait l'objet d'un débat considérable. Tout d'abord, nous reconnaissons qu'il s'agit d'un programme communautaire. Cependant, on ne s'attend pas à ce qu'une communauté adopte une structure formelle de double pouvoir, en tant que telle. Par exemple, il n'y aura probablement jamais d'association Syracuse Dual Power, ou quoi que ce soit de cette nature. Et c'est sans doute mieux ainsi. Le Dual Power n'est pas une idéologie, et en tant que théorie ou stratégie, ce n'est même pas un programme. Il peut devenir un programme s'il est popularisé au sein d'une communauté donnée. Mais par la notion même de Dual Power en tant qu'idée, ou ensemble de suggestions, ou contexte pour des programmes plus petits, etc., au lieu d'un plan ou d'un dogme, nous considérons le Dual Power comme informel et relativement amorphe, cédant toujours aux exigences et aux pressions des circonstances réelles. En tant qu'idée directrice générale, le Dual Power est pertinent, sous diverses formes, depuis un certain temps déjà. Pour qu'il reste pertinent, il doit rester non spécifique. |
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| 129 | - |
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| 130 | -Jusqu'à présent, j'ai défini le Dual Power de manière générale, tel qu'il me semble le plus pertinent en Amérique du Nord à l'heure actuelle. D'autres, dans d'autres sociétés ou à d'autres moments de l'histoire, peuvent juger nécessaire de modifier radicalement ces hypothèses de base et, dans l'intérêt de la libération humaine, je leur adresse mes vœux les plus sincères. |
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| 131 | - |
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| 132 | -Dans les chapitres suivants, nous entrerons enfin dans le vif du sujet de l'organisation des institutions du Dual Power, y compris les lieux de travail, les familles, les quartiers, les médias, etc. Nous traiterons également des réseaux tels que les municipalités et au-delà, ainsi que des systèmes économiques, des fédérations de contre-institutions, etc. Comme cela devrait être le cas dans la vie réelle, nous commencerons par le plus petit de chaque catégorie et nous irons vers des échelles de plus en plus grandes. Dans les prochains chapitres, nous espérons développer une vision plus concrète et plus stable du type de société que nous essayons de mettre en place, à un niveau beaucoup plus intime. |
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| 134 | -**Conflit et insurrection** |
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| 136 | -En détournant les mots d'Alexander Berkman, qui disait que "la révolution est le point d'ébullition de l'évolution", on peut dire que l'insurrection est le point d'ébullition de la révolution. Il s'agit d'une période plus susceptible d'être provoquée par l'État, ses agents agissant au nom de toutes sortes d'idéologies oppressives, essayant une fois pour toutes de réaffirmer l'ordre ancien que le Dual Power a arraché de son emprise. Mettant en perspective les aspects violents de l'épreuve insurrectionnelle, Berkman a également écrit que "la phase de combat [de la révolution] est la partie la plus petite et la moins significative". En d'autres termes, même lorsque l'objectif est la destruction, la majeure partie de ce qui doit être détruit est idéologique - il s'agit de nos conceptions, de nos intentions, etc. L'élimination des prisons et des garnisons, bien que cibles nécessaires des actes insurrectionnels, n'est pas l'objet de l'insurrection. Au contraire, la destruction principale sera celle des idées périmées et des modes d'oppression. |
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| 138 | -Pour qu'une proposition de stratégie révolutionnaire soit convaincante, elle doit contenir une composante détaillant la manière dont les mouvements révolutionnaires gèreront les conflits et, s'ils sont durables, l'insurrection. J'ai l'intention de traiter ces questions beaucoup plus tard et de manière beaucoup plus détaillée. Pour l'instant, afin que la stratégie que je viens de décrire soit plus crédible, je propose une discussion superficielle sur la façon dont un mouvement holistique de Dual Power peut espérer gérer le conflit et l'insurrection. |
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| 140 | -L'établissement du Dual Power est offensif dans un sens très subversif : il cherche à empiéter lentement mais pleinement sur le domaine de ceux qui détiennent l'autorité, le statu quo. Les attaques contre les institutions du Dual Power peuvent donc être considérées comme des manœuvres défensives de la part de l'État et de ses alliés. En règle générale, dans toute lutte, si les défenseurs sont bien établis, ils ont un avantage décisif sur leurs attaquants. Il est donc évident que la clé est de s'établir. |
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| 142 | -Une partie de cette préparation au moment insurrectionnel consiste à affaiblir l'ennemi bien à l'avance. Cela signifie qu'il faut agiter et organiser les rangs des agents de l'ancien ordre. Cela signifie démoraliser la police et l'armée, les encourager à modifier leurs institutions comme nous le faisons dans d'autres. En fait, il s'agit de les encourager à devenir nous. Le plus souvent, en raison de la rigidité de la hiérarchie dans ces institutions, la transformation sera plus synonyme d'abandon que de conversion. Mais qu'on ne s'y trompe pas, lorsque la violence s'intensifiera parce que les autorités, autrefois à l'aise, reconnaîtront la menace qui pèse sur leur statut, et sur le cadre social même qui donne naissance à ce statut, nous ne pourrons pas battre une armée à pleine puissance, ou des forces de police qui fonctionnent sans heurts. La résistance, le refus, le sabotage, la désertion devront être monnaie courante au sein des forces armées, sans quoi nous n'aurons aucun espoir de succès dans l'insurrection. |
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| 144 | -Un autre élément majeur de la victoire insurrectionnelle sera la furtivité. En d'autres termes, puisque l'insurrection commencera au moment où les élites découvriront qu'elles sont sur le point de perdre le tapis qui se trouve sous leurs pieds, nous devons nous débarrasser de la plus grande partie possible de ce tapis et le remplacer par notre nouvelle fondation, le Dual Power, avant qu'elles ne reconnaissent une menace significative. Oui, je dis que nous devons en fait reporter l'insurrection jusqu'à ce que nous soyons prêts à nous battre et à combler les vides laissés par le renversement des appareils d'oppression de la société. Cela ne signifie pas qu'il faille prétendre que nos nouvelles institutions ne sont pas en concurrence avec leurs homologues oppressifs. Non, nous ne devons pas cacher nos intentions, sous peine de les oublier nous-mêmes ! Au contraire, nous devons veiller à n'attaquer que les cibles qui sont prêtes à tomber, que nous pouvons remplacer sans demander de permission ou sans compter sur l'aide de l'État et des capitalistes. |
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| 146 | -La réappropriation, tant de la richesse que du pouvoir politique, doit se faire avec prudence, sans exposer nos faiblesses. Un exemple simple : plutôt que d'avoir 15 % de la communauté qui dépendent entièrement des épiceries coopératives politisées pour tous leurs besoins alimentaires et autres, il vaut mieux qu'une grande majorité dépende d'institutions à double pouvoir pour une fraction plus petite de ses besoins. Car alors, nous pourrons commencer à prendre des mesures plus radicales pour fermer les épiceries commerciales, ou les forcer à céder la propriété et la gestion aux travailleurs et à la communauté. Nous aurons bien ménagé nos forces et organisé une mini-insurrection dans le secteur de l'épicerie locale. Si nous faisons trop de bruit en attaquant une institution alors que nous sommes encore faibles, nous serons écrasés. |
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| 148 | -Une autre clé du succès insurrectionnel est la capacité à utiliser la force de l'attaquant contre lui-même. Cela se produit à la petite échelle de la confrontation physique réelle, mais aussi à la grande échelle du champ de bataille idéologique. Lorsqu'un attaquant mieux armé avance sur un adversaire faible, ce dernier doit d'une manière ou d'une autre utiliser la puissance du premier pour renverser le cours des choses. Sur le terrain, dans les affrontements de rue, nous utiliserons l'Aïkido et d'autres arts martiaux qui reposent sur ce concept. Nous saboterons également les machines dont dépendent les agents de l'ordre. Lorsque leurs ordinateurs et leurs hélicoptères ne fonctionneront plus, ils perdront leur avantage sur nous et commenceront même à se décomposer de l'intérieur. Lorsque ceux qui n'ont pas encore été incités à se soulever voient d'autres personnes résister de manière non violente alors que ces dernières sont brutalement attaquées par leurs légendaires "protecteurs", la victoire pour nous est arrachée des mâchoires de la défaite. |
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| 150 | -Je ne sais pas combien de fois on m'a posé cette terrible question : "Pouvons-nous gagner ?" Il est inutile d'y réfléchir. La plupart des gens, qu'il s'agisse de militants ou d'autorités, pensent connaître la réponse. La plupart pensent que non, quelques optimistes disent que oui. J'insiste sur le fait que la question est sans valeur. Comme le répète Noam Chomsky, "en ne faisant rien, nous ne faisons que garantir que nous perdrons". La vraie question est donc de savoir par quelles méthodes nous avons le plus de chances de gagner. |
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| 152 | -C'est vraiment ce que nous devrions rechercher, ce que nous devrions essayer d'accomplir : et la réponse se trouve dans la perspective stratégique et tactique. Si nous luttons contre un ennemi affaibli et démoralisé, si la taille, la force et la discipline de notre mouvement sont au plus haut niveau, si nos objectifs sont clairs, si nous sommes unis dans nos efforts de résistance, si nous sommes massifs et inquiétants, alors je dis que nous avons une chance. Nous nous demandons donc comment réunir ces conditions pour nous préparer à l'événement principal. Nous ne gagnerons pas sans violence, mais nous ne gagnerons pas non plus avec la violence. Nous serons attaqués, brutalement et méchamment, et nous n'aurons pas d'autre choix que de résister, de nous rétablir et de nous battre. Mais le combat ne peut être notre principale tactique pour atteindre l'un des objectifs stratégiques évoqués dans ce chapitre. Sans préparation, le combat est perdu d'avance. |
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| 154 | -Si vous avez besoin de savoir que vous allez gagner avant de vous engager, nous ne vous verrons pas de toute façon. En revanche, il est logique de savoir comment vous allez essayer de gagner. L'insurrection est le plus grand des jokers. Nous pourrons en dire plus lorsque nous aurons une meilleure idée de ce à quoi elle ressemblera. Elle n'est pas pour demain, mais peut-être dans une décennie ou une génération. Espérons seulement que nous serons prévenus et que nous aurons une idée raisonnablement plus précise de la manière dont nous pourrons y faire face. Plus loin dans ce livre, nous discuterons plus longuement des éléments les plus appliqués de la résistance et du conflit, y compris de la manière d'organiser des manœuvres offensives et défensives (essentiellement non violentes) sans recourir aux méthodes militaires traditionnelles d'organisation ou de combat. |
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| 158 | -\*Ces notions et les projets qu'elles engendrent posent plusieurs problèmes. Tout d'abord, elles répètent les défauts évidents de la théorie révolutionnaire classique. Les marxistes refusent d'apprendre la leçon principale des échecs révolutionnaires historiques, rejetant la responsabilité de la chute du communisme léniniste (et d'autres formes formalisées) sur l'intervention extérieure et la contre-révolution. Le fait est qu'une population doit être préparée à la révolution non seulement intellectuellement, mais aussi sur le plan organisationnel. Non seulement la capacité de stabilité économique doit exister (ce qui n'est pas une mince affaire pour une espèce qui chassait et cueillait autrefois pour subvenir à ses besoins de survie), mais il faut aussi une organisation politique et économique capable de gérer les complexités des relations sociales à grande échelle, y compris la répartition équitable des ressources et des produits entre des populations entières. |
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| 161 | -<h1 style="text-align: left;">“An Introduction to Dual Power Strategy” by Brian A. Dominick</h1> |
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| 162 | -<p align="center"> |
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| 163 | -<img src="media/images/Logo_vectorized_resized.png" style="background-color: transparent;" width = 50 height = 50> |
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| 164 | -</p> |
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| 167 | -*** |
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| 168 | -_Personnal Note – By X, translator_ |
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| 170 | -_Brian A. Dominick is not necessarily well known, "An introduction to Dual Power strategy" is a political zine distributed in 2018 in the USA and now archived at the East Baton Rouge Parish Library. Brian is also the author of "Animal Liberation and Social Revolution"._ |
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| 172 | -*** |
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| 175 | -The great task of grassroots dual power is to seek out and create social spaces and fill them with liberatory institutions and relationships. Where there is room for us to act for ourselves, we form institutions conducive not only to catalyzing revolution, but also to the present conditions of a fulfilling life, including economic and political self-management to the greatest degree achievable. We seek not to seize power, but to seize opportunity vis a vis the exercise of our power. |
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| 176 | - |
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| 177 | -“The proletariat needs state power, a centralized organization of force, an organization of violence … to lead the enormous mass of the population … in the work of organizing a socialist society.” |
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| 178 | -–V.I. Lenin |
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| 179 | -Bolshevik Party |
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| 180 | - |
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| 181 | -“We wish not to seize power, but to exercise it.” |
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| 182 | -–Subcommandante Marcos |
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| 183 | -Zapatista Army of National Liberation |
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| 184 | - |
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| 185 | -There are two dualities at work in the modern strategic concept known as dual power. First, there is the classical notion of the relationship between (1) the current establishment and (2) the second social infrastructure pitted in opposition to it. |
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| 186 | - |
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| 187 | -Here the status quo consists of a market capitalist economy, an authoritarian republic, patriarchy, adultarchy, judeo-christian eurocentricity, white supremacy, etc. These are the ideologies and institutions which make up the oppressive system according to which our society operates. By necessity, then, our oppositional dual power, our alternative infrastructure, must be based on decentralized socialist economics, a participatory democratic polity, feminist and youthist kinship, and a secular yet spiritual, intercommunal culture. Those will be the building blocks of our new society, and the masonry has already begun. |
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| 188 | - |
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| 189 | -The second duality is between (1) the creative force of forming new social institutions and transforming oppressive ones into liberatory, and (2) resisting or destroying what is useless and oppressive to us in the current establishment. In other words, we need to approach revolutionary social change with constructive and a destructive tactics in our toolbox. We cannot build until we make space, but our alternative social infrastructure will not make itself, so we must establish it on the ruins of the old order, in the shadow of that order. |
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| 190 | - |
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| 191 | -Dual power is a relatively generic strategy, as we have seen. Not only is there great contention between the leninist version of the strategy and the contemporary, grassroots approach, but there are also a number of tendencies within the latter framework. Essentially, the most popular alternative to the strategic outlook detailed in this book is known as libertarian municipalism. To differentiate, without coming up with a snazzy name like that, we’ll call this version holistic dual power because a main tenet of the approach is that we need to form alternative and resistance infrastructure in all spheres of social life (where libertarian municipalism only focuses on political dual power). |
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| 193 | -**Revolutionary Conditions** |
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| 194 | - |
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| 195 | -Contemporary marxists insist that the objective conditions necessary for social revolution exist today in North American societies, and throughout the industrialized world. These conditions, they assert, are the technologically advanced forms of production which place the ability, just not the authority, to meet all people’s material needs in the hands of the workers. In other words, if only the workers were to rise up and seize control of the means of production, revolution would be at hand, as they could reorganize allocation and finally do away with a contrived scarcity of material goods and services. The missing element today, marxists assert, is the subjective condition of revolutionary consciousness. That is, the people need to become revolutionary in mind. |
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| 196 | - |
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| 197 | -Marxist ideology, as disseminated by modern “communist” parties (self-proclaimed vanguards in a premature state), is the vehicle allegedly capable of instilling this revolutionary consciousness among “the masses.” Such belief is why contemporary marxists tend to organize ideologically, spreading propaganda, instead of practically, as in establishing the grassroots organizations necessary for fulfilling the immediate and future needs of the people, including popularized political and economic self-management. For them, dual power comes about when their party establishes the strength and wherewithall to reorganize and run society from the top down. |
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| 198 | - |
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| 199 | -Marxists generally deny the necessity of popular, grassroots organization, precisely because they believe the vanguard method is the path to follow, despite its historical record. At least, they claim, vanguardism has accomplished something, whereas the spontaneous methods attributed to anarchism have gotten us nowhere. Regardless of this claim’s in/accuracy, it can be easily exposed as a product of marxists’ basic fear of empowering “the masses” with more than ideological allegiance to marxism and the vanguard party of their choosing. The party will “provide the necessary leadership” to guide the revolution and rebuild society in the wake of insurrection. It is not imperative, then, to build grassroots institutions and form a democratic framework in the pre-insurrectionary period. Nor is it important that the people, seen as “masses,” develop the skills required to self-manage even one’s own life, much less an entire society. For marxists, dual power structures are limited to the Party itself. Everyone else should go about their normal business, while supporting the party and awaiting further orders.\* |
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| 200 | - |
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| 201 | -Also, we should recognize that present day projects intended to disseminate information, popularize social critiques or raise consciousness are limited. This is especially true when their thrust is biased towards offering the oversimplified (not to mention dangerous) solution of mass alignment with political parties or vanguards. Revolutionary media and propaganda must be intrinsically tied to struggle. Without the practical, day-to-day projects which build toward revolution, in the meantime providing essential living space and protection from the effects of oppression, our propaganda is baseless. It is simply false to claim the solution to our collective woes can be found in turning to elites and leaders as our “activism,” whatever their ideological persuasion or their power. |
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| 202 | - |
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| 203 | -The essence of a grassroots dual power strategy is captured in the above quotation from EZLN leader Marcos. It illustrates the very different concept of revolution professed by the Zapatistas, and beginning to be understood by radicals in various movements throughout the world. |
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| 204 | - |
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| 205 | -As we discussed in the last chapter, the social power of “the masses” is currently on loan — rented by elites. We forfeit our prerogative to manage our own political and economic lives, defaulting to the role of passively accepting the established manner of social functioning. The limited access to politics afforded by the status quo, such as voting and petitioning, amount to nothing more than reaffirmations of our consent to be ruled, to have our political power handled by elites in our steads. |
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| 206 | - |
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| 207 | -Nothing short of refusal to participate, in any way, in the dominant society, by everyone from workers to bureaucrats to police officers, will result in the overturning of the status quo. Indeed, even passive acceptance of the status quo, when coupled with participation in everyday social functions as defined by that same status quo, is still active support of it. Even in the case when a new, alternative political force seizes power at the top, the relationship of authority and subordination persists. Only when people actually participate in an alternative social arrangement does the old paradigm become dissolved. |
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| 208 | - |
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| 209 | -This essay is about basic democracy. I am not introducing a radical new ideology, I am talking about building a social framework, or infrastructure, which is responsive to the actual will of the people. I will say nothing herein about morality, nor will I share my opinions on the issues of the day. What I am proposing is a system whereby decisions of social policy and economic relations are made by those affected by them: citizens and workers. This strategic idea is still a threat, of course. It does take a stance against the inordinate amounts of authority presently reserved for politicians and their private backers. It does call to task the hierarchical arrangements of the workplace, the family, the school, the church, and so forth, which directly contradict and resist the exercise of power by common people. But it makes no claims as to how those people ought to use their power, once acquired. I make few specific suggestions regarding what issues need to be decided, much less which conclusions should be favored, in a democratic society, or a society aspiring toward real democracy. |
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| 210 | - |
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| 211 | -Such is the essence of grassroots dual power. It is foremost a revolutionary strategy, the procedure by which we can sustain radical social change during and after insurrectionary upheavals — even to manage those upheavals; but dual power is also a situation we create for ourselves as communities. Whether the insurrection happens in the next decade or takes 3 more generations to occur, we can create revolutionary circumstances now, and we can exercise power to the greatest possible extent. Dual power recognizes that waiting until after the insurrection to participate in liberatory political and economic relationships means postponing our liberation; it is as senseless as waiting until after the insurrection to begin reorganizing society. We do not require that the state and capitalism collapse before we can begin living relatively free lives. |
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| 213 | -The great task of grassroots dual power is to seek out and create social spaces and fill them with liberatory institutions and relationships. Where there is room for us to act for ourselves, we form institutions conducive not only to catalyzing revolution, but also to the present conditions of a fulfilling life, including economic and political self-management to the greatest degree achievable. We seek not to seize power, but to seize opportunity vis a vis the exercise of our power. |
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| 214 | - |
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| 215 | -Thus, grassroots dual power is a situation wherein a self-defined community has created for itself a political/economic system which is an operating alternative to the dominant state/capitalist establishment. The dual power consists of alternative institutions which provide for the needs of the community, both material and social, including food, clothing, housing, health care, communication, energy, transportation, educational opportunities and political organization. The dual power is necessarily autonomous from, and competitive with, the dominant system, seeking to encroach upon the latter’s domain, and, eventually, to replace it. |
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| 216 | - |
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| 217 | -The creation and implementation of this second power marks the first stage of revolution, that during which there exist two social systems struggling for the support of the people; one for their blind, uncritical allegiance; the second for their active, conscious participation. |
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| 218 | - |
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| 219 | -Aside from revolutionary upheaval, the very formation of a dual power system in the present is in fact one of the aims of the dual power strategy — we seek to create a situation of dual power by building alternative political, economic and other social institutions, to fulfill the needs of our communities in an essentially self-sufficient manner. Autonomy and relative independence from the state and capital are primary goals of dual power, as is interdependence among community members. |
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| 220 | - |
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| 221 | -And, again, while a post-insurrectionary society which has generally surpassed the contradictions indicated by the term “dual power” is the eventual goal of this strategy, the creation of alternative social infrastructure is a desirable end in itself. Since we have no way of predicting the insurrection, it is important for our own peace of mind and empowerment as activists that we create situations in the present which reflect the principles of our eventual visions. We must make for ourselves now the kinds of institutions and relationships, to the greatest extent possible, on which we’ll base further activism. We should liberate space, for us and future generations, in the shadow of the dominant system, not only from which to build a new society, but within which to live freer and more peaceful lives today. |
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| 222 | - |
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| 223 | -But where does the role of resistance fall among all this construction? During the dual power phase, it is not only important to build the foundation of the new society, but also to diminish the strength and capacity of the old system. We must first make space within the still-dominant system in order to have room in which to build society anew. Therefore, not only must we form alternative institutions, but also counter institutions (XIs) to resist and assault the status quo. Counter activity includes everything from protest to direct action, but is defined as activity which actively opposes the status quo. The intricacy of analysis demanded by the kinds of activity counter institutions engage in forces us to deeply reassess what have become common, almost default, practices among radical activist groups. Successfully melding the counter activity of XIs with the proactivity of AIs requires a new level of strategic and tactical comprehension and coordination. |
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| 224 | - |
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| 225 | -**Community** |
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| 227 | -For our purposes, community refers to a self-defined group of consciously active individuals located in local or regional proximity (that too self-defined). The main tasks of community development are (1) the internal development of alternative and counter institutional structures within the community; (2) the expansion and diversification of the community itself (popularly, not geographically); (3) the subjective (personal) enhancement and education of community members; (4) constitution of a sovereign municipality (having reached a “critical mass” of stable, participatory support); (5) the identification of the community within the context of a world-wide revolution. |
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| 228 | - |
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| 229 | -We’ll handle the last directive first. Once we have generally identified and defined our community (and this is an ongoing, unending process), we must recognize it, and have it recognized from without, as part of a larger, essentially global revolutionary struggle. Communities revolting in isolation will fail. And while dual power will develop at different rates in different societies, regions and localities, all dual power projects must be autonomously affiliated. |
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| 230 | - |
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| 231 | -We are trying to revolutionize society, but to do so on a scale with which we can grapple. Direct democracy, at this stage, lends itself best to the community or smaller unit. A single city may have to be divided into several dual power municipalities, depending on its size and the wishes of its residential members. It’s generally inconceivable that a unit larger than a city (ie, state, region, etc) could function as a directly democratic dual power community, where face-to-face interaction and the potency of an individual’s impact on pertinent decisions is imperative — at least at any early stage. |
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| 232 | - |
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| 233 | -The problem of scale is a simple one, but one without easy solutions: we want to radically reorganize all of society, but in a decentralized manner. This means there can be no central committee on the national or continental or global level which dictates or directs the development of individual communities. The revolution must come about from the bottom up, from the outside in. If there are to be institutions and associations which extend beyond the neighborhood and community, they must be put together after the autonomous units (ie, neighborhoods, municipalities, etc) are defined. |
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| 234 | - |
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| 235 | -Should we decide to set up an elaborate system of strata (eg, neighborhood, municipality, county, state, region, nation, etc), each unit must come about, from smallest and most intimate, first. And then we can affiliate with other so-developed units to form networks. For example, we organize our neighborhood into a dual power network, and that neighborhood association seeks out nearby neighborhoods and develops another network to form a municipal network, which networks with other local municipalities to form a city or county dual power, and on up the list. |
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| 236 | - |
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| 237 | -Realistically, we have to expect that dual power networks will first form at the community/municipal level, at least in most urban zones, and will then break up into neighborhoods, or however the strata will be defined by those involved. This approach still lends itself to direct democracy. However, we cannot form a Continental Dual Power Network, for instance, and then divide it down. We would be spending too much time traveling to meetings to develop our own communities! |
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| 238 | - |
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| 239 | -In any case, scales will be experimented with, and communities will define themselves variously. This will cause a lack of uniformity between various communities, even among communities which “border” each other as defined; it will even cause confusion and conflict, or so it can be assumed. But if the alternative is centralization and loss of democratic control, we will have to go it the hard way, which is after all the grassroots way. |
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| 240 | - |
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| 241 | -The question when it comes to scale and association is not whether the revolution should be world-wide vs. community-wide. Of course it must be global, as critics of most grassroots organizing projects constantly insist. The real question is how we are going to develop the elaborate social system(s) necessary for ground-up, popular self-management of revolutionary struggle. Therefore, without precluding — indeed recognizing! — the need for over-arching, inter-networking organization of the revolution, we insist on an organic, grassroots process by which “umbrella” structures can come about, forming holarchies in place of hierarchies. |
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| 242 | - |
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| 243 | -Here we run into an unusual but very simple concept. A holarchy is a model of organizational structure which provides various levels of social strata for administrative purposes, but not various levels of authority. Abstractly speaking, it is a hierarchy without differentials in the amount of decision-making power the various levels of the “pyramid” have at their disposal. In the current, republican model of federal government used by the United States, there are several levels of authority. The president, at the top of the pyramidal hierarchy, obviously has inordinant amount of power compared to everyday citizens. And there are various levels of power in between. |
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| 244 | - |
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| 245 | -In a holarchy, which is still shaped as a pyramid with fewer “officers” manning the top “ranks,” as you go up model from citizen to the higher levels, decision-making power (ie, authority) decreases as administrative function increases. That is, those at the “top” are charged with merely implementing, not choosing, the desired course on any given issue. Voters at the bottom (in their neighborhoods or workplaces, for instance) make the decisions, and at some levels (eg, regional, industry-wide, etc) “representatives” are mandated to vote again, proportionately representative of their “constituents'” wishes. |
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| 246 | - |
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| 247 | -We will see more examples of holarchical organization when we discuss the specifics of economic and political dual power. For now, the abstract concept is important to introduce a fresh way of looking at large scale democratic action. |
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| 248 | - |
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| 249 | -The most obvious reason to network local dual power institutions and define our dual power communities (thus forming a second power) is so they can form community-wide institutions, the second stage of internal development (the first being the formation of alternative institutions and counter institutions). Community-wide institutions such as an alternative economy and political forums, and programs like policing and sanitation, are an enormous step, but a vital one if our communities are to become anything more than loose amalgamations of collectives and co-ops. |
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| 250 | - |
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| 251 | -The dual power community must grow. It must accumulate more and more members and form more institutions to serve the expansion. The community can only grow, however, as a result of individuals and organizations willingly deciding to participate in the community. We cannot, like traditional union organizers, approach an organization and ask it to vote on whether to join us or not. We must use a far more organic approach, and participation must be based on consensus. Unenthusiastic members are valuable only as numbers, at best as means to an end, and this is simply not how to go about making revolution. |
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| 252 | - |
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| 253 | -Furthermore, the openness of the community must be limited. There should be a clearly-defined mission, and structures which ensure the community’s consistency with the mission. The mission should be explicit about it’s desire to change society structurally, and not just to provide a comfortable alternative to the dominant system. This will certainly limit the number of people enthusiastic about joining. Most of the yuppie types now affiliating with food co-ops will shy away or even be opposed. This is where class divisions will become more obvious, and those content with leftist lip-service will duck out. Those less interested in rhetoric but eager for practical change and action will take their places, hopefully several-to-one. |
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| 254 | - |
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| 255 | -This obviously implies that existing AIs and XIs which consider becoming official member institutions of the new dual power community will often undergo internal strife themselves. But this is a necessary stage in the development of revolutionary organization. Those members which would opt not to become members of the new community, or would not have their organization become part of it, are choosing either a different revolution, or no revolution at all. Unfortunately, not every alternative or counter institution will be at the appropriate point in its development to embrace the dual power and become an integral aspect of it. Some institutions will split, certain factions opting to move on to the dual power, others maintaining the current direction. |
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| 256 | - |
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| 257 | -When we talk about forming dual power institutions, we don’t simply mean organizing them from scratch, or radicalizing existing AIs. Especially where economic institutions are concerned, we are talking in many cases about transforming existing firms and entire industries. Labor organizations are good, general examples of XIs. Their job, when they carry it out properly, is to represent labor in opposition to management/ownership. A radical union seeks not only cosmetic and quality-of-life gains for workers, but also more power structurally. As bosses’ control of the workplace decreases, workers’ power increase. And when this can be done structurally, such as through the formation of various kinds of workers’ councils, a radical change has occured. A firm undergoing such structural alteration may be well on its way to becoming a workers’ cooperative, collectively managed and thus eligible for membership in the dual power community. |
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| 258 | - |
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| 259 | -Finally, as has been suggested, the implementation of dual power is not merely a method of arranging objective social conditions such as institutions and the political/economic system in general, but also serves to facilitate the subjective, or personal, growth of the very individuals who will make the revolution. This is handled not only by economic and political institutions, but also by new conceptions and relationships of kinship and culture as well. A hybrid kind of institution, both political and economic in its nature, is required for this type of activism. |
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| 260 | - |
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| 261 | -**Outreach and Education** |
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| 262 | - |
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| 263 | -The cure for vanguardism is strengthened individuality. Grassroots strategy must provide education and skills development via several methods. The more formal forms of instruction and booklearning will probably not be done away with anytime soon, but we now have at our disposal a plethora of tactics more applicable to liberatory education. And, as has been mentioned repeatedly here, practice and the application of skills is the best course for their development. Activist skills can be applied in activism, in the family setting, in radical workplaces, even in cultural and leisure activities. Most truly radical activism itself is empowering and enlightening, but managerial and leadership roles are even more so. |
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| 264 | - |
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| 265 | -Another major aspect of developing subjective change among people involves reaching out to the population existing outside the dual power, in the throes of the dominant system. For this reason, any dual power community must maintain its own media. Propaganda involves public critique and ideological dismantlement of the dominant social notions and institutions, as well as promotion of revolutionary alternatives. That is, the propagandist’s twofold goal includes destroying the perceived legitimacy of mainstream thought and structure, plus advertisement of the benefits of membership in the dual power community. Propaganda must reintroduce the idea of revolution, this time as a desirable possibility, not a frightening, ominous ideal or a commodified buzzword. |
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| 266 | - |
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| 267 | -One of the most important kinds of dual power institution is the alternative media. Parts counter institution and alternative institution, the radical media is more than just propaganda. It operates as another form of education. Dual power media must be explicit about it’s bias, its intentions to foster new forms of community, etc. It must facilitate communication and help those who’ve become accustomed to silence find new voices. The alternative media is not about negating the status quo, but about decyphering it and demystifying the alternatives. |
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| 268 | - |
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| 269 | -**The Structure of Revolution** |
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| 270 | - |
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| 271 | -In the spirit of participatory democracy, the dual power strategy places a strong emphasis on collectivism, the application of non-authoritarian principles and practices in everyday social situations, from home and family to workplace and economy. Collectivism demands, beyond the distribution of power equally among individuals, an emphasis on participation and diversity of ideas. Therefore, not only are actors given equal weight in the making of decisions, but the options themselves are given attention. The greatest defining factors of well-organized collective institutions are: (1) the valuing (not merely tolerance) of dissent; (2) emphasis on democratic process; (3) elicitation of maximum participation from all members; (4) sense of unity and common purpose; (5) encouragement of interpersonal familiarity among members; and (6) the development and sharing of skills among members. |
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| 272 | - |
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| 273 | -So the individual is the primary unit of social change, and the collective is the secondary unit. But just as the individual cannot self-actualize in a void, the collective must recognize the larger movement context and its place therein. It is for this reason that individual institutions, collectively organized if revolutionary, must affiliate with other like institutions. Toward this end, networks connect alternative institutions for purposes of communication, planning and mutual aid. At the same time, federations unite counter institutions around common tactics and objectives. Coalitions are essentially temporary federations which focus on a given issue or goal. Unlike collectives, which typically rely on limited scale for face-to-face encounters, networks and federations, while always emphasizing communication and relativity, can be based on a range of scales, from neighborhood to intercontinental — as long as their purpose is to connect collectives which share similar intents. In the interest of remaining consistent with the principles of collectivism (and therefor of individual member collectives), networks and federations must value decentralized, democratic processes, encourage participation and dissent, and so forth. |
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| 274 | - |
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| 275 | -Developing alternative social infrastructure is the ultimate goal of networking alternative institutions. When political organizations such as community forums, mediation councils and municipal structures, themselves based on collectivist principles, are joined with interconnected economic institutions such as worker and community cooperatives, alternative social infrastructure is on its way to fruition, at least at the community level. |
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| 276 | - |
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| 277 | -There is considerable argument with regard to just how explicitly “revolutionary” the dual power project should be. First, we recognize it as a community-based program. However, it is not expected that any community will adopt a formal dual power structure, as such. For instance, there will probably never be a Syracuse Dual Power Association, or anything of that nature. And this is likely best. Dual power is not an ideology, and as a theory or strategy, it is not even a program. It may become a program if it is popularized within a given community. But by the very notion of dual power as an idea, or a set of suggestions, or a context for smaller programs, etc, instead of a blueprint or dogma, we see dual power as informal and relatively amorphous, always yielding to the demands and pressures of actual circumstance. As a general guiding idea, dual power has been relevant, in various forms, for some time now. In order for it to stay relevant, it must remain non-specific. |
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| 278 | - |
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| 279 | -So far I have defined dual power generally, as I see it to be most relevant in North America at this time. Others from other societies or other points in history may find it necessary to radically alter even these basic assumptions, and in the interest of human liberation I offer my fondest wishes. |
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| 280 | - |
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| 281 | -In the following chapters we will finally get down to the nitty-gritty of organizing dual power institutions, including workplaces, families, neighborhoods, media, and so forth. We will also deal with networks such as municipalities and beyond, as well as economic systems, federations of counter-institutions, and the like. Just as should be the case in real life, we will start with the smallest in each category and move outward to increasing scales. Hopefully, in the coming chapters, we will develop a more concrete, stable vision of the kind of society we are trying to achieve, at a much more intimate level. |
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| 282 | - |
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| 283 | -**Conflict and Insurrection** |
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| 284 | - |
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| 285 | -Twisting the words of Alexander Berkman, who said “revolution is the boiling point of evolution,” it can be said that insurrection is the boiling point of revolution. It is a period more likely to be brought about by the state, its agents acting on behalf of all manner of oppressive ideologies, trying once and for all to reassert the old order which the dual power has wrested from its grasp. Putting the violent aspects of the insurrectionary ordeal into perspective, Berkman also wrote, “the fighting phase of [revolution] is the smallest and least significant part.” Which is to say, even where the object is destruction, most of what is to be destroyed is ideological — it is our understandings, our intentions, and so forth. Eliminating prisons and garrisons, while necessary targets of insurrectionary acts, are not what insurrection is about. Instead, the primary destruction will be that of outlived ideas and oppressive ways. |
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| 286 | - |
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| 287 | -In order for any proposal for a revolutionary strategy to be convincing, it must contain a component detailing how revolutionary movements will handle conflict and, if they are sustainable, insurrection. I intend to deal with these issues much later in far more detail. For now, so that the strategy I’ve just described will be more believable, I am offering a cursory discussion of how a holistic dual power movement can hope to deal with conflict and insurrection. |
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| 288 | - |
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| 289 | -The establishment of dual power is offensive in a very subversive sense: it seeks to encroach slowly yet fully the domain of those in authority, the status quo. And thus assaults on dual power institutions can be seen as defensive manuevers on the part of the state and its cohorts. Typically in any struggle, if defenders are well established, they have a decided advantage over their attackers. So obviously the key is to become well established. |
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| 290 | - |
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| 291 | -Part of that preparation for the insurrectionary moment is weakening the enemy well in advance. This means agitating and organizing among the ranks of the agents of the old order. It means demoralizing the police and the military, encouraging them to make changes in their institutions as we are in various others. Indeed, it means encouraging them to become us. More often than not, because of the rigidity of hierarchy in such institutions, transformation will mean abandonment more than conversion. But make no mistake about it, when the violence heats up because the once-comfortable authorities recognize the threat to their status, and to the very social framework which gives rise to that status, we will not be able to beat an army that is at full strength, or police forces which are functioning smoothly. Resistance, refusal, sabotage, desertion — these will all need to be commonplace within the armed forces, or we will have no hope of success in the insurrection. |
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| 292 | - |
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| 293 | -Another major element of insurrectionary victory will be stealth. That is, since the insurrection will begin around the time elites discover they are about to lose the rug from beneath their feet, we must dispose of as much of that rug as possible, and replace it with our new foundation, the dual power, before they recognize a significant threat. Yes, I am saying we must actually postpone the insurrection until we are most prepared to fight, and most prepared to fill those voids left behind by our toppling of society’s oppressive apparatuses. This doesn’t mean pretending our new institutions are not in competition with their oppressive counterparts. No, we can make no secret of our intentions lest we forget them ourselves! Instead, we need to be careful to attack only those targets which are ready to fall, which we can replace without petitioning for permission or relying on state and capitalist hand-outs. |
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| 294 | - |
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| 295 | -Reappropriation, of both wealth and political power, must be done carefully, without exposing our weaknesses. A simple example: rather than having 15% of community fully dependent upon politicized, cooperative grocery providers for all its food and such needs; it is better to have a vast majority rely on dual power institutions for a smaller fraction of its needs. Because then we could start taking more drastic steps to shut down commercial grocers, or force them to yield ownership and management to workers and the community. We will have bided our strength well, and staged a mini-insurrection in the local grocery industry. If we cause too much of a fuss by attacking an institution while we are still weak, we will be crushed. |
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| 296 | - |
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| 297 | -Another key to insurrectionary success is the ability to use the attacker’s strength against itself. This happens on the small scale of actual physical confrontation, and also on the larger range of the ideological battlefield. When a better-armed attacker advances on a weak opponent, the latter must somehow make use of the former’s power, to turn the tide of advantage. On the ground, in street confrontations, we will use Aikido and other martial arts which rely on this concept. We will also sabotage the machinery on which the agents of order depend. When their computers and their helicopters do not function, they lose their edge over us, and in fact they begin to decay from within. When those not yet aroused to rise up see others resist nonviolently as the latter are brutally attacked by their fabled “protectors,” victory for us is snatched from the jaws of defeat. |
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| 298 | - |
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| 299 | -I don’t know how many times I have been asked that dreadful question: “Can we win?” It’s a useless thing to ponder. Most people, activists and authorities alike, think they know the answer. Most think No, a few optimists say Yes. I insist the question is without value. As Noam Chomsky always implores, “by doing nothing, we only guarantee that we will lose.” The real question, then, is by what methods do we stand the best chance of winning? |
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| 300 | - |
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| 301 | -That’s really what we should be looking for, what we should be trying to accomplish: and the answer is in strategic and tactical outlook. If we are struggling against a weakened, demoralized enemy; if our movement size, strength and discipline are at peak levels; if our goals our clear; if we are unified in our resistance efforts; if we are massive and foreboding; then I say we stand a chance. So we ask how to achieve these conditions as our preparation for the main event. We will not win without violence, but neither will we win with violence. We will be attacked, brutally and viciously, and we will have no choice but to withstand, recover and fight back. But fighting cannot be our primary tactic in achieving any of the strategic goals discussed in this chapter. Without preparation, the fight is lost before it begins. |
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| 302 | - |
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| 303 | -If you need to know you’re going to win before you get involved, we won’t be seeing you around anyway. However, it does make sense to know how you’re going to try to win. Insurrection is the greatest wildcard. More can be said of it when we have a better idea of what it will look like. It is not coming tomorrow, but perhaps in a decade or a generation. Let us only hope we will have warning, and some reasonably better prediction of how it can be dealt with. Later on in this book we will discuss at some length the more applied elements of resistance and conflict, including how to organize for (mostly nonviolent) offensive and defensive manuevers without resorting to traditional military methods of organization or combat. |
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| 304 | - |
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| 305 | ---- |
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| 306 | -\*There are several problems with these notions and the projects they breed. First of all, they repeat the obvious flaws of classical revolutionary theory. Marxists refuse to learn the primary lesson of historical revolutionary failures, instead blaming the downfall of leninist communism (and other formalized brands) on outside intervention and counterrevolution. The fact is that a population must be not only intellectually but organizationally prepared for revolution. Not only must the capacity for economic stability be in existence (not a tall order for a species which once hunted and gathered to provide for its survival needs!), but also necessary is political and economic organization capable of managing the complexities of mass scale social relations, including the allocation of resources and products equitably among entire populations. |
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| 307 | - |
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| 308 | - |
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| 309 | - |
NUMERO_14_Novembre_2025.pdf
| ... | ... | Binary files a/NUMERO_14_Novembre_2025.pdf and /dev/null differ |
Special_Avril_2025_12_juin.pdf
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Special_Avril_2025_6_avril.pdf
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biblio_histoire.md
| ... | ... | @@ -74,7 +74,7 @@ Dans cet ouvrage complexe du fait de son approche mathématique, l'économis |
| 74 | 74 | <li>Canning, Kathleen. 2002. <i>Languages of Labor and Gender: female factory work in Germany</i>, 1850-1914, Ann Arbor, University of Michigan Press.</li> |
| 75 | 75 | <li><div class="tooltip">Koopmans, Ruud. 1993. « <a href="https://www.jstor.org/stable/2096279">The Dynamics of Protest Waves: West Germany, 1965 to 1989</a> », <i>American Sociological Review</i>, 58 (5), 637‑658. <span class="tooltiptext" style="text-align: justify;">Rudd Koopmans s'intéresse aux "nouveaux mouvements sociaux" (bien qu'il ait un regard critique sur la réalité ou non des NMS) de la seconde moitié du XXème siècle, principalement en Allemagne, mais il fait référence aussi aux mouvements italiens, US (mouvement des civil rights) ou encore les Pays-Bas. |
| 76 | 76 | |
| 77 | - Le coeur de son analyse est d'essayer de comprendre les dynamiques des actions collectives ; quelle logique il existe dans les successions de mobilisations et de démobilisations, et leurs formes. Etudier les évolutions des mouvements, leur croissance et décroissance, implique aussi de savoir qu'est ce qui est efficace et qu'est ce qui ne l'est pas dans leurs actions et formes organisationnelles.</span></div><span class="tooltipPin">☕</span><ul><a href="/Commentaire sur Rudd Koopmans.md">Commentaire</a> de Purple Black sur l'article de Rudd Koopmans</ul></li><br> <li>Rancière, Jacques. 2012 [1981]. <i>La Nuit des prolétaires : Archives du rêve ouvrier</i>, Paris, Fayard.</li> |
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| 77 | + Le coeur de son analyse est d'essayer de comprendre les dynamiques des actions collectives ; quelle logique il existe dans les successions de mobilisations et de démobilisations, et leurs formes. Etudier les évolutions des mouvements, leur croissance et décroissance, implique aussi de savoir qu'est ce qui est efficace et qu'est ce qui ne l'est pas dans leurs actions et formes organisationnelles.</span></div><span class="tooltipPin">☕</span><ul><a href="/webpages/ourarticles/Commentaire sur Rudd Koopmans.md">Commentaire</a> de Purple Black sur l'article de Rudd Koopmans</ul></li><br> <li>Rancière, Jacques. 2012 [1981]. <i>La Nuit des prolétaires : Archives du rêve ouvrier</i>, Paris, Fayard.</li> |
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| 78 | 78 | <li>Scott, Joan. 1990. « <a href="https://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1990_num_83_1_2932">‘L’ouvrière, mot impie, sordide’. Le discours de l'économie politique française sur les ouvrières (1840-1860)</a> », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 83, pp. 2-15.</li> |
| 79 | 79 | <li>Taylor, Verta. 1989. « <a href="https://www.jstor.org/stable/2117752">Social Movement Continuity: The Women’s Movement in Abeyance »</a>, <i>American Sociological Review</i>, 54 (5), pp. 761-775.</li> |
| 80 | 80 | </ul> |
biblio_militantisme.md
| ... | ... | @@ -59,15 +59,15 @@ mindmap |
| 59 | 59 | |
| 60 | 60 | <ul> |
| 61 | 61 | <li>Dual Power</li> |
| 62 | - <li style="margin-left:2em"><div class="tooltip">Crab_Ix. 2020. "<a href="/Dual%20Power.md">Pouvoir Bicéphale</a>"<span class="tooltiptext">Extrait d'un article réalisé pour le manifeste de l'EANL</span></div></li> |
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| 62 | + <li style="margin-left:2em"><div class="tooltip">Crab_Ix. 2020. "<a href="/webpages/ourarticles/Dual Power.md">Pouvoir Bicéphale</a>"<span class="tooltiptext">Extrait d'un article réalisé pour le manifeste de l'EANL</span></div></li> |
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| 63 | 63 | <span class="tooltipPin" style="margin-left:2em">☕</span> |
| 64 | - <li style="margin-left:2em">Dominick, Brian A. 2013. "<a href="/Introduction%20au%20Dual%20Power.md">Introduction to Dual Power Strategy</a>"</li> |
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| 64 | + <li style="margin-left:2em">Dominick, Brian A. 2013. "<a href="/webpages/ourarticles/Introduction au Dual Power.md">Introduction to Dual Power Strategy</a>"</li> |
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| 65 | 65 | <li>Gradualisme</li> |
| 66 | - <li style="margin-left:2em">Malatesta, Errico. 1925. "<a href="/Gradualisme.md">Gradualisme révolutionnaire</a>"</li> |
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| 66 | + <li style="margin-left:2em">Malatesta, Errico. 1925. "<a href="/webpages/ourarticles/Gradualisme.md">Gradualisme révolutionnaire</a>"</li> |
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| 67 | 67 | <li>Benvensee, Emmi et Frank Miroslav. 2021. "<a href="https://theplausiblepossible.com/networked-conflict/">Adapting to Transform ; Networked Conflict</a>"</li> |
| 68 | 68 | |
| 69 | 69 | <li>Guillèn, Abraham. 1966. <i>Strategy of the Urban Guerrilla</i>. |
| 70 | - <ul>Purple Black. 2022. "<a href="/Abraham Guillen.md"> Abraham Guillén : Anarcho-marxisme, théorie de la guérilla et socialisme de marché</a>"</ul></li> |
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| 70 | + <ul>Purple Black. 2022. "<a href="/webpages/ourarticles/Abraham Guillen.md"> Abraham Guillén : Anarcho-marxisme, théorie de la guérilla et socialisme de marché</a>"</ul></li> |
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| 71 | 71 | |
| 72 | 72 | <li>Mumm, James. 2002. « <a href="https://theanarchistlibrary.org/library/james-mumm-active-revolution">Active Revolution </a>».</li> |
| 73 | 73 |
biblio_theorie.md
| ... | ... | @@ -110,7 +110,7 @@ v |
| 110 | 110 | |
| 111 | 111 | - [Vers un abolitionnisme anarcha-transféministe, anti-raciste, anti-violeurs, youth liberationist](/Theses-Dagues-De-Judith.md) |
| 112 | 112 | - Connell, R.W. 2014. *Masculinités. Enjeux sociaux de l’hégémonie*, traduit par Maxime Cervulle, Paris, Éditions Amsterdam. |
| 113 | -- Tanenbaum, Julia. 2016. "<a href ="/Anarcha-Feminist Theory, Organization and Action 1970-1978.md">To Destroy Domination in All Its Forms: Anarcha-Feminist Theory, Organization and Action 1970-1978, by Julia Tanenbaum</a>", *Anarchist Theory*, 29 |
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| 113 | +- Tanenbaum, Julia. 2016. "<a href ="/webpages/ourarticles/Anarcha-Feminist Theory, Organization and Action 1970-1978.md">To Destroy Domination in All Its Forms: Anarcha-Feminist Theory, Organization and Action 1970-1978, by Julia Tanenbaum</a>", *Anarchist Theory*, 29 |
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| 114 | 114 | |
| 115 | 115 | <h2 style="text-align: left; Border-bottom: none;">Transhumanisme</h2> |
| 116 | 116 | |
| ... | ... | @@ -192,9 +192,9 @@ v |
| 192 | 192 | |
| 193 | 193 | <ul> |
| 194 | 194 | <li><a href="/Theses-Dagues-De-Judith.md">Vers un abolitionnisme anarcha-transféministe, anti-raciste, anti-violeurs, youth liberationist</a></li> |
| 195 | -<li><a href="/intersectionnalite-ab35.md"> [FA] Pour une synthèse anarchiste intersectionelle</a></li> |
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| 195 | +<li><a href="/webpages/ourarticles/intersectionnalite-ab35.md"> [FA] Pour une synthèse anarchiste intersectionelle</a></li> |
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| 196 | 196 | <li>Connell, R.W. 2014. <em>Masculinités. Enjeux sociaux de l’hégémonie</em>, traduit par Maxime Cervulle, Paris, Éditions Amsterdam.</li> |
| 197 | -<li>Tanenbaum, Julia. 2016. "<a href ="/Anarcha-Feminist Theory, Organization and Action 1970-1978.md">To Destroy Domination in All Its Forms: Anarcha-Feminist Theory, Organization and Action 1970-1978, by Julia Tanenbaum</a>", <em>Anarchist Theory</em>, 29</li> |
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| 197 | +<li>Tanenbaum, Julia. 2016. "<a href ="/webpages/ourarticles/Anarcha-Feminist Theory, Organization and Action 1970-1978.md">To Destroy Domination in All Its Forms: Anarcha-Feminist Theory, Organization and Action 1970-1978, by Julia Tanenbaum</a>", <em>Anarchist Theory</em>, 29</li> |
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| 198 | 198 | </ul> |
| 199 | 199 | <h2 style="text-align: left; Border-bottom: none;">Transhumanisme</h2> |
| 200 | 200 |
intersectionnalite-ab35.md
| ... | ... | @@ -1,827 +0,0 @@ |
| 1 | ---- |
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| 2 | -title: Pour une synthèse anarchiste intersectionnelle |
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| 3 | ---- |
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| 4 | - |
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| 5 | -Autrice : Crabi - Liaison commune de Lyon - Fédération anarchiste - 07 / 05 / 2025 |
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| 6 | - |
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| 7 | - |
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| 8 | - |
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| 9 | -<p align="center"> |
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| 10 | -<img src="media/images/Intersec_FA_project_neg.png" style="background-color: transparent;" width = 600> |
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| 11 | -</p> |
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| 12 | - |
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| 13 | - |
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| 14 | -# Chapitres |
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| 15 | - |
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| 16 | -<p><a href="#les-luttes-portées-par-les-autrices"><button class = "button_header button_history"> Les luttes portées par les auteurices </button></a></p> |
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| 17 | - |
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| 18 | -<p style = "border-left-width: 50px; border-left-style: solid;"><a href="#le-classisme-dans-le-militantisme"><button class = "button_header button_history"> Le classisme dans le militantisme </button></a></p> |
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| 19 | - |
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| 20 | -<p style = "border-left-width: 50px; border-left-style: solid;"><a href="#l-isolement-sectarisme-et-sacrifice-militant"><button class = "button_header button_history"> Isolement et sectarisme </button></a></p> |
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| 21 | - |
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| 22 | -<p style = "border-left-width: 50px; border-left-style: solid;"><a href="#matérialisme-et-individualisme"><button class = "button_header button_history"> Matérialisme et individualisme </button></a></p> |
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| 23 | - |
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| 24 | - |
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| 25 | -<p><a href="#la-fa-est-intersectionnelle"><button class = "button_header button_militant">La FA est intersectionnelle </button></a></p> |
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| 26 | - |
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| 27 | -<p style = "border-left-width: 50px; border-left-style: solid;"><a href="#une-structure-qui-sert-l-individu-sans-catégorisation"><button class = "button_header button_militant">Une structure qui sert l’individu sans catégorisation </button></a></p> |
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| 28 | -<p style = "border-left-width: 50px; border-left-style: solid;"><a href="#la-synthèse-anarchiste-comme-engrenage"><button class = "button_header button_militant">La Synthèse anarchiste comme dernier rouage</button></a></p> |
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| 29 | - |
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| 30 | - |
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| 31 | -*Parties futures à développer* |
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| 32 | - |
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| 33 | -*** |
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| 34 | - |
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| 35 | -# Définir Intersec |
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| 36 | - |
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| 37 | -# Historique du Terme |
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| 38 | - |
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| 39 | -# Notre intersectionnalité |
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| 40 | - |
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| 41 | -## Les collectifs |
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| 42 | - |
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| 43 | -## Les luttes portées par les autrices |
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| 44 | - |
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| 45 | -### Le classisme dans le militantisme |
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| 46 | -Abstract de Crabi - Juillet 2025 |
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| 47 | - |
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| 48 | -On appelle le classisme la division systémique en classe sociale d'un environnement associée d'une oppression d'une classe sur une ou plusieurs autre classe. Aussi désigne-t-on par classisme dans le militantisme, la division en classes sociales le milieu militant. Inhérentes à la société, nos activités militantes reflètes nos moyens et nos besoins. Aussi une catégorisation existe dans l'activisme à défaut des théories et des idées. En exemple peut-on parler de la « lutte des classes » : |
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| 49 | - |
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| 50 | -Ce mouvement touche dans le passé une grande partie de la population militante du passé à raison de leur condition sociale ouvrière ou précaire. Au contraire, on comprendra aussi que les auteur.ices des mouvements révolutionnaires sont de classes privilégiés, pour la plupart. |
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| 51 | - |
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| 52 | -Aujourd'hui, on hérite de ce passé où la légitimité de l'écriture ne revient que très rarement aux classes précaires et opprimé.es. On retrouve cela dans un discours très souvent matérialiste et élitiste : tout part de la lutte des classes et rien ne peut s'expliquer en dehors de ce spectre. |
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| 53 | - |
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| 54 | -A preuve peut-on parler du rejet total des mouvements matérialistes communistes du mouvement féministe moderne, qualifiant de « post-modernisme » toute idée ne reprennant pas la lutte des classes comme argumentaire. Il serait impossible d'expliquer que le sexisme n'est pas inhérent à l'exploitation du prolétariat par la bourgeois.es. Et que donc, seul le pouvoir aux mains du prolétariat permettrait la fin du sexisme (et de toute autre oppression!). |
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| 55 | - |
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| 56 | -Ce que le matérialiste ne dit pas, c'est que ce sexisme planera evidemment après la « révolution », et que toutes les mesures demandées par les féministes dans le passé devront alors être misent en place. D'après leur vision, en attente de la révolution, le féminisme ne devrait donc pas se développer et s'exprimer en dehors du développement de la vision révolutionnaire. On y admet alors aucune « révision » du féminisme. |
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| 57 | - |
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| 58 | -Peut-on remarquer alors que cette lutte des classes n'est pas simplement une idée mais une stratégie. C'est une recherche de prise de pouvoir que convoite le communisme. Alors, on prime dans ce milieu le « soulèvement du prolétariat » pour prendre le pouvoir, le mettre au main du Parti communiste pour la mise en place de la dictature du prolétariat. |
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| 59 | - |
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| 60 | ->« *Les communistes avec leurs méthodes, au lieu de mettre le peuple sur la voie du communisme, finiront par lui faire hair jusqu'à son nom. Ils sont sincères sans doute ; mais leur système les empêche d'introduire dans la pratique le moindre principe du communisme. Et constatant que l'oeuvre révolutionnaire n'avance point, ils en augurent que le peule n'est pas prêt pour avaler leurs décréts, qu'il faut du temps, des détours (...). Le plus triste est qu'ils ne reconnaissent nullement, ne veulent pas reconnaître leurs erreurs, et chaque jour ils enlèvent à la masse un morceau des conquêtes de la révolution, au profit de l'État centraliste.*» |
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| 61 | -> |
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| 62 | ->- Kropotkine/ Cité par Vilkens dans « Le libertaire » - 28 janvier 1921 |
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| 63 | - |
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| 64 | -En tant qu'anarchiste, nous ne souhaitons en rien cette finalité, alors nous n'en supportons pas les étapes et méthodes. Dès maintenant nous souhaitons le changement pour justement éviter de ne baser tout nos espoirs dans un Parti politique certainement corrompu, qui admettra dans le futur des massacres pour palier à l'incohérence de sa politique. |
|
| 65 | - |
|
| 66 | -On qualifie alors tout ce mécanisme dans le milieu militant, de classisme. Car dans la gauche révolutionnaire, une habitude se fait de discriminer toute divergence à la penser classique. Cela pourrait s'apparenter à un sectarisme si ce n'était pas aussi généralisé. |
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| 67 | - |
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| 68 | -Toute ces oppressions écrasent alors le développement d'idées nouvelles, avec elles leurs activistes. |
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| 69 | - |
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| 70 | -Ce classisme qui s'exprime sous les termes de « contre-révolutionnaires » ou encore de « post-modernistes » crèe évidemment une réaction. |
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| 71 | - |
|
| 72 | -Peut-on alors aujourd'hui comprendre les récentes altercations entre les milieux militants, développés sur 200 ans de théories et d'expériences, qui ne sont plus que de simple dispute idéologique : c'est la lutte des classes dans le milieu militant. |
|
| 73 | - |
|
| 74 | -Selon nous, cette étude du classisme démontre la nécessité à lutter en dehors de la logique de celui-ci, qui semble être en soit une impasse stratégique et idéologique : L'anarchisme n'admet pas imposer une idéologie à raison de savoir - par son développement historique - que l'individu, comme le collectif, admet l'erreur ; et qu'alors sa prise de pouvoir politique n'est synonime que de désordre et de chaos ; l'histoire l'ayant démontré à chaque itération. |
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| 75 | - |
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| 76 | -Ici, cette partie souhaite démontrer la difficulté des mouvements à se développer face aux réactions de la société publique et de la société politique. |
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| 77 | - |
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| 78 | -#### Du féminisme aux luttes antiracistes |
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| 79 | - |
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| 80 | ->« Pour bien comprendre la dynamique actuelle de l'approche intersectionnelle, il est essentiel d'examiner les racines historiques et le développement du féminisme aux États-Unis. |
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| 81 | -> |
|
| 82 | ->La première vague du féminisme est apparue dans le contexte de la lutte pour le droit de vote des femmes. Le mouvement a été marqué par deux associations principales : la National Woman Suffrage Association (NWSA) et l'American Woman Suffrage Association (AWSA). |
|
| 83 | -> |
|
| 84 | ->D'une part, la NWSA a été fondée en 1869 par Susan B. Anthony et Elizabeth Cady Stanton. Elles militaient en faveur d'un amendement fédéral accordant le droit de vote aux femmes et avaient également des revendications plus larges, telles que les droits de propriété des femmes et la réforme du mariage. D'autre part, l'AWSA, également créée en 1869, était plus conservatrice. Elle adoptait une approche état par état en matière de suffrage et se concentrait uniquement sur le droit de vote, dans le but de convaincre un public plus large, y compris les hommes. |
|
| 85 | -> |
|
| 86 | ->Il y avait toujours des tensions entre ces deux associations, précisément en raison de leurs stratégies et priorités différentes. Ces deux associations ne fusionnèrent qu'en 1890, principalement en raison de tensions exacerbées lorsque les hommes noirs obtinrent le droit de vote avant les femmes grâce au 15e amendement de 1870, alors que de nombreuses féministes militaient également pour le droit de vote des anciens esclaves. Même si l'organisation unifiée a finalement obtenu l'adoption du 19e amendement en 1920, qui accordait le droit de vote aux femmes, cette situation a révélé les limites d'un mouvement qui ne traitait pas pleinement la « triple oppression » subie par les femmes noires et les autres minorités. La notion de « triple oppression » a été inventée en 1949 par Claudia Jones dans un article intitulé « An End to the Neglect of the Problems of the Negro Woman » (Mettre fin à la négligence des problèmes des femmes noires). Elle décrivait un type d'oppression que les femmes noires avaient toujours connu : elles étaient marginalisées en raison de leur sexe, de leur race et de leur classe sociale, ce que les organisations féministes négligeaient souvent, soulignant la nécessité d'une approche plus inclusive et intersectionnelle au sein du mouvement pour les droits des femmes. |
|
| 87 | -> |
|
| 88 | ->Claudia Jones était très consciente du manque de réflexion intersectionnelle autour d'elle ; en tant que membre du Parti communiste, elle constatait que celui-ci se concentrait sur l'oppression des hommes blancs de la classe ouvrière, peinant à reconnaître les oppressions spécifiques des femmes noires. |
|
| 89 | -> |
|
| 90 | ->Une autre période difficile fut celle des années 1960, en particulier dans le contexte de la ségrégation aux États-Unis, qui persista malgré d'importants progrès législatifs, tels que le Civil Rights Act de 1964, qui interdisait théoriquement la discrimination fondée sur la race, la couleur, la religion, le sexe et l'origine nationale. Cette loi mit également fin à la ségrégation dans les lieux publics tels que les bibliothèques et les écoles publiques, mais les préjugés raciaux restaient profondément ancrés. |
|
| 91 | -> |
|
| 92 | ->Puis vint la deuxième vague du féminisme et ses principales revendications, qui portaient sur la sexualité, les droits reproductifs, la famille et le lieu de travail : elles luttaient pour une égalité substantielle (c'est-à-dire l'égalité des résultats pour les groupes défavorisés), maintenant que les féministes de la première vague avaient plaidé en faveur de l'égalité formelle. Il est important de noter que la deuxième vague du féminisme a croisé le mouvement des droits civiques, car des femmes issues de divers milieux raciaux et socio-économiques ont uni leurs forces pour lutter contre l'oppression systémique. Cependant, le mouvement était principalement dominé par des féministes blanches issues des classes moyennes et supérieures et ne tenait pas compte des récits des femmes de couleur et des femmes issues de la classe ouvrière. |
|
| 93 | -> |
|
| 94 | ->À ce stade, l'écrivaine américaine Audre Lorde a commencé à soutenir que le concept de « sororité » du mouvement était insuffisant pour apporter un véritable changement, car il négligeait des aspects essentiels de l'identité, tels que la race, la sexualité, l'âge et la classe sociale. |
|
| 95 | -> |
|
| 96 | ->Ce changement, parallèlement à la montée du féminisme lesbien dans les années 1970, a jeté les bases de l'approche intersectionnelle qui allait définir le féminisme de la troisième vague, qui cherchait à aborder un spectre plus large d'identités et d'expériences au sein du mouvement. » |
|
| 97 | -> |
|
| 98 | ->- Anaïs -- extrait traduit de l'anglais par Crabi de « Discussing homosexuality in the english classroom : an intersectional approach » - p.8 |
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| 99 | - |
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| 100 | -### L’isolement, sectarisme et sacrifice militant |
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| 101 | - |
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| 102 | - |
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| 103 | - |
|
| 104 | -> « La pertinence du fonctionnement de nos organisations « militantes » |
|
| 105 | -doit être remise en cause. Il existe un gouffre entre la population et |
|
| 106 | -le milieu militant qui rend impossibles toutes véhémences à la |
|
| 107 | -constitution de collectifs militants. Aujourd'hui, seuls des événements |
|
| 108 | -sociaux ponctuels amènent à de l'engagement temporaire. Le reste du |
|
| 109 | -temps, les collectifs peinent à se constituer, à perdurer ou bien à |
|
| 110 | -mobiliser. |
|
| 111 | -> |
|
| 112 | ->Patricia Vendramin[^1] définit l'engagement militant comme la triple |
|
| 113 | -rencontre entre l'individu, une organisation et une cause. L'engagement |
|
| 114 | -se produirait lorsqu'un.e individu se retrouve dans les idées et dans |
|
| 115 | -les pratiques d'une organisation. Pour assurer cet engagement dans le |
|
| 116 | -temps, l'établissement d'une élite militante est assuré, celle-ci |
|
| 117 | -associée à une grammaire, à une doctrine ou à des postes de carrières. |
|
| 118 | -> |
|
| 119 | ->Alors, je propose de réfléchir sur cette question d'engagement militant, |
|
| 120 | -qui mènent à la constitution en France d'organisations difficiles et |
|
| 121 | -complexes. Très souvent forcées de se diviser pour survivre. Quitte à ne |
|
| 122 | -servir pour finir qu'à se maintenir à rien faire. \[...\] |
|
| 123 | -> |
|
| 124 | ->L\'engagement « contemporain » selon Jacques Ion[^2] se caractérise par |
|
| 125 | -une activité diversifiée par des causes et des moyens d'actions marquée |
|
| 126 | -par une certaine attitude « responsable » face aux enjeux actuel. |
|
| 127 | -Contrairement aux engagements idéologiques du passé, il serait plus |
|
| 128 | -personnel, ponctuel et souvent local, avec un accent sur la |
|
| 129 | -responsabilité individuelle : l\'individu cherche à contribuer au |
|
| 130 | -bien-être social tout en reconnaissant la complexité du monde. En |
|
| 131 | -résumé, **l\'engagement contemporain est flexible, pluraliste et |
|
| 132 | -réfléchi, loin des modèles collectifs ou partisans traditionnels.** |
|
| 133 | -\[...\] |
|
| 134 | -> |
|
| 135 | ->S'engager dans un mouvement anarchiste n'est pas l'application d'un |
|
| 136 | -plan. Ce n'est pas l'idée d'une expression d'un futur mais l'idée de |
|
| 137 | -l'expression de diverses visions du futur. |
|
| 138 | -> |
|
| 139 | ->L'engagement militant ne doit pas rimer avec dogme idéologique. Pour |
|
| 140 | -répondre à cela, nous militons pour un anarchisme sans scissions ni |
|
| 141 | -rapports de force. Un anarchisme où chaque voix compte. Un anarchisme où |
|
| 142 | -chaque voie personnelle est justifiable si elle ne met pas en |
|
| 143 | -contradiction[^3] la vie d'autrui. Quel que soit le désir exprimé par |
|
| 144 | -une personne, il se doit d'être exprimé. Bien que cela puisse nous |
|
| 145 | -irriter, nous devons entendre les désirs des autres[^4]. Nous ne pouvons |
|
| 146 | -pas « interdire » la possibilité future de l'existence de certaines |
|
| 147 | -pratiques[^5]. |
|
| 148 | -> |
|
| 149 | ->Nous militons alors pour un anarchisme qui porte la voix de tous.tes au |
|
| 150 | -même niveau. Pour que l'indépendance des individus soit véritable. Pour |
|
| 151 | -qu'aucunes visions du monde ne leur soient imposées. \[...\] |
|
| 152 | -> |
|
| 153 | ->Le milieu militant ne doit pas imposer une manière de vivre, ni des |
|
| 154 | -pratiques criminelles, à ses membres[^6]. Les individus ne pourront pas |
|
| 155 | -militer si cela nécessite obligatoirement de confronter la police ou de |
|
| 156 | -lire Trotski. Nous critiquons alors ce militantisme « identitaire » |
|
| 157 | -accessible que par une faible partie de personne. A l'inverse nous |
|
| 158 | -pensons que toutes les personnes doivent pouvoir s'engager. Nous |
|
| 159 | -souhaitons que les luttes personnelles ne soient pas étouffées, que des |
|
| 160 | -collaborations se fassent sans entrisme, que des passerelles se forment |
|
| 161 | -entre les villes et les quartiers. |
|
| 162 | -> |
|
| 163 | ->Nous souhaitons que la décentralisation de nos organisations brise |
|
| 164 | -l'identitarisme militant. \[\...\] |
|
| 165 | -> |
|
| 166 | ->Les compétences « utiles » ou « efficaces » ne sont pas listées dans un |
|
| 167 | -manuel. Il ne doit pas exister de conditions pour militer. Mais nos |
|
| 168 | -libertés de pratiques sont limitées par le fonctionnement des collectifs |
|
| 169 | -actuels. Parfois centrés sur des pratiques « militaires »[^7] ou bien |
|
| 170 | -« littéraires ». |
|
| 171 | -> |
|
| 172 | ->Toutes les organisations se considèrent plus ou moins « ouvertes » aux |
|
| 173 | -propositions, mais leur fonctionnement restreigne très souvent les |
|
| 174 | -militant.es. Les propositions non-habituelles sont souvent considérées |
|
| 175 | -comme non-efficaces ou hors contexte. Alors il n'existe pas énormément |
|
| 176 | -de moyen d'exprimer des activités « non-conventionnelles ». \[\...\] |
|
| 177 | -> |
|
| 178 | ->Il est difficile de s'y identifier car une fracture sociale existe entre |
|
| 179 | -les individus et les militant.es. De s'y investir car les individus ne |
|
| 180 | -se retrouvent pas dans les compétences « militantes » types. D'y |
|
| 181 | -plébisciter parce que les collectifs ne proposent pas de plateforme |
|
| 182 | -décisionnelle libre et d'organisation fluide. |
|
| 183 | -> |
|
| 184 | ->Dans « Articles politiques » Errico Malatesta[^8] veut donner une |
|
| 185 | -conception politique à travers des évènements et des idées. Plaçant les |
|
| 186 | -expériences au-dessus des idées, Malatesta est l'une des dernières |
|
| 187 | -figures de l'anarchisme « d'après-avant-guerre »[^9] portant une vision |
|
| 188 | -fluide, flexible et critique des activités anarchistes et |
|
| 189 | -révolutionnaires. |
|
| 190 | -> |
|
| 191 | ->Critique du syndicalisme révolutionnaire dès 1907[^10] et plus tard de |
|
| 192 | -la « plateforme », il alertait les militant.es espagnol.es sur la |
|
| 193 | -tactique du « syndicat unique » et de sa nature bureaucratique en 1931. |
|
| 194 | -Avant la guerre civile Espagnole. Tout en étant aussi critique de |
|
| 195 | -l'entre-soi anti-organisationnel qui ne mène à aucun changement de |
|
| 196 | -société. En contact avec Kropotkine, Bakounine et bien d'autres, son |
|
| 197 | -expérience est proche de la nôtre. Car comme lui, nos idées se |
|
| 198 | -formalisent énormément par le biais des théories pensées dans le passé. |
|
| 199 | -Comme lui, nous n'avons pas la volonté de théoriser de nouveau |
|
| 200 | -l'anarchisme. Comme lui, nous souhaitons plutôt amener l'anarchisme à la |
|
| 201 | -pratique par de nouveaux outils. |
|
| 202 | -> |
|
| 203 | ->Tout le parcours de Errico est défini par le rejet de l'autorité des |
|
| 204 | -théories établies en dogmes, des organisations bureaucratiques |
|
| 205 | -aliénantes ou bien des figures de martyrs. L'idée même de son principe |
|
| 206 | -de gradualisme n'est pas gravé dans le marbre. C'est un composite |
|
| 207 | -d'idées et de pratiques pour que nos désirs[^11] de changement de la |
|
| 208 | -société soient comblés[^12]. De cette manière, diverses pratiques et |
|
| 209 | -activités prennent vie aujourd'hui sans que la quête de la révolution |
|
| 210 | -parfaite ne les écrase. » -- Extrait de « Les Raisons De La Colère -- |
|
| 211 | -Organisations Incapables » - Crabi -- 28 avril 2025 |
|
| 212 | - |
|
| 213 | -### Matérialisme et individualisme |
|
| 214 | - |
|
| 215 | ->« *Les forces motrices qui se trouvent à la base de l'évolution |
|
| 216 | -historique des sociétés humaines, ne sont nullement mystiques ou |
|
| 217 | -spirituelles (Dieu, idées, volonté, etc...), mais purement et simplement |
|
| 218 | -matérielles (cosmique, géographiques, biologiques, physiques, chimiques, |
|
| 219 | -etc...). Une telle interprétation de la formule du matérialisme |
|
| 220 | -historique rallierait certainement les suffrages de l'écrasante majorité |
|
| 221 | -des anarchistes. Et ce fut précisément Kropotkine qui, en tant que |
|
| 222 | -naturaliste, établit et précisa cette thèse. Ce fut lui qui préconisa |
|
| 223 | -l'application des méthodes naturalistes à l'étude des phénomènes |
|
| 224 | -sociaux. Ce fut encore lui qui plaça l'élément biologique à la base de |
|
| 225 | -l'évolution de l'homme et de la société humaine.* » --- Matérialisme |
|
| 226 | -historique --- Voline[^13] |
|
| 227 | - |
|
| 228 | -Loin de couvrir le sujet complet du **matérialisme**, cette partie |
|
| 229 | -présente les luttes matérialistes individuelles. Celles qui, malgré les |
|
| 230 | -doctrines sectaires, visent à permettre à nos individualités d'exister. |
|
| 231 | - |
|
| 232 | -Les anarchistes investissent alors depuis bientôt deux siècles tous les |
|
| 233 | -milieux sociaux tant bien dans une logique d'entraide et que dans une |
|
| 234 | -logique d'émancipation sociale : aucun.e individu ne peut être laissé.e |
|
| 235 | -dans la souffrance dans l'attente d'un changement global de la |
|
| 236 | -société[^14]. |
|
| 237 | - |
|
| 238 | -Alors, sans changement possible sociétale, il fut pensée une conception |
|
| 239 | -**individualiste** de ce matérialisme. Un matérialisme individualiste |
|
| 240 | -permettant notammment la remise en cause permanente de nos mœurs via le |
|
| 241 | -prisme de l'individu. |
|
| 242 | - |
|
| 243 | ->« *Je me contenterai d'envisager le matérialisme au point de vue |
|
| 244 | -particulier de notre individualisme anarchiste, autrement dit d'un |
|
| 245 | -individualisme qui s'insoucie complètement des restrictions et des |
|
| 246 | -constrictions d'ordre archiste*[^15]*, cet archisme fût-il religieux ou |
|
| 247 | -civil. Qui dit individu dit réalité. Parler de matérialisme, d'autre |
|
| 248 | -part et pour nous, est synonyme de parler de réel. Rien ne nous |
|
| 249 | -intéresse en dehors du réel, du sensible, du tangible individuellement, |
|
| 250 | -voilà notre matérialisme. \[...\]* |
|
| 251 | -> |
|
| 252 | ->*Pour vivre un tel individualisme qui veut rayonner, porter, créer |
|
| 253 | -l'amour de la joie de vivre, il faut jouir d'une bonne santé, d'une |
|
| 254 | -riche, d'une robuste constitution interne.* |
|
| 255 | -> |
|
| 256 | ->*Tout le monde n'est pas apte, par exemple, à assouvir les appétits de |
|
| 257 | -la sensibilité qu'on a déclenchée chez autrui. Et cette santé-là ne |
|
| 258 | -dépend pas d'un régime thérapeutique, n'est pas œuvre d'imagination, ne |
|
| 259 | -s'acquiert pas dans les manuels.* |
|
| 260 | -> |
|
| 261 | ->*Pour la posséder, il faut avoir été forgé et reforgé sur l'enclume de |
|
| 262 | -la variété et de la diversité expérimentale ; avoir été trempé et |
|
| 263 | -retrempé dans le torrent des actions et réactions de l'enthousiasme pour |
|
| 264 | -la vie. Il faut avoir aimé la joie de vivre jusqu'à préférer disparaître |
|
| 265 | -plutôt que d'y renoncer. Telles sont les lignes de développement de |
|
| 266 | -notre matérialisme individualiste.* » --- Matérialisme Individualiste |
|
| 267 | ---- E. Armand[^16] |
|
| 268 | - |
|
| 269 | ----- |
|
| 270 | - |
|
| 271 | -#### Transidentité |
|
| 272 | - |
|
| 273 | -Comme toutes luttes sociétales, la lutte associée à la transidentité est |
|
| 274 | -matérialiste : Les oppressions transphobes sont causées par les |
|
| 275 | -administrations et institutions d'État, les religions et traditions, par |
|
| 276 | -ceux/celles qui les maintiennent et par celles/ceux qui les soutiennent. |
|
| 277 | - |
|
| 278 | -Mais c'est une lutte qui nécessite un travail individuel. Car la |
|
| 279 | -transidentité ne peut se contenir sans souffrance personnelle. Dans le |
|
| 280 | -militantisme, certaines luttes d'image/de consommation/ de boycott sont |
|
| 281 | -« évitables » sans conséquences personnelles. Par exemple, le |
|
| 282 | -végétarianisme est un acte de boycot qui n'impacte pas directement |
|
| 283 | -l'individu ou la société dont il fait partie[^17]. A l'inverse, la lutte |
|
| 284 | -trans est intraséquement matérialiste et individualiste : il est |
|
| 285 | -difficile de renier son identité sans en souffrir, et il est impossible |
|
| 286 | -de vivre sans la société. Ce qui implique que l'individu doit |
|
| 287 | -inévitablement s'exposer aux dangers, se confronter son quotidien et |
|
| 288 | -changer ses interactions sociales. |
|
| 289 | - |
|
| 290 | -Sans attente du changement, il nous ait primordial d'imposer notre |
|
| 291 | -identité personnel. Sans attente de la révolution, il nous ait crucial |
|
| 292 | -d'imposer des alternatives sociales pour vivre. |
|
| 293 | - |
|
| 294 | -Aujourd'hui, en utilisant les mots d'E. Armand, nous décidons de |
|
| 295 | -« forger notre santé » pour affirmer notre réel, notre joie de vivre, |
|
| 296 | -malgré les conditions difficiles de cette société. Il nous faut forger |
|
| 297 | -alors des collectifs, des communautés et des alternatives libres et |
|
| 298 | -transidentitaires : collectif non-mixte, rencontre entre trans, groupes |
|
| 299 | -affinitaires etc. |
|
| 300 | - |
|
| 301 | ->« *Je suis. Apparence, phénomène ; ou bien réalité, qu'importe. Je suis, |
|
| 302 | -c'est-à-dire que je me sens exister comme distinct du milieu. Je me sens: un individu.* |
|
| 303 | -> |
|
| 304 | ->*J'ai des besoins. Les satisfaire me donne de la joie, du bonheur. Mon |
|
| 305 | -bonheur se mesure à la possibilité de satisfaction, à ma puissance. Ma |
|
| 306 | -peine, ma souffrance, est la mesure exacte de mon impuissance. Mon |
|
| 307 | -activité, qui a pour but constant, la conquête du bonheur, s'exerce à la |
|
| 308 | -fois sur le monde minéral, végétal, animal et sur les autres individus |
|
| 309 | -de mon espèce. Mais tout, dans l'Univers, lutte, envahit, absorbe. |
|
| 310 | -Malheur aux faibles. Seul, j'ai : tout, comme ennemi. Aussi, je |
|
| 311 | -recherche la société des autres individus, trop faibles aussi pour vivre |
|
| 312 | -seuls. Je passe contrat avec eux. Un contrat qui soit susceptible |
|
| 313 | -d'augmenter notre puissance à tous, qui, par conséquent, sauvegarde |
|
| 314 | -notre indépendance. Mon contrat, c'est une assurance contre |
|
| 315 | -l'intervention des autres Hommes dans ma, recherche du bonheur. C'est le |
|
| 316 | -seul contrat social que je peux accepter. Mais je passe d'autres |
|
| 317 | -contrats avec des individus désireux comme moi de conquérir telle ou |
|
| 318 | -telle jouissance. Le but atteint, le contrat cesse.* |
|
| 319 | -> |
|
| 320 | ->*Dans la société actuelle, il existe un « contrat social ». Je n'ai pas |
|
| 321 | -été appelé à en discuter les termes. Je ne l'accepte pas. Même quand une |
|
| 322 | -clause m'est favorable. Ce contrat, on me l'impose. Selon les |
|
| 323 | -circonstances, j'en dénonce l'arbitraire. Je lutte pour son abolition. |
|
| 324 | -Faible, j'emploie la ruse. En attendant que plusieurs faiblesses |
|
| 325 | -s'unissent, pour refuser la reconnaissance des « lois », je désobéis |
|
| 326 | -seul, en évitant : le gendarme, le juge, le soldat. Ce contrat |
|
| 327 | -unilatéral est basé sur la Force ou le Sophisme. Sa seule réalité réside |
|
| 328 | -dans l'ignorance des individus à qui on l'impose. Ceux-ci étant de |
|
| 329 | -beaucoup le plus grand nombre, il est évident qu'ils pourraient être la |
|
| 330 | -force. Leur acceptation vient de ce qu'ils croient le contrat juste. |
|
| 331 | -Cette croyance vient de ce qu'ils n'examinent pas les « valeurs sociales |
|
| 332 | -» : Dieu, Patrie, Intérêt général, etc. ; et les Lois qui en découlent : |
|
| 333 | -Morale ;Service Militaire, guerre ; Propriété, paupérisme moral et |
|
| 334 | -matériel. Aussi la forme principale de résistance et de lutte des |
|
| 335 | -individualistes à ma façon, porte-t-elle, sur la provocation à |
|
| 336 | -l'examen.* |
|
| 337 | -> |
|
| 338 | ->*Montrer le mensonge des termes, le sophisme des raisonnements, c'est |
|
| 339 | -saper l'organisation imposée. Tendre les esprits, vers la. recherche des |
|
| 340 | -contrats libres et préparer la rupture définitive, violente ou non du |
|
| 341 | -contrat autoritaire, telle est notre propagande. En résumé :* |
|
| 342 | -> |
|
| 343 | ->*Hors l'autorité, vivre le plus intensément possible, tout de suite, |
|
| 344 | -aujourd'hui ; et préparer pour demain un terrain plus riche en |
|
| 345 | -expériences.*» ---Mon Individualisme --- A. Lapeyre [^18] |
|
| 346 | - |
|
| 347 | ---- |
|
| 348 | - |
|
| 349 | -Des témoignages personnelles permettent de soutenir nos idées. Au delà |
|
| 350 | -de grand mots et de la philosophie, il existe bien des cas personnelles, |
|
| 351 | -des revendications, des travaux et des représentations qui nous |
|
| 352 | -permettent de parler de la lutte transidentitaire. |
|
| 353 | - |
|
| 354 | ->« Ayant pris conscience de ma transidentité et non-binarité il y a |
|
| 355 | -seulement 9 mois et n\'étant pas sorti-e du placard dans tous mes |
|
| 356 | -cercles sociaux, j\'ai pour le moment été épargné.e de la plupart des |
|
| 357 | -violences auxquelles les personnes transgenres - notamment les femmes |
|
| 358 | -transgenres -- sont régulièrement exposées. En revenant sur mon |
|
| 359 | -parcours, je me dis que cette prise de conscience aurait pu advenir plus |
|
| 360 | -tôt avec davantage de représentations, notamment de représentations |
|
| 361 | -positives et de représentations de personnes transgenres en tant que |
|
| 362 | -personnes «ordinaires». Il en va du même du côté de l\'éducation à la |
|
| 363 | -thématique de la transidentité ; une absence totale d\'éducation sur ce |
|
| 364 | -sujet, dans ma famille comme à l'école. À l'âge de 11 ans, lorsque |
|
| 365 | -j\'essayai la lingerie de ma mère en lui la prenant sur l'étendage, je |
|
| 366 | -gardai cela secret, déjà conscient-e des normes de genre en vigueur dans |
|
| 367 | -notre société. |
|
| 368 | -> |
|
| 369 | ->Par ailleurs, lorsque je lisais des œuvres de fiction où des personnages |
|
| 370 | -hommes pouvaient devenir des femmes, je me sentais proche de ces |
|
| 371 | -personnages et éprouvais le désir de faire de même. Toutefois, je |
|
| 372 | -pensais que ce n\'était que de la fiction et ignorais tout des personnes |
|
| 373 | -ne rentrant pas dans les normes de genre. Je n'ai pas le souvenir |
|
| 374 | -d'avoir entendu de discours transphobes ou caricaturaux dans mon milieu |
|
| 375 | -familial, mais je n\'ai pas non plus le souvenir que cela ait été un |
|
| 376 | -véritable sujet de discussion. |
|
| 377 | -> |
|
| 378 | ->En revanche, jai le souvenir d'un épisode particulièrement marquant, |
|
| 379 | -d'un repas avec ma mère et mon frère. Je devais être au lycée ou au |
|
| 380 | -début de mes études supérieures et, alors que nous dînions dans la |
|
| 381 | -cuisine, mon frère nous demanda des idées de déguisement pour une soirée |
|
| 382 | -à laquelle il était convié. La seule consigne était d'avoir un |
|
| 383 | -déguisement d'une chose dont le mot commence par la lettre « B ». Après |
|
| 384 | -avoir réfléchit quelques instants, je lui suggérai de s\'habiller en |
|
| 385 | -Barbie, mi-sérieux, mi pour plaisanter. Mon frère fut immédiatement |
|
| 386 | -emballé par l'idée. Ma mère, en revanche, sembla très contrariée et, sur |
|
| 387 | -un ton très sérieux et très rare, nous défendit de nous « habiller en |
|
| 388 | -fille ». J\'ai été très surpris de la réaction de ma mère et il se peut |
|
| 389 | -qu'inconsciemment elle m\'ait atteint plus profondément, car il |
|
| 390 | -m\'arrivait secrètement de « m\'habiller en fille ». Plus tard, lors de |
|
| 391 | -ma première année d\'étude à Lyon, j\'ai commencé à explorer plus |
|
| 392 | -ouvertement la partie féminine de mon identité, sans néanmoins me |
|
| 393 | -définir comme une personne transgenre ou non-binaire, principalement du |
|
| 394 | -fait de ma méconnaissance sur le sujet. |
|
| 395 | -> |
|
| 396 | ->J\'ai demandé à une amie de me travestir, de me maquiller et de me |
|
| 397 | -prêter ses habits. J\'ai alors souhaité partager des photos de cette |
|
| 398 | -expérience à des amis du lycée à qui je partageais tout à cette époque. |
|
| 399 | -Cela a entraîné des réactions négatives (on m\'a dit que c\'était « |
|
| 400 | -dégénéré ») et moqueuses de leur part. \[...\] |
|
| 401 | -> |
|
| 402 | ->Chose dont je ne me souvenais pas, qui avait été effacé de ma mémoire, |
|
| 403 | -j\'avais affirmé à ces mêmes amis que je n\'étais ni femme, ni homme à |
|
| 404 | -l'intérieur. Les années qui ont suivies, pendant 2-3 ans, j\'ai occulté |
|
| 405 | -presque entièrement les questionnements que j\'avais sur mon genre. Ce |
|
| 406 | -n'est que récemment, en février 2024, que j\'ai réalisé mon coming-in. |
|
| 407 | -Depuis mon coming-in et le début de mon coming-out, certaines choses ont |
|
| 408 | -changé. D\'abord, je réalise que j\'ai intériorisé certaines injonctions |
|
| 409 | -à la féminité/ pesant sur le corps des femmes. Je n'en avais jamais pris |
|
| 410 | -conscience auparavant, car elles n\'étaient pas pertinentes dans mon |
|
| 411 | -vécu d\'homme. Certaines injonctions sont soudainement devenues |
|
| 412 | -pertinentes quand je me regarde dans la glace et passe de plus en plus |
|
| 413 | -de temps à scruter les soupçons de masculinité pouvant « trahir » mon |
|
| 414 | -« femode ». Dans la rue, j\'ai pour l'instant eu le droit qu\'à quelques |
|
| 415 | -regards insistants et une fois des commentaires déplacés alors que je |
|
| 416 | -faisais du vélo avec une amie. Autrement, j\'évolue actuellement dans |
|
| 417 | -des cadres sûrs et n'ai pas été victime de violences interpersonnelles.» |
|
| 418 | ---- 30/11/2024 --- Esté |
|
| 419 | - |
|
| 420 | -** ** |
|
| 421 | - |
|
| 422 | -# La FA est Intersectionnelle |
|
| 423 | - |
|
| 424 | -## Une structure qui sert l’individu sans catégorisation |
|
| 425 | - |
|
| 426 | -### Les objectifs de la FA |
|
| 427 | - |
|
| 428 | -** ** |
|
| 429 | - |
|
| 430 | -Les anarchistes luttent pour une société libre, sans classe ni État, |
|
| 431 | -ayant comme buts premiers : |
|
| 432 | - |
|
| 433 | -- L'égalité sociale, économique de tous les individus. |
|
| 434 | - |
|
| 435 | -- La possession collective ou individuelle des moyens de production et |
|
| 436 | - de distribution, excluant toute possibilité pour certains de vivre en |
|
| 437 | - exploitant le travail des autres. |
|
| 438 | - |
|
| 439 | -- L'égalité dès la naissance des moyens de développement, c'est-à-dire |
|
| 440 | - d'éducation et d'instruction dans tous les domaines de la science, de |
|
| 441 | - l'industrie et des arts. |
|
| 442 | - |
|
| 443 | -- L'organisation sociale sur les bases de la libre fédération des |
|
| 444 | - producteurs et des consommateurs, faite et modifiable selon la volonté |
|
| 445 | - de leurs composants. |
|
| 446 | - |
|
| 447 | -- La libre union des individus selon leurs convenances et leurs |
|
| 448 | - affinités. |
|
| 449 | - |
|
| 450 | -- Le droit absolu pour tout individu d'exprimer ses opinions. |
|
| 451 | - |
|
| 452 | -- L'abolition du salariat, de toutes les institutions étatiques et |
|
| 453 | - formes d'oppression qui permettent et maintiennent l'exploitation de |
|
| 454 | - l'Homme par l'Homme, ce qui implique la lutte contre le sexisme et les |
|
| 455 | - dominations de genre, contre le patriotisme et le racisme, contre les |
|
| 456 | - religions et les mysticismes même s'ils se cachent sous le manteau de |
|
| 457 | - la science, et pour la fraternisation de tous les groupes humains et |
|
| 458 | - l'abolition des frontières. |
|
| 459 | - |
|
| 460 | -C'est la société entière que nous voulons reconstruire sur une base de |
|
| 461 | -respect et d'entraide, non pour un individu, une classe ou un parti, |
|
| 462 | -mais pour tous les individus ; la question sociale ne pouvant être |
|
| 463 | -résolue définitivement et réellement qu'à l'échelle mondiale. |
|
| 464 | - |
|
| 465 | - |
|
| 466 | - |
|
| 467 | - <p align="center"> |
|
| 468 | -<img src="media/images/Illus_bas_de_page_2_blanc.png" style="background-color: transparent;" width = 500> |
|
| 469 | -</p> |
|
| 470 | - |
|
| 471 | -### Pourquoi la FA doit fédérer les individus et leurs luttes |
|
| 472 | - |
|
| 473 | -** ** |
|
| 474 | - |
|
| 475 | -**La FA fédère les individus et de la même manière leurs luttes**. Elle |
|
| 476 | -ne porte pas de luttes sans que ses membres ne les portent d'eux et |
|
| 477 | -d'elles-mêmes[^19]. L'expression des individus amène la FA à toujours |
|
| 478 | -porter, à travers ses outils et ses moyens d'action, de nouvelles |
|
| 479 | -luttes. |
|
| 480 | - |
|
| 481 | -**Ces luttes et ces idées sont, du point de vue de l'individu, propres à |
|
| 482 | -son vécu,** et non définies par la FA. Dans la Fédération l'activité de |
|
| 483 | -l'individu ne se fait qu'en fonction de sa volonté et de ses moyens. |
|
| 484 | -Dans le même sens, cela permet l'autocritique de la fédération dans son |
|
| 485 | -ensemble et l'évolution de ses motions[^20]. Propre à son vécu car lors |
|
| 486 | -d'une discussion libre quelconque, une lutte est exprimée différemment |
|
| 487 | -par les individus spécifiques présent.es. La lutte prend forme selon les |
|
| 488 | -convictions exprimées et leurs complexités. Par conséquent une lutte est |
|
| 489 | -propre aux personnes et à leurs convictions. |
|
| 490 | - |
|
| 491 | -Nul doute que **si les expressions ne sont pas libres**, et que la |
|
| 492 | -définition finale est écrite par certains rapports de forces[^21], alors |
|
| 493 | -elles seront biaisées... Par exemple, si l'on se réfère au féminisme, la |
|
| 494 | -lutte s'est exprimée de manière complètement différente selon les |
|
| 495 | -collectifs. Les assemblées en non-mixité et les assemblées ouvertes à |
|
| 496 | -tous.tes donnent des résultats complètement différents. |
|
| 497 | - |
|
| 498 | -Si on a l'opportunité de participer aux deux |
|
| 499 | -pratiques, il est évident que lorsque les opprimé.es sont libres de |
|
| 500 | -s'exprimer, sans rapports de forces prononcés, alors des luttes plus |
|
| 501 | -ciblées se définissent de manière plus efficace. Au contraire, dans des |
|
| 502 | -espaces qui ne sont pas destinés aux opprimé.es, les luttes qu'iels |
|
| 503 | -expriment sont souvent minimisées, ignorées ou rapportées au second |
|
| 504 | -plan.[^22] |
|
| 505 | - |
|
| 506 | -<p align="center"> |
|
| 507 | -<img src="media/images/Logo_vectorized_resized.png" style="background-color: transparent;" width = 30> |
|
| 508 | -</p> |
|
| 509 | - |
|
| 510 | -**Seule une organisation permettant l'expression de tous.tes les |
|
| 511 | -opprimé.es portera la lutte contre toutes les oppressions.** A travers, |
|
| 512 | -non pas une ***structure hiérarchique, autoritaire et bureaucratique |
|
| 513 | -mais, une structure anarchiste, autogérée et fluide.*** |
|
| 514 | - |
|
| 515 | -**L'expression de toutes les luttes dans la fédération** amène les |
|
| 516 | -individus à défendre des décisions qui prennent en compte le plus de |
|
| 517 | -sections de luttes possibles, prenant en compte des oppressions |
|
| 518 | -multiples. Les oppressions se croisent et ont des effets propres à leur |
|
| 519 | -accumulation sur les individus. Ainsi, il est possible de couvrir une |
|
| 520 | -pluralité de luttes et de développer nos moyens d'actions. |
|
| 521 | - |
|
| 522 | -**L'oppression que les individus subissent, diffère selon leurs |
|
| 523 | -situations et leur individualité.** Il est alors pour nous impensable de |
|
| 524 | -soutenir des organisations qui ne prennent pas en compte cette réalité. |
|
| 525 | -Cette différence est peut-être anodine pour d'autres organisation mais |
|
| 526 | -cruciale pour nous. Elle définit notre stratégie politique : nous |
|
| 527 | -refusons que la lutte contre toutes les oppressions puisse être portée |
|
| 528 | -par une organisation qui en minimise certaines par soucis d' « |
|
| 529 | -efficacité » [^23]. |
|
| 530 | - |
|
| 531 | -**La FA fédère les collectifs anarchistes, leurs moyens et leurs |
|
| 532 | -besoins.** Les besoins des collectifs s'expriment de la même manière que |
|
| 533 | -ceux des individus. Etant donné que la FA sert l'individu et non une |
|
| 534 | -tendance portée par un collectif, alors l'expression d'une idée portée |
|
| 535 | -par un collectif se mêle avec celle des individus. En fait, la FA est un |
|
| 536 | -outil, elle ne permet pas d'imposer un rapport de force d'un individu |
|
| 537 | -sur un collectif, et vice-versa. Enfin, les moyens apportés par les |
|
| 538 | -collectifs et les individus se partagent en fonction de ces mêmes |
|
| 539 | -collectifs et individus. |
|
| 540 | - |
|
| 541 | -La liberté d'expression des individus et leurs collectifs est alors |
|
| 542 | -étendue à ses mêmes individus et collectifs. |
|
| 543 | - |
|
| 544 | - |
|
| 545 | - |
|
| 546 | -<p align="center"> |
|
| 547 | -<img src="media/images/intersectionnalité_FA.png" style="background-color: transparent;" width = 800> |
|
| 548 | -</p> |
|
| 549 | - |
|
| 550 | - |
|
| 551 | - |
|
| 552 | -** ** |
|
| 553 | - |
|
| 554 | -## La Synthèse anarchiste comme engrenage |
|
| 555 | - |
|
| 556 | -### Coopération des tendances anarchistes à la fédération |
|
| 557 | - |
|
| 558 | -** ** |
|
| 559 | - |
|
| 560 | -<p align="center"> |
|
| 561 | -<img src="media/images/Intersec_FA_neg.png" style="background-color: transparent;" width = 400> |
|
| 562 | -</p> |
|
| 563 | - |
|
| 564 | -L'action de la Fédération anarchiste est basée avant tout sur la défense |
|
| 565 | -des exploités et sur leurs revendications révolutionnaires ; mais sans |
|
| 566 | -que soit perdu de vue le fait que ce sont à la fois les classes et les |
|
| 567 | -positions d'esprit qui s'opposent à l'anarchie. Cette action est menée |
|
| 568 | -sur tous les plans de l'activité humaine, selon les vues et les moyens |
|
| 569 | -de chaque tendance. Pour cette raison, la Fédération anarchiste |
|
| 570 | -reconnaît: |
|
| 571 | - |
|
| 572 | -- La possibilité et la nécessité de l'existence de toutes les tendances |
|
| 573 | - libertaires au sein de l'organisation. |
|
| 574 | - L'autonomie de chaque groupe. |
|
| 575 | - |
|
| 576 | -- La responsabilité personnelle et non collective. |
|
| 577 | - |
|
| 578 | -- L'organe du mouvement, le Monde Libertaire, ne peut être l'organe |
|
| 579 | - d'une seule tendance ; celles-ci ont donc toute possibilité d'éditer |
|
| 580 | - des organes particuliers, avec l'assurance que l'organe du mouvement |
|
| 581 | - leur accordera toute publicité, ainsi d'ailleurs qu'à toute activité |
|
| 582 | - s'exerçant dans le cadre de la culture, de la recherche, de l'action |
|
| 583 | - ou de la propagande anarchiste. |
|
| 584 | - |
|
| 585 | -- Des relations cordiales, compréhensives, avec les mouvements allant |
|
| 586 | - dans le sens anarchiste sur un point particulier. |
|
| 587 | - |
|
| 588 | -- La révocabilité des secrétaires et mandatés. |
|
| 589 | - |
|
| 590 | -Enfin, lorsqu'une tendance engage une action, dès que cette action n'est |
|
| 591 | -pas contraire aux idées de base de l'anarchisme, les autres tendances, |
|
| 592 | -si elles ne sont pas d'accord pour participer à cette action, observent |
|
| 593 | -à son égard une abstention amicale. |
|
| 594 | - |
|
| 595 | -La critique de cette action demeure libre après l'événement. Les groupes |
|
| 596 | -ont la faculté de se donner l'orientation de leur choix : |
|
| 597 | -anarcho-syndicalisme, communiste-anarchiste, néo-malthusienne, |
|
| 598 | -anarcho-pacifiste... Ils ont naturellement la possibilité de cumuler |
|
| 599 | -toutes ces tendances ou de ne se déclarer d'aucune. Des régions peuvent |
|
| 600 | -être formées et ne peuvent être que sur l'initiative des groupes les |
|
| 601 | -composants, le Comité des Relations ne pouvant apporter que des |
|
| 602 | -suggestions dans ce domaine. |
|
| 603 | - |
|
| 604 | - |
|
| 605 | -### Croisement de l’intersectionnalité et de la synthèse |
|
| 606 | - |
|
| 607 | -** ** |
|
| 608 | - |
|
| 609 | -<p align="center"> |
|
| 610 | -<img src="media/images/Intersec_FA_1_neg.png" style="background-color: transparent;" width = 400> |
|
| 611 | -</p> |
|
| 612 | - |
|
| 613 | -Les deux rouages ne peuvent qu'être liés. L'intersectionnalité repose |
|
| 614 | -sur l'horizontalité des idées et la synthèse, en quelque sorte, sur |
|
| 615 | -l'horizontalité des moyens d'actions. Le féminisme, comme l'écologie |
|
| 616 | -radicale, **ont créé des organisations horizontales, intersectionnelles, |
|
| 617 | -illégales et autonomes comptant des milliers de membres**, comme quoi |
|
| 618 | -les concepts de l'anarchisme ne sont pas morts. Bien au contraire, ces |
|
| 619 | -concepts sont partout. Alors pour contre-carré la venue et |
|
| 620 | -l'implantation de mouvements de types maoïstes dans l'ensemble des |
|
| 621 | -luttes, nous devons réorganiser nos façons de procéder. |
|
| 622 | - |
|
| 623 | -**L'organisation synthétiste** de la FA fédère : |
|
| 624 | - |
|
| 625 | -- **Les individus et de la même manière leurs luttes** |
|
| 626 | - |
|
| 627 | -- **Les collectifs anarchistes, leurs moyens et leurs besoins** |
|
| 628 | - |
|
| 629 | -**L'intersectionnalité** c'est le croisement : |
|
| 630 | - |
|
| 631 | -- **D'oppressions impactant les individus différemment selon leurs |
|
| 632 | - situations et leur individualité** |
|
| 633 | - |
|
| 634 | -- **Des luttes et des idées du point de vue de l'individu dépendamment |
|
| 635 | - de son vécu et ses expériences** |
|
| 636 | - |
|
| 637 | -La coopération des individus dans une **structure synthétiste** et |
|
| 638 | -**intersectionnelle** permet alors que : |
|
| 639 | - |
|
| 640 | -- **La liberté d'expression des individus et leurs collectifs soit |
|
| 641 | - étendue à ses mêmes individus et collectifs.** |
|
| 642 | - |
|
| 643 | -- **Les moyens d'actions des individus et leurs collectifs soient |
|
| 644 | - étendus à ses mêmes individus et collectifs.** |
|
| 645 | - |
|
| 646 | -- **L'individu puisse exprimer ses tendances, ses luttes et ses idées** |
|
| 647 | - |
|
| 648 | -- **Les individus ne soient pas hiérarchisé.es** |
|
| 649 | - |
|
| 650 | -- **Les oppressions subies par ses mêmes individus, et les luttes en |
|
| 651 | - découlant, ne soient pas hiérarchisées** |
|
| 652 | - |
|
| 653 | -Pour nous, une structure ne répondant pas à ces derniers points peut |
|
| 654 | -difficilement se qualifier d'anarchiste. **Aucune raison ne peut exister |
|
| 655 | -pour catégoriser des individus et restreindre leur liberté. Comme aucune |
|
| 656 | -raison ne devrait amener une organisation anarchiste à ignorer |
|
| 657 | -l'existence d'oppressions subies par ses membres** [^24]. Surtout pour |
|
| 658 | -des soucis de pseudo « efficacité ». Le changement de société se fera |
|
| 659 | -par la lutte contre toutes les oppressions. Pour qu'aucune de ces |
|
| 660 | -oppressions ne puissent vivre dans notre structure, et dans notre futur. |
|
| 661 | - |
|
| 662 | -Nous rappelons que le dicton « a chacun.es selon ses besoins, a |
|
| 663 | -chacun.es selon ses moyens » n'a de sens que si chaque individu à la |
|
| 664 | -liberté d'agir **selon ses moyens** -- ses possibles handicap et |
|
| 665 | -capacités fluctuantes -- **et selon ses besoins** -- ses luttes |
|
| 666 | -personnelles, ses désirs et ses volontés. |
|
| 667 | - |
|
| 668 | -**Enfin, sans la prise en compte égale de toutes les tendances propres |
|
| 669 | -aux individus** [^25], **la synthèse anarchiste ne peut être complète**. |
|
| 670 | -La synthèse anarchiste est intersectionnelle par définition car elle |
|
| 671 | -n'impose pas de plan politique strict mais une coopération des tendances |
|
| 672 | -propres aux anarchistes. Evidemment, nous ne pouvons pas définir la |
|
| 673 | -société de demain mais nous pouvons, autant que faire se peut, établir |
|
| 674 | -notre organisation. Aujourd'hui nous choisissons alors une Fédération |
|
| 675 | -qui sert les individus et tous.tes les opprimé.es. |
|
| 676 | - |
|
| 677 | -<p align="center"> |
|
| 678 | -<img src="media/images/Logo_vectorized_resized.png" style="background-color: transparent;" width = 30> |
|
| 679 | -</p> |
|
| 680 | - |
|
| 681 | -Pour que demain**, les individus puissent se retrouver autour de |
|
| 682 | -méthodes rôdées et émancipatrices au possible.** |
|
| 683 | - |
|
| 684 | -Pour que demain, **le résultat de nos révoltes soit le moins flou |
|
| 685 | -possible.** |
|
| 686 | - |
|
| 687 | -Pour que demain, **nous évitions les erreurs du passé au possible.** |
|
| 688 | - |
|
| 689 | -Pour que demain, **aucune organisation ne puisse nous manipuler et nous |
|
| 690 | -fusiller.** |
|
| 691 | - |
|
| 692 | -Pour que demain, **l'avenir soit à la liberté et non à la dictature.** |
|
| 693 | - |
|
| 694 | - |
|
| 695 | -<p align="center"> |
|
| 696 | -<img src="media/images/Logo_vectorized_resized.png" style="background-color: transparent;" width = 30> |
|
| 697 | -</p> |
|
| 698 | - |
|
| 699 | -** ** |
|
| 700 | - |
|
| 701 | -# References |
|
| 702 | - |
|
| 703 | -[^1]: Docteure en sociologie, licenciée en communication sociale et |
|
| 704 | - titulaire d\'un diplôme de troisième cycle en études des pays en |
|
| 705 | - développement (UCL). |
|
| 706 | - |
|
| 707 | -[^2]: Jacques Ion est sociologue, directeur de recherches au CNRS, |
|
| 708 | - membre du Centre de recherches et d\'études sociologiques appliquées |
|
| 709 | - de la Loire (Crésal). |
|
| 710 | - |
|
| 711 | -[^3]: Si l'opinion ne souhaite pas l'oppression d'une |
|
| 712 | - identité/minorité/classe/communautés etc. |
|
| 713 | - |
|
| 714 | -[^4]: J'entends ici l'expression de désirs de changement de société dans |
|
| 715 | - une optique anarchiste. Un changement sans idées au-dessus des |
|
| 716 | - autres ou bien d'organisations au-dessus des individus. |
|
| 717 | - |
|
| 718 | -[^5]: Du travail du sexe à l'existence de communautés sociales diverses. |
|
| 719 | - En excluant toutes les pratiques qui sont |
|
| 720 | - considérées aliénantes et autoritaires (la religion ou des |
|
| 721 | - communautés autoritaires) imposant des réalités ou des |
|
| 722 | - fonctionnements à des personnes ne les pratiquant pas. |
|
| 723 | - |
|
| 724 | -[^6]: Petite précision, ici n'est pas de dire que les situations |
|
| 725 | - « dangereuses » ne peuvent et ne doivent pas exister. Mais qu'il |
|
| 726 | - n'est pas viable de cultiver le sacrifice des militant.es dans des |
|
| 727 | - causes données et de ne pas donner leur donner le choix. |
|
| 728 | - |
|
| 729 | -[^7]: A l'image des groupes antifascistes qui ne propose que le combat |
|
| 730 | - physique ou bien l'entrainement militaire comme activités. Leur |
|
| 731 | - existence étant limitée en nombre, les antifascistes qui |
|
| 732 | - souhaiteraient faire autrement se retrouvent isolé.es |
|
| 733 | - |
|
| 734 | -[^8]: Traduit de l'italien et présenté par Frank Mintz. |
|
| 735 | - |
|
| 736 | -[^9]: Car il a vécu avant les deux guerres mondiales mais aussi après la |
|
| 737 | - première. |
|
| 738 | - |
|
| 739 | -[^10]: Il exprime son point de vue sur cette question au congrès |
|
| 740 | - international anarchiste d\'Amsterdam en 1907 |
|
| 741 | - |
|
| 742 | -[^11]: Nos désirs personnels et collectifs soient comblés sans qu'une |
|
| 743 | - autorité domine, que des individus soient ignorées ou bien que des |
|
| 744 | - massacres prennent place pour imposer un autoritarisme. |
|
| 745 | - |
|
| 746 | -[^12]: J'aurai aimé écrire désordres. |
|
| 747 | - |
|
| 748 | -[^13]: L'Encyclopédie Anarchiste -- M -- Voline, Vsevolod Mikhaïlovitch |
|
| 749 | - Eichenbaum (en russe : Всеволод Михайлович Эйхенбаум) dit Voline |
|
| 750 | - (Волин), né le 11 août 1882 à Voronej (Empire russe) et mort le 18 |
|
| 751 | - septembre 1945 à Paris, est un poète et militant libertaire russe, |
|
| 752 | - théoricien de la synthèse anarchiste. |
|
| 753 | - |
|
| 754 | -[^14]: Autrement dit, nous ne souhaitons pas attendre la révolution pour |
|
| 755 | - mettre en place l'alternative sociale. |
|
| 756 | - |
|
| 757 | -[^15]: ARCHIES. (du grec arché). Cette terminaison désigne les |
|
| 758 | - différents pouvoirs qui exercent dans la société l'autorité et le |
|
| 759 | - commandement, pouvoirs néfastes à tous les points de vue, incapables |
|
| 760 | - d'assurer l'ordre véritable, qu'il s'agisse de la monarchie (monos, |
|
| 761 | - un seul), pouvoir laissé à l'arbitraire d'un individu, ou de |
|
| 762 | - l'oligarchie (oligos, peu nombreux), pouvoir d'une clique (une |
|
| 763 | - olig-archie d'hommes d'affaires, de politiciens, de guerriers, |
|
| 764 | - etc..., asservissant le monde à ses caprices, --- cent tyrans au |
|
| 765 | - lieu d'un), ou de toutes les archies passées, présentes et futures |
|
| 766 | - |
|
| 767 | -[^16]: L'Encyclopédie Anarchiste -- M -- E.Armand, E. Armand (et non |
|
| 768 | - Émile), né le 26 mars 1872 dans le 11e arrondissement de Paris et |
|
| 769 | - mort le 19 février 1962 à Rouen, est le pseudonyme de Lucien Ernest |
|
| 770 | - Juin, un militant libertaire individualiste, antimilitariste et |
|
| 771 | - défenseur acharné de la liberté sexuelle. |
|
| 772 | - |
|
| 773 | -[^17]: Nous pourions dire que l'impact existe mais qu'il reste hasardeux |
|
| 774 | - et très moral. Une personne végétarienne ne va pas affronté les |
|
| 775 | - abatoirs directement. Dans l'absence d'engagement dans des |
|
| 776 | - collectifs et des mouvements, cette activité n'a pas d'effet sur |
|
| 777 | - l'individu mise à part sur sa bonne conscience\... |
|
| 778 | - |
|
| 779 | -[^18]: L'Encyclopédie Anarchiste --- I --- Individualisme (Mon)--- A. |
|
| 780 | - Lapeyre,Justin Aristide Lapeyre, né le 31 janvier 1899 à Monguilhem |
|
| 781 | - (Gers) et mort le 23 mars 1974 à Bordeaux (Gironde), est un militant |
|
| 782 | - libertaire, anarcho-syndicaliste, libre-penseur, anticlérical, |
|
| 783 | - pacifiste, pro-avortement et antimilitariste. |
|
| 784 | - |
|
| 785 | -[^19]: L'inverse serait qu'elle puisse porter et imposer des points de |
|
| 786 | - vue aux individus. A l'image d'un Parti politique. |
|
| 787 | - |
|
| 788 | -[^20]: Les motions de congrès permettent la visibilité de luttes |
|
| 789 | - actuelles diverses. Leurs intentions diffèrent en fonction des |
|
| 790 | - discussions qui ont lieu au congrès tous les ans. Elles donnent les |
|
| 791 | - lignes politiques actuelles de l'organisation. |
|
| 792 | - |
|
| 793 | -[^21]: On entend par rapport de force une relation de conflit entre |
|
| 794 | - plusieurs parties qui opposent leurs pouvoirs, ou en un sens plus |
|
| 795 | - littéral leurs forces, que cette force soit physique, psychique, |
|
| 796 | - économique, politique, religieuse, militaire. Ces rapports de force |
|
| 797 | - amènent l'étranglement de certaines opinions pour en valoriser |
|
| 798 | - d'autres. On retrouve souvent dans les organisations des militant.es |
|
| 799 | - plus connu.es que d'autres qui permettent, par leur charisme ou leur |
|
| 800 | - ancienneté, de faire taire l'opposition sans réels débats. Autre |
|
| 801 | - exemple, des militant.es qui préparent des débats qu'iels savent |
|
| 802 | - pouvoir guider pour obtenir un résultat planifié. |
|
| 803 | - |
|
| 804 | -[^22]: Il est plus que probable d'être qualifié.e de petit.es |
|
| 805 | - bourgeois.es lorsque l'expression de son identité dérange le « |
|
| 806 | - collectif » et son fonctionnement. Le monde militant regorge de |
|
| 807 | - trous duc qui, pour satisfaire leurs petites personnes et pseudo |
|
| 808 | - appartenance à la classe prolétaire, lâchent des citations à |
|
| 809 | - l'emporte-pièce, l'un.e « n'arrêtera pas de manger de la viande » ou |
|
| 810 | - l'autre « ne supporte pas la non-mixité ». |
|
| 811 | - |
|
| 812 | -[^23]: Beaucoup d'organisations prônent l'efficacité de leur existence |
|
| 813 | - lorsqu'elles maximisent une activité donnée. Alors lorsqu'un |
|
| 814 | - désaccord majeur apparait, seule une scission peut résoudre le |
|
| 815 | - problème. Les deux parties qui en résulteront se revendiquent alors |
|
| 816 | - toutes deux efficaces, malgré l'évident disfonctionnement de la |
|
| 817 | - méthode et de leur inhabilité à se remettre en question. |
|
| 818 | - |
|
| 819 | -[^24]: Nous pointons alors du doigt l'UCL, la CGA et autres |
|
| 820 | - organisations qui réduisent leur existence à la mise en place d'un |
|
| 821 | - fonctionnement avant-gardiste, bureaucratique et rigide. En témoigne |
|
| 822 | - toutes les récentes scissions, causées par des combats internes sur |
|
| 823 | - l'existence ou non d'oppressions et de luttes... |
|
| 824 | - |
|
| 825 | -[^25]: On parle ici de toutes les luttes comprises dans |
|
| 826 | - l\'intersectionnalité en dehors du mutuelisme, de |
|
| 827 | - l'anarcho-communisme, du collectivisme etc. |
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| ... | ... | Binary files /dev/null and b/static/docpdf/Special_Avril_2025_6_avril.pdf differ |
webpages/ourarticles/Abraham Guillen.md
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| 1 | +--- |
|
| 2 | +title: Abraham Guillén |
|
| 3 | +--- |
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| 4 | + |
|
| 5 | +# Abraham Guillén : Anarcho-marxisme, théorie de la guérilla et socialisme de marché |
|
| 6 | + |
|
| 7 | +« A warhead nutjob mutualist » |
|
| 8 | + |
|
| 9 | +C’est en l’affublant de ce doux épithète volontairement humoristique (et relativement intraduisible en français… « mutuelliste cinglé et belliqueux » ?) qu’un.e ami.e italien.ne a piqué ma curiosité en me faisant découvrir Abraham Guillén, un théoricien socialiste d’Amérique latine. |
|
| 10 | + |
|
| 11 | +Guillén était un « anarcho-marxiste ». Très prolifique (il écrit une quarantaine de livres), son apport le plus notable est son étude de la guérilla. Après Mai 68, sa théorie de la guérilla peut être considérée à un certain degré comme proto-autonomiste. Guillén est un stratège remarquable et un analyste compétent des luttes de libération, ayant compris une partie du tournant des luttes dans la seconde moitié du XXème siècle. |
|
| 12 | + |
|
| 13 | +Son originalité provient aussi du fait qu’il était économiste, et considérait que l’alternative pratique à la planification centralisée soviétique était une forme de socialisme de marché. |
|
| 14 | + |
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| 15 | +Malgré un certain renom, peu de ses travaux ont été traduits en français, et uniquement une portion l’a été en anglais. |
|
| 16 | + |
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| 17 | +## Courte biographie |
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| 18 | + |
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| 19 | +Abraham Guillén naît en 1913 en Espagne. Il rejoint la FIJL (la formation de jeunesse de la CNT) puis la CNT-FAI. Durant la guerre d’Espagne, il se bat dans la colonne Rosal. |
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| 20 | + |
|
| 21 | +Il connaît la théorie marxiste et il est favorable à une alliance avec le POUM ; il accuse toutefois ce dernier parti de ne pas être réellement marxiste par son rejet du syndicalisme. Il critique également la hiérarchie de la CNT et sa trahison des bases, ayant enterré la révolution sociale au profit de l’alliance avec la république. |
|
| 22 | + |
|
| 23 | +Il est condamné à mort par le régime franquiste à la fin de la guerre civile, mais sa peine est ensuite commuée en 20 ans de prison. Il s’enfuit de prison en 1945 et part en exil en Argentine, où il s’occupe de théorie économique. Il se montre critique de l’URSS mais dans les années 50 le modèle socialiste chinois semble retenir son attention, et paraît un temps s’éloigner de l’anarchisme au profit du « *néomarxisme* », une interprétation libertaire de la théorie de Marx. |
|
| 24 | + |
|
| 25 | +Il est arrêté au tout début des années 60, accusé d’entretenir des liens avec les *Uturuncos*, une guérilla péroniste du nord de l’Argentine qui combattait la dictature de la *Révolution Libératrice*; après un court emprisonnement, il obtient l’asile politique en Uruguay. Il noue des liens avec la FAU (Fédération Anarchiste Uruguayenne) et l’OPR-33 (Organisation Populaire Révolutionnaire), sa branche militante. Contrairement à d’autres mouvements de lutte et de guérilla en Amérique Latine à cette époque, l’OPR-33 s’allie au syndicalisme et aux « masses » plutôt que de s’en isoler. |
|
| 26 | + |
|
| 27 | +Guillén été un « mentor » des *Tupamaros*, une guérilla uruguayenne marxiste-léniniste. Cependant il faut noter que Guillén dans ses écrits critique très régulièrement leurs méthodes en les comparant à celles de l’OPR-33, et n’est pas marxiste-léniniste. Mais c’est justement en réaction à ses critiques que les *Tupamaros* infléchissent leur tactique. La tactique urbaine des *Tupamaros* servira ensuite d’inspiration à des groupes comme les *Black Panthers* ou les *Weathermen* aux USA. |
|
| 28 | + |
|
| 29 | +Sa théorie de la guérilla, qu’il écrit durant les années 60, se montre cependant très influente en Amérique Latine. Le cœur de cette théorie résidait dans une critique des méthodes guévaristes, du *focoismo*, qui privilégie les petits groupes armés clandestins agissant dans les montagnes. Guillén rejette l’idée guévariste selon laquelle un pays n’abritant pas de terrain accidenté, comme l’Uruguay, est impropre à la formation d’une guérilla. En étant l’un des premiers théoriciens de la « *guérilla urbaine* », Guillén cherche à démanteler la vision guévariste et par extension marxiste-léniniste de la lutte, faite de groupes de révolutionnaires professionnels isolés des masses. Guillén rencontre par ailleurs le Che, mais leur discussion se termine très rapidement en dispute. |
|
| 30 | + |
|
| 31 | +Abraham Guillén remet l’accent sur l’anarchisme à partir de la moitié des années 60, et tout particulièrement après Mai 68 à Paris et dans le monde ; notamment le fédéralisme et l’action directe. Il s’intéresse également au modèle Yougoslave de l’autogestion et du socialisme de marché. |
|
| 32 | + |
|
| 33 | +La figure centrale de l’anarchisme pour Guillén est Bakounine, dont il considère la théorie comme nécessaire pour pallier aux déficiences du marxisme. La critique bakouninienne de la technobureaucratie est importante à ses yeux ; ainsi que son appel à l’action directe. |
|
| 34 | + |
|
| 35 | +Guillén considère aussi l’anarchisme comme une théorie plus adaptée aux luttes dans les pays moins développés, en opposition à un marxisme orthodoxe qui laisse entendre que la Révolution doit provenir du cœur de l’Empire, des pays plus développés. Guillén, lui, souscrit à la théorie de la *Révolution Continentale* : en Amérique, la révolution doit provenir du Sud, privant les US de leur pré gardé. La dégénérescence de l’impérialisme seule permettra ensuite l’exportation de la révolution jusqu’au cœur de l’Empire, jusqu’aux US. |
|
| 36 | + |
|
| 37 | +Guillén continue cependant de s’appuyer sur la théorie marxiste, notamment sa théorie de l’exploitation et le matérialisme historique. Il pense même que les bolcheviques, en opposition au marxisme social-démocrate, avaient incorporé une facette anarchiste (en même temps que blanquiste), du moins avant la solidification de l’état soviétique. |
|
| 38 | + |
|
| 39 | +Ses derniers écrits, de la fin des années 80, portent notamment sur la théorie économique de l’autogestion et du socialisme de marché. |
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| 40 | + |
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| 41 | +## Guillén : Stratégie de la guérilla urbaine |
|
| 42 | + |
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| 43 | +« *Quand j'ai publié « Stratégie de guérilla urbaine », les « Tupamaros » ont vu une lumière, puisque je disais que les « forêts de ciment sont plus sûres que les forêts d'arbres* » ; [interview d’Abraham Guillén en 1978](https://alterautogestion.blogspot.com/2012/07/entretien-avec-abraham-guillen.html). |
|
| 44 | + |
|
| 45 | + |
|
| 46 | +Guillén s’attelle à sa théorisation de la lutte durant les années 60. Son premier ouvrage notable dans ce domaine est sa *Théorie de la violence : guerre et lutte de classe*, publié en 1965. Mais son principal livre est la *Stratégie de la Guérilla Urbaine*, publiée en 1966 ; ses influences sont multiples : son expérience de la CNT-FAI, de l’OPR-33 et son étude des révoltes de Mai 68 guident notamment son analyse. Il publiera ensuite en 1969 un troisième traité notable, *Challenge au Pentagone*. Des extraits de ces travaux et le texte complet de Stratégie de la guérilla urbaine et Challenge au Pentagone sont consultables en anglais dans [*Philosophy of the Urban Guerilla*](https://archive.org/details/philosophy-of-the-urban-guerrilla-the-revolutionary-writings-of-abraham-guillen-). |
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| 47 | + |
|
| 48 | +Un autre de ses textes, où il développe plus le caractère militaire d’une guérilla et dont le propos est moins abordé ici, [*Dialectique de la Guérilla*](https://le-cafe-anarchiste.info/la-dialectique-de-la-guerre-abraham-guillen/), a été traduit en français. |
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| 49 | + |
|
| 50 | +### La ville comme centre subversif |
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| 51 | + |
|
| 52 | +Le sens du « *guillénisme* » est avant tout celui d’une réponse au guévarisme et à la stratégie des focos, la formation de groupes clandestins en campagne et dans les montagnes, visant à s’appuyer sur les masses paysannes et cherchant à encercler les villes. |
|
| 53 | + |
|
| 54 | +Pour Guillén, la stratégie guévariste commet l’erreur de considérer que l’action militaire peut créer ex-nihilo des révolutions. Guillén insiste au contraire que plutôt qu’un terrain favorable, ce qu’il faut se constituer est un soutien populaire réel, notamment au sens des masses. Les *objectifs militaires* doivent être subordonnés aux buts politiques. |
|
| 55 | + |
|
| 56 | +Et c’est au sein des villes que se trouvent les masses dotées d’un potentiel révolutionnaire. Le capitalisme a concentré le prolétariat en zone urbaine, ainsi que les sans emplois, les étudiants. Le centre d’opération doit donc être les plus grandes villes. |
|
| 57 | + |
|
| 58 | +Plutôt que le contrôle du maquis et l’encerclement des villes, Guillén propose l’action urbaine et à partir de ce point la subversion des campagnes. Il reconnaît toutefois que la stratégie doit s’adapter au contexte du pays et des régions, selon la prévalence ou non d’une population rurale ou urbaine. Dans une Amérique Latine ayant connue une urbanisation très tôt dans son histoire, la part de population urbaine force à reconnaître au moins la nécessité d’une alliance entre campagne et mouvements urbains, et que toute politique révolutionnaire doit laisser une place aux revendications paysannes, notamment les réformes agraires. |
|
| 59 | + |
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| 60 | +### Le temps et l’espace |
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| 61 | + |
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| 62 | +Dans la résistance, dans la lutte, dans la *guerre de libération*, le camps qui gagne n’est pas, n’est plus, celui qui triomphe par les armes, mais celui qui tient le plus longtemps ; moralement, politiquement, économiquement. |
|
| 63 | + |
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| 64 | +« *Une armée prétorienne qui oppresse et colonise sa propre population n’atteindra jamais la victoire mais bien plutôt sa défaite définitive et écrasante, en étant forcée de s’engager dans des petites batailles, à être démoralisée par le facteur temporel, et forcée à frapper dans le vide par l’emploi stratégique et rationnel de l’espace par la guérilla* ». |
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| 65 | + |
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| 66 | +L’emploi de l’espace consiste à se regrouper momentanément en des points faibles du dispositif impérial et se disperser ensuite, dans la ville, dans la foule, ou dans les mouvements. |
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| 67 | + |
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| 68 | +Organiser un *foco* isolé de la population limite le soutien qu’il peut obtenir, et surtout le rend très vulnérable à des campagnes d’encerclement. Dans le cadre des guérillas, des luttes armées d’Amérique latine, Guillén souligne comment les actions dans les campagnes rendaient les groupes vulnérables aux sièges, et même aux bombardements aériens, au napalm, à l’artillerie. En choisissant des tactiques conventionnelles, en se plaçant sur un plan strictement militaire, la guérilla s’expose à des attaques de nature conventionnelle et doit se plier à des lois qui la défavorise, tandis que les armées régulières sont des expertes de ce type de manœuvres. |
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| 70 | +La lutte ne doit pas se rattacher au territoire, elle doit être partout et nulle part. |
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| 72 | +« *Stratégiquement, une petite armée de guérilla doit opérer en vue de créer les conditions pour une insurrection de masse sans engager les forces populaires dans une bataille initiale, sans se rattacher à un espace donné (barricades urbaines), sans créer de camps de montagne fixes (aussi longtemps qu’elle est faible dans l’espace elle doit savoir comment durer dans le temps)* ». |
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| 74 | +Guillén préconise des actions surprises, perpétrées par des groupes mobiles qui surgissent des masses ou du mouvement, créent une supériorité locale momentanée, avant de disparaître pour laisser les forces de la répression frapper dans le vide. |
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| 76 | +Ces petites opérations ne doivent pas être faites pour saisir des objectifs physiques, mais doivent chercher à encourager l’esprit révolutionnaire de la population, et gagner du temps. |
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| 78 | +En somme, il faut pour la guérilla garder l’initiative, démoraliser l’adversaire, éviter l’affrontement, se montrer flexible et changer ses plans d’opération, grignoter l’ennemi, le paralyser stratégiquement, l’humilier, égratigner son image auprès de la population, faire des actions surprises pour encercler et annihiler l’empire là où il est vulnérable puis se disperser. |
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| 80 | +### L’action directe à travers les mouvements |
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| 82 | +Une masse subversive, un mouvement plus large peut toutefois effectivement occuper du terrain, élever des barricades. Mais ces actions ne visent pas ou doivent éviter à obtenir une permanence dans le temps. En outre, les militants ne doivent pas s’y limiter, ils doivent rester mobiles dans le temps et l’espace pour multiplier les angles d’approche. |
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| 84 | +Le militant anonyme, à la fois distinct du mouvement dans son action, et lié au mouvement en en sortant et en s’y dispersant, agit sur un « *front mobile* ». Son rôle n’est pas l’occupation de terrain, cela devrait être le rôle d’un mouvement qui aurait atteint une radicalité et une masse critique. Les guérilleros ne doivent pas établir leur propre infrastructure (mais peuvent sans doute se reposer sur celle du mouvement). |
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| 85 | + |
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| 86 | +Toute action doit être subordonnée aux objectifs politiques du mouvement en général. Pour Guillén, si les actions radicales perpétrées par les militants ou la guérilla sont couronnées de succès et qu’ils parviennent à maintenir leurs liens avec le mouvement ; les plus modérés seront nombreux à être convaincus de l’efficacité réelle des actions militantes. Guillén prend les actions de l’OPR-33 comme des exemples éclatant d’efficacité, en employant des méthodes variées pour faire une pression personnelle sur le patronat et ses agents lors des grèves d’une façon bien plus efficace que la simple cessation de travail ne l’est. Guillén ici se place entre autres dans la lignée du syndicalisme d’action directe que défendaient les anarchistes des bourses du travail en France. |
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| 87 | + |
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| 88 | +Contrairement au Che, Guillén voit un intérêt et un potentiel révolutionnaire dans les grèves, dans les revendications de libertés par les mouvements ouvriers, pour la démocratisation des régimes, ou pour la libération d’un héro populaire. |
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| 90 | +Il cite Mai 68 comme un exemple, avec les occupations d’usine, l’alliance entre le prolétariat et les étudiants, les manifestations ; toutes ces actions ont un potentiel plus important que de se retirer dans un foco dans les montagnes. Pour Guillén le foquismo n’est rien de plus qu’une stratégie d’étudiants qui agissent séparés des travailleurs. |
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| 92 | +« *Le foquismo (…) n’est bon qu’à empiler les cadavres et donner des victoires faciles aux généraux de la répression, entraînés par le Pentagone* ». |
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| 94 | +Toutes ces actions temporaires et tactiques sont valables à condition qu’une vision stratégique révolutionnaire est conservée. |
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| 96 | +Vivre séparément, Lutter ensemble |
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| 98 | +Le militant ne doit donc pas être extérieur au mouvement, il est préférable qu’il existe en son sein, en fait partie. Guillén encourage la dispersion géographique des militants dans la ville et la compartimentation ; il ne semble pas mettre l’accent sur la notion de réseau plutôt que de groupe, mais c’est une conclusion logique qu’un lecteur pourrait tirer de son ouvrage. |
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| 100 | +Il rejette la pratique des Tupamaros qui créaient des caches et habitaient collectivement dans des maisons et appartements, ainsi faciles à identifier et surveiller. Il préconise aussi la diversité de l’approvisionnement ; la décentralisation et la redondance sont préférables. |
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| 102 | +Une infrastructure lourde crée des traces que le militant doit éviter de produire. En outre, l’infrastructure lourde est non seulement une erreur tactique, elle est aussi une erreur logistique et économique. L’infrastructure étant de la propriété, détenir de l’infrastructure c’est créer des propriétaires ou même de tomber à la merci de propriétaires, un problème auquel les Tupamaros eurent à faire face. Et entretenir une infrastructure trop lourde est une perte de temps et de capitaux que des agents autres que l’État ne peuvent se permettre. |
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| 104 | +Les représailles comme tactique |
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| 106 | +Guillén est critique de la violence aveugle. |
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| 108 | +Il met l’accent sur les représailles comme stratégie centrale, permettant aux actions anonymes de facilement se justifier aux yeux du mouvement. Des actions qu’il faut laborieusement expliquer à la population ne valent rien. L’action doit être significative et convaincante en elle-même. Il faut agir avec l’intérêt et le sentiment du mouvement et de la population en tête, de façon rationnelle ; et les cibles doivent être soigneusement choisies. |
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| 110 | +Pour reprendre une expression employée par Tiqqun dont le texte « Ceci n’est pas un programme » rejoint une partie des thèses guillénistes, les actions doivent être invisibles pour l’Empire et visibles pour le mouvement. |
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| 112 | +« Rien n’est plus important que la conséquence politique de nos actions ; tout le reste est secondaire ; à l’image des généraux pour qui l’art de la guerre consiste à forcer l’ennemi à battre en retraite ». |
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| 114 | +Les actions coup de main, si elles sont efficaces pour résoudre des conflits sociaux, pousseront les gens vers les idées révolutionnaires plutôt que le syndicalisme modéré. Le syndicalisme d’action directe peut pousser aux occupations d’usine, la transformation de ces dernières en coopératives de production, entreprises autogérées… et préparer à l’avènement d’une société socialiste sans bureaucrates et capitalistes. |
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| 115 | + |
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| 116 | +Il est donc nécessaire que toute action soit proportionnelle ; la violence militante ne doit jamais dépasser celle déployée par l’État au risque de perdre le mouvement. C’est une chose que Guillén critique âprement chez les Tupamaros qui perdirent peu à peu le soutien des masses après une guérilla urbaine efficace, en employant une violence exacerbée, en ayant une ligne politique confuse, des demandes irréalistes ou peu judicieuses aux yeux de la population, en pratiquant la prise d’otage et le meurtre. Guillén critique la pseudo « justice populaire » exercée par les groupes armés qui se veulent juges et bourreaux. |
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| 117 | + |
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| 118 | +Ainsi, l’autodéfense est la notion qui prime chez Guillén, et en un sens l’éthique et la stratégie politique est une épine dorsale nécessaire pour le guérillero ou le militant. |
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| 120 | +Antiautoritarisme, fédéralisme |
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| 122 | +Guillén note que le centralisme organisationnel crée des vulnérabilités et est une cause de scissions |
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| 124 | +Les organisations de guérilla doivent également rejeter le despotisme interne. S’il faut des commandants, ils doivent être élus et délégués responsables et révocables ; en outre, il doit y avoir une rotation obligatoire des cadres. Guillén évoque l’exemple du général thébain Epaminondas, qui après deux années brillantes de campagne, redevint un soldat comme les autres. |
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| 129 | +« Les choses sont ainsi, si les guérillas urbaines allemandes et italiennes ne mobilisent pas la population à la base de leurs actions, si ces minorités armées ne convainquent pas les masses populaires désarmées, le triomphe de la révolution ne se produira pas ainsi. Il convient alors de se demander, à quoi sert la dramatisation de la lutte ? À moins qu’il ne soit question de déstabiliser un pays ou d’expulser du Pouvoir un parti pour qu’un autre prenne sa place (mais sera-t-il meilleur ou pire ?), pousser la violence à l’extrême ne se justifie pas, si on va à la chasse pour que d’autres chassent (…) Je n’ai pas beaucoup d’informations sur la guerre urbaine européenne, mais j’imagine qu’elle est détachée des mouvements syndicaux ouvriers, aujourd’hui réformistes (socialistes ou communistes), qui peuvent être mobilisés par ces guerilleros, pour accéder à un socialisme authentique. Lequel ? Comment ? Pour quand ? Avec quel programme ? C’est là que se trouve la faiblesse de la guérilla européenne. Quel est son message ? Comment résout-t-elle la crise de la société post-industrielle ? Si la politique est mauvaise, la stratégie ne peut jamais être bonne ; elle est mise en échec, non par lâcheté, mais par manque d’intelligence. » |
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| 130 | +~ Abraham Guillén au sujet de la RAF. |
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| 136 | +Principes d’Économie Libertaire |
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| 139 | +« Une économie inspirée par des principes fédéralistes et autogérées, avec un marché autogéré, peut être fonctionnelle et éviter la planification centralisée qui mène inévitablement à l’État totalitaire et bureaucratique, propriétaire de tous et tout (…) Dans un marché libéré des capitalistes et de la tutelle de l’État, ces lois auto-réguleront, presque cybernétiquement, le processus économique de production, échange, distribution et consommation ». |
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| 141 | +Les principes d’économie libertaire de Guillén sont un court texte publié en 1988 dans lequel il résume des idées qu’il explore dans plusieurs de ses autres ouvrages d’économie, dont l’un des principaux est « Socialisme autogestionnaire ». |
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| 143 | +Guillén rejette le modèle économique soviétique qu’il considère comme planiste, et critique le modèle à l’Ouest non pas en temps que système de libre marché mais comme « Western Welfare-Statism » (un providentialisme d’état occidental), défendu par des « socialistes de la cathédrale » (il emprunte ici l’expression de Bakounine) sociaux-démocrates dont la muse, qui était avant cela Marx, est désormais Keynes. La nouvelle forme du capitalisme, pour Guillén, est celle du capitalisme de monopole dominé par la classe technobureaucratique ; le modèle keynésien est celui de la croissance des taxes, l’inflation monétaire, le déficit, le chômage pour les bases. |
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| 144 | + |
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| 145 | +Il en tire une théorie donc d’un socialisme de marché et post-étatique. Comme nous l’avons mentionné auparavant, Guillén s’était d’ailleurs intéressé au modèle yougoslave. |
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| 147 | +Son socialisme essaye de coupler le libre marché avec l’autogestion généralisée. Il n’est toutefois pas exactement un mutuelliste ; il ne semble pas s’en revendiquer, et se distingue des incarnations individualistes du mutuellisme contemporain par diverses propositions ; il n’est pas individualiste en replaçant l’individu comme appartenant avant tout aux collectifs. Son influence marxiste est visible. |
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| 149 | +Il souhaite également le remplacement de l’argent par des chèques de travail et éviter l’accumulation de capital ; il est pourtant un défenseur dans un même temps de la concurrence sur le libre marché et du profit motive ; l’articulation entre ces deux n’est pas tout à fait explicitée dans son pamphlet. Il va même jusqu’à parler d’une « main invisible » du marché socialiste. En somme, le libre-marché du socialisme est un marché débarrassé de l’accumulation individuelle de richesse, de la spéculation, de la propriété privée capitaliste. La planification doit venir d’une mise en commun de richesse sociale : une formulation qui peut-être manque de clarté. |
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| 151 | +Il est très optimiste par rapport à l’apport technologique, voyant l’informatique comme un apport utile au marché socialiste, et voyant l’automatisation de la production comme un progrès nécessaire. Guillén espère qu’à terme le système économique atteindra éventuellement le communisme. |
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| 153 | +<center>⁂</center> |
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| 155 | +On serait tenté de qualifier la théorie économique de Guillén de « collectivisme de marché » anti-autoritaire ou anarchiste, puisque l’on ressent très clairement le caractère anarcho-syndicaliste de son cadre théorique, tout en étant en désaccord avec les thèses individualistes. |
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| 156 | + |
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| 157 | +Guillén était-il un « warhead nutjob mutualist » ? Évidemment non : il était un anarchiste social de marché, et surtout un stratège. |
webpages/ourarticles/Anarcha-Feminist Theory, Organization and Action 1970-1978.md
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| 2 | +title: Anarcha-Feminist Theory, Organization and Action 1970-1978 |
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| 5 | +*This article is a repost of a paper written by Julia Tanenbaum and published by pglavin16 on October 26, 2016. It's still accessible in [Institute for Anarchist Studies' archive](https://web.archive.org/web/20170711163641/https://anarchiststudies.org/2016/10/26/to-destroy-domination-in-all-its-forms-anarcha-feminist-theory-organization-and-action-1970-1978-by-julia-tanenbaum/)* |
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| 10 | +## To Destroy Domination in All Its Forms: Anarcha-Feminist Theory, Organization and Action 1970-1978, by Julia Tanenbaum |
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| 12 | +As anarchists look for genealogies of principles and praxis in a variety of social movements, from the anarcho-pacifists who spoke out against World War II to anarchists who joined the Black Power movement, so too should they look for their feminist foremothers, not only in the early 20th century anarchist movement but in the radical women’s movement of the 1970s. Many radical feminists shared anarchist goals such as ending domination, hierarchy, capitalism, gender roles, and interpersonal violence, and utilized and influenced the key anarchist organizational structure of the small leaderless affinity group. They grappled with the questions of how to balance autonomy and egalitarianism and create nonhierarchical organizations that also promoted personal growth and leadership. In 1974 Lynne Farrow wrote, “Feminism practices what anarchism preaches<a href="#footnotes" aria-describedby="footnote-label" id="footnotes-ref">[1]</a>.” |
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| 14 | +<img src="media/images/anafem/anafem1.jpg" class="center" width="200" style="background-color: transparent"> |
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| 16 | +Anarcha-feminism was at first created and defined by women who saw radical feminism itself as anarchistic. In 1970, during the rapid growth of small leaderless consciousness raising (CR) groups around the country, and a corresponding theory of radical feminism that opposed domination, some feminists, usually after discovering anarchism through the writings of Emma Goldman, observed the “intuitive anarchism” of the women’s liberation movement. Radical feminism emphasized the personal as political, what we would now call prefigurative politics, and a dedication to ending hierarchy and domination, both in theory and practice.2 CR groups functioned as the central organizational form of the radical feminist movement, and by extension the early anarcha-feminist movement. 3 Members shared their feelings and experiences and realized that their problems were political. The theories of patriarchy they developed explained what women initially saw as personal failures. Consciousness raising was not therapy, as liberal feminists and politicos frequently claimed; its purpose was social transformation not self-transformation.4 Radical feminist and anarchist theory and practice share remarkable similarities. In a 1972 article critiquing Rita Mae Brown’s calls for a lesbian party, anarchist working-class lesbian feminist Su Katz described how her anarchism came “directly out of” her feminism, and meant decentralization, teaching women to take care of one another, and smashing power relations, all of which were feminist values.5 Radical feminism attributed domination to the nuclear family structure, which they claimed treats children and women as property and teaches them to obey authority in all aspects of life, and to patriarchal hierarchical thought patterns that encouraged relationships of dominance and submission.6 To radical feminists and anarcha-feminists, the alternative to domination was sisterhood, which would replace hierarchy and the nuclear family with relationships based on autonomy and equality. A chant that appeared in a 1970 issue of a feminist newspaper read “We learn the joys of equality/Of relationships without dominance/Among sisters/We destroy domination in all its forms.”7 These relationships, structured around sisterhood, trust, and friendship, were of particular importance to the radical feminist vision of abolishing hierarchy. As radical feminist theologian Mary Daly wrote in 1973, “The development of sisterhood is a unique threat, for it is directed against the basic social and psychic model of hierarchy and domination.”8 Radical feminists opposed the “male domineering attitude” and “male hierarchical thought patterns,” and attempted to act as equals in relationships deeper than male friendships.9 |
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| 18 | +To feminists familiar with anarchism, the connections between both radical feminist and anarchist theory and practice were obvious. Anarchist feminism was essentially a step in self-conscious theoretical development, and anarcha-feminists believed that an explicit anarchist analysis, and knowledge of the history of anarchists who faced similar structural and theoretical obstacles, would help women overcome the coercion of elites and create groups structured to be accountable to their members but not hierarchical.10 They built an independent women’s movement and a feminist critique of anarchism, along with an anarchist critique of feminism. To anarcha-feminists, the women’s movement represented a new potential for anarchist revolution, for a movement to confront forms of domination and hierarchy, personal and political. Unlike Goldman, Voltaraine De Cleyre, the members of Mujeres Libres, and countless other female anarchists concerned with the status of women in the 19th and early 20th century, they became feminists before they became anarchists. Anarcha-feminists eventually merged into the anti-nuclear movement by the end of 1978, but not before contributing to crucial movement debates among both anarchists and feminists, building egalitarian, leaderless, and empowering alternative institutions, and altering US anarchism in theory and practice. |
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| 21 | +### A. Becoming Anarcha-Feminists |
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| 23 | +The term “anarchist-feminist,” later used interchangeably with anarcho-feminism and anarcha-feminism, first appeared in an August 1970 issue of the Berkeley-based movement newspaper, *It Ain’t Me Babe*. The newspaper published an editorial calling for “feminist anarchist revolution” next to an article about Emma Goldman. The collective did not synthesize a theory of anarcha-feminism, but rather explained how their anarchist beliefs related to the organizational structure of the paper, which they designed as an affinity group to encourage autonomy and discourage “power relationships or leader follower patterns.”11*It Ain’t Me Babe* exemplified the “intuitive anarchism” of the early women’s liberation movement. It’s masthead read “end all hierarchies” and the paper contained articles like Ellen Leo’s “Power Trips,” which exemplified the radical feminist tendency to oppose all forms of domination. Leo wrote in 1970, “The oppression of women is not an isolated phenomenon. It is but one of the many forms of domination in this society. It is a basic belief that one person or group of people has the right to subjugate, rule and boss others.”12 Like anarchists, these feminists connected the oppression of women to a larger phenomenon of domination. Beginning in 1968 and growing in strength until 1972, radical feminism was anything but monolithic and many participants differed greatly in regards to their views on sexuality, the family, the state, organizational structure, and the inclusion of transgender women in the movement. |
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| 25 | +Most anarcha-feminists were initially radicalized by the political and cultural milieu of the anti-war movement, but it was their experiences in the women’s liberation movement combined with the influence of Emma Goldman that led them to develop anarcha-feminism as a strategy. As feminists struggled to reclaim women’s history, Goldman became a feminist icon due to her advocacy of birth control, free love, and personal freedom. In 1971 radical feminist novelist and historian Alix Kates Shulman wrote, “Emma Goldman’s name has re-emerged from obscurity to become a veritable password of radical feminism. Her works rose from the limbo of being out of print to…being available in paperback. Her face began appearing on T-shirts, her name on posters, her words on banners.”13 Goldman criticized the bourgeois feminist movement and its goal of suffrage, which led many women to criticize her as a “man’s woman.” However, Shulman and many others argued that Goldman was a radical feminist worthy of recognition because she stressed the oppression of women as women by the institutions of the patriarchal family and puritan morality, as well as religion and the state.14 As anarcha-feminist Cathy Levine wrote in 1974, “The style, the audacity of Emma Goldman, has been touted by women who do not regard themselves as anarchists… because Emma was so right-on…. It is no accident, either, that the anarchist Red Terror named Emma was also an advocate and practitioner of free-love; she was an affront to more capitalist shackles than any of her Marxist contemporaries.”15 Feminists honored Goldman’s ideas and legacy by opening an Emma Goldman Clinic for Women in Iowa in 1973, publishing new volumes of her work, naming their theater troupes after her, and writing screenplays, operas, and stage plays about her life. 16 In 1970, the women’s liberation periodical Off Our Backs dedicated an issue to Goldman with her image on the cover. Despite this, Betsy Auleta and Bobbie Goldstone’s article about Goldman’s life discussed what they perceived as her faults (her opposition to suffrage and disconnect from much of the women’s movement) because she had become a “super-heroine” in the movement. 17 |
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| 27 | +### C. Siren and Early Anarcha-feminist Networks |
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| 28 | +<img src="media/images/anafem/anafem2.jpg" class="float-left" style="background-color: transparent"> Goldman encouraged women to make connections between radical feminism and anarchism, and her writings often served as radical feminists’ introduction to anarchism or the impetus for them to make connections between anarchism and feminism. To many anarcha-feminists this theory represented both a critique of the sexism of the male New Left, including its anarchist members, as well as a critique of socialist and liberal feminism. Despite this intuitive anarchism, attempts by early anarcha-feminists to develop an anarchist analysis within many radical feminist collectives felt silenced, while women in the anarchist movement, where misogyny ruled as much as in the rest of the New Left, also felt alienated. Anarcho-feminist attempts to elucidate connections between feminism and anarchism, like those of Arlene Meyers and Evan Paxton, were often met with intimidation and censorship in mixed groups. These conditions created the possibility for an independent anarcha-feminist movement, but first, anarcha-feminists would have to communicate and develop their theories. |
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| 30 | +Early anarcha-feminist theory and debate emerged through Siren newsletter. The first issue, produced as a journal in 1971, contained “Who We Are: The Anarcho-Feminist Manifesto,” written by Arlene Wilson, a member of the Chicago Anarcho-Feminist Collective.18 The manifesto focused on differentiating anarcha-feminism from socialist feminism through a critique of the state: “The intelligence of womankind has at last been brought to bear on such oppressive male inventions as the church and the legal family; it must now be brought to re-evaluate the ultimate stronghold of male domination, the State.”19 |
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| 32 | +In February of 1970 Arlene Meyers and the Siren collective switched from journal to newsletter format, which allowed feminists throughout the US to participate in defining anarcha-feminism and its theory.20 Siren allowed women in diverse (often not explicitly anarchist) collectives in many regions of the country to communicate and develop their theory. Later issues of the newsletter included news items related to feminist and anarchist activism, including political prisoner support for anarchists in Spain through the Anarchist Black Cross, women’s health clinics, childcare and living collectives, and working at infoshops like Mother Earth Bookstore.21 |
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| 34 | +The last three issues of Siren, published in 1973, contain the majority of the newsletter’s analysis and debate, covering topics such as state power and authoritarianism, prefigurative politics, lesbian feminism, and gender identity and expression. Issue 10 of Siren contained two statements by transgender individuals, critiquing both sexism and the gender binary, and offering a progressive vision of transgender inclusion within the movement. Eden W, a member of the Tucson Anarcho-Feminists, described her experiences as a “male woman” and critiqued “the authoritarianism that demands that males must be of one gender and females of another,” thus critiquing the gender binary itself as a form of authoritarianism..22 Finally, she asked feminists to look on “femmiphiles” as their sisters.23 |
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| 36 | +This essay stood in contrast with the prejudice towards trans women in the larger radical feminist movement, which sometimes portrayed them as interlopers who brought male privilege into women only spaces. That same year radical feminist Robin Morgan famously denounced male to female transgender feminist songwriter and activist Beth Elliot as a rapist and “infiltrator” at the 1973 West Coast Lesbian Conference, although it is worth noting that two-thirds of the conference-goers voted for Elliot to stay.24 Some feminists conflated transgender women with men in drag, accused them of being rapists, and felt that they retained male privilege and should not be allowed in feminist spaces.25 Although anarcha-feminists were undoubtedly influenced by this discourse, attitudes towards transgender people were not monolithic in the feminist movement at large. Eden W’s statement emphasizes that she is heterosexual, perhaps because of this widespread fear of transgender women as rapist infiltrators. This limited discussion of transsexuality nevertheless reveals that anarcha-feminists were willing to discuss this conflict, and give transgender people a voice in the movement. |
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| 38 | +Issue 8 of Siren also contained “Blood of the Flower,” a statement written by Marian Leighton and Cathy Levine, members of the Cambridge based Black Rose Anarcho-Feminist collective.26 Unlike Wilson, Leighton and Levine reject not only socialist feminism’s analysis of the state, but its tactics and the idea of movement building altogether. To them, “movements,” as represented by the male Left and its ideas of a vanguard, separated politics from personal dreams of liberation until women abandoned their dreams or dropped out of the movement altogether. Instead, they advocated leaderless affinity groups in which each member could act as an individual, and presented this anarchist form of organization as the alternative to hierarchical movement politics practiced by socialist feminists and liberal feminists. The small leaderless affinity group allows members to participate “on an equal level of power” without leadership determining the direction of the movement.27 They wrote, “Organizing women, in the New Left and Marxist left, is viewed as amassing troops for the Revolution. But we affirm that each woman joining in struggle is the Revolution.”28 This anarcha-feminist vision, almost similar to the cell-like structure of earlier insurrectionary anarchist groups, emphasized valuing individual contributions in small groups instead of building the large, often authoritarian, and impersonal “revolutionary armies” that many New Leftists and socialist feminists envisioned. To achieve this, anarcha-feminists would build their movement through small affinity groups and participating in various feminist and anarchist counter-institutions. |
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| 40 | +### D. Small Groups, Growing Networks |
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| 41 | +<img src="media/images/anafem/anafem3.jpg" class="float-left" style="background-color: transparent" width="200">Anarcha-feminists also formed study groups, which, like the CR groups, also acted as affinity groups, and formed and dissolved quickly. Many groups were located in university towns, partially due to the success of AnarchoFeminist Network Notes as a communications network, which allowed activists to communicate and organize outside of major urban areas. Collectives were often small, flexible, and project based. Because they required intimacy and small size, when groups became too large, as the Des Moines and Cambridge based Black Rose Anarcho-Feminists did, they split into multiple study and action groups.29 These groups also acted as affinity groups that collectively participated in action around various local and national issues, from the local food coop to international political prisoner support to the lesbian movement to ecology struggles and the anti-nuclear movement.30 |
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| 43 | +The collective Tiamat originated in Ithaca, New York in 1975 and dissolved in 1978. Their name originated from the tale of a goddess of chaos and creation, feared by men but worshiped by women.31 The collective read anarchist theory together, shared ideas, and put out an issue of the newsletter Anarcha-Feminist Notes in 1977. According to former member Elaine Leeder’s reflections, the collective members participated in political activities ranging from protesting the building of a local shopping mall to raising money for a day care center for political dissidents in Chile. Furthermore, Leeder argued that the collective was a functioning “anarchistic society”: “We are leaderless, non-hierarchical… and always ready to change. We live self-management, learn what it is together…and support each other.” 32 Tiamat supported Leeder’s interest in the mental health liberation movement and her successful effort to stop the introduction of electro-shock therapy at a local mental hospital.33 |
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| 45 | +Anarcha-feminists worked in a wide variety of movements, and thus brought their prefigurative and feminist ideas to a diverse audience. Furthermore, a focus on education allowed anarcha-feminists to develop their own autonomy and talents. However, these diverse activities and the ephemeral nature of these collectives illustrate why anarcha-feminism is almost always ignored by historians and documents or records of these collectives are difficult to find. |
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| 47 | +To unite a small, decentralized movement, anarcha-feminists created communications networks through newsletters and conferences. At the Yellow Springs Socialist Feminist Conference in Ohio in 1975, the future members of Tiamat met and anarcha-feminists proposed that they should combine their networks and mailing lists.34 After the conference, anarcha-feminists established new collectives in Bloomington, Illinois, and Buffalo, New York.35 The conference was considered notable for its lack of a definitive definition of socialist feminism, and its broad “principles of unity” included two items associated with radical feminism and anarcha-feminism, but condemned by male socialists: recognizing the need for an autonomous women’s movement, and that all oppression is interrelated.36 Its broad principles illustrated how socialist feminists viewed economic oppression as one of many forms of domination rather than as the “lynchpin,” as male Marxists tended to argue. |
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| 49 | +Similar in format to Siren, Anarcha-Feminist Notes originated from a merger of two short-lived newsletters, Anarcho-Feminist Network Notes and The Anarchist-Feminist Communications Network.37 A different collective published each issue of the newsletter, and thus each varied in style and content. The Des Moines anarcha-feminist study and action group, Tiamat, and the Utopian Feminists were among the collectives who published issues of the newsletter. Although the last issue was published in March 1978, Anarcha-Feminist Notes, while it existed, acted as an effective means of communication for a decentralized movement. |
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| 51 | +Prior to Tiamat’s dissolution, it sponsored an Anarcha-Feminist Conference in June 1978 that attracted women from London, Italy, Toronto, and several US cities.38 In an idyllic location in Ithaca, women attended three days of workshops on topics such as anarcha-feminism and unions, self-liberation as social change, the ecology movement and anarcha-feminism, women and violence, building the anarcha-feminist network, matriarchy and feminist spirituality, beards and body hair, combatting racism, and anarcha-feminism and class.39 The conference’s theme was “Anarcha-Feminism: Growing Stronger,” which referenced the growth of anarcha-feminist theory and action since its inception. A packet given to conference attendees contained an essay called Tribes by Martha Courtot, which echoed conference goers’ feelings about building anarcha-feminist community. “We tell you this: we are doing the impossible. We are teaching ourselves to be human. When we are finished, the strands which connect us will be unbreakable; already we are stronger than we ever have been.”40 Unlike purely cultural feminism, anarcha-feminists connected this strength and community to a larger fight against domination. Both their personal lives and organizing efforts in mixed movements like the ecology movement were important parts of their politics. |
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| 53 | +### E. From Conscioussness Raising to Counter-Institutions |
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| 55 | +Historian Barbara Ryan argues that the “small group sector” of the feminist movement virtually disappeared by the mid ‘70s, due to ideological and practical conflicts within the movement and the influence of liberal feminists, who advocated larger structured organizations.41 However this frequent narrative, which emphasizes the fast rise and fall of small CR groups, negates the crucial contributions of anarcha-feminists, who continued to organize within small, decentralized, and leaderless feminist collectives throughout the 1970s. Radical feminists extended the CR group’s anarchistic structure to a variety of other projects, such as domestic violence shelters, living collectives, and periodicals, many of which continued to support women through the late 1970s and into the 1980s. According to Helen Ellenbogen’s 1977 review of anarcha-feminist groups, many of these collectives were not explicitly anarchist but “intuitively anarchist,” such as the grassroots domestic violence shelters in Cambridge and Los Angeles where anarcha-feminists worked and observed practices like discouraging women from calling the police to deal with abusive males.42 Ellenbogen remarks on how anarcha-feminists joined women’s health clinics in Los Angeles, Seattle, and Boston, which resisted cooperation with the state and utilized collective process.43 In a 1972 article in Siren, Los Angeles anarcha-feminist Evan Paxton explained the anarcha-feminist principles of these self-help clinics, including the one where she worked. Clinics gave “women the confidence and knowledge to take care of their own bodies, which is essential in the struggle for self control.”44 Women’s health clinics helped women avoid the paternalism of (usually male) doctors and gain self-control.45 |
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| 57 | +<img src="media/images/anafem/anafem4.jpg" class="float-right" style="background-color: transparent" width="400"> Anarcha-feminists operated a free school in Baltimore, which taught courses on Wilhelm Reich, movement structural skills, how to form a co-op, and anarchist and feminist political theory.46 Others worked on media projects like feminist newspapers or journals such as Through the Looking Glass, which focused on women prisoners, The Second Wave, and feminist radio stations.47 This focus on outreach and education illustrates anarcha-feminists’ long-term approach to revolution. Theorists like Kornegger and Rebecca Staton argued that anarchist revolution, both historically and in the present, requires preparation through education, the creation of alternative non-hierarchical structures, changes in consciousness, and direct action.48 As Staton wrote in a 1975 article in Anarcho-Feminist Network Notes, “Anarchists…have seen their own role in the revolutionary process as agitators and educators—not as vanguard…. The Revolution, for Anarchists, is the transformation of society by people taking direct control of their own lives.”49 In 1976, in the first issue of Anarcha-Feminist Notes, Judi Stein, an anarcha-feminist who worked at a feminist health center, described her experiences with collective processes, self-help, and feminism there as “ways to live out anarchism.”50 By working at self-help clinics, free schools, feminist radio stations, newspapers, and domestic violence shelters, anarcha-feminists spread their ideas and organizational methods, and helped themselves and other women in their own struggles for autonomy. |
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| 59 | +The self-described gay anarcho-feminist printer Come! Unity Press explicitly connected their political philosophy to their organizational structure. Founded in 1972, the press published Anarchism: The Feminist Connection, feminist writings of Emma Goldman, an issue of Anarcho-Feminist Notes, and other classic anarchist writings, like the speeches of Sacco and Vanzetti.51 Notably, they allowed members to decide for themselves how much they could afford to pay for the use of their printing facilities, which exemplified their anarcha-feminist philosophy of “survival by sharing.” The women of the press wrote in 1976, “As anarcho-feminists we want to end all forms of domination. Money is a…tool of power. It is a means of enforcing racism, sexism, or starvation and control over basic survival.”52 In a 1976 article critiquing “feminist businesses” in The Second Wave, Peggy Kornegger praised this model, and wrote that the press’ “‘survival by sharing’…certainly demonstrates if nothing else, that there are ways of confronting capitalism that don’t involve either power or control—and that work!”53 This alternative economic model helped the feminist movement, and its own members, survive. |
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| 61 | +### F. “Anarcho-Sexism” and Anarcha-Feminist Interaction With the Anti-Capitalist Left |
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| 63 | +Anarcha-feminists also worked within the larger anarchist movement, attending anarchist conferences and confronting sexism in mixed groups. Anarcha-feminists attended the Anarchs of New York sponsored Live and Let Live Festival in April 1974. Anarcha-feminist groups like the New York Anarcho-Feminists and Come! Unity Press participated along with several hundred other conference goers, and the final schedule included four anarcha-feminist workshops amongst many other unscheduled lesbian and anarcha-feminist discussions and meet-ups. The feminist periodical Off Our Backs included a report on the conference written by two anarcha-feminists, Mecca Reliance and Jean Horan.54 Reliance, who attended both mixed and impromptu women-only workshops on anarcha-feminism, wrote that the mixed workshop was uninteresting and focused on the abolition of the nuclear family, apparently the only comfortable topic for the many male attendees, while the women-only workshop was energetic and facilitated a focus on organization and internal process.55 This mirrored one impetus towards separatism in the radical feminist movement: male dominated meetings in the New Left led women to censor their thoughts and long for an environment where they could speak freely and determine their own agenda.56Anarcha-feminists also attended the 1975 Midwest Anarchist Conference, and experienced several incidents of sexism, such as a man trying to take a hammer away from Karen Johnson, assuming that she could not use it because of her gender. However, the man eventually accepted her and other women’s criticism of his actions.57 |
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| 65 | +Anarcha-feminists experienced sexism in the Industrial Workers of the World (IWW) meetings, and conflicts over sexism in anarchist periodicals like the Social Revolutionary Anarchist Federation Bulletin and The Match confirmed that many male anarchists shared the sexist attitudes of their Marxist counterparts.58 These attitudes encouraged separatism, but some anarcha-feminists worked in mixed collectives. Grant Purdy, a member of the Des Moines anarcha-feminist The New World Collective, which existed from 1973-76, wrote an article about her group’s experience in a mixed anarchist group called the Redwing Workers Organization (RWO) in the Spring 1977 issue of Anarcha-Feminist Notes.59 RWO focused on healthcare organizing, but the women in the group pushed feminist perspectives and led the group to treat personal struggles as political ones.60 She argued that despite frustrations, women could thrive in mixed groups if they created separate women’s groups outside of the larger organization, as the Des Moines women did. Women in mixed anarchist organizations taught male anarchists about their own misogyny and learned new skills from their comrades.61 However, for anarcha-feminists like Purdy, “involvement with men has always been conditional. Men are clear that they are not a priority for us over other women.”62 These separate women’s support groups and their presence at conferences illustrate how anarcha-feminists brought their ideas and organizational styles to the male anarchist movement as the radical feminist movement declined. |
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| 67 | +### G. Differing Feminisms |
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| 69 | +From the beginning of the movement. anarcha-feminists differentiated socialist feminists and their theories from the traditional male socialist Left. In a 1971 article in the first issue of Siren, Arlene Wilson’s Chicago-based anarcha-feminist group emphasized that anarcho-feminists “are all socialists” and “refuse to give up this pre-Marxist term,” and continued, “We love our Marxist sisters…and have no interest in disassociating ourselves from their constructive struggles.” In 1974 Black Rose anarcha-feminist Marian Leighton commented that socialist feminist literature is not “narrowly dogmatic or opportunistic”63 like that of traditional male Marxists. Rather, it could be included in anarcha-feminist analysis. Anarcha-feminist film maker Lizzie Borden argued in a 1977 article in feminist art journal Heresies that Marxist women like Rosa Luxemburg, Alexandra Kollantai, and Angelica Balabanoff came closer to anarchism in their opposition to bureaucracy, authoritarianism, and the subversion of the revolution by the Bolsheviks than their male comrades.64 However, like Leighton, she emphasized that these anarchistic tendencies stemmed from socialization and lack of access to power, not simple essentialist understandings of gender. As Carol Ehrlich wrote in her 1977 article Socialism, Anarchism, and Feminism, which appealed to socialist and radical feminists to embrace anarchism, “Women of all classes, races, and life circumstances have been on the receiving end of domination too long to want to exchange one set of masters for another.”65 Leighton, Kronneger, and Ehrlich argued the defining distinction between radical feminism and anarcha-feminism was largely a step in self-conscious theoretical development.66 Thus, it was feminists’ unfamiliarity with anarchism that led them to embrace Marxism, although their ideology, “skeptical of any social theory that comes with a built-in set of leaders and followers” held more in common with anarchism.67 |
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| 71 | +<img src="media/images/anafem/anafem5.jpg" class="float-left" style="background-color: transparent">width="400">Anarcha-Feminists and socialist feminists often found their common interests outweighed their ideological differences, and worked together. Arlene Wilson was also a member of the socialist feminist group the Chicago Women’s Liberation Union (CWLU), along with other anti-authoritarian women.68 Wilson introduced Penny Pixler and other CWLU women to the Chicago chapter of the newly reconstituted IWW in the early 70s.69 They found the Chicago IWW less patriarchal and hierarchical than many Marxist parties and sects and were impressed with its history of women organizers. Several joined the union and became active in the Chicago Branch in addition to their continued work with CWLU projects.70 The CWLU dissolved acrimoniously in 1976 due to internal conflict over what some members observed as the group’s white middle-class orientation. Pixler and other former members shifted their primary activity to the IWW. Pixler contributed many articles to the Industrial Worker focusing on women workers, and contributed an article about the position of women in Maoist China to anarcha-feminist literary journal, Whirlwind in 1978.71 |
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| 73 | +Anarcha-Feminists were also influenced by the theories of the French situationists, who positioned women’s oppression as a part of larger systems of power relations without reducing it to an effect of capitalism. Carol Ehrlich and Lynne Farrow argued that Situationism should be a component of anarcha-feminist analysis because it emphasizes both an awareness of capitalist oppression and the need to transform everyday life.72 Situationists expanded Marx’s theories of alienation and commodity fetishism to apply to modern consumer capitalism and argued that capitalist society led to the increasing tendency towards the consumption of social relations and identity through commodities and alienated people from all aspects of their lives, not just their labor.73 In her 1977 article Socialism, Anarchism, and Feminism, Ehrlich argued that a Situationist analysis is applicable to anarcha-feminist theory. With a Situationist analysis, all women’s oppression is real, despite their class status. Furthermore, women held a special relationship to the commodity economy as both consumers and objects to be consumed by men. Ehlrich argued “A Situationist analysis ties consumption of economic goods to consumption of ideological goods, and then tells us to create situations (guerrilla actions on many levels) that will break that pattern of socialized acceptance of the world as it is.”74 |
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| 75 | +Historian Alice Echols argued that after 1975 cultural feminism eclipsed radical feminism, and fundamentally depoliticized it. She wrote, “Radical feminism was a political movement dedicated to eliminating the sex-class system, whereas cultural feminism was a countercultural movement aimed at reversing the cultural valuation of the male and the devaluation of the female.”75 Echols argued that feminists embraced cultural feminism because they could not deal with their differences in race, class, and sexuality, and it became easier to subsume them under universal ideals of womanhood. Anarcha-feminism embraced elements of cultural feminism, but rejected its apolitical aspects and the popular matriarchy theories pioneered by Elizabeth Gould Davis, Jane Alpert, Phyllis Chesler, and Mary Daly.76 These essentialist theories argued that the negative valuation of femininity rather than femininity itself should be challenged, and that power in the hands of women, rather than men, could lead to a feminist society. For example, Jane Alpert’s influential manifesto Mother Right argued that women’s potential for motherhood made them different from, but superior to, men. |
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| 77 | +Ehrlich critiqued “spirituality trippers” and the Amazon Nation for being out of touch with the reality of political and economic oppression, and for failing to recognize that all power, whether in the hands of women or men, is coercive, but other anarcha-feminists saw positive aspects of cultural feminism.77 Cathy Levine defended cultural projects and argued “creating a woman’s culture is the means through which we shall restore our lost humanity.”78 To Levine and other anarcha-feminists, notably Peggy Kornegger who crafted a theory of anarcha-feminist spirituality, anarcha-feminism embraced both the cultural and political. As many former feminists embraced spirituality gurus and their pacifying, depoliticizing, and anti-feminist programs, Kornegger argued that feminists must embrace both the feminist spirituality of theorists such as Mary Daly and physical and political resistance. Her 1976 article “The Spirituality Ripoff” in The Second Wave argued for a feminist approach to spirituality which emphasized both personal growth and political action. Kornegger wrote, “We need no longer separate being and action into two categories. It means that we need no longer call ourselves ‘cultural feminists’ or ‘political feminists’ but must see ourselves as both…. It means teaching ourselves womancraft and self-defense.”79 Describing this realization as a revolutionary “leap of consciousness,” Kornegger positioned anarcha-feminism as the next stage of consciousness raising which would mend the divides between spirituality and politics and between groups of feminists. |
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| 79 | +Anarcha-feminists combined aspects of radical, cultural, and socialist feminism, but added a critique of domination itself. Unlike socialist feminists they saw non-hierarchical structures as “essential to feminist practice.”80 Both radical and anarchist feminists dedicated themselves to building prefigurative institutions, a task socialist feminists did not always see as a vital part of their revolutionary program.81 While cultural feminists often rejected “male theory” and their roots in the New Left in favor of a de-politicized approach to feminism, anarcha-feminists combined emphasis on building a women’s culture with a strong theoretical perspective and class-consciousness. Constantly learning from other feminists and adjusting anarcha-feminist theory accordingly, rather than dogmatism, was a crucial feature of anarcha-feminism and part of the reason anarcha-feminists participated in such a variety of movements. Su Negrin wrote that “no political umbrella can cover all my needs” while Kornegger argued that it was crucial to break down barriers between feminists. As she wrote in 1976, “Although I call myself an anarcha-feminist, this definition can easily include socialism, communism, cultural feminism, lesbian separatism, or any of a dozen other political labels.”82 Anarcha-feminists learned from women in other parts of the feminist movement, despite their disagreements. |
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| 81 | +### H. The Tyranny of Structurelessness or the Tyranny of Tyranny |
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| 83 | +The movement’s debate over structure and leadership gave the new anarcha-feminist position relevance and strategic value. An anarchistic commitment to equality and friendship structured feminist political organizations and fostered egalitarianism and respect, and reinforced mutual knowledge and trust, but when groups became clique-like and elites emerged, feminists utilized various structural methods to ensure equality.83 Radical feminist groups utilized lot systems to distribute tasks in an egalitarian manner, disc systems that ensured equal speaking time by distributing an equal amount of discs to members at the beginning of the meeting and instructing them to give one up each time they spoke, and collective decision-making through consensus or other means.84 They viewed women’s capacities as equal but stymied by their socialization, and empowered thousands of women to write, speak in public, talk to the press, chair a meeting, and make decisions for the first time.85 |
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| 85 | +However, the goals of empowerment and egalitarianism came into conflict.86 “Elites”, or women with informal leadership positions within groups, often socially coerced other women into agreeing with them, or not stating their opinions at all, and in reaction the movement developed a paranoia about elites; women who exercised leadership or even attempted to teach skills to other members were often shunned and trashed.87 This triggered bitter statements like Anselma dell’Olio’s 1970 speech, “Divisiveness and Self-Destruction in the Women’s Movement: A Letter of Resignation” which claimed, “If you are…an achiever you are immediately labeled…a ruthless mercenary, out to get her fame and fortune over the dead bodies of selfless sisters who have buried their abilities and sacrificed their ambitions for the greater glory of Feminism.”88 Ironically, to some women, this justified the behavior of women who were in fact dominating others, and then presented themselves as tragic heroines destroyed by their envious and less talented “sisters.”89 |
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| 87 | +<img src="media/images/anafem/anafem6.jpg" style="background-color: transparent" class="float-right" width="400">In her widely read 1970 article, Jo Freeman, going by the pen name Joreen, argued that not only feminists’ personal practices, but the “tyranny of structurelessness” limited democracy and that to overcome it, groups needed to create explicit structures accountable to their membership.90 After circulating widely among feminists, the paper was published in the feminist journal The Second Wave in 1972. To Freeman, structure was inevitable because of individuals’ differing talents, predispositions, and backgrounds, but became pernicious when unacknowledged.91 Leaders were appointed as spokespeople by the media, and structurelessness often disguised informal, unacknowledged, and unaccountable leadership and hierarchies within groups. Thus, Freeman argued that structure would prevent elites from emerging and ensure democratic decision-making. Some anarcha-feminists, such as Carol Ehrlich agreed with this part of Freeman’s analysis while others, like Cathy Levine and Marian Leighton, opposed structure entirely.92 However, Joreen also decried the small group’s size and emphasis on consciousness raising as ineffective, and advocated for large organizations.93 Even after calling for “diffuse, flexible, open, and temporary” leadership, Freeman argued that to successfully fight patriarchy, the movement must move beyond the small groups of its consciousness raising phase and shift to large, usually hierarchical, organizations.94</div> |
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| 89 | +Anarcha-Feminists asserted that the small group was not simply a reaction to male hierarchical organization, but a solution to the movement’s problems with both structure and leadership. In 1974, Cathy Levine, the cowriter of “Blood of the Flower,” wrote the anarcha-feminist response to Freeman, “The Tyranny of Tyranny.” Often printed with Freeman’s essay, Levine’s piece first appeared in the anarchist journal Black Rose.95 Levine argued that feminists who utilize the “movement building” strategies of the male Left forgot the importance of the personal as political, psychological oppression, and prefigurative politics. Instead of building large, alienating, and hierarchical organizations, feminists should continue to utilize small groups which “multiply the strength of each member” by developing their skills and relationships in a nurturing non-hierarchical environment.96 Building on the theories of Wilhelm Reich, she argued that psychological repression kept women from confronting capitalism and patriarchy, and thus caused the problem of elites.97 Developing small groups and a women’s culture would invigorate individual women and prevent burn out, but also create a prefigurative alternative to hierarchical organization. She wrote, “The reason for building a movement on a foundation of collectives is that we want to create a revolutionary culture consistent with our view of the new society; it is more than a reaction; the small group is a solution.”98 |
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| 91 | +Similarly, Carol Ehlrich, Su Negrin, and Lynne Farrow argued that the small group allowed individuals to fight oppression in their everyday lives.99 All oppression involved individual actors, even if they acted as an agent of the state or the ruling class. Su Negrin, a member of Murray Bookchin’s Anarchos group and radical feminist, wrote and published Begin At Start in 1972.100 Negrin argued that the root structures of domination lie in everyday life because we are dominated but also dominate others, especially in sexual relationships and parenting, and applied this theory to her own life and relationships with her husband and children. These ideas reflected the feminist emphasis on the personal as political and pointing out domination in everyday life. Mutual trust in small groups helps people recognize and work with stylistic differences rather than trying to eliminate them. Similarly, Sue Katz, an anarchist lesbian leader of the working-class feminist Stick it in the Wall Motherfucker collective, responded to Rita Mae Brown’s calls for a lesbian party in a May 1972 issue of The Furies, claiming that small groups were actually efficient and could deal more effectively with internal problems.101 The small group emphasized the personal as political and developing relationships instead of the national campaign related strategy of liberal feminists and some socialist feminist groups. |
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| 93 | +Levine’s individualist focus starkly challenges the emphasis on conformity to ensure egalitarianism in many groups.102An anarcha-feminist understanding of equality, rather, would allow women to excel in different areas, provided they teach others the skills. Indeed, much anarcha-feminist work was educational and theorists like Kornegger focused on political education as a crucial area of tactics. As she argued in Anarchism: The Feminist Connection, women’s intuitive anarchism and egalitarianism was counteracted by socialization in an authoritarian society, but anarchist history and theory provided useful precedent for creating egalitarian structured organizations that also ensured leadership development and individual autonomy. Kornegger cited the example of the achievements of the anarchist organizations CNT-FAI and the collectives during the Spanish Civil War as an example of “the realization of basic human ideals: freedom, individual creativity, and collective cooperation.”103 |
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| 95 | +Historically, anarchists grappled with the same questions of structure, organization, and prefiguration feminists were debating. These examples of political education and fluid structures that rotated tasks and leadership would help feminists watch for elites without resorting to voting or hierarchical models of organization. |
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| 97 | +### I. No Gods, No Masters, No Nukes |
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| 99 | +As the anti-nuclear movement emerged and gained strength through the Seabrook nuclear power plant occupation, and later the 1979 Three Mile Island nuclear meltdown incident, anarcha-feminists shifted their activity to large mixed-gender coalitions of affinity groups.104 Many anarcha-feminists who attended the 1978 Anarcha-Feminism: Growing Stronger conference sponsored by TIAMAT met up at the Seabrook anti-nuclear demonstrations, which attracted thousands to participate in non-violent civil disobedience to occupy the plant.105 Tellingly, when Tiamat eventually dissolved, members joined a women’s anti-nuclear affinity group, the Lesbian Alliance, and others worked with a mixed group on ecology issues.106Although they usually participated in women-only affinity groups, they interacted with men and authoritarian male politics in the larger movement. Anarcha-feminists also formed collectives in universities like Hunter College, Cornell, and Wesleyan.107 Often influenced by the writings of Murray Bookchin, who advocated political study groups, these affinity groups became the primary organizational model of the anti-nuclear direct action movement just as the similarly structured small group was the organizational model of the radical feminist movement.108 |
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| 101 | +Throughout the 1980s, anarchist feminists connected the ideas they formed in the women’s liberation movement to an even wider range of issues, including violence against women, environmental destruction, militarism, and the nuclear arms race.109 Roxanne Dunbar-Ortiz argues in the introduction to Quiet Rumors that the anarcha-feminist movement “had to all intents and purposes ceased to function” by 1980 as liberal feminists eclipsed radicals and male anarchists remained “traditional” in their sexism.110 However, even as anarcha-feminists shifted from focusing primarily on women’s oppression to a wider array of political issues, the organizational form and process, and the concern with both the personal and political remained. Consensus decision-making, a hallmark of prefigurative politics, was referred to as “feminist process” in the anti-nuclear movement, illustrating the influence of the many anarcha-feminist affinity groups and other feminists.111 |
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| 103 | +However, it remains to be seen if replacing a separate women’s movement of small affinity groups with often mixed gender affinity groups was strategic. Today, many anarchist women and queer people, often in reaction to the sexism of anarchist men and rape culture inside anarchist collectives and movements, are forming their own affinity groups once again. It is worth investigating how changing ideas about gender and sexuality and the rise of queer and trans politics affected this change, and if it is a strategic one. How did theories of intersectionality and Black feminism interact with anarcha-feminism, and differ from earlier anarcha-feminist arguments that often did not directly address racial politics? The history of anarcha-feminism points to these and many more questions in an area of anarchist politics and theory that is generally under-investigated. |
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| 105 | +<img src="media/images/anafem/anafem7.jpg" class="center" style="background-color: transparent" width="200"> |
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| 107 | +## Conclusion |
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| 109 | +Often anarcha-feminists remarked that women were “natural anarchists” and positioned feminists as an untapped revolutionary force. However, neither the women’s movement nor the women in it always acted anarchistically. As activist Kytha Kurin wrote in 1980, “if anarchist tendencies within the feminist movement are accepted as a natural by-product of being female, it puts an unfair pressure on women to ‘live up to their natural anarchism’ and limits our potential for political development…. Many women’s groups do disintegrate, many women do exploit other women and men.”112 Radical feminists functioned as anarchists in anarchist spaces while lacking knowledge of anarchism. I think this proves the power of prefigurative politics and liberated anarchist spaces and organizations, free of the unnatural hierarchies that the white supremacist capitalist patriarchy forces upon us, to bring out the “intuitive anarchism” of a variety of people from white middle-class feminists to Occupy Wall Street protestors.113 Whether their relationships are based on sisterhood, ecology, or race or class solidarity, people have tried, and sometimes failed, to live without dominance and hierarchy. Once radical feminism was, as Kornegger wrote, “the connection that links anarchism to the future.”114 We must look for similar links in our movements today; we can see them throughout what anarchist scholar and activist Chris Dixon termed the anti-authoritarian current, from the prison abolition movement to the radical environmental movement to queer and feminist struggles today.115 If another world is possible, we can and must create it now. |
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| 110 | + |
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| 111 | +*Julia Tanenbaum is a student in the Philadelphia area involved with United Students Against Sweatshops and environmental organizing. She studies history hoping to help build our movements today.* |
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| 113 | +*** |
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| 114 | +## Notes |
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| 115 | + |
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| 116 | +<ol> |
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| 117 | +<li id="footnotes">Peggy Kornegger, “Anarchism: The Feminist Connection,” in Reinventing Anarchy: What Are Anarchists Thinking These Days?, ed. Howard Ehrlich (Routledge and Kegan Paul Books, 1979). <a href="#footnotes-ref" aria-label="Back to content">↩</a></li> |
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| 118 | +</ol> |
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| 119 | + |
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| 120 | +[2] Prefigurative politics is the desire is to embody within a movement’s political and social practices, the forms of social relations, decision-making, culture, and human experience that are the ultimate goal. Although anarcha-feminists did not use this language, various scholars have applied it to the women’s movement and the New Left. See Sheila Rowbotham, “The Women’s Movement and Organizing for Socialism,” in Beyond The Fragments: Feminism and the Making of Socialism, ed. Sheila Rowbotham, Lynne Segal, and Hilary Wainwright. (London: Merlin Press, 1979), 21-155, and Francesca Polletta, Freedom Is an Endless Meeting: Democracy in American Social Movements (Chicago: University Of Chicago Press, 2004). Anarcha-feminists frequently used language like “living the revolution” and “living out anarchism” to describe these practices. See Andrew Cornell, Unruly Equality: U.S. Anarchism in the Twentieth Century (Oakland: University of California Press, 2016) on anarchist prefigurative politics during this period. |
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| 121 | + |
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| 122 | +[3] Wini Breines, The Trouble between Us: An Uneasy History of White and Black Women in the Feminist Movement (Oxford: Oxford University Press, 2006), 92. |
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| 123 | + |
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| 124 | +[4] Alice Echols, Daring to Be Bad: Radical Feminism in America, 1967-1975 (Minneapolis: University of Minnesota Press, 1989), 72. |
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| 125 | + |
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| 126 | +[5] Sue Katz, “An Anarchist Plebe Fights Back,” The Furies 1, no. 4 (n.d.): 12. Rainbow History Online Archives. |
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| 127 | + |
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| 128 | +[6] Breines, The Trouble Between Us, 90. |
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| 129 | + |
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| 130 | +[7] It Ain’t Me Babe, December, 1, 1970, p.11. Wagner Labor Archives, New York University. |
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| 131 | + |
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| 132 | +[8] Mary Daly, Beyond God the Father: Toward a Philosophy of Women’s Liberation (Beacon Press, 1973), 133. |
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| 133 | + |
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| 134 | +[9] Polletta, Freedom Is an Endless Meeting, 162. |
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| 135 | + |
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| 136 | +[10] Although today radical feminism is associated with trans exclusive feminists, during the 1970s it referred to a wider movement which asserted that gender, not class or race, was the primary contradiction and that all other forms of social domination originated with male supremacy. The “radical” served to differentiate it from liberal feminism, which focused solely on formal equality and ignored the fundamental problem of fighting for equality in an inherently unjust society. It also referred to the roots of radical feminists in the Marxist and sometimes anarchist New Left, where they experienced sexism that led them to reject the “male movement” and start their own, without the interference of their male oppressors. Radical feminists also differentiated themselves from “politicos,” women working in male dominated Leftist groups where the struggle against male supremacy was neglected. See Echols, Daring To Be Bad. |
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| 137 | + |
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| 138 | +[11] “It Ain’t Me Babe – A Struggle for Identity,” It Ain’t Me Babe, June 8, 1970, 11. Wagner Labor Archives, New York University. |
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| 139 | + |
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| 140 | +[12] Ellen Leo, “Power Trips,” It Ain’t Me Babe, September 17, 1970, 6. Wagner Labor Archives, New York University. |
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| 141 | + |
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| 142 | +[13] Alix Kates Shulman, “Emma Goldman’s Feminism: A Reappraisal” in Shulman, ed., Red Emma Speaks: An Emma Goldman Reader (New York: Schocken Books, 1971), 4. |
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| 143 | + |
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| 144 | +[14] Shulman, “Emma Goldman’s Feminism”, 6. |
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| 145 | + |
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| 146 | +[15] Cathy Levine, “The Tyranny of Tyranny,” Black Rose 1 (1974): 56. Anarchy Archives. |
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| 147 | + |
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| 148 | +[16] Emma Goldman Clinic, “Emma Goldman Clinic Mission Statement,” available at http://www.emmagoldman.com/about/mission.html (accessed July 9, 2015). |
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| 149 | + |
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| 150 | +[17] “Emma Goldman” Off Our Backs. July 10, 1970, Wagner Labor Archives, New York University, 9, See also Candace Falk, Love, Anarchy, and Emma Goldman (New York: Holt, Rinehart, and Winston, 1984), and Kathy E. Ferguson, Emma Goldman Political Thinking in the Streets (Lanham: Rowman & Littlefield Publishers, 2011) for discussions of Goldman’s relationship with the feminist movement and working-class women’s movement |
|
| 151 | + |
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| 152 | +[18] Chicago Anarcho-Feminists, “Who We Are: The Anarcho-Feminist Manifesto,” Siren 1, no. 1 (April 1971). Anarchy Archives. |
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| 153 | + |
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| 154 | +[19] Ibid. |
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| 155 | + |
|
| 156 | +[20] Arlene Meyers, “To Our Siren Subscribers,” Siren Journal, No. 1. Weber, “On the Edge of All Dichotomies: Anarch@-Feminist Thought, Process and Action, 1970-1983.,” 64. |
|
| 157 | +[21] “Black Cross Appears Again,” Siren Newsletter 1, no. 3 (1972): 2.; Siren 1, no. 4 (1972): 8. Anarchy Archives. |
|
| 158 | +[22] Eden W, “The Other Side of the Coin,” Siren Newsletter, no. 10 (1973). Anarchy Archives. |
|
| 159 | +[23] Ibid. |
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| 160 | + |
|
| 161 | +[24] How Sex Changed: A History of Transsexuality in the United States (Cambridge, Mass.: Harvard University Press, 2004), 258. |
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| 162 | + |
|
| 163 | +[25] Susan Stryker, Transgender History (Berkeley: Seal Press, 2008), 105. |
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| 164 | + |
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| 165 | +[26] Marie Leighton and Cathy Levine, “Blood of the Flower,” Siren, no. 8 (1973), 5. Anarchy Archives. |
|
| 166 | + |
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| 167 | +[27] Ibid. |
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| 168 | + |
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| 169 | +[28] Ibid. |
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| 170 | + |
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| 171 | +[29] Marie Leighton, “Letter,” Anarcha-Feminist Notes 1, no. 2 (Spring 1977): 12. Anarchy Archives. |
|
| 172 | + |
|
| 173 | +[30] Elaine Leeder, “The Makings of An Anarchist Feminist,” 1984, 2, Anarchy Archives. |
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| 174 | + |
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| 175 | +[31] Ibid. |
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| 176 | + |
|
| 177 | +[32] Ibid. |
|
| 178 | + |
|
| 179 | +[33] Elaine Leeder, “Tiamat to Me,” Anarcho-Feminist Notes 1, no. 2 (March 20, 1977), 14, Anarchy Archives. |
|
| 180 | + |
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| 181 | +[34] Siren Newsletter, No. 2, and Siren Journal, No. 1. Slater, “Des Moines Women Form Support Group.” Anarchy Archives. |
|
| 182 | + |
|
| 183 | +[35] Leeder, “Tiamat to Me.” |
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| 184 | + |
|
| 185 | +[36] Weber, “On the Edge of All Dichotomies,” 103. |
|
| 186 | + |
|
| 187 | +[37] “Proposal to Merge the Anarcho-Feminist Network Notes and the Anarchist Feminist Communications Network,” Anarcho-Feminist Network Notes 1, no. 3 (October 1975): 9. Anarchy Archives. |
|
| 188 | + |
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| 189 | +[38] “Conference Flyer – Anarcha-Feminism: Growing Stronger” (TIAMAT Collective, June 9, 1978), Anarchy Archives. |
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| 190 | + |
|
| 191 | +[39] Leeder, “The Makings of An Anarchist Feminist.” |
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| 192 | + |
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| 193 | +[40] Conference Flyer – Anarcha-Feminism: Growing Stronger” (TIAMAT Collective, June 9, 1978), Anarchy Archives. |
|
| 194 | + |
|
| 195 | +[41] Barbara Ryan, Feminism and the Women’s Movement: Dynamics of Change in Social Movement Ideology, and Activism (New York, NY: Psychology Press, 1992), 54. |
|
| 196 | + |
|
| 197 | +[42] Hellen Ellenbogen, “Feminism: The Anarchist Impulse Comes Alive,” in Emma’s Daughters (Unpublished, 1977), 6. Anarchy Archives. |
|
| 198 | + |
|
| 199 | +[43] Ibid., 5. |
|
| 200 | + |
|
| 201 | +[44] Evan Paxton, “Self Help Clinc Busted,” Siren, 1972, 8 edition, Anarchy Archives. Also see Sandra Morgen, Into Our Own Hands: The Women’s Health Movement in the United States, 1969-1990 (New Brunswick, N.J: Rutgers University Press, 2002). |
|
| 202 | + |
|
| 203 | +[45] Farrow, “Feminism as Anarchism,” 7. Also see Morgen, Into Our Own Hands. |
|
| 204 | + |
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| 205 | +[46] Ellenbogen, “Feminism: The Anarchist Impulse Comes Alive,” 7. |
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| 206 | + |
|
| 207 | +[47] Ibid. |
|
| 208 | + |
|
| 209 | +[48] Kornegger, “Anarchism: The Feminist Connection.” |
|
| 210 | + |
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| 211 | +[49] Rebecca Staton, “Anarchism and Feminism,” Anarcho-Feminist Network Notes 1, no. 3 (October 1975): 6. Anarchy Archives. |
|
| 212 | + |
|
| 213 | +[50] Judy Stein, Anarchist Feminist Notes 1, no. 1, 1976, 6 Anarchy Archives. |
|
| 214 | + |
|
| 215 | +[51] Come! Unity Press, “Some Thoughts On Money and Women’s Culture,” 1976, Anarchy Archives. |
|
| 216 | + |
|
| 217 | +[52] Peggy Kornegger, “Anarchism, Feminism, and Economics or: You Can’t Have Your Pie and Share It Too,” The Second Wave 4, no. 4 (Fall 1976): 4. Northeastern University Special Collections. |
|
| 218 | + |
|
| 219 | +[53] Ibid. |
|
| 220 | + |
|
| 221 | +[54] Mecca Reliance and Jean Horan, “Anarchist Conference April 19-21: Hunter College.” Off Our Backs, May 31, 1974. Wagner Labor Archives, New York University |
|
| 222 | + |
|
| 223 | +[55] Ibid. |
|
| 224 | + |
|
| 225 | +[56] Rosalyn Baxandall and Linda Gordon, Dear Sisters: Dispatches From The Women’s Liberation Movement (New York, NY: Basic Books, 2001), 12. |
|
| 226 | + |
|
| 227 | +[57] Karen Johnson, “Mid West Conference,” Anarcho-Feminist Network Notes 1, no. 3 (October 1975): 5. Anarchy Archives. |
|
| 228 | + |
|
| 229 | +[58] Marie Leighton, “Anarcho-Feminism and Louise Michel,” Black Rose 1, no. 1 (1974): 14. |
|
| 230 | + |
|
| 231 | +[59] Karen Johnson, “Mid West Conference,” Anarcho-Feminist Network Notes 1, no. 3 (October 1975): 5. Anarchy Archives. |
|
| 232 | + |
|
| 233 | +[60] Midge Slater, “Des Moines Women Form Support Group,” Anarchist Feminist Notes 1, no. 1 (1976): 10. Anarchy Archives. |
|
| 234 | + |
|
| 235 | +[61] Grant Purdy, “Red Wing,” Anarcho-Feminist Notes 1, no. 2 (Spring 1977): 7. Anarchy Archives. |
|
| 236 | + |
|
| 237 | +[62] Ibid. 8. |
|
| 238 | + |
|
| 239 | +[63] Marie Leighton, “Anarcho-Feminism and Louise Michel,” Black Rose 1, no. 1 (1974): 8. Anarchy Archives. |
|
| 240 | + |
|
| 241 | +[64] Lizzie Borden, “Women and Anarchy,” Heresies 1, no. 2 (1977): 74. |
|
| 242 | + |
|
| 243 | +[65] Ehrlich, “Socialism, Anarchism, and Feminism,” 268. |
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| 244 | + |
|
| 245 | +[66] Leighton, “Anarcho-Feminism and Louise Michel,” 14. |
|
| 246 | + |
|
| 247 | +[67] Ehrlich, “Socialism, Anarchism, and Feminism,” 26. |
|
| 248 | + |
|
| 249 | +[68] Patrick Murfin, “International Working Women’s Day: Portrait of Penny Pixler, Feminist and Wobbly,” The Industrial Worker, March 8, 2015. |
|
| 250 | + |
|
| 251 | +[69] Ibid. |
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| 252 | + |
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| 253 | +[70] Ibid. |
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| 254 | + |
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| 255 | +[71] On the CWLU’s split in 1976, see “The Chicago Women’s Liberation Union: An Introduction,” The Chicago Women’s Liberation Union Herstory Website, 2000. Some members angry at what they saw as the group’s white middle class orientation unleashed a scathing attack on the organization’s leadership at the 1976 International Women’s Day event which denounced feminism, lesbianism and the ERA. The CWLU split over how to deal with this situation and officially disbanded in 1977. Penny Pixler, “Notes From China,” Whirlwind 1, no. 11 (1978). |
|
| 256 | + |
|
| 257 | +[72] Carol Ehrlich, “Socialism, Anarchism, and Feminism,” in Reinventing Anarchy: What Are Anarchists Thinking These Days?, ed. Howard Ehrlich (Routledge and Kegan Paul Books, 1977), 271. |
|
| 258 | + |
|
| 259 | +[73] “Situationists – an Introduction,” Libcom.org, October 12, 2006 “Situationists – Reading Guide,” Libcom.org |
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| 260 | + |
|
| 261 | +[74] Ehrlich, “Socialism, Anarchism, and Feminism,” 271. |
|
| 262 | + |
|
| 263 | +[75] Echols, Daring To Be Bad, 6. |
|
| 264 | + |
|
| 265 | +[76] Ibid., 252. |
|
| 266 | + |
|
| 267 | +[77] Ehrlich, “Socialism, Anarchism, and Feminism,” 260. |
|
| 268 | + |
|
| 269 | +[78] Ibid. |
|
| 270 | + |
|
| 271 | +[79] Peggy Kornegger, “The Spirituality Ripoff,” The Second Wave 4, no. 3 (Spring 1976): 18. Northeastern University Special Collections. |
|
| 272 | + |
|
| 273 | +[80] Ehrlich, “Socialism, Anarchism, and Feminism,” 5. |
|
| 274 | + |
|
| 275 | +[81] Ibid. |
|
| 276 | + |
|
| 277 | +[82] Su Negrin, Begin at Start (Times Change Press, 1972), 128.; Kornegger, “Anarchism: The Feminist Connection.” |
|
| 278 | + |
|
| 279 | +[83] Polletta, Freedom Is an Endless Meeting, 152. |
|
| 280 | + |
|
| 281 | +[84] Ibid., 160. |
|
| 282 | + |
|
| 283 | +[85] Baxandall and Gordon, Dear Sisters, 15. |
|
| 284 | + |
|
| 285 | +[86] Polletta, Freedom Is an Endless Meeting, 169. |
|
| 286 | + |
|
| 287 | +[87] Ibid., 152. |
|
| 288 | + |
|
| 289 | +[88] Ehrlich, “Socialism, Anarchism, and Feminism.” |
|
| 290 | + |
|
| 291 | +[89] Ibid. |
|
| 292 | + |
|
| 293 | +[90] Jo Freeman, “The Tyranny of Structurelessness,” The Second Wave 2, no. 1 (1972). |
|
| 294 | + |
|
| 295 | +[91] Ibid. |
|
| 296 | + |
|
| 297 | +[92] Ehrlich, “Socialism, Anarchism, and Feminism,” 271. |
|
| 298 | + |
|
| 299 | +[93] Freeman, “The Tyranny of Structurelessness.” |
|
| 300 | + |
|
| 301 | +[94] Ibid. |
|
| 302 | + |
|
| 303 | +[95] Cathy Levine, “The Tyranny of Tyranny” in Untying the Knot: Feminism, Anarchism, and Organization (Dark Star Press and Rebel Press, 1984). |
|
| 304 | + |
|
| 305 | +[96] Levine, “The Tyranny of Tyranny,” 49. |
|
| 306 | + |
|
| 307 | +[97] Ibid., 53. |
|
| 308 | + |
|
| 309 | +[98] Ibid., 54. |
|
| 310 | + |
|
| 311 | +[99] Ehrlich, “Socialism, Anarchism, and Feminism,” 271; Farrow, “Feminism as Anarchism.” |
|
| 312 | + |
|
| 313 | +[100] Negrin, Begin at Start, 1. |
|
| 314 | + |
|
| 315 | +[101] Sue Katz, “An Anarchist Plebe Fights Back,” The Furies 1, no. 4 (n.d.): 10. |
|
| 316 | + |
|
| 317 | +[102] Polletta, Freedom Is an Endless Meeting, 170. |
|
| 318 | + |
|
| 319 | +[103] Kornegger, “Anarchism: The Feminist Connection |
|
| 320 | + |
|
| 321 | +[104] Barbara Epstein, Political Protest and Cultural Revolution: Nonviolent Direct Action in the 1970s and 1980s (Berkeley: University of California Press, 1991) 100. |
|
| 322 | + |
|
| 323 | +[105] Elaine Leeder, “Feminism as Anarchist Process,” in Quiet Rumours: An Anarcha-Feminist Reader, ed. Dark Star Collective, 2nd edition (Edinburgh: AK Press, 2008). |
|
| 324 | + |
|
| 325 | +[106] Leeder, “The Makings of An Anarchist Feminist.” |
|
| 326 | + |
|
| 327 | +[107] Weber, “On the Edge of All Dichotomies,”168. |
|
| 328 | + |
|
| 329 | +[108] Epstein, Political Protest and Cultural Revolution, 55. |
|
| 330 | + |
|
| 331 | +[109] Weber, “On the Edge of All Dichotomies,”133. |
|
| 332 | + |
|
| 333 | +[110] Leeder, “Feminism as Anarchist Process,” 3. |
|
| 334 | + |
|
| 335 | +[111] Epstein, Political Protest and Cultural Revolution, 159. |
|
| 336 | + |
|
| 337 | +[112] Kytha Kurin, “Anarcha-Feminism: Why the Hyphen?” in Only a Beginning: An Anarchist Anthology, ed. Allan Antliff (Vancouver, BC.: Arsenal Pulp Press, 2004), 262. [113] Cindy Milstein, “‘Occupy Anarchism’: Musings on Prehistories, Present (Im)Perfects & Future (Im)Perfects,” in We Are Many: Reflections on Movement Strategy from Occupation to Liberation, ed. Kate Khatib, Margaret Killjoy, and Mike McGuire, (Oakland: AK Press, 2012). |
|
| 338 | +[114] Kornegger, “Anarchism: The Feminist Connection,” 248. [115] Chris Dixon, Another Politics: Talking Across Today’s Transformative Movements (Berkeley: University of California Press, 2014). |
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webpages/ourarticles/Commentaire sur Rudd Koopmans.md
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| 1 | +--- |
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| 2 | +title: Commentaire sur Rudd Koopmans |
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| 3 | +--- |
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| 4 | + |
|
| 5 | +Cette notice porte sur Ruud Koopmans, « <a href="https://www.jstor.org/stable/2096279">The Dynamics of Protest Waves: West Germany, 1965 to 1989</a> », <i>American Sociological Review</i>, 58 (5), 1993, pp. 637‑658. |
|
| 6 | + |
|
| 7 | +*** |
|
| 8 | + |
|
| 9 | +# À propos de l'étude de Rudd Koopmans sur les "Nouveaux Mouvements Sociaux" de la seconde moitié du XXème siècle, principalement en Allemagne, en Italie, aux US ou aux Pays-Bas. |
|
| 10 | + |
|
| 11 | +Le coeur de son analyse est d'essayer de comprendre les dynamiques des actions collectives ; quelle logique il existe dans les successions de mobilisations et de démobilisations, et leurs formes. Koopmans veut étudier les évolutions des mouvements, leur croissance et décroissance, ce qui implique aussi de savoir quelle praxis est efficace et quelle praxis ne l'est pas pour un mouvement. |
|
| 12 | + |
|
| 13 | + |
|
| 14 | +## Qu'est-ce qu'un mouvement social pour Koopmans ? |
|
| 15 | + |
|
| 16 | +Les mouvements sociaux se définissent par une faible institutionnalisation, une forte hétérogénéité, une absence de limites clairement définies et de structures centrales de prise de décision, et enfin une forte volatilité. |
|
| 17 | + |
|
| 18 | +Pour faire des études des actions politiques, Koopmans crée une typologie. Il distingue 4 formes d'actions : |
|
| 19 | +<ol> |
|
| 20 | +<li>"Demonstrative actions" : Actions légales, mobilisations de masse, manifestations, meetings, pétitions... toutes des actions non-violentes. Ces actions permettent notamment de mobiliser du monde.</li> |
|
| 21 | +<li>"Confrontational Actions" : Actions non-violentes ici aussi, mais qui ont un but clairement disruptif vis à vis des institutions, souvent extralégales, à l'exemple de la désobéissance civile, les blocus, occupations, manifestations illégales, etc. Elles capitalisent sur un caractère innovateur pour être efficaces.</li> |
|
| 22 | +<li>"Violence légère" : Actions émeutières, etc.</li> |
|
| 23 | +<li>"Violence lourde" : Conspiration, vandalisme, terrorisme, sabotage, meurtre, kidnapping, etc.</li> |
|
| 24 | +</ol> |
|
| 25 | + |
|
| 26 | +Il s'intéresse également à quelles organisations sont derrière les actions politiques (actions spontanées, organisations clandestines violentes ou terroristes, avant-gardes, partis et syndicats) ; les formes de la répression de ces actions ; et la présence ou non d'un soutien par des acteurs politiques établis comme les partis et syndicats. |
|
| 27 | + |
|
| 28 | + |
|
| 29 | +<center>⁂</center> |
|
| 30 | + |
|
| 31 | +Une fois cette typologie établie et ses sources listées, Koopmans s'intéresse à deux théories prééxistantes sur les dynamiques des mouvements sociaux : |
|
| 32 | + - La théorie de Karstedt-Henke |
|
| 33 | + - La théorie de Tarrow |
|
| 34 | + |
|
| 35 | +### 1) Karstedt-Henke : The Counterstrategies of Authorities |
|
| 36 | + |
|
| 37 | +En 1980, Karstedt-Henke argue que les mouvements protestataires passent par 4 phases distinctes : |
|
| 38 | +<ol> |
|
| 39 | +<li>Phase initiale : Les autorités surréagissent à l'émergence du mouvement. S'ensuit une stratégie de répression assez confuse, inconsistente... qui provoque un outrage public.</li> |
|
| 40 | +<li>La stratégie initiale est un échec. Les autorités vont alors mixer répression et une tentative d'appaiser certaines parties du mouvement avec des concessions, trier les "bons" et les "mauvais" protestataires.</li> |
|
| 41 | +<li>Cette stratégie du pouvoir crée des conflits internes au mouvement. Les modérés sont intégrés dans le système politique et s'éloignent des actions sur le terrain. Les radicaux, eux, s'extrémisent. Ils sont confrontés à une répression complète, étant séparés de leurs alliés modérés à l'intérieur et l'extérieur du mouvement. On rentre dans une spirale de violence et de répression.</li> |
|
| 42 | +<li>Début d'action insurrectionnelle et terroriste. Les méthodes confrontationnelles pacifiques sont abandonnées ; les modérés préférant les tactiques réformistes, les radicaux empêchant le mouvement de masse et évitant la répression issue d'actions visibles. Les groupes radicaux se marginalisent encore plus et se ferment aux nouveaux participants.</li> |
|
| 43 | +</ol> |
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| 44 | + |
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| 45 | +### 2) Tarrow : Competition among organizations |
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| 46 | + |
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| 47 | +Pour Tarrow, les mouvements sociaux émergent quand il y a de nouvelles opportunités : une baisse momentanée dans la répression, une division des élites, l'apparition d'alliés favorables. |
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| 48 | + |
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| 49 | +Les protestataires sont à l'origine d'innovations tactiques. Ces innovations et leur diffusion est un processus qui suit une logique : les organisations qui font partie du mouvement vont rentrer en compétition et innover au sein du secteur du mouvement social pour attirer du soutien. |
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| 50 | + |
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| 51 | +Cette compétition intensifie le répertoire vers des formes plus radicales, avant que le cycle ne décline à travers une combinaison d'institutionnalisation et de violence. |
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| 52 | + |
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| 53 | + |
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| 54 | +The development of the action repertoire |
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| 55 | + |
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| 56 | +Koopmans revient sur ces deux théories, d'abord sur celle de Tarrow. |
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| 57 | +Il a un regard très critique sur cette dernière et reprend directement ses données et son corpus, qui se base sur les mouvements italiens de 1965 à 1975. |
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| 58 | + |
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| 59 | +Ce corpus indique que les actions qui dominent au début sont des actions confrontationnelles (des occupations par exemple : actions de type 2). Au fur et à mesure, les syndicats interfèrent de plus en plus et poussent au développement d'actions démonstratives pacifiques et légales (actions de type 1). |
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| 60 | + |
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| 61 | +La violence se développe et devient plus commune à la fin du processus, lorsque tous les autres formes d'action ont commencé à décliner. Et la violence de masse se transforme en violence groupusculaire. |
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| 62 | + |
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| 63 | +McAdam (1982) qui étudie les civil rights aux US, note une progression similaire, de même que Koopmans (1992) aux Pays-Bas. |
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| 64 | + |
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| 65 | +Koopmans souligne ainsi que l'innovation dans les mouvements sociaux est liée aux tactiques confrontationnelles, qui visent à la disruption. Cette disruption peut-être ensuite dans certains cas normalisée ou réintégrée, mais bien souvent surtout elle est réprimée ; les tactiques confrontationnelles (de type 2) sont les plus ciblées. Les tactiques confrontationnelles qui initient le mouvement font face à une répression qui va pousser les éléments du mouvement en deux directions inverses, la modération et la radicalisation : violence contre intégration. |
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| 66 | + |
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| 67 | +La fuite en avant vers le militantisme violent s'explique pour plusieurs raisons : la répression des groupes non-violents délégitimise le pouvoir, et rend donc l'opposition violente à celui-ci plus légitime ; en outre, les actions violentes deviennent moins coûteuses que des actions confrontationnelles non-violentes (Par exemple par la résistance aux arrestations, l'autodéfense, ou le fait que les groupes clandestins pourraient être plus difficiles à cibler par les autorités : ces méthodes rendent la répression plus difficile et protègent donc mieux le militant ou la militante). |
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| 68 | + |
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| 69 | + |
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| 70 | +## Organisation et Spontanéité |
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| 71 | + |
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| 72 | +### Two views on the role of organization |
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| 73 | + |
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| 74 | +Pour Tarrow (1989), la phase d'expansion du mouvement n'est pas le produit d'une spontanéité pure, mais de compétition entre organisations de mouvement. |
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| 75 | +Au fur et à mesure, le "marché" devient de plus en plus bondé, ce qui crée une fuite dans la radicalisation pour obtenir du soutien, de l'attention médiatique, etc. |
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| 76 | + |
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| 77 | +D'autres, comme Piven et Cloward (1977) arguent au contraire du rôle pionnier des disruptions causées par les différentes formes de manifestation qui peuvent se révéler plus spontanées qu'organisées. |
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| 78 | + |
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| 79 | +L'idée est que les organisations au contraire sont la principale force qui affaiblit le mouvement protestataire, en allouant les ressources vers des buts et méthodes plus conventionnels. |
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| 80 | + |
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| 81 | +Selon Koopmans, l'hypothèse est prouvée comme fausse par ses propres datas : |
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| 82 | + |
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| 83 | +- Si son hypothèse était vraie, il faudrait que le degré de disruption soit au plus haut quand les organisations dominent les mouvements ; or c'est l'inverse que l'on voit. |
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| 84 | +- Si son hypothèse était vraie, les actions protestataires non organisées devraient être moins efficaces et disruptives que celles organisées. Dans les faits, sur la période italienne, on voit un phénomène plus nuancé. (Et en outre les données employées par Tarrow sont biaisées, puisqu'il prend par exemple en compte les actions perpétrées par des groupuscules d'extrême droite). On notera surtout que ce sont les actions groupusculaires qui sont les plus disruptives. |
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| 85 | + |
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| 86 | +*** |
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| 87 | + |
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| 88 | +## DISCUSSION : Determinants of the rise and fall of protest waves. |
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| 89 | + |
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| 90 | +D'où vient la puissance d'une action ? Certains auteurs arguent de l'importance du nombre ; d'autres, à l'inverse, arguent de l'importance de la violence et de la disruption. |
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| 91 | + |
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| 92 | +Tarrow ainsi que Piven et Cloward pensent que l'efficacité d'une action se mesure dans sa capacité à briser les limitations imposées au comportement social. |
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| 93 | + |
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| 94 | +Rochon (1990) fait un mix de trois éléments pour expliquer la puissance des mouvements : le militantisme, la taille, et l'innovation. Koopmans est du même avis. |
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| 95 | + |
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| 96 | +L'innovation : Elle crée de l'attention et crée de l'insécurité pour les forces établies. ça prend aussi au dépourvu les autorités qui ne s'attendent pas à de nouvelles tactiques, de nouveaux thèmes. (Les pouvoirs ayant une forte inertie). |
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| 97 | +Militantisme : C'est le pouvoir direct du mouvement. C'est un outil risqué surtout quand il est question de violence, puisqu'elle crée un risque de répression ou de backlash. |
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| 98 | + |
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| 99 | +Oberschall (1979) : Les innovations tactiques deviennent moins efficaces avec le temps car les autorités apprennent à y répondre et elles attirent moins d'attention par les médias, etc. (Routinisation). |
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| 100 | + |
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| 101 | +Obserschall note également que l'absence d'organisation est difficile à soutenir sur le long terme. |
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| 102 | + |
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| 103 | +Les groupes innovateurs souffrent car avec l'évolution du mouvement, il y a une compétitivité croissante des autres forces : les mouvements professionnalisés et institutionnalisés d'un côté, les groupes radicaux de l'autre. |
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| 104 | + |
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| 105 | +Oberschall (1978) note également que les médias et autorités préfèrent avoir pour interlocuteurs et objets quelques leaders et des groupes bien identifiables ; cela pousse le plus souvent à une restructuration des mouvements en ce sens, les groupes plus hiérarchiques, avec une "élite" interne qui peut servir de représentation ayant une meilleure visibilité. |
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| 106 | + |
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| 107 | +McAdam (1988) note que sur le long terme un mouvement en déclin force les groupes à survivre soit en adoptant une structure leur permettant de survivre malgré la désertion des effectifs ; avec un accès à des ressources qui ne dépendent pas de la participation de masse (ça peut être par exemple par le biais de l'institutionnalisation), soit en ayant une identité collective suffisemment puissante pour continuer les mobilisations même dans un cadre défavorable (par exemple avec des orgas militantes groupusculaires). |
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| 108 | + |
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| 109 | + |
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| 110 | +## Quelques remarques |
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| 111 | + |
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| 112 | + |
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| 113 | +Quelques conclusions et remarques que l'on peut faire au sujet de cet article : |
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| 114 | + |
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| 115 | +Le grand défi d'un mouvement est peut-être de retarder sa division, son éclatement, et de parvenir à maintenir son usage d'actions de type 2 qui sont au coeur de ses réussites initiales et innovations. Notons que ces actions peuvent être plus que disruptives, elles peuvent être effectivement positives, constructives. Il y a ici une balance, une dialectique entre subversion et construction interstitielle qu'il faut étudier. Les théories et travaux sur la guérilla urbaine, à l'exemple de ceux d'Abraham Guillèn (ou même les propositions tactiques de Tiqqun, séparées de leur cadre théorique socio-économique caduc), peuvent apporter des pistes de réflexion pour répondre à cette question, tout autant que les écrits des théoriciens du mouvement interstitiel, à l'exemple de William Gillis ou Kevin Carson (Exodus). En somme, cela poste la question de jusqu'à quel point une variété d'approches tactiques non-institutionnelles peuvent coexister sans s'entredéchirer, comment la pénétration ou infiltration du tissu social et des mouvements peut se faire par l'extension d'une action à la fois positive et négative. |
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| 116 | + |
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| 117 | +Une tactique de pénétration/infiltration du tissu social et des mouvements, étendre le soutien par l'action (positive et négative), etc... |
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| 118 | + |
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| 119 | +Ce texte force également à s'intéresser à comment serait-il possible de retarder l'autonomisation des militants vis-à-vis du mouvement - chose qui devrait passer au moins sans doute par éviter la professionalisation de leur activité, par exemple, ou encore ne pas favoriser l'émergence de groupes qui deviennent complètements indépendants, sont complètement rigides, clairement identifiables. Aussi kitchs et limitées qu'elles puissent l'être, certaines des tactiques les plus visibles de l'autonomie (on ne vous les présente pas) ont au moins à elles un caractère largement inorganique. |
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| 120 | + |
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| 121 | +Il y a aussi la fine ligne qui existe entre massification et et marginalisation, sur laquelle il paraît nécessaire de savoir marcher. La massification pose beaucoup de problèmes en soit, puisqu'elle favorise l'institutionnalisation, l'électoralisme (et inversement l'électoralisme implique massification à coup de promesses et de compromis). |
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| 122 | + |
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| 123 | +Enfin : comment assurer une pérennité d'un mouvement sur le long terme ? |
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| 124 | +Notons qu'en aucun cas une organisation doit partir d'un principe de permanence (pour éviter sa fossilisation). |
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| 125 | + |
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| 126 | +En outre : cela implique de se demander comment gérer les ressources de groupes dans le cadre d'un mouvement en voie de démobilisation. |
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| 127 | + |
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| 128 | +Certains mouvements variés mais minoritaires ont pu espérer trouver une solution dans la pratique des projets positifs, en faisant en sorte que la subsistence du groupe soit profondément liée à son action : faire de la production/reproduction le coeur de l'action "politique" elle-même. Certaines branches de l'anarchisme (mutuellisme, individualisme, et même, à un degré, le syndicalisme) ou de l'autonomie s'y sont penchées. |
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| ... | ... | \ No newline at end of file |
webpages/ourarticles/Dual Power.md
| ... | ... | @@ -0,0 +1,114 @@ |
| 1 | +--- |
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| 2 | +title: Dual Power |
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| 3 | +--- |
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| 4 | +# Tactiques et statégies |
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| 5 | +<p align="center"> |
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| 6 | +<img src="media/images/Logo_vectorized_resized.png" style="background-color: transparent;" width = 50 height = 50> |
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| 7 | +</p> |
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| 8 | + |
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| 10 | +Autrice : Crabouibouif (anonyme), 2020 |
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| 12 | + |
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| 13 | +--- |
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| 14 | + |
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| 15 | +<i>Extrait du Manifeste de l'EANL (Etude et Actions Néosynthésiste Libertaire) par Crabouibouif et Rosenklippe |
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| 16 | +["Site de l'EANL"](https://eanl.purpleblack.org/) |
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| 17 | +<br />mai 2020</i> |
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| 18 | + |
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| 19 | +--- |
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| 20 | +<img src="media/images/DUAL_POWER_PURPLEBLACK.png" style="background-color: transparent;"> |
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| 21 | +-- |
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| 22 | + |
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| 23 | +Le *dual power* est concept de stratégie militante qui désigne la construction d’un contre-pouvoir populaire qui rentre en contradiction avec le pouvoir politique. Le terme vient à l’origine du léninisme, mais il a existé avant lui et a été réactualisé sous d'autres formes. |
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| 24 | + |
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| 25 | +Il s’agit tout d’abord de la mise en réseaux des organisations de lutte (sociétés de résistance/syndicats), de propagande (partis/groupes) et – le plus important – les organes économiques ou sociaux autogérés (coopératives, soupes populaires, banques et assurances mutuelles, bourses du travail...). |
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| 26 | + |
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| 27 | +On peut noter à la fin du XIXè siècle, un grand nombre de pratiques d'entraide sous cette forme : les coops/scops donnaient de l'argent aux caisses de grève, les familles de la campagne (voire celles à l'étranger) accueillaient le temps des grèves les enfants des ouvriers mobilisés. On peut aussi évoquer les pratiques de mutualités employées à l'échelle internationale pour que les syndicats des différents pays se soutiennent économiquement de façon décentralisée. |
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| 28 | + |
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| 29 | +*La Lutte et l'Entraide* de Nicolas Delalande (2019) évoque cette question et révèle son origine au sein du mouvement mutuelliste. Pierre-Jospeh Proudhon avait imaginé la possibilité de "réseauter" des coopératives autour des banques du peuple (banques mutuelles), créant des bastions de résistance au capitalisme et favorisant les pratiques émancipatrices. |
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| 30 | +On peut donc comprendre le *dual power* comme l’émancipation économique progressive du travailleur de l’État. Il permet autant de soutenir des luttes sociales conventionnelles que les efforts révolutionnaires tout en familiarisant les travailleurs avec l'autogestion. |
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| 31 | + |
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| 32 | +Enfin, chez Lénine, le *dual power* indiquait en 1917 la contradiction du pouvoir politique du gouvernement provisoire de Kerensky avec le « pouvoir des soviets », qui possédaient dans les faits le véritable pouvoir local en organisant la gestion des ateliers par les travailleurs autant que la sécurité ou l'aide sociale. |
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| 33 | + |
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| 34 | +*** |
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| 35 | + |
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| 36 | +Aujourd’hui, pratiquement toutes les branches de l’anarchisme brandissent cet étendard idéologique comme substitut ou additif à la révolution. Le *dual power* peut être au service du pacifisme : Mutuellisme étroit, Néofouriérisme et aujourd'hui libertarianisme de gauche (ou encore individualisme des années 1920 avec leurs communes libres). Il peut être un auxiliaire à la révolution, sur le modèle des mutuellistes avancées, des collectivistes ou des plateformistes et des mutuellistes révolutionnaires plus récemment. |
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| 37 | + |
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| 38 | +*** |
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| 39 | + |
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| 40 | +« Comme le monopole idéologique des institutions dominantes est brisé et que les gens s'appuient de plus en plus sur les institutions alternatives (IA), ceux qui ont bénéficié des arrangements existants peuvent chercher à démanteler leurs concurrents débutants. […] Les institutions de contre-pouvoir (XI) sont créées à la fois pour défendre les IA et pour promouvoir leur croissance. Elles s'efforcent de remettre en question et d'attaquer le statu quo tout en créant, défendant et garantissant un espace pour l'opposition et les institutions alternatives. Elles le font par tous les moyens, des protestations politiques à l'appropriation directe (de plantations, de bâtiments gouvernementaux, d'usines, etc.) pour l'utilisation d'institutions alternatives, en passant par la désobéissance civile ou la résistance armée. |
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| 41 | + |
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| 42 | +[…] Les changements réels sont en cours, plutôt que d'être reportés à un moment révolutionnaire, de sorte que les besoins non satisfaits par l'ordre préexistant sont satisfaits pendant la lutte et qu'aucun secteur de la société ne se fait dire que ses préoccupations ne peuvent être traitées qu'après la victoire. En d'autres termes, la création d'IA et de l'espace politique qui leur est destiné présente des avantages intrinsèques, outre l'avancement du projet révolutionnaire. […] Simultanément, la crédibilité d'une vision révolutionnaire est immensément accrue par sa mise en pratique et par son affinement et son amélioration au fil du temps. Il est également concevable que les clivages entre les révolutionnaires et les réformateurs (et toutes les nuances entre les deux) puissent être réduits en ayant un projet commun que les deux trouvent utile. Les forces qui seraient envoyées pour réprimer un mouvement révolutionnaire se trouvent confrontées à des personnes qui ont pris le contrôle de leur propre vie, plutôt qu'à des cadres armés qui tentent d'imposer une vision au pays, ce qui pourrait éviter un conflit militaire ou du moins en réduire la gravité. |
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| 43 | + |
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| 44 | +Le succès des rébellions à double pouvoir se termine par l'acceptation des nouvelles formes sociales par une grande partie de la population et la prise de conscience par les anciens dirigeants qu'ils ne sont plus capables d'utiliser leurs systèmes de force contre le mouvement révolutionnaire. Cela peut se produire parce que la non-coopération a paralysé les anciennes structures de pouvoir, parce que trop peu de gens restent fidèles aux anciens dirigeants pour faire respecter leur volonté, ou parce que les dirigeants eux-mêmes subissent une conversion idéologique. […] La prétendue "nécessité" d'une avant-garde révolutionnaire pour guider l'impulsion révolutionnaire se révèle sans fondement : comme le peuple a déjà appris à gérer ses propres affaires, il n'a pas besoin de tutelle d'en haut. La possibilité de cooptation est minimisée : "Lorsque le peuple reconnaît son véritable pouvoir, il ne peut être enlevé par la rhétorique ou ... l'imposition" » |
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| 45 | + |
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| 46 | + – « An Introduction to Dual Power strategy », Dominick A. Brian.[^1] |
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| 47 | + |
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| 48 | +[^1]:[« An Introduction to Dual Power strategy », Dominick A. Brian.](/webpages/ourarticles/Introduction%20au%20Dual%20Power.md) |
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| 49 | + |
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| 50 | +<br /> |
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| 51 | +**La critique anarchiste** |
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| 52 | + |
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| 53 | +Dans “An Introduction to Dual Power Strategy”, Brian A. Dominick, anarchiste plutôt de la tendance mutuelliste, marque les différences significatives entre communistes et anarchistes sur la définition du Dual Power. |
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| 54 | + |
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| 55 | +« […] Il y a deux dualités à l'œuvre dans le concept stratégique moderne connu sous le nom de Dual Power. […] |
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| 56 | + |
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| 57 | +Les marxistes contemporains insistent sur le fait que les conditions objectives nécessaires à la révolution sociale existent aujourd'hui dans les sociétés nord-américaines et dans l'ensemble du monde industrialisé. Ces conditions, affirme-t-on, sont les formes de production technologiquement avancées qui donnent aux travailleurs la capacité, et non l'autorité, de répondre à tous les besoins matériels de la population. En d'autres termes, si seuls les travailleurs se soulevaient et prenaient le contrôle des moyens de production, la révolution serait à portée de main, car ils pourraient réorganiser l'allocation et finalement se débarrasser d'une pénurie artificielle de biens matériels et de services. L'élément manquant aujourd'hui, affirment les marxistes, est la condition subjective de la conscience révolutionnaire. C'est-à-dire que le peuple doit devenir révolutionnaire dans son esprit. |
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| 58 | + |
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| 59 | +L'idéologie marxiste, telle qu'elle est diffusée par les partis "communistes" modernes (avant-garde autoproclamée dans un état prématuré), est le véhicule prétendument capable d'inculquer cette conscience révolutionnaire aux "masses". Cette croyance est la raison pour laquelle les marxistes contemporains ont tendance à s'organiser idéologiquement, en diffusant de la propagande, plutôt que pratiquement, comme dans la mise en place des organisations de base nécessaires à la satisfaction des besoins immédiats et futurs du peuple, y compris une autogestion politique et économique popularisée. Pour eux, le Dual Power se produit lorsque leur parti établit la force et les moyens nécessaires pour réorganiser et diriger la société du haut vers le bas. » |
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| 60 | + |
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| 61 | +<br /> |
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| 62 | +**La conception anarchiste : municipalistes, mutuellistes et socialistes** |
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| 63 | + |
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| 64 | +Dans une vision similaire, James Mumm, anarcho-municipaliste américain dans un article nommé « Active Revolution » propose une vision « anarchiste » du Dual Power : |
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| 65 | +« Dans la définition originale, le double pouvoir se référait à la création d'un pouvoir alternatif et libératoire pour exister aux côtés du pouvoir étatique/capitaliste et finalement le surmonter. […] |
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| 66 | + |
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| 67 | +La théorie du Dual Power est une double stratégie de résistance publique à l'oppression (contre-pouvoir) et de construction d'alternatives coopératives (contre-institutions). La résistance publique à l'oppression englobe tous les mouvements d'action directe et de protestation qui luttent contre l'autoritarisme, le capitalisme, le racisme, le sexisme, l'homophobie et les autres oppressions institutionnalisées. […] |
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| 68 | + |
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| 69 | +Il est essentiel que ces deux modes d'action généraux ne soient pas isolés au sein d'un mouvement donné. Les organisations de contre-pouvoir et de contre-institution doivent être en relation les unes avec les autres. […] |
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| 70 | + |
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| 71 | +Il n'implique pas un double ensemble de principes, et donc de processus - un pour la résistance du public et un autre pour la construction d'alternatives coopératives. Le processus utilisé pour les deux orientations stratégiques a le même ensemble de principes à la base. Les principes anarchistes de démocratie directe, de coopération et d'entraide ont des implications pratiques qui informent les stratégies de double pouvoir pour la révolution. » |
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| 72 | + |
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| 73 | +<br /> |
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| 74 | +**Insurrectionnalisme** |
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| 75 | + |
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| 76 | +A cela pouvons-nous ajouter les quelques précisions sur la structure de la Révolution selon Brian : |
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| 77 | +« Dans l'esprit de la démocratie participative, la stratégie du Dual Power met fortement l'accent sur le collectivisme, l'application de principes et de pratiques non autoritaires dans les situations sociales quotidiennes, du foyer et de la famille au lieu de travail et à l'économie. Le collectivisme exige, au-delà de la répartition égale du pouvoir entre les individus, de mettre l'accent sur la participation et la diversité des idées. Par conséquent, non seulement les acteurs se voient accorder un poids égal dans la prise de décisions, mais les options elles-mêmes font l'objet d'une attention particulière. Les plus grands facteurs de définition des institutions collectives bien organisées sont les suivants (1) la valorisation (et pas seulement la tolérance) de la dissidence ; (2) l'accent mis sur le processus démocratique ; (3) l'obtention d'une participation maximale de tous les membres ; (4) le sentiment d'unité et d'objectif commun ; (5) l'encouragement de la familiarité interpersonnelle entre les membres ; et (6) le développement et le partage des compétences entre les membres. |
|
| 78 | + |
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| 79 | +Ainsi, l'individu est l'unité primaire du changement social, et le collectif est l'unité secondaire. Mais tout comme l'individu peut ne pas s'épanouir dans le vide, le collectif doit reconnaître le contexte plus large du mouvement et la place qu'il y occupe. C'est pour cette raison que les institutions individuelles, organisées collectivement si elles sont révolutionnaires, doivent s'affilier à d'autres institutions similaires. […] |
|
| 80 | + |
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| 81 | +L'établissement d'un Dual Power est offensant dans un sens très subversif : il cherche à empiéter lentement mais pleinement sur le domaine de ceux qui détiennent l'autorité, le statu quo. Les attaques contre les institutions à double pouvoir peuvent donc être considérées comme des manœuvres défensives de la part de l'État et de ses cohortes. Généralement, dans toute lutte, si les défenseurs sont bien établis, ils ont un avantage certain sur leurs agresseurs. Il est donc évident que la clé est de devenir bien établi. » |
|
| 82 | + |
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| 83 | +Brian donne ainsi un élément important à la compréhension de l’organisation anarchiste du Dual Power : son antiautoritarisme. Il exclut selon lui plusieurs pratiques, notamment celles des plateformistes et la mise en place d’une armée révolutionnaire composée de milices ou de régiments propre à l’idée de la lutte des classes : |
|
| 84 | + |
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| 85 | +« Une partie de cette préparation au moment de l'insurrection consiste à affaiblir l'ennemi bien à l'avance. Cela signifie qu'il faut agiter et organiser les rangs des agents de l'ancien ordre. Cela signifie démoraliser la police et l'armée, les encourager à apporter des changements dans leurs institutions comme nous le faisons dans diverses autres. En effet, cela signifie les encourager à devenir nous. […] Mais ne vous y trompez pas, lorsque la violence s'intensifiera parce que les autorités, autrefois confortables, reconnaîtront la menace qui pèse sur leur statut, et sur le cadre social même qui donne naissance à ce statut, nous ne pourrons pas battre une armée au complet, ou des forces de police qui fonctionnent bien. Résistance, refus, sabotage, désertion, tout cela devra être banalisé au sein des forces armées, sinon nous n'aurons aucun espoir de succès dans l'insurrection. |
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| 86 | +Un autre élément majeur de la victoire insurrectionnelle sera la furtivité. En d'autres termes, puisque l'insurrection commencera à peu près au moment où les élites découvriront qu'elles sont sur le point de perdre le tapis sous leurs pieds, nous devons nous débarrasser de la plus grande partie possible de ce tapis et le remplacer par notre nouvelle fondation, le dual power, avant qu'elles ne reconnaissent une menace importante. […] |
|
| 87 | + |
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| 88 | +Sans chefs mais non pas désorganisés, les instances (si on peut parler d’instances) insurrectionnelles ne peuvent pas provoquer une remise en question de l’organisation collective par l’ennemi car l’insurrection n’existe que par l’impulsion d’individus conscientisés et indépendants de leurs actes et du collectif. |
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| 89 | + |
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| 90 | +En excluant la croyance du « lendemain meilleur » propre à la révolution violente et armée, l’insurrection permet la structuration parallèle de coopératives, comités sociaux, etc. A la différence d’un soldat, l’insurgé·e peut aussi être membre d’un collectif alternatif et y participer activement. |
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| 91 | + |
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| 92 | +<br /> |
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| 93 | +**Précisions pour les Communistes Libertaires** |
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| 94 | + |
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| 95 | +Dans un article de la DSA Libertaire de décembre 2018, les anarchistes américain·es parlent de la nécessité à employer de la stratégie du Dual Power : |
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| 96 | +« Après plus d'un an de discussions sur nos expériences et nos idées, d'organisation de projets au sein et entre nos sections locales, et de mise en place d'institutions durables à l'intérieur et à l'extérieur de la DSA, nous sommes finalement parvenus à un consensus sur les grandes lignes d'une stratégie révolutionnaire adaptée à notre contexte et à nos conditions matérielles actuels. Nous sommes désormais tous d'accord pour dire que la voie du socialisme à notre époque est de construire un Dual Power. » |
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| 97 | +Au fil de cet article la DSA avance l’importance du Dual Power du militantisme : cette stratégie permet la création d’espaces libérés du capitalisme, d’institutions alternatives, de l’engagement. Comment ? |
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| 98 | + |
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| 99 | +« Pour accomplir ces choses en tant que mouvement des classes ouvrières dans toute notre variété, nous devons nous organiser avec tous ceux qui sont exploités et opprimés par le système capitaliste. Cela signifie que nous devons travailler ensemble non seulement sur le lieu de travail, mais aussi dans nos communautés (en ligne et dans la vie réelle), nos blocs et nos prisons, nos écoles et nos quartiers, nos maisons et nos rues, pour construire le pouvoir de la classe ouvrière de base. Nous reconnaissons que cela inclut les travailleurs engagés formellement et informellement au point de production, de logistique et de réalisation, mais aussi ceux qui sont au chômage, retraités, incarcérés, dépendants ou handicapés, et tous ceux qui ne possèdent et ne contrôlent pas les moyens de production capitalistes dans le cadre du 1% ou de leurs laquais. […] |
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| 100 | + |
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| 101 | +À notre avis, le Dual Power est composé de deux éléments : (1.) la construction de contre-institutions qui servent d'alternatives aux institutions qui régissent actuellement la production, l'investissement et la vie sociale sous le capitalisme, et (2.) l'organisation et la confédération de ces institutions afin de construire une base de contre-pouvoir populaire qui peut éventuellement remettre en question de front le pouvoir existant des capitalistes et de l'État. » |
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| 102 | + |
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| 103 | +Les communistes libertaires américains font appel à la structure confédérale pour structurer les institutions alternatives et de contre-pouvoir. Dans ce modèle là les deux institutions s’entremêlent et font appel à la démocratie directe : une confédération en croissance s’oppose à un État dominant. |
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| 104 | + |
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| 105 | +« Le Caucus socialiste libertaire s'organise pour construire des réseaux de conseils communautaires, d'assemblées populaires, de syndicats de locataires et d'autres organes de démocratie participative qui forment un contrepoids aux institutions autoritaires qui régissent actuellement nos vies, organisant la société en parallèle contre le capitalisme et l'État. […]; nos conseils et assemblées peuvent restructurer l'autorité politique autour de nos propres processus de démocratie directe confédérale. Ce cadre de construction du pouvoir populaire en dehors des institutions de gouvernance de notre système actuel, pour remettre en question et éventuellement remplacer ces institutions par des institutions véritablement démocratiques de notre propre fabrication, est le cœur du Dual Power. […] |
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| 106 | + |
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| 107 | +Les contre-institutions peuvent comprendre, sans s'y limiter : les conseils communautaires, les assemblées populaires de quartier, les conseils de travailleurs, les syndicats, les syndicats de base, les coopératives de travailleurs, les économies de solidarité redistributives en réseau local et régional, les initiatives de budgétisation participative et les banques de temps. Ils comprennent également des collectifs engagés dans la fourniture d'une aide mutuelle et de secours en cas de catastrophe, des syndicats de locataires, des fiducies foncières communautaires, des coopératives d'habitation, des systèmes communautaires d'agriculture et de distribution alimentaire, de l'énergie appartenant à la communauté, des modèles d'éducation horizontale, des collectifs de garde d'enfants, et des cliniques de santé gérées par la communauté, pour n'en citer que quelques-unes. […] » |
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| 108 | +Jusque-là les communistes libertaires reprenaient avec beaucoup de similitudes le système collectiviste déjà décrit, mais il ne semble pas reprendre le caractère insurrectionnel précédemment présenté, ou du moins il n’en fera pas part. |
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| 109 | + |
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| 110 | + « Les communautés ouvrières qui s'organisent pour s'occuper des différents problèmes qui les concernent - de la réparation des rues à la distribution de nourriture, des cliniques aux feux de freinage au nettoyage des bâtiments négligés - montrent toutes les limites de la capacité de l'État néolibéral à résoudre nos problèmes et donc à le délégitimer aux yeux des observateurs. Les grèves et les arrêts de travail, les grèves des loyers, les blocages d'autoroute et les manifestations de masse qui accablent la capacité des autorités à maintenir le "business as usual" font tous partie de la façon dont la classe ouvrière démontre son pouvoir. […] |
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| 111 | + |
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| 112 | +Une fois établies, les institutions du Dual Power qui travaillent à l'expansion du socialisme municipaliste dans telle ou telle communauté se confondent d'abord au niveau régional, puis en un vaste réseau international de "villes intrépides" similaires dédiées à la révolution contre le capitalisme et le fascisme, et à la construction dévouée du socialisme libertaire. Cette architecture organisationnelle décentralisée, en réseau, peut donner la priorité à l'universalisation de la démocratie économique et à la redistribution des biens et des services à tous, dans les communautés et les régions respectives. » |
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| 113 | + |
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| 114 | +*** |
webpages/ourarticles/Gradualisme.md
| ... | ... | @@ -0,0 +1,204 @@ |
| 1 | +--- |
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| 2 | +title: Gradualisme |
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| 4 | +# Tactiques et statégies |
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| 6 | +<p align="center"> |
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| 7 | +<img src="media/images/Logo_vectorized_resized.png" style="background-color: transparent;" width = 50 height = 50> |
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| 8 | +</p> |
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| 11 | +Auteur : Errico Malatesta, octobre 1925 |
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| 14 | +_Source: The Method of Freedom: An Errico Malatesta Reader. In The Anarchist Revolution: Polemical Articles 1924–1931, edited and introduced by Vernon Richards (London: Freedom Press, 1995), p.82–87. Originally published as "Gradualismo," Pensiero e Volantà (Rome) 2, no.12 (1 October 1925)._ |
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| 15 | + |
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| 16 | +_Note personnelle – Par X, traductrice_ |
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| 17 | + |
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| 18 | +_Errico Malatesta développe dans cet extrait le « gradualisme révolutionnaire ». Cette notion permet la compréhension de l'insurrectionnalisme. Elle met en défaut le principe de « Révolution » entretenu par les organisations marxistes et anarchistes. Malatesta nous amène à penser que l'anarchisme ne pourra pas prendre forme dans une action militaire seule (aka la Révolution) mais dans une mise en place graduelle de contre-pouvoir et d'alternatives. Et qu'une révolte brusque ne peut mener qu'à l'autoritarisme si elle n'est pas accompagnée par l'émergence d'une société alternative en parallèle._ |
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| 19 | + |
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| 20 | +_Traduction de l'anglais au français. Vous pouvez lire l'article original en fin de page. Références en bas de document._ |
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| 22 | +<br /> |
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| 24 | +<img src="media/images/Gradualism_Purple_black.png" style="background-color: transparent;"> |
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| 26 | +<br /> |
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| 27 | + |
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| 28 | +Au cours des polémiques qui surgissent entre anarchistes sur la meilleure tactique pour réaliser ou approcher la création d'une société anarchiste - et ce sont des polémiques utiles et même nécessaires quand elles reflètent la tolérance et la confiance mutuelles et évitent les récriminations personnelles - il arrive souvent que les uns reprochent aux autres d'être des gradualistes, et que ces derniers rejettent le terme comme s'il s'agissait d'une insulte. |
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| 29 | + |
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| 30 | +Pourtant, au sens propre du terme et dans la logique de nos principes, nous sommes tous des gradualistes. Et nous devons tous l'être, quelle que soit la manière dont nous le sommes. |
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| 31 | + |
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| 32 | +Il est vrai que certains mots, en particulier en politique, changent continuellement de sens et en prennent souvent un qui est tout à fait contraire au sens original, logique et naturel du terme. |
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| 33 | + |
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| 34 | +C'est le cas du mot "possibiliste". Y a-t-il quelqu'un de sain d'esprit qui puisse sérieusement prétendre vouloir l'impossible ? Pourtant, en France, ce terme est devenu l'étiquette spéciale d'une section du parti socialiste qui suivait l'ancien anarchiste Paul Brousse - et qui était plus disposée que d'autres à renoncer au socialisme en vue d'une coopération impossible avec la démocratie bourgeoise. |
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| 35 | + |
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| 36 | +Il en va de même pour le mot "opportuniste". Qui veut en effet être un in-opportuniste, et donc renoncer aux opportunités qui se présentent ? Pourtant, en France, le terme d'opportuniste a fini par être appliqué spécifiquement aux partisans de Gambetta[1] et est toujours utilisé dans un sens péjoratif pour désigner une personne ou un parti sans idées ni principes et guidé par des intérêts basiques et à court terme. |
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| 37 | + |
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| 38 | +Il en va de même pour le mot "transformiste". Qui nierait que tout dans le monde et dans la vie évolue et change ? Qui n'est pas aujourd'hui un "transformateur" ? Pourtant, ce mot a été utilisé pour décrire les politiques corrompues et à court terme des Depretis italiens[2]. |
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| 39 | + |
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| 40 | +Il serait bon de mettre un frein à l'habitude d'attribuer aux mots un sens différent de leur sens originel et qui donne lieu à de telles confusions et incompréhensions. Mais comment le faire, c'est une autre affaire, surtout quand le changement de sens est une tactique délibérée de la part des politiciens pour déguiser leurs objectifs iniques derrière de belles paroles. |
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| 41 | + |
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| 42 | +Il est donc peut-être vrai que le mot gradualiste, appliqué aux anarchistes, pourrait finir par décrire en fait ceux qui utilisent l'excuse de faire les choses graduellement, au fur et à mesure qu'elles deviennent possibles, et en dernière analyse ne font rien du tout - soit cela, soit ils vont, s'ils vont du tout, dans une direction contraire à l'anarchie. Si tel est le cas, le terme doit être rejeté. Cependant, le sens réel du gradualisme reste le même : tout dans la nature et dans la vie change par degrés, et cela n'est pas moins vrai pour l'anarchie. Elle ne peut apparaître que petit à petit. |
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| 43 | + |
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| 44 | +\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_ |
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| 45 | + |
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| 46 | +Comme je le disais plus haut, l'anarchisme est nécessairement gradualiste. |
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| 47 | + |
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| 48 | +L'anarchie peut être vue comme la perfection absolue, et il est juste que ce concept reste dans nos esprits, comme un phare pour guider nos pas. Mais il est évident qu'un tel idéal ne peut être atteint d'un seul coup, en passant de l'enfer du présent au paradis tant désiré de l'avenir. |
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| 49 | + |
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| 50 | +Les partis autoritaires, c'est-à-dire ceux qui croient qu'il est à la fois moral et opportun d'imposer par la force un ordre social donné, peuvent espérer - en vain ! - que lorsqu'ils arriveront au pouvoir, ils pourront, en utilisant les lois, les décrets... et les gendarmes, soumettre indéfiniment tout le monde à leur volonté. |
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| 51 | + |
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| 52 | +Mais de tels espoirs et souhaits sont inconcevables pour les anarchistes, car ceux-ci ne cherchent à imposer que le respect de la liberté et comptent sur la force de persuasion et les avantages perçus de la libre coopération pour la réalisation de leurs idéaux. |
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| 53 | + |
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| 54 | +Cela ne veut pas dire que je crois (comme, par polémique, un journal réformiste peu scrupuleux et mal informé me l'a fait croire) que pour réaliser l'anarchie il faut attendre que tout le monde devienne anarchiste. Je crois au contraire - et c'est pour cela que je suis révolutionnaire - que dans les conditions actuelles, seule une petite minorité, favorisée par des circonstances particulières, peut arriver à concevoir ce qu'est l'anarchie. Ce serait un vœu pieux que d'espérer une conversion générale avant qu'un changement ne se produise réellement dans le type d'environnement dans lequel l'autoritarisme et le privilège prospèrent aujourd'hui. C'est précisément pour cette raison que je crois à la nécessité d'organiser l'avènement de l'anarchie, ou en tout cas de ce degré d'anarchie qui deviendrait progressivement réalisable, dès qu'un degré suffisant de liberté aura été conquis et qu'il existera quelque part un noyau d'anarchistes suffisamment fort numériquement et capable de se suffire à lui-même et d'étendre son influence au niveau local. Je le répète, il faut s'organiser pour appliquer l'anarchie, ou le degré d'anarchie qui devient progressivement possible. |
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| 55 | + |
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| 56 | +Comme nous ne pouvons pas convertir tout le monde d'un coup et que les nécessités de la vie et les intérêts de la propagande ne nous permettent pas de rester isolés du reste de la société, il faut trouver les moyens de mettre en pratique le plus possible d'anarchie parmi les gens qui ne sont pas anarchistes ou qui ne sont que sympathisants. |
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| 57 | + |
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| 58 | +Le problème n'est donc pas de savoir s'il faut procéder graduellement, mais de rechercher la voie la plus rapide et la plus sincère qui conduise à la réalisation de nos idéaux. |
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| 59 | + |
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| 60 | +\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_ |
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| 61 | + |
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| 62 | +Dans le monde entier, aujourd'hui, la voie est bloquée par des privilèges conquis, à la suite d'une longue histoire de violences et d'erreurs, par certaines classes qui, outre la supériorité intellectuelle et technique dont elles jouissent du fait de ces privilèges, disposent de forces armées recrutées parmi les classes soumises et les utilisent quand elles le jugent nécessaire, sans scrupules ni retenue. |
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| 63 | + |
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| 64 | +C'est pourquoi la révolution est nécessaire. La révolution détruit l'état de violence dans lequel nous vivons actuellement et crée les moyens d'une évolution pacifique vers toujours plus de liberté, plus de justice et plus de solidarité. |
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| 65 | + |
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| 66 | +Quelle doit être la tactique des anarchistes avant, pendant et après la révolution ? |
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| 67 | + |
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| 68 | +Sans doute la censure nous interdirait-elle de dire ce qu'il faut faire avant la révolution, pour la préparer et pour la faire. En tout cas, c'est un sujet mal traité en présence de l'ennemi. Il est cependant bon de rappeler qu'il faut rester fidèle à soi-même, diffuser la parole et éduquer le plus possible, éviter toute compromission avec l'ennemi et se tenir prêt, au moins en esprit, à saisir toutes les opportunités qui pourraient se présenter. |
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| 69 | + |
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| 70 | +\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_ |
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| 71 | + |
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| 72 | +Et pendant la révolution ? |
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| 73 | + |
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| 74 | +Je commencerai par dire que nous ne pouvons pas faire la révolution tout seuls et qu'il ne serait pas souhaitable de le faire. Si l'ensemble du pays n'est pas derrière elle, avec tous les intérêts, réels et latents, du peuple, la révolution échouera. Et dans le cas, loin d'être probable, où nous remporterions seuls la victoire, nous nous trouverions dans une position absurdement intenable : soit parce que, par le fait même d'imposer notre volonté, de commander et de contraindre, nous cesserions d'être des anarchistes et détruirions la révolution par notre autoritarisme ; soit parce que, au contraire, nous nous retirerions du terrain, laissant à d'autres, aux buts opposés aux nôtres, le soin de tirer profit de notre effort. |
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| 75 | + |
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| 76 | +Nous devons donc agir avec toutes les forces progressistes et les partis d'avant-garde pour attirer la masse du peuple dans le mouvement et éveiller son intérêt, afin de permettre à la révolution - dont nous ferions partie, parmi d'autres - de produire ce qu'elle peut. |
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| 77 | + |
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| 78 | +Cela ne signifie pas que nous devions renoncer à nos objectifs spécifiques. Au contraire, nous devrions rester étroitement unis et distinctement séparés des autres en luttant en faveur de notre programme : l'abolition du pouvoir politique et l'expropriation des capitalistes. Et si, malgré nos efforts, de nouvelles formes de pouvoir apparaissaient pour entraver l'initiative du peuple et imposer leur volonté, nous ne devrions pas y participer, ni leur accorder la moindre reconnaissance. Nous devons faire en sorte que le peuple leur refuse les moyens de gouverner, c'est-à-dire les soldats et les revenus, faire en sorte que ces pouvoirs restent faibles... jusqu'au jour où nous pourrons les écraser une fois pour toutes. |
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| 79 | + |
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| 80 | +En tout cas, nous devons revendiquer et exiger, par la force s'il le faut, notre pleine autonomie, le droit et les moyens de nous organiser comme nous l'entendons et de mettre en pratique nos propres méthodes. |
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| 81 | + |
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| 82 | +Et après la révolution, c'est-à-dire après la chute du pouvoir et le triomphe final des forces de l'insurrection ? |
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| 83 | + |
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| 84 | +\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_ |
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| 85 | + |
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| 86 | +C'est là que le gradualisme prend tout son sens. |
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| 87 | + |
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| 88 | +Nous devons être attentifs aux problèmes pratiques de la vie : la production, le commerce, les communications, les relations entre les groupes anarchistes et ceux qui conservent la foi en l'autorité, entre les collectifs communistes et les individualistes, entre la ville et la campagne. Il faut veiller à utiliser à bon escient les forces de la nature et les matières premières, s'occuper de la distribution industrielle et agricole - selon les conditions qui prévalent à l'époque dans les différents pays - de l'éducation publique, de l'aide à l'enfance et aux handicapés, des services sanitaires et médicaux, de la protection tant contre les criminels de droit commun que contre ceux, plus insidieux, qui continuent à vouloir supprimer la liberté d'autrui dans l'intérêt d'individus et de partis, etc. Les solutions à chaque problème doivent non seulement être les plus économiquement viables, mais aussi répondre aux impératifs de la justice et de la liberté et être les plus susceptibles de laisser ouverte la voie à des améliorations futures. Si nécessaire, la justice, la liberté et la solidarité doivent avoir la priorité sur les avantages économiques. |
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| 89 | + |
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| 90 | +Il n'est pas nécessaire de penser à tout détruire en croyant que les choses s'arrangeront d'elles-mêmes. Notre civilisation actuelle est le résultat de milliers d'années de développement et a trouvé des moyens de résoudre le problème de la cohabitation de millions et de millions de personnes, souvent entassées dans des zones restreintes, et de la satisfaction de leurs besoins de plus en plus nombreux et de plus en plus complexes. Ces avantages sont réduits - et pour la grande majorité des gens pratiquement refusés - du fait que le développement a été réalisé par des moyens autoritaires et dans l'intérêt de la classe dirigeante. Mais si les règles et les privilèges sont supprimés, les gains réels demeurent : les triomphes de l'humanité sur les forces adverses de la nature, le poids accumulé de l'expérience des générations passées, les habitudes sociables acquises au cours de la longue histoire de la cohabitation humaine, les avantages avérés de l'entraide. Il serait insensé, et d'ailleurs impossible, de renoncer à tout cela. |
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| 91 | + |
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| 92 | +En d'autres termes, il faut combattre l'autorité et les privilèges, tout en profitant des avantages que la civilisation a conférés. Nous ne devons rien détruire de ce qui satisfait, même mal, les besoins humains - jusqu'à ce que nous ayons quelque chose de mieux à mettre à la place. |
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| 93 | + |
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| 94 | +Intransigeants à l'égard de toute forme d'imposition ou d'exploitation capitaliste, nous devons être tolérants à l'égard de toutes les conceptions sociales qui prévalent dans les divers groupements humains, pourvu qu'elles ne portent pas atteinte à la liberté et à l'égalité des droits d'autrui. Nous devons nous contenter d'un progrès graduel, tandis que le niveau moral des peuples s'accroît, et avec lui les moyens matériels et intellectuels dont dispose l'humanité, et tout en faisant évidemment tout notre possible, par l'étude, le travail et la propagande, pour hâter l'évolution vers des idéaux de plus en plus élevés. |
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| 95 | + |
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| 96 | +\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_ |
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| 97 | + |
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| 98 | +J'ai trouvé ici plus de problèmes que de solutions. Mais je crois avoir présenté succinctement les critères qui doivent nous guider dans la recherche et l'application des solutions, qui seront certainement nombreuses et varieront selon les circonstances. Mais, en ce qui nous concerne, elles doivent toujours être cohérentes avec les principes fondamentaux de l'anarchisme : personne ne commande personne, personne n'exploite personne. |
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| 99 | + |
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| 100 | +Il appartient à tous les camarades de réfléchir, d'étudier, de se préparer, et de le faire avec toute la rapidité et la rigueur voulues, car l'époque est "dynamique" et nous devons être prêts à faire face à tout ce qui peut arriver. |
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| 101 | + |
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| 102 | +<br /> |
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| 103 | +--- |
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| 104 | +<br /> |
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| 105 | + |
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| 106 | +# Gradualism - Tactics and stategy |
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| 107 | + |
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| 108 | +_English version_ |
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| 109 | + |
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| 110 | +Author : Errico Malatesta, October 1925 |
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| 111 | + |
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| 112 | +_Source: The Method of Freedom: An Errico Malatesta Reader. In The Anarchist Revolution: Polemical Articles 1924–1931, edited and introduced by Vernon Richards (London: Freedom Press, 1995), p.82–87. Originally published as "Gradualismo," Pensiero e Volantà (Rome) 2, no.12 (1 October 1925)._ |
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| 113 | + |
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| 114 | +Personal Note – X, translator |
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| 115 | + |
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| 116 | +«_In this extract, Errico Malatesta develops "revolutionary gradualism". This concept is a gateway to understanding insurrectionalism. It challenges the principle of "Revolution" maintained by Marxist and anarchist organisations. Malatesta leads us to believe that anarchism cannot take shape through military action alone (aka Revolution), but through the gradual establishment of counter-powers and alternatives. And that a revolt can only lead to authoritarianism if it is not accompanied by the emergence of an alternative society at the same time._» |
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| 117 | + |
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| 120 | +<br /> |
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| 121 | +In the course of those polemics which arise among anarchists as to the best tactics for achieving, or approaching the creation of an anarchist society — and they are useful, and indeed necessary arguments when they reflect mutual tolerance and trust and avoid personal recriminations — it often happens that some reproach others with being _gradualists_, and the latter reject the term as if it were an insult. |
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| 122 | + |
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| 123 | +Yet the fact is that, in the real sense of the word and given the logic of our principles, we are all gradualists. And all of us, in whatever different ways, have to be. |
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| 124 | + |
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| 125 | +It is true that certain words, especially in politics, are continually changing their meaning and often assume one that is quite contrary to the original, logical and natural sense of the term. |
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| 126 | + |
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| 127 | +Thus the word _possibilist_. Is there anyone of sound mind who would seriously claim to want the impossible? Yet in France the term became the special label of a section of the Socialist Party who were followers of the former anarchist, Paul Brousse — and more willing than others to renounce socialism in pursuit of an impossible cooperation with bourgeois democracy. |
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| 128 | + |
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| 129 | +Such too is the case with the word _opportunist_. Who actually wants to be an in-opportunist, and as such renounce what opportunities arise? Yet in France the term _opportunist_ ended up by being applied specifically to followers of Gambetta [1] and is still used in the pejorative sense to mean a person or party without ideas or principles and guided by base and short-term interests. |
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| 130 | + |
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| 131 | +The same is true of the word _transformist_. Who would deny that everything in the world and in life evolves and changes? Who today is not a "transformer?" Yet the word was used to describe the corrupt and short-term policies pioneered by the Italian Depretis.[2] |
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| 132 | + |
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| 133 | +It would be a good thing to put a brake on the habit of attributing to words a meaning that is different from their original sense and which gives rise to such confusion and misunderstanding. But how to do it is another matter, particularly when the change in meaning is a deliberate tactic on the part of politicians to disguise their iniquitous purposes behind fine words. |
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| 134 | + |
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| 135 | +Maybe it is true, therefore, that the word _gradualist_, as applied to anarchists, could end up in fact describing those who use the excuse of doing things gradually, as and when they become possible, and in the last analysis do nothing at all — either that or move, if they move at all, in a contrary direction to anarchy. If this is the case the term has to be rejected. Yet the real sense of gradualism remains the same: everything in nature and in life changes by degrees, and this is no less true of anarchy. It can only come about little by little. |
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| 136 | + |
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| 137 | +As I was saying earlier, anarchism is of necessity gradualist. |
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| 138 | + |
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| 139 | +Anarchy can be seen as absolute perfection, and it is right that this concept should remain in our minds, like a beacon to guide our steps. But quite obviously, such an ideal cannot be attained in one sudden leap from the hell of the present to the longed-for heaven of the future. |
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| 140 | + |
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| 141 | +The authoritarian parties, by which I mean those who believe it both moral and expedient to impose a given social order by force, may hope — vain hope! — that when they come to power they can, by using the laws, decrees... and _gendarmes_ subject everybody indefinitely to their will. |
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| 142 | + |
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| 143 | +But such hopes and wishes are inconceivable for the anarchists, since anarchists seek to impose nothing but respect for liberty and count on the force of persuasion and perceived advantages of free cooperation for the realisation of their ideals. |
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| 144 | + |
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| 145 | +This does not mean I believe (as, by way of polemic, one unscrupulous and ill-informed reformist paper had me believe) that to achieve anarchy we must wait till _everyone_ becomes an anarchist. On the contrary, I believe — and this is why I'm a revolutionary — that under present conditions only a small minority, favoured by special circumstances, can manage to conceive what anarchy is. It would be wishful thinking to hope for a general conversion before a change actually took place in the kind of environment in which authoritarianism and privilege now flourish. It is precisely for this reason that I believe in the need to organise for the bringing about of anarchy, or any rate that degree of anarchy which would become gradually feasible, as soon as a sufficient amount of freedom has been won and a nucleus of anarchists somewhere exists that is both numerically strong enough and able to be self-sufficient and to spread its influence locally. I repeat, we need to organise ourselves to apply anarchy, or that degree of anarchy which becomes gradually possible. |
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| 146 | + |
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| 147 | +Since we cannot convert everybody all at once and the necessities of life and the interests of propaganda do not allow us to remain in isolation from the rest of society, ways need to be found to put as much of anarchy as possible into practice among people who are not anarchist or who are only sympathetic. |
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| 148 | + |
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| 149 | +The problem, therefore, is not whether there is a need to proceed gradually but to seek the quickest and sincerest way that leads to the realisation of our ideals. |
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| 150 | + |
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| 151 | +Throughout the world today the way is blocked by privileges conquered, as a result of a long history of violence and mistakes, by certain classes which in addition to an intellectual and technical superiority which they enjoy as a result of these privileges, also dispose of armed forces recruited among the subject classes and use them when they think necessary without scruples or restraint. |
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| 152 | + |
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| 153 | +That is why revolution is necessary. Revolution destroys the state of violence in which we live now, and creates the means for peaceful development towards ever greater freedom, greater justice and greater solidarity. |
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| 154 | + |
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| 155 | +What should the anarchists' tactics be before, during and after the revolution? |
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| 156 | + |
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| 157 | +No doubt censorship would forbid us to say what needs to be done before the revolution, in order to prepare for it and to carry it out. In any case, it is a subject badly handled in the presence of the enemy. It is, however, valid to point out that we need to remain true to ourselves, to spread the word and to educate as much as possible, and avoid all compromise with the enemy and to hold ourselves ready, at least in spirit, to seize all opportunities that might arise. |
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| 158 | + |
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| 159 | +And during the revolution? |
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| 160 | + |
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| 161 | +Let me begin by saying, we can't make the revolution on our own; nor would it be desirable to do so. Unless the whole of the country is behind it, together with all the interests, both actual and latent, of the people, the revolution will fail. And in the far from probable case that we achieved victory on our own, we should find ourselves in an absurdly untenable position: either because, by the very fact of imposing our will, commanding and constraining, we would cease to be anarchists and destroy the revolution by our authoritarianism; or because, on the contrary, we would retreat from the field, leaving others, with aims opposed to our own, to profit from our effort. |
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| 162 | + |
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| 163 | +So we should act together with all progressive forces and vanguard parties to attract the mass of the people into the movement and arouse their interest, allowing the revolution — of which we would form a part, among others — to yield what it can. |
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| 164 | + |
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| 165 | +This does not mean that we should renounce our specific aims. On the contrary, we should have to keep closely united and distinctly separate from the rest in fighting in favour of our programme: the abolition of political power and expropriation of the capitalists. And if, despite our efforts, new forms of power were to arise that seek to obstruct the people's initiative and impose their own will, we must have no part in them, never give them any recognition. We must endeavour to ensure that the people refuse them the means of governing — refuse them, that is, the soldiers and the revenue; see to it that those powers remain weak... until the day comes when we can crush them once and for all. |
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| 166 | + |
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| 167 | +Anyway, we must lay claim to and demand, with force if needs be, our full autonomy, and the right and the means to organise ourselves as we see fit and to put our own methods into practice. |
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| 168 | + |
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| 169 | + |
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| 170 | +And after the revolution — that is after the fall of those in power and the final triumph of the forces of insurrection? |
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| 171 | + |
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| 172 | +This is where gradualism becomes particularly relevant. |
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| 173 | + |
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| 174 | +We must pay attention to the practical problems of life: production, trade, communications, relations between anarchist groups and those who retain a belief in authority, between communist collectives and individualists, between the city and the countryside. We must make sure to use to our advantage the forces of nature and raw materials, and that we attend to industrial and agricultural distribution — according to the conditions prevailing at the time in the various different countries — public education, childcare and care for the handicapped, health and medical services, protection both against common criminals and those, more insidious, who continue to attempt to suppress the freedom of others in the interests of individuals and parties, etc. The solutions to each problem must not only be the most economically viable ones but must respond to the imperatives of justice and liberty and be those most likely to keep open the way to future improvements. If necessary, justice, liberty and solidarity must take priority over economic benefit. |
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| 175 | + |
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| 176 | +There is no need to think in terms of destroying everything in the belief that things will look after themselves. Our present civilisation is the result of thousands of years of development and has found some means of solving the problem of how millions and millions of people co-habit, often crowded together in restricted ares, and how their ever-increasing and ever more complex needs can be satisfied. Such benefits are reduced — and for the great majority of people virtually denied — due to the fact that the development has been carried out by authoritarian means and in the interests of the ruling class. But, if the rules and privileges are removed, the real gains remain: the triumphs of humankind over the adverse forces of nature, the accumulated weight of experience of past generations, the sociable habits acquired throughout the long history of human cohabitation, the proven advantages of mutual aid. It would be foolish, and besides impossible, to give up all this. |
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| 177 | + |
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| 178 | +In other words, we must fight authority and privilege, while taking advantage from the benefits that civilisation has conferred. We must not destroy anything that satisfies human need however badly — until we have something better to put in its place. |
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| 179 | + |
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| 180 | +Intransigent as we remain to any form of capitalist imposition or exploitation, we must be tolerant of all those social concepts that prevail in the various human groupings, so long as they do not harm the freedom and equal rights of others. We should content ourselves with gradual progress while the moral level of the people grows, and with it, the material and intellectual means available to mankind; and while, clearly, doing all we can, through study, work and propaganda, to hasten development towards ever higher ideals. |
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| 181 | + |
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| 182 | +I have here come up with more problems than solutions. But I believe I have succinctly presented the criteria which must guide us in the search and application of the solutions, which will certainly be many and vary according to circumstances. But, so far as we are concerned, they must always be consistent with the fundamental principles of anarchism: no-one orders anyone else around, no-one exploits anyone else. |
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| 183 | + |
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| 184 | +It is the task of all comrades to think, study and prepare — and to do so with all speed and thoroughly because the times are "dynamic" and we must be ready for what might happen. |
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| 185 | + |
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| 186 | +--- |
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| 187 | + |
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| 188 | + |
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| 189 | +_References:_ |
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| 190 | + |
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| 191 | +Français |
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| 192 | + |
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| 193 | +[1] Léon Gambetta a été un éminent politicien républicain de la Troisième République française, jusqu'à sa mort en 1882. |
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| 194 | + |
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| 195 | +[2] Agostino Depretis a été neuf fois premier ministre italien entre 1876 et 1887. Au cours de son mandat ininterrompu de 1881 à 1887, il a changé cinq fois de cabinet, soutenu par des majorités qui passaient de la gauche à la droite, en se basant sur la commodité à court terme plutôt que sur des programmes à long terme. |
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| 196 | + |
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| 197 | +English |
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| 198 | + |
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| 199 | +[1](https://theanarchistlibrary.org/library/errico-malatesta-gradualism#fn_back1) Léon Gambetta was a prominent republican politician of the French Third Republic, until his death in 1882. |
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| 200 | + |
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| 201 | +[2](https://theanarchistlibrary.org/library/errico-malatesta-gradualism#fn_back2) Agostino Depretis was Italian prime minister nine times between 1876 and 1887. During his uninterrupted premiership from 1881 to 1887 he changed his cabinet five times, supported by majorities that shifted from the Left to the Right, based on short-term convenience rather than long-term programmes. |
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| 202 | + |
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| 203 | + |
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| 204 | +--- |
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| ... | ... | \ No newline at end of file |
webpages/ourarticles/Introduction au Dual Power.md
| ... | ... | @@ -0,0 +1,309 @@ |
| 1 | +--- |
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| 2 | +title: Introduction à la stratégie du Double Pouvoir - Dual Power |
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| 3 | +--- |
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| 4 | + |
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| 5 | +<h1 style="text-align: left; color:transparent; border-bottom: none; margin-bottom: -30px">Introduction à la stratégie du Double Pouvoir - Dual Power</h1> |
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| 6 | +_by Brian A. Dominick_ |
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| 7 | +<p align="center"> |
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| 8 | +<img src="media/images/Logo_vectorized_resized.png" style="background-color: transparent;" width = 50 height = 50> |
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| 9 | +</p> |
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| 10 | + |
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| 11 | +<br /> |
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| 13 | + |
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| 14 | +*** |
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| 15 | +_Note personnelle – Par X, traductrice_ |
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| 17 | +_Brian A. Dominick n'est pas forcément connu, "An introduction to Dual Power strategy" est un zine politique distribué en 2018 aux USA et maintenant archivé à la East Baton Rouge Parish Library. Brian est aussi l'auteur de "Animal Liberation and Social Revolution"._ |
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| 18 | + |
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| 19 | +*** |
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| 20 | +_Traduction de l'anglais au français. Vous pouvez lire l'article original en fin de page. Références en bas de document._ |
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| 21 | + |
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| 22 | +--- |
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| 23 | + |
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| 24 | +<br /> |
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| 25 | + |
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| 26 | +La grande tâche du Dual Power de la base est de rechercher et de créer des espaces sociaux et de les remplir d'institutions et de relations libératrices. Là où il y a de la place pour agir par nous-mêmes, nous créons des institutions propices non seulement à catalyser la révolution, mais aussi aux conditions actuelles d'une vie épanouie, y compris l'autogestion économique et politique dans toute la mesure du possible. Nous ne cherchons pas à nous emparer du pouvoir, mais à saisir les opportunités liées à l'exercice de notre pouvoir. |
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| 27 | + |
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| 28 | +"Le prolétariat a besoin d'un pouvoir d'État, d'une organisation centralisée de la force, d'une organisation de la violence... pour diriger l'énorme masse de la population... dans le travail d'organisation d'une société socialiste." |
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| 29 | +-V.I. Lénine |
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| 30 | +Parti bolchevique |
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| 31 | + |
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| 32 | +"Nous ne voulons pas prendre le pouvoir, mais l'exercer". |
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| 33 | +Sous-commandant Marcos |
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| 34 | +Armée zapatiste de libération nationale |
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| 35 | + |
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| 36 | +Deux dualités sont à l'œuvre dans le concept stratégique moderne connu sous le nom de Dual Power. Tout d'abord, il y a la notion classique de la relation entre (1) l'establishment actuel et (2) la seconde infrastructure sociale qui lui est opposée. |
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| 37 | + |
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| 38 | +Ici, le statu quo consiste en une économie capitaliste de marché, une république autoritaire, le patriarcat, l'adultarchie, l'eurocentrisme judéo-chrétien, la suprématie blanche, etc. Ce sont les idéologies et les institutions qui constituent le système oppressif selon lequel notre société fonctionne. Par nécessité, donc, notre Dual Power oppositionnel, notre infrastructure alternative, doit être basé sur une économie socialiste décentralisée, un régime politique démocratique participatif, une parenté féministe et juvénile, et une culture laïque mais spirituelle, intercommunale. Ce seront les éléments constitutifs de notre nouvelle société, et la maçonnerie a déjà commencé. |
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| 39 | + |
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| 40 | +La deuxième dualité se situe entre (1) la force créatrice de former de nouvelles institutions sociales et de transformer des institutions oppressives en institutions libératrices, et (2) la résistance ou la destruction de ce qui est inutile et oppressif pour nous dans l'establishment actuel. En d'autres termes, nous devons aborder le changement social révolutionnaire avec des tactiques constructives et des tactiques destructives dans notre boîte à outils. Nous ne pouvons pas construire sans faire de la place, mais notre infrastructure sociale alternative ne se fera pas toute seule, nous devons donc l'établir sur les ruines de l'ancien ordre, dans l'ombre de cet ordre. |
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| 41 | + |
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| 42 | +Le Dual Power est une stratégie relativement générique, comme nous l'avons vu. Non seulement il existe une grande divergence entre la version léniniste de la stratégie et l'approche contemporaine de la base, mais il existe également un certain nombre de tendances au sein de ce dernier cadre. Pour l'essentiel, l'alternative la plus populaire à la perspective stratégique décrite dans ce livre est connue sous le nom de municipalisme libertaire. Pour différencier les deux approches, nous appellerons cette version holistique du Dual Power parce que l'un des principaux principes de cette approche est que nous devons former une infrastructure alternative et de résistance dans toutes les sphères de la vie sociale (alors que le municipalisme libertaire ne se concentre que sur le double pouvoir politique). |
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| 43 | + |
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| 44 | +**Conditions révolutionnaires** |
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| 45 | + |
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| 46 | +Les marxistes contemporains insistent sur le fait que les conditions objectives nécessaires à une révolution sociale existent aujourd'hui dans les sociétés nord-américaines et dans l'ensemble du monde industrialisé. Ces conditions, affirment-ils, sont les formes de production technologiquement avancées qui placent la capacité, mais non l'autorité, de satisfaire tous les besoins matériels des gens entre les mains des travailleurs. En d'autres termes, si seulement les travailleurs se soulevaient et prenaient le contrôle des moyens de production, la révolution serait à portée de main, car ils pourraient réorganiser la répartition et enfin mettre fin à une pénurie artificielle de biens matériels et de services. L'élément manquant aujourd'hui, affirment les marxistes, est la condition subjective de la conscience révolutionnaire. En d'autres termes, le peuple doit devenir révolutionnaire dans son esprit. |
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| 47 | + |
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| 48 | +L'idéologie marxiste, telle qu'elle est diffusée par les partis "communistes" modernes (des avant-gardes autoproclamées dans un état prématuré), est le véhicule prétendument capable d'instiller cette conscience révolutionnaire parmi les "masses". C'est pourquoi les marxistes contemporains ont tendance à s'organiser idéologiquement, en diffusant de la propagande, plutôt que pratiquement, en établissant les organisations de base nécessaires pour répondre aux besoins immédiats et futurs du peuple, y compris l'autogestion politique et économique popularisée. Pour eux, le Dual Power naît lorsque leur parti acquiert la force et les moyens de réorganiser et de diriger la société du haut vers le bas. |
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| 49 | + |
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| 50 | +Les marxistes nient généralement la nécessité d'une organisation populaire de base, précisément parce qu'ils pensent que la méthode de l'avant-garde est la voie à suivre, en dépit de son bilan historique. Au moins, affirment-ils, l'avant-gardisme a accompli quelque chose, alors que les méthodes spontanées attribuées à l'anarchisme ne nous ont menés nulle part. Indépendamment de l'in/exactitude de cette affirmation, elle peut être facilement exposée comme un produit de la peur fondamentale des marxistes de donner aux "masses" plus qu'une allégeance idéologique au marxisme et au parti d'avant-garde qu'ils ont choisi. Le parti "fournira la direction nécessaire" pour guider la révolution et reconstruire la société à la suite de l'insurrection. Il n'est donc pas impératif de construire des institutions de base et de mettre en place un cadre démocratique pendant la période pré-insurrectionnelle. Il n'est pas non plus important que le peuple, considéré comme une "masse", développe les compétences nécessaires pour autogérer ne serait-ce que sa propre vie, et encore moins une société entière. Pour les marxistes, les structures de Dual Power se limitent au Parti lui-même. Tous les autres doivent vaquer à leurs occupations normales, tout en soutenant le parti et en attendant d'autres ordres.\* |
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| 51 | + |
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| 52 | +Nous devons également reconnaître que les projets actuels destinés à diffuser des informations, à populariser des critiques sociales ou à éveiller les consciences sont limités. Cela est d'autant plus vrai lorsque leur objectif est de proposer la solution simpliste (pour ne pas dire dangereuse) de l'alignement des masses sur les partis politiques ou les avant-gardes. Les médias et la propagande révolutionnaires doivent être intrinsèquement liés à la lutte. Sans les projets pratiques et quotidiens qui construisent la révolution, tout en fournissant un espace de vie essentiel et une protection contre les effets de l'oppression, notre propagande est sans fondement. Il est tout simplement faux de prétendre que la solution à nos malheurs collectifs peut être trouvée en se tournant vers les élites et les dirigeants comme notre "activisme", quelle que soit leur persuasion idéologique ou leur pouvoir. |
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| 53 | + |
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| 54 | +L'essence d'une stratégie de Dual Power à la base est résumée dans la citation ci-dessus du leader de l'EZLN, Marcos. Elle illustre le concept très différent de révolution professé par les Zapatistes, et qui commence à être compris par les radicaux de divers mouvements à travers le monde. |
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| 55 | + |
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| 56 | +Comme nous l'avons vu dans le dernier chapitre, le pouvoir social des "masses" est actuellement prêté - loué par les élites. Nous renonçons à notre prérogative de gérer nos propres vies politiques et économiques, et nous nous contentons d'accepter passivement le mode de fonctionnement social établi. L'accès limité à la politique offert par le statu quo, comme le vote et les pétitions, n'est rien d'autre que la réaffirmation de notre consentement à être gouvernés, à voir notre pouvoir politique géré par des élites à notre place. |
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| 57 | + |
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| 58 | +Le refus de participer, de quelque manière que ce soit, à la société dominante, de la part de tous les travailleurs, bureaucrates et officiers de police, n'aboutira à rien d'autre qu'au renversement du statu quo. En effet, même l'acceptation passive du statu quo, associée à la participation aux fonctions sociales quotidiennes définies par ce même statu quo, reste un soutien actif à ce dernier. Même dans le cas où une nouvelle force politique alternative s'empare du pouvoir au sommet, la relation d'autorité et de subordination persiste. Ce n'est que lorsque les gens participent réellement à un arrangement social alternatif que l'ancien paradigme est dissous. |
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| 59 | + |
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| 60 | +Cet essai porte sur la démocratie de base. Je n'introduis pas une nouvelle idéologie radicale, je parle de la construction d'un cadre social, ou d'une infrastructure, qui réponde à la volonté réelle du peuple. Je ne dirai rien ici sur la moralité, ni ne partagerai mes opinions sur les questions d'actualité. Ce que je propose, c'est un système dans lequel les décisions en matière de politique sociale et de relations économiques sont prises par ceux qu'elles concernent : les citoyens et les travailleurs. Cette idée stratégique reste bien sûr une menace. Elle prend position contre les pouvoirs démesurés actuellement réservés aux politiciens et à leurs bailleurs de fonds privés. Elle met en cause les arrangements hiérarchiques du lieu de travail, de la famille, de l'école, de l'église, etc. qui contredisent directement et résistent à l'exercice du pouvoir par les gens ordinaires. Mais il ne dit rien sur la manière dont ces personnes devraient utiliser leur pouvoir, une fois qu'elles l'ont acquis. Je fais peu de suggestions spécifiques concernant les questions à trancher, et encore moins les conclusions à privilégier, dans une société démocratique ou une société aspirant à une véritable démocratie. |
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| 61 | + |
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| 62 | +Telle est l'essence du Dual Power à la base. Il s'agit avant tout d'une stratégie révolutionnaire, de la procédure par laquelle nous pouvons soutenir un changement social radical pendant et après les bouleversements insurrectionnels - et même gérer ces bouleversements ; mais le Dual Power est également une situation que nous créons pour nous-mêmes en tant que communautés. Que l'insurrection se produise dans la prochaine décennie ou qu'il faille encore trois générations pour qu'elle se produise, nous pouvons créer des circonstances révolutionnaires maintenant, et nous pouvons exercer le pouvoir dans toute la mesure du possible. Le Dual Power reconnaît qu'attendre la fin de l'insurrection pour participer à des relations politiques et économiques libératrices revient à reporter notre libération ; c'est aussi insensé que d'attendre la fin de l'insurrection pour commencer à réorganiser la société. Nous n'avons pas besoin que l'État et le capitalisme s'effondrent avant de pouvoir commencer à vivre des vies relativement libres. |
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| 63 | + |
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| 64 | +La grande tâche du Dual Power de la base est de rechercher et de créer des espaces sociaux et de les remplir d'institutions et de relations libératrices. Là où il y a de la place pour agir par nous-mêmes, nous formons des institutions propices non seulement à catalyser la révolution, mais aussi aux conditions actuelles d'une vie épanouie, y compris l'autogestion économique et politique dans toute la mesure du possible. Nous ne cherchons pas à nous emparer du pouvoir, mais à saisir les opportunités liées à l'exercice de notre pouvoir. |
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| 65 | + |
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| 66 | +Ainsi, le Dual Power de base est une situation dans laquelle une communauté autodéfinie a créé pour elle-même un système politique/économique qui constitue une alternative opérationnelle à l'État dominant/à l'establishment capitaliste. Le Dual power consiste en des institutions alternatives qui répondent aux besoins matériels et sociaux de la communauté, notamment en matière d'alimentation, d'habillement, de logement, de soins de santé, de communication, d'énergie, de transport, d'éducation et d'organisation politique. Le Dual Power est nécessairement autonome par rapport au système dominant et lui fait concurrence, cherchant à empiéter sur le domaine de ce dernier et, à terme, à le remplacer. |
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| 67 | + |
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| 68 | +La création et la mise en œuvre de ce second pouvoir marquent la première étape de la révolution, celle au cours de laquelle deux systèmes sociaux luttent pour obtenir le soutien du peuple ; l'un pour son allégeance aveugle et non critique, l'autre pour sa participation active et consciente. |
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| 69 | + |
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| 70 | +Outre les bouleversements révolutionnaires, la formation même d'un système de Dual Power dans le présent est en fait l'un des objectifs de la stratégie de Dual Power - nous cherchons à créer une situation de Dual Power en construisant des institutions politiques, économiques et sociales alternatives, afin de répondre aux besoins de nos communautés d'une manière essentiellement autosuffisante. L'autonomie et l'indépendance relative vis-à-vis de l'État et de la capitale sont les principaux objectifs du Dual Power, tout comme l'interdépendance entre les membres de la communauté. |
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| 71 | + |
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| 72 | +Et, encore une fois, bien qu'une société post-insurrectionnelle qui a généralement dépassé les contradictions indiquées par le terme "dual power" soit l'objectif final de cette stratégie, la création d'une infrastructure sociale alternative est une fin souhaitable en soi. Puisque nous n'avons aucun moyen de prédire l'insurrection, il est important pour notre propre tranquillité d'esprit et notre capacité d'action en tant que militants que nous créions des situations dans le présent qui reflètent les principes de nos visions futures. Nous devons créer pour nous-mêmes maintenant les types d'institutions et de relations, dans la mesure du possible, sur lesquels nous baserons notre activisme futur. Nous devons libérer un espace, pour nous et les générations futures, dans l'ombre du système dominant, non seulement pour construire une nouvelle société, mais aussi pour vivre une vie plus libre et plus paisible aujourd'hui. |
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| 73 | + |
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| 74 | +Mais où se situe le rôle de la résistance dans toute cette construction ? Pendant la phase de Dual Power, il est important non seulement de construire les fondations de la nouvelle société, mais aussi de diminuer la force et la capacité de l'ancien système. Nous devons d'abord faire de la place au sein du système encore dominant afin d'avoir de l'espace pour construire une nouvelle société. Par conséquent, nous devons non seulement créer des institutions alternatives, mais aussi des contre-institutions (XI) pour résister et attaquer le statu quo. La contre-activité englobe tout, de la protestation à l'action directe, mais elle est définie comme une activité qui s'oppose activement au statu quo. La complexité de l'analyse exigée par les types d'activités dans lesquelles s'engagent les contre-institutions nous oblige à réévaluer en profondeur ce qui est devenu une pratique courante, presque par défaut, au sein des groupes activistes radicaux. La fusion réussie de la contre-activité des XI et de la proactivité des IA exige un nouveau niveau de compréhension et de coordination stratégique et tactique. |
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| 75 | + |
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| 76 | +**La communauté** |
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| 77 | + |
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| 78 | +En ce qui nous concerne, la communauté fait référence à un groupe autodéfini d'individus consciemment actifs situés dans une proximité locale ou régionale (elle aussi autodéfinie). Les principales tâches du développement communautaire sont (1) le développement interne de structures alternatives et contre-institutionnelles au sein de la communauté ; (2) l'expansion et la diversification de la communauté elle-même (populairement, pas géographiquement) ; (3) l'amélioration subjective (personnelle) et l'éducation des membres de la communauté ; (4) la constitution d'une municipalité souveraine (ayant atteint une "masse critique" de soutien stable et participatif) ; (5) l'identification de la communauté dans le contexte d'une révolution mondiale. |
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| 79 | + |
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| 80 | +Nous commencerons par la dernière directive. Une fois que nous avons généralement identifié et défini notre communauté (et c'est un processus continu, sans fin), nous devons la reconnaître, et la faire reconnaître de l'extérieur, comme faisant partie d'une lutte révolutionnaire plus large, essentiellement mondiale. Les communautés qui se révoltent isolément sont vouées à l'échec. Et tandis que le Dual Power se développera à des rythmes différents selon les sociétés, les régions et les localités, tous les projets de Dual Power doivent être affiliés de manière autonome. |
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| 81 | + |
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| 82 | +Nous essayons de révolutionner la société, mais à une échelle avec laquelle nous pouvons composer. À ce stade, la démocratie directe se prête mieux à la communauté ou à une unité plus petite. Une seule ville peut devoir être divisée en plusieurs municipalités Dual Power, en fonction de sa taille et des souhaits de ses membres résidentiels. Il est généralement inconcevable qu'une unité plus grande qu'une ville (c'est-à-dire un État, une région, etc.) puisse fonctionner comme une communauté à double pouvoir directement démocratique, où l'interaction face à face et l'impact de l'individu sur les décisions pertinentes sont impératifs - du moins à un stade précoce. |
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| 83 | + |
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| 84 | +Le problème de l'échelle est simple, mais sans solution facile : nous voulons réorganiser radicalement l'ensemble de la société, mais de manière décentralisée. Cela signifie qu'il ne peut y avoir de comité central au niveau national, continental ou mondial qui dicte ou dirige le développement des communautés individuelles. La révolution doit se faire de bas en haut, de l'extérieur vers l'intérieur. S'il doit y avoir des institutions et des associations qui s'étendent au-delà du quartier et de la communauté, elles doivent être mises en place après que les unités autonomes (c'est-à-dire les quartiers, les municipalités, etc.) ont été définies. |
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| 85 | + |
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| 86 | +Si nous décidons de mettre en place un système élaboré de strates (par exemple, le quartier, la municipalité, le comté, l'état, la région, la nation, etc), chaque unité doit d'abord être créée, en partant de la plus petite et de la plus intime. ), chaque unité doit être créée, de la plus petite à la plus intime, en premier lieu. Ensuite, nous pouvons nous associer à d'autres unités ainsi développées pour former des réseaux. Par exemple, nous organisons notre quartier en un réseau Dual Power, et cette association de quartier recherche les quartiers voisins et développe un autre réseau pour former un réseau municipal, qui s'associe à d'autres municipalités locales pour former une ville ou un comté à double pouvoir, et ainsi de suite. |
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| 87 | + |
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| 88 | +De manière réaliste, nous devons nous attendre à ce que les réseaux Dual Power se forment d'abord au niveau de la communauté/municipalité, du moins dans la plupart des zones urbaines, et qu'ils se divisent ensuite en quartiers, ou en d'autres strates définies par les personnes impliquées. Cette approche se prête encore à la démocratie directe. Cependant, nous ne pouvons pas former un réseau Dual Power continental, par exemple, et le diviser ensuite. Nous passerions trop de temps à nous rendre à des réunions pour développer nos propres communautés ! |
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| 89 | + |
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| 90 | +En tout état de cause, les échelles seront expérimentées et les communautés se définiront différemment. Il en résultera un manque d'uniformité entre les différentes communautés, même entre les communautés "frontalières" telles qu'elles ont été définies ; il en résultera même de la confusion et des conflits, du moins peut-on le supposer. Mais si l'alternative est la centralisation et la perte de contrôle démocratique, nous devrons procéder à la manière forte, qui est après tout la méthode de la base. |
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| 91 | + |
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| 92 | +En ce qui concerne l'échelle et l'association, la question n'est pas de savoir si la révolution doit être mondiale ou communautaire. Bien sûr, elle doit être mondiale, comme l'affirment constamment les critiques de la plupart des projets d'organisation de la base. La vraie question est de savoir comment nous allons développer le(s) système(s) social(aux) élaboré(s) nécessaire(s) à l'autogestion populaire de la lutte révolutionnaire. Par conséquent, sans exclure - et même en reconnaissant ! - la nécessité d'une organisation globale et inter-réseaux de la révolution, nous insistons sur un processus organique, à la base, par lequel des structures "parapluies" peuvent voir le jour, formant des holarchies à la place des hiérarchies. |
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| 93 | + |
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| 94 | +Nous nous heurtons ici à un concept inhabituel mais très simple. Une holarchie est un modèle de structure organisationnelle qui prévoit différents niveaux de strates sociales à des fins administratives, mais pas différents niveaux d'autorité. D'un point de vue abstrait, il s'agit d'une hiérarchie sans différence dans le pouvoir de décision dont disposent les différents niveaux de la "pyramide". Dans le modèle républicain de gouvernement fédéral en vigueur aux États-Unis, il existe plusieurs niveaux d'autorité. Le président, au sommet de la hiérarchie pyramidale, dispose évidemment d'un pouvoir démesuré par rapport aux citoyens ordinaires. Et il y a plusieurs niveaux de pouvoir entre les deux. |
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| 95 | + |
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| 96 | +Dans une holarchie, qui a toujours la forme d'une pyramide avec moins d'"officiers" occupant les "rangs" supérieurs, le pouvoir de décision (c'est-à-dire l'autorité) diminue au fur et à mesure que la fonction administrative augmente, en partant du citoyen vers les niveaux supérieurs. En d'autres termes, ceux qui se trouvent au "sommet" sont chargés de mettre en œuvre, et non de choisir, l'orientation souhaitée pour une question donnée. Les électeurs à la base (dans leur quartier ou sur leur lieu de travail, par exemple) prennent les décisions et, à certains niveaux (régional, sectoriel, etc.), les "représentants" sont mandatés pour voter à nouveau, de manière à représenter proportionnellement les souhaits de leurs "électeurs". |
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| 97 | + |
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| 98 | +Nous verrons d'autres exemples d'organisation holarchique lorsque nous aborderons les spécificités du Dual Power économique et politique. Pour l'instant, le concept abstrait est important pour introduire une nouvelle façon d'envisager l'action démocratique à grande échelle. |
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| 99 | + |
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| 100 | +La raison la plus évidente de mettre en réseau les institutions locales de Dual Power et de définir nos communautés de Dual Power (formant ainsi un deuxième pouvoir) est qu'elles peuvent former des institutions à l'échelle de la communauté, la deuxième étape du développement interne (la première étant la formation d'institutions alternatives et de contre-institutions). Les institutions communautaires telles que l'économie alternative et les forums politiques, ainsi que les programmes tels que le maintien de l'ordre et l'assainissement, représentent une étape énorme, mais vitale si nos communautés doivent devenir autre chose que des amalgames lâches de collectifs et de coopératives. |
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| 101 | + |
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| 102 | +La communauté Dual Power doit grandir. Elle doit accumuler de plus en plus de membres et former de plus en plus d'institutions pour servir l'expansion. Cependant, la communauté ne peut se développer que si des individus et des organisations décident volontairement d'y participer. Nous ne pouvons pas, comme les organisateurs syndicaux traditionnels, approcher une organisation et lui demander de voter pour nous rejoindre ou non. Nous devons adopter une approche beaucoup plus organique et la participation doit être fondée sur le consensus. Les membres peu enthousiastes ne valent que par leur nombre, au mieux comme moyen de parvenir à une fin, et ce n'est tout simplement pas ainsi que l'on peut faire la révolution. |
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| 103 | + |
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| 104 | +En outre, l'ouverture de la communauté doit être limitée. Il doit y avoir une mission clairement définie et des structures qui garantissent la cohérence de la communauté avec la mission. La mission doit être explicite quant à son désir de changer structurellement la société, et pas seulement de fournir une alternative confortable au système dominant. Cela limitera certainement le nombre de personnes enthousiastes à l'idée de rejoindre la communauté. La plupart des yuppies qui s'affilient aujourd'hui aux coopératives alimentaires se tiendront à l'écart, voire s'y opposeront. C'est là que les clivages de classe deviendront plus évidents et que ceux qui se contenteront des belles paroles de la gauche s'esquiveront. Ceux qui sont moins intéressés par la rhétorique mais désireux de changements pratiques et d'actions prendront leur place, avec un peu de chance à plusieurs contre un. |
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| 105 | + |
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| 106 | +Cela implique évidemment que les AI et les XI existantes qui envisagent de devenir des institutions membres officielles de la nouvelle communauté Dual Power connaîtront souvent elles-mêmes des luttes internes. Mais il s'agit là d'une étape nécessaire dans le développement d'une organisation révolutionnaire. Les membres qui choisissent de ne pas devenir membres de la nouvelle communauté, ou qui ne veulent pas que leur organisation en fasse partie, choisissent soit une révolution différente, soit pas de révolution du tout. Malheureusement, toutes les institutions alternatives ou les contre-institutions ne se trouveront pas au stade approprié de leur développement pour embrasser le Dual Power et en devenir un aspect intégral. Certaines institutions se diviseront, certaines factions choisissant de passer au Dual Power, d'autres conservant la direction actuelle. |
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| 107 | + |
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| 108 | +Lorsque nous parlons de former des institutions Dual Power, nous ne voulons pas simplement dire les organiser à partir de zéro, ou radicaliser les IA existantes. En ce qui concerne les institutions économiques en particulier, il s'agit dans de nombreux cas de transformer des entreprises existantes et des industries entières. Les organisations syndicales sont de bons exemples généraux de XI. Leur tâche, lorsqu'elles l'accomplissent correctement, consiste à représenter les travailleurs en opposition à la direction ou à la propriété. Un syndicat radical cherche non seulement à obtenir des gains esthétiques et des améliorations de la qualité de vie pour les travailleurs, mais aussi à obtenir plus de pouvoir sur le plan structurel. À mesure que le contrôle des patrons sur le lieu de travail diminue, le pouvoir des travailleurs augmente. Et lorsque cela peut se faire de manière structurelle, par exemple par la formation de divers types de conseils de travailleurs, un changement radical s'est produit. Une entreprise qui subit une telle modification structurelle peut être en bonne voie de devenir une coopérative de travailleurs, gérée collectivement et donc éligible à l'adhésion à la communauté du Dual Power. |
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| 109 | + |
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| 110 | +Enfin, comme cela a été suggéré, la mise en œuvre du Dual Power n'est pas simplement une méthode d'organisation des conditions sociales objectives telles que les institutions et le système politique/économique en général, mais sert également à faciliter la croissance subjective, ou personnelle, des individus qui feront la révolution. Cet objectif est atteint non seulement par les institutions économiques et politiques, mais aussi par de nouvelles conceptions et relations de parenté et de culture. Un type hybride d'institution, à la fois politique et économique, est nécessaire pour ce type d'activisme. |
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| 112 | +**La sensibilisation et l'éducation** |
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| 114 | +Le remède à l'avant-gardisme est le renforcement de l'individualité. La stratégie de la base doit assurer l'éducation et le développement des compétences par le biais de plusieurs méthodes. Les formes plus formelles d'instruction et d'apprentissage par les livres ne seront probablement pas supprimées de sitôt, mais nous avons maintenant à notre disposition une pléthore de tactiques plus applicables à l'éducation libératoire. Et, comme cela a été mentionné à plusieurs reprises ici, la pratique et l'application des compétences est le meilleur moyen de les développer. Les compétences militantes peuvent être appliquées dans l'activisme, dans le cadre familial, dans les lieux de travail radicaux, et même dans les activités culturelles et de loisirs. Le militantisme vraiment radical est en soi une source d'autonomisation et d'information, mais les rôles de gestion et de direction le sont encore plus. |
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| 116 | +Un autre aspect majeur du développement du changement subjectif chez les gens consiste à atteindre la population existant en dehors du Dual Power, en proie au système dominant. Pour cette raison, toute communauté à double pouvoir doit entretenir ses propres médias. La propagande implique la critique publique et le démantèlement idéologique des notions et institutions sociales dominantes, ainsi que la promotion d'alternatives révolutionnaires. En d'autres termes, le double objectif du propagandiste consiste à détruire la légitimité perçue de la pensée et de la structure dominantes, tout en faisant la promotion des avantages de l'appartenance à la communauté à double pouvoir. La propagande doit réintroduire l'idée de révolution, cette fois comme une possibilité souhaitable, et non comme un idéal effrayant et inquiétant ou comme un mot à la mode. |
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| 118 | +Les médias alternatifs constituent l'un des types les plus importants d'institutions à double pouvoir. Parties de la contre-institution et de l'institution alternative, les médias radicaux sont plus qu'une simple propagande. Ils fonctionnent comme une autre forme d'éducation. Les médias Dual Power doivent être explicites quant à leur parti pris, leurs intentions de favoriser de nouvelles formes de communauté, etc. Ils doivent faciliter la communication et aider ceux qui se sont habitués au silence à trouver de nouvelles voix. Les médias alternatifs n'ont pas pour but de nier le statu quo, mais de le décrypter et de démystifier les alternatives. |
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| 120 | +**La structure de la révolution** |
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| 122 | +Dans l'esprit de la démocratie participative, la stratégie du double pouvoir met fortement l'accent sur le collectivisme, l'application de principes et de pratiques non autoritaires dans les situations sociales quotidiennes, du foyer et de la famille au lieu de travail et à l'économie. Le collectivisme exige, au-delà de la répartition égale du pouvoir entre les individus, de mettre l'accent sur la participation et la diversité des idées. Par conséquent, non seulement les acteurs ont le même poids dans la prise de décision, mais les options elles-mêmes sont prises en compte. Les principaux facteurs définissant les institutions collectives bien organisées sont les suivants (1) la valorisation (et pas seulement la tolérance) de la dissidence ; (2) l'accent mis sur le processus démocratique ; (3) l'obtention d'une participation maximale de tous les membres ; (4) le sens de l'unité et de l'objectif commun ; (5) l'encouragement de la familiarité interpersonnelle entre les membres ; et (6) le développement et le partage des compétences entre les membres. |
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| 124 | +L'individu est donc l'unité primaire du changement social, et le collectif l'unité secondaire. Mais tout comme l'individu ne peut se réaliser dans le vide, le collectif doit reconnaître le contexte plus large du mouvement et la place qu'il y occupe. C'est pour cette raison que les institutions individuelles, organisées collectivement si elles sont révolutionnaires, doivent s'affilier à d'autres institutions similaires. À cette fin, les réseaux relient les institutions alternatives à des fins de communication, de planification et d'aide mutuelle. Dans le même temps, les fédérations unissent les institutions alternatives autour de tactiques et d'objectifs communs. Les coalitions sont essentiellement des fédérations temporaires qui se concentrent sur une question ou un objectif donné. Contrairement aux collectifs, qui s'appuient généralement sur une échelle limitée pour les rencontres face à face, les réseaux et les fédérations, tout en mettant toujours l'accent sur la communication et la relativité, peuvent être basés sur une gamme d'échelles, du quartier à l'intercontinental - tant que leur but est de relier des collectifs qui partagent des intentions similaires. Afin de rester cohérents avec les principes du collectivisme (et donc des collectifs individuels membres), les réseaux et les fédérations doivent valoriser les processus démocratiques décentralisés, encourager la participation et la dissidence, etc. |
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| 126 | +Le développement d'une infrastructure sociale alternative est l'objectif ultime de la mise en réseau des institutions alternatives. Lorsque des organisations politiques telles que les forums communautaires, les conseils de médiation et les structures municipales, elles-mêmes fondées sur des principes collectivistes, sont associées à des institutions économiques interconnectées telles que les coopératives de travail et les coopératives communautaires, l'infrastructure sociale alternative est sur le point de porter ses fruits, au moins au niveau de la communauté. |
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| 128 | +La question de savoir jusqu'à quel point le projet Dual Power doit être explicitement "révolutionnaire" fait l'objet d'un débat considérable. Tout d'abord, nous reconnaissons qu'il s'agit d'un programme communautaire. Cependant, on ne s'attend pas à ce qu'une communauté adopte une structure formelle de double pouvoir, en tant que telle. Par exemple, il n'y aura probablement jamais d'association Syracuse Dual Power, ou quoi que ce soit de cette nature. Et c'est sans doute mieux ainsi. Le Dual Power n'est pas une idéologie, et en tant que théorie ou stratégie, ce n'est même pas un programme. Il peut devenir un programme s'il est popularisé au sein d'une communauté donnée. Mais par la notion même de Dual Power en tant qu'idée, ou ensemble de suggestions, ou contexte pour des programmes plus petits, etc., au lieu d'un plan ou d'un dogme, nous considérons le Dual Power comme informel et relativement amorphe, cédant toujours aux exigences et aux pressions des circonstances réelles. En tant qu'idée directrice générale, le Dual Power est pertinent, sous diverses formes, depuis un certain temps déjà. Pour qu'il reste pertinent, il doit rester non spécifique. |
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| 130 | +Jusqu'à présent, j'ai défini le Dual Power de manière générale, tel qu'il me semble le plus pertinent en Amérique du Nord à l'heure actuelle. D'autres, dans d'autres sociétés ou à d'autres moments de l'histoire, peuvent juger nécessaire de modifier radicalement ces hypothèses de base et, dans l'intérêt de la libération humaine, je leur adresse mes vœux les plus sincères. |
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| 132 | +Dans les chapitres suivants, nous entrerons enfin dans le vif du sujet de l'organisation des institutions du Dual Power, y compris les lieux de travail, les familles, les quartiers, les médias, etc. Nous traiterons également des réseaux tels que les municipalités et au-delà, ainsi que des systèmes économiques, des fédérations de contre-institutions, etc. Comme cela devrait être le cas dans la vie réelle, nous commencerons par le plus petit de chaque catégorie et nous irons vers des échelles de plus en plus grandes. Dans les prochains chapitres, nous espérons développer une vision plus concrète et plus stable du type de société que nous essayons de mettre en place, à un niveau beaucoup plus intime. |
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| 134 | +**Conflit et insurrection** |
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| 136 | +En détournant les mots d'Alexander Berkman, qui disait que "la révolution est le point d'ébullition de l'évolution", on peut dire que l'insurrection est le point d'ébullition de la révolution. Il s'agit d'une période plus susceptible d'être provoquée par l'État, ses agents agissant au nom de toutes sortes d'idéologies oppressives, essayant une fois pour toutes de réaffirmer l'ordre ancien que le Dual Power a arraché de son emprise. Mettant en perspective les aspects violents de l'épreuve insurrectionnelle, Berkman a également écrit que "la phase de combat [de la révolution] est la partie la plus petite et la moins significative". En d'autres termes, même lorsque l'objectif est la destruction, la majeure partie de ce qui doit être détruit est idéologique - il s'agit de nos conceptions, de nos intentions, etc. L'élimination des prisons et des garnisons, bien que cibles nécessaires des actes insurrectionnels, n'est pas l'objet de l'insurrection. Au contraire, la destruction principale sera celle des idées périmées et des modes d'oppression. |
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| 138 | +Pour qu'une proposition de stratégie révolutionnaire soit convaincante, elle doit contenir une composante détaillant la manière dont les mouvements révolutionnaires gèreront les conflits et, s'ils sont durables, l'insurrection. J'ai l'intention de traiter ces questions beaucoup plus tard et de manière beaucoup plus détaillée. Pour l'instant, afin que la stratégie que je viens de décrire soit plus crédible, je propose une discussion superficielle sur la façon dont un mouvement holistique de Dual Power peut espérer gérer le conflit et l'insurrection. |
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| 139 | + |
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| 140 | +L'établissement du Dual Power est offensif dans un sens très subversif : il cherche à empiéter lentement mais pleinement sur le domaine de ceux qui détiennent l'autorité, le statu quo. Les attaques contre les institutions du Dual Power peuvent donc être considérées comme des manœuvres défensives de la part de l'État et de ses alliés. En règle générale, dans toute lutte, si les défenseurs sont bien établis, ils ont un avantage décisif sur leurs attaquants. Il est donc évident que la clé est de s'établir. |
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| 141 | + |
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| 142 | +Une partie de cette préparation au moment insurrectionnel consiste à affaiblir l'ennemi bien à l'avance. Cela signifie qu'il faut agiter et organiser les rangs des agents de l'ancien ordre. Cela signifie démoraliser la police et l'armée, les encourager à modifier leurs institutions comme nous le faisons dans d'autres. En fait, il s'agit de les encourager à devenir nous. Le plus souvent, en raison de la rigidité de la hiérarchie dans ces institutions, la transformation sera plus synonyme d'abandon que de conversion. Mais qu'on ne s'y trompe pas, lorsque la violence s'intensifiera parce que les autorités, autrefois à l'aise, reconnaîtront la menace qui pèse sur leur statut, et sur le cadre social même qui donne naissance à ce statut, nous ne pourrons pas battre une armée à pleine puissance, ou des forces de police qui fonctionnent sans heurts. La résistance, le refus, le sabotage, la désertion devront être monnaie courante au sein des forces armées, sans quoi nous n'aurons aucun espoir de succès dans l'insurrection. |
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| 143 | + |
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| 144 | +Un autre élément majeur de la victoire insurrectionnelle sera la furtivité. En d'autres termes, puisque l'insurrection commencera au moment où les élites découvriront qu'elles sont sur le point de perdre le tapis qui se trouve sous leurs pieds, nous devons nous débarrasser de la plus grande partie possible de ce tapis et le remplacer par notre nouvelle fondation, le Dual Power, avant qu'elles ne reconnaissent une menace significative. Oui, je dis que nous devons en fait reporter l'insurrection jusqu'à ce que nous soyons prêts à nous battre et à combler les vides laissés par le renversement des appareils d'oppression de la société. Cela ne signifie pas qu'il faille prétendre que nos nouvelles institutions ne sont pas en concurrence avec leurs homologues oppressifs. Non, nous ne devons pas cacher nos intentions, sous peine de les oublier nous-mêmes ! Au contraire, nous devons veiller à n'attaquer que les cibles qui sont prêtes à tomber, que nous pouvons remplacer sans demander de permission ou sans compter sur l'aide de l'État et des capitalistes. |
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| 145 | + |
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| 146 | +La réappropriation, tant de la richesse que du pouvoir politique, doit se faire avec prudence, sans exposer nos faiblesses. Un exemple simple : plutôt que d'avoir 15 % de la communauté qui dépendent entièrement des épiceries coopératives politisées pour tous leurs besoins alimentaires et autres, il vaut mieux qu'une grande majorité dépende d'institutions à double pouvoir pour une fraction plus petite de ses besoins. Car alors, nous pourrons commencer à prendre des mesures plus radicales pour fermer les épiceries commerciales, ou les forcer à céder la propriété et la gestion aux travailleurs et à la communauté. Nous aurons bien ménagé nos forces et organisé une mini-insurrection dans le secteur de l'épicerie locale. Si nous faisons trop de bruit en attaquant une institution alors que nous sommes encore faibles, nous serons écrasés. |
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| 147 | + |
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| 148 | +Une autre clé du succès insurrectionnel est la capacité à utiliser la force de l'attaquant contre lui-même. Cela se produit à la petite échelle de la confrontation physique réelle, mais aussi à la grande échelle du champ de bataille idéologique. Lorsqu'un attaquant mieux armé avance sur un adversaire faible, ce dernier doit d'une manière ou d'une autre utiliser la puissance du premier pour renverser le cours des choses. Sur le terrain, dans les affrontements de rue, nous utiliserons l'Aïkido et d'autres arts martiaux qui reposent sur ce concept. Nous saboterons également les machines dont dépendent les agents de l'ordre. Lorsque leurs ordinateurs et leurs hélicoptères ne fonctionneront plus, ils perdront leur avantage sur nous et commenceront même à se décomposer de l'intérieur. Lorsque ceux qui n'ont pas encore été incités à se soulever voient d'autres personnes résister de manière non violente alors que ces dernières sont brutalement attaquées par leurs légendaires "protecteurs", la victoire pour nous est arrachée des mâchoires de la défaite. |
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| 150 | +Je ne sais pas combien de fois on m'a posé cette terrible question : "Pouvons-nous gagner ?" Il est inutile d'y réfléchir. La plupart des gens, qu'il s'agisse de militants ou d'autorités, pensent connaître la réponse. La plupart pensent que non, quelques optimistes disent que oui. J'insiste sur le fait que la question est sans valeur. Comme le répète Noam Chomsky, "en ne faisant rien, nous ne faisons que garantir que nous perdrons". La vraie question est donc de savoir par quelles méthodes nous avons le plus de chances de gagner. |
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| 152 | +C'est vraiment ce que nous devrions rechercher, ce que nous devrions essayer d'accomplir : et la réponse se trouve dans la perspective stratégique et tactique. Si nous luttons contre un ennemi affaibli et démoralisé, si la taille, la force et la discipline de notre mouvement sont au plus haut niveau, si nos objectifs sont clairs, si nous sommes unis dans nos efforts de résistance, si nous sommes massifs et inquiétants, alors je dis que nous avons une chance. Nous nous demandons donc comment réunir ces conditions pour nous préparer à l'événement principal. Nous ne gagnerons pas sans violence, mais nous ne gagnerons pas non plus avec la violence. Nous serons attaqués, brutalement et méchamment, et nous n'aurons pas d'autre choix que de résister, de nous rétablir et de nous battre. Mais le combat ne peut être notre principale tactique pour atteindre l'un des objectifs stratégiques évoqués dans ce chapitre. Sans préparation, le combat est perdu d'avance. |
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| 153 | + |
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| 154 | +Si vous avez besoin de savoir que vous allez gagner avant de vous engager, nous ne vous verrons pas de toute façon. En revanche, il est logique de savoir comment vous allez essayer de gagner. L'insurrection est le plus grand des jokers. Nous pourrons en dire plus lorsque nous aurons une meilleure idée de ce à quoi elle ressemblera. Elle n'est pas pour demain, mais peut-être dans une décennie ou une génération. Espérons seulement que nous serons prévenus et que nous aurons une idée raisonnablement plus précise de la manière dont nous pourrons y faire face. Plus loin dans ce livre, nous discuterons plus longuement des éléments les plus appliqués de la résistance et du conflit, y compris de la manière d'organiser des manœuvres offensives et défensives (essentiellement non violentes) sans recourir aux méthodes militaires traditionnelles d'organisation ou de combat. |
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| 155 | + |
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| 156 | +--- |
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| 157 | + |
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| 158 | +\*Ces notions et les projets qu'elles engendrent posent plusieurs problèmes. Tout d'abord, elles répètent les défauts évidents de la théorie révolutionnaire classique. Les marxistes refusent d'apprendre la leçon principale des échecs révolutionnaires historiques, rejetant la responsabilité de la chute du communisme léniniste (et d'autres formes formalisées) sur l'intervention extérieure et la contre-révolution. Le fait est qu'une population doit être préparée à la révolution non seulement intellectuellement, mais aussi sur le plan organisationnel. Non seulement la capacité de stabilité économique doit exister (ce qui n'est pas une mince affaire pour une espèce qui chassait et cueillait autrefois pour subvenir à ses besoins de survie), mais il faut aussi une organisation politique et économique capable de gérer les complexités des relations sociales à grande échelle, y compris la répartition équitable des ressources et des produits entre des populations entières. |
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| 159 | + |
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| 160 | + |
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| 161 | +<h1 style="text-align: left;">“An Introduction to Dual Power Strategy” by Brian A. Dominick</h1> |
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| 162 | +<p align="center"> |
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| 163 | +<img src="media/images/Logo_vectorized_resized.png" style="background-color: transparent;" width = 50 height = 50> |
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| 164 | +</p> |
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| 165 | +<br /> |
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| 166 | + |
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| 167 | +*** |
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| 168 | +_Personnal Note – By X, translator_ |
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| 169 | + |
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| 170 | +_Brian A. Dominick is not necessarily well known, "An introduction to Dual Power strategy" is a political zine distributed in 2018 in the USA and now archived at the East Baton Rouge Parish Library. Brian is also the author of "Animal Liberation and Social Revolution"._ |
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| 171 | + |
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| 172 | +*** |
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| 173 | +<br /> |
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| 174 | + |
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| 175 | +The great task of grassroots dual power is to seek out and create social spaces and fill them with liberatory institutions and relationships. Where there is room for us to act for ourselves, we form institutions conducive not only to catalyzing revolution, but also to the present conditions of a fulfilling life, including economic and political self-management to the greatest degree achievable. We seek not to seize power, but to seize opportunity vis a vis the exercise of our power. |
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| 176 | + |
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| 177 | +“The proletariat needs state power, a centralized organization of force, an organization of violence … to lead the enormous mass of the population … in the work of organizing a socialist society.” |
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| 178 | +–V.I. Lenin |
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| 179 | +Bolshevik Party |
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| 180 | + |
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| 181 | +“We wish not to seize power, but to exercise it.” |
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| 182 | +–Subcommandante Marcos |
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| 183 | +Zapatista Army of National Liberation |
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| 184 | + |
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| 185 | +There are two dualities at work in the modern strategic concept known as dual power. First, there is the classical notion of the relationship between (1) the current establishment and (2) the second social infrastructure pitted in opposition to it. |
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| 186 | + |
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| 187 | +Here the status quo consists of a market capitalist economy, an authoritarian republic, patriarchy, adultarchy, judeo-christian eurocentricity, white supremacy, etc. These are the ideologies and institutions which make up the oppressive system according to which our society operates. By necessity, then, our oppositional dual power, our alternative infrastructure, must be based on decentralized socialist economics, a participatory democratic polity, feminist and youthist kinship, and a secular yet spiritual, intercommunal culture. Those will be the building blocks of our new society, and the masonry has already begun. |
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| 188 | + |
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| 189 | +The second duality is between (1) the creative force of forming new social institutions and transforming oppressive ones into liberatory, and (2) resisting or destroying what is useless and oppressive to us in the current establishment. In other words, we need to approach revolutionary social change with constructive and a destructive tactics in our toolbox. We cannot build until we make space, but our alternative social infrastructure will not make itself, so we must establish it on the ruins of the old order, in the shadow of that order. |
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| 190 | + |
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| 191 | +Dual power is a relatively generic strategy, as we have seen. Not only is there great contention between the leninist version of the strategy and the contemporary, grassroots approach, but there are also a number of tendencies within the latter framework. Essentially, the most popular alternative to the strategic outlook detailed in this book is known as libertarian municipalism. To differentiate, without coming up with a snazzy name like that, we’ll call this version holistic dual power because a main tenet of the approach is that we need to form alternative and resistance infrastructure in all spheres of social life (where libertarian municipalism only focuses on political dual power). |
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| 192 | + |
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| 193 | +**Revolutionary Conditions** |
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| 194 | + |
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| 195 | +Contemporary marxists insist that the objective conditions necessary for social revolution exist today in North American societies, and throughout the industrialized world. These conditions, they assert, are the technologically advanced forms of production which place the ability, just not the authority, to meet all people’s material needs in the hands of the workers. In other words, if only the workers were to rise up and seize control of the means of production, revolution would be at hand, as they could reorganize allocation and finally do away with a contrived scarcity of material goods and services. The missing element today, marxists assert, is the subjective condition of revolutionary consciousness. That is, the people need to become revolutionary in mind. |
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| 196 | + |
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| 197 | +Marxist ideology, as disseminated by modern “communist” parties (self-proclaimed vanguards in a premature state), is the vehicle allegedly capable of instilling this revolutionary consciousness among “the masses.” Such belief is why contemporary marxists tend to organize ideologically, spreading propaganda, instead of practically, as in establishing the grassroots organizations necessary for fulfilling the immediate and future needs of the people, including popularized political and economic self-management. For them, dual power comes about when their party establishes the strength and wherewithall to reorganize and run society from the top down. |
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| 198 | + |
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| 199 | +Marxists generally deny the necessity of popular, grassroots organization, precisely because they believe the vanguard method is the path to follow, despite its historical record. At least, they claim, vanguardism has accomplished something, whereas the spontaneous methods attributed to anarchism have gotten us nowhere. Regardless of this claim’s in/accuracy, it can be easily exposed as a product of marxists’ basic fear of empowering “the masses” with more than ideological allegiance to marxism and the vanguard party of their choosing. The party will “provide the necessary leadership” to guide the revolution and rebuild society in the wake of insurrection. It is not imperative, then, to build grassroots institutions and form a democratic framework in the pre-insurrectionary period. Nor is it important that the people, seen as “masses,” develop the skills required to self-manage even one’s own life, much less an entire society. For marxists, dual power structures are limited to the Party itself. Everyone else should go about their normal business, while supporting the party and awaiting further orders.\* |
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| 200 | + |
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| 201 | +Also, we should recognize that present day projects intended to disseminate information, popularize social critiques or raise consciousness are limited. This is especially true when their thrust is biased towards offering the oversimplified (not to mention dangerous) solution of mass alignment with political parties or vanguards. Revolutionary media and propaganda must be intrinsically tied to struggle. Without the practical, day-to-day projects which build toward revolution, in the meantime providing essential living space and protection from the effects of oppression, our propaganda is baseless. It is simply false to claim the solution to our collective woes can be found in turning to elites and leaders as our “activism,” whatever their ideological persuasion or their power. |
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| 202 | + |
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| 203 | +The essence of a grassroots dual power strategy is captured in the above quotation from EZLN leader Marcos. It illustrates the very different concept of revolution professed by the Zapatistas, and beginning to be understood by radicals in various movements throughout the world. |
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| 204 | + |
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| 205 | +As we discussed in the last chapter, the social power of “the masses” is currently on loan — rented by elites. We forfeit our prerogative to manage our own political and economic lives, defaulting to the role of passively accepting the established manner of social functioning. The limited access to politics afforded by the status quo, such as voting and petitioning, amount to nothing more than reaffirmations of our consent to be ruled, to have our political power handled by elites in our steads. |
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| 206 | + |
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| 207 | +Nothing short of refusal to participate, in any way, in the dominant society, by everyone from workers to bureaucrats to police officers, will result in the overturning of the status quo. Indeed, even passive acceptance of the status quo, when coupled with participation in everyday social functions as defined by that same status quo, is still active support of it. Even in the case when a new, alternative political force seizes power at the top, the relationship of authority and subordination persists. Only when people actually participate in an alternative social arrangement does the old paradigm become dissolved. |
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| 208 | + |
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| 209 | +This essay is about basic democracy. I am not introducing a radical new ideology, I am talking about building a social framework, or infrastructure, which is responsive to the actual will of the people. I will say nothing herein about morality, nor will I share my opinions on the issues of the day. What I am proposing is a system whereby decisions of social policy and economic relations are made by those affected by them: citizens and workers. This strategic idea is still a threat, of course. It does take a stance against the inordinate amounts of authority presently reserved for politicians and their private backers. It does call to task the hierarchical arrangements of the workplace, the family, the school, the church, and so forth, which directly contradict and resist the exercise of power by common people. But it makes no claims as to how those people ought to use their power, once acquired. I make few specific suggestions regarding what issues need to be decided, much less which conclusions should be favored, in a democratic society, or a society aspiring toward real democracy. |
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| 210 | + |
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| 211 | +Such is the essence of grassroots dual power. It is foremost a revolutionary strategy, the procedure by which we can sustain radical social change during and after insurrectionary upheavals — even to manage those upheavals; but dual power is also a situation we create for ourselves as communities. Whether the insurrection happens in the next decade or takes 3 more generations to occur, we can create revolutionary circumstances now, and we can exercise power to the greatest possible extent. Dual power recognizes that waiting until after the insurrection to participate in liberatory political and economic relationships means postponing our liberation; it is as senseless as waiting until after the insurrection to begin reorganizing society. We do not require that the state and capitalism collapse before we can begin living relatively free lives. |
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| 212 | + |
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| 213 | +The great task of grassroots dual power is to seek out and create social spaces and fill them with liberatory institutions and relationships. Where there is room for us to act for ourselves, we form institutions conducive not only to catalyzing revolution, but also to the present conditions of a fulfilling life, including economic and political self-management to the greatest degree achievable. We seek not to seize power, but to seize opportunity vis a vis the exercise of our power. |
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| 214 | + |
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| 215 | +Thus, grassroots dual power is a situation wherein a self-defined community has created for itself a political/economic system which is an operating alternative to the dominant state/capitalist establishment. The dual power consists of alternative institutions which provide for the needs of the community, both material and social, including food, clothing, housing, health care, communication, energy, transportation, educational opportunities and political organization. The dual power is necessarily autonomous from, and competitive with, the dominant system, seeking to encroach upon the latter’s domain, and, eventually, to replace it. |
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| 216 | + |
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| 217 | +The creation and implementation of this second power marks the first stage of revolution, that during which there exist two social systems struggling for the support of the people; one for their blind, uncritical allegiance; the second for their active, conscious participation. |
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| 218 | + |
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| 219 | +Aside from revolutionary upheaval, the very formation of a dual power system in the present is in fact one of the aims of the dual power strategy — we seek to create a situation of dual power by building alternative political, economic and other social institutions, to fulfill the needs of our communities in an essentially self-sufficient manner. Autonomy and relative independence from the state and capital are primary goals of dual power, as is interdependence among community members. |
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| 220 | + |
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| 221 | +And, again, while a post-insurrectionary society which has generally surpassed the contradictions indicated by the term “dual power” is the eventual goal of this strategy, the creation of alternative social infrastructure is a desirable end in itself. Since we have no way of predicting the insurrection, it is important for our own peace of mind and empowerment as activists that we create situations in the present which reflect the principles of our eventual visions. We must make for ourselves now the kinds of institutions and relationships, to the greatest extent possible, on which we’ll base further activism. We should liberate space, for us and future generations, in the shadow of the dominant system, not only from which to build a new society, but within which to live freer and more peaceful lives today. |
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| 222 | + |
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| 223 | +But where does the role of resistance fall among all this construction? During the dual power phase, it is not only important to build the foundation of the new society, but also to diminish the strength and capacity of the old system. We must first make space within the still-dominant system in order to have room in which to build society anew. Therefore, not only must we form alternative institutions, but also counter institutions (XIs) to resist and assault the status quo. Counter activity includes everything from protest to direct action, but is defined as activity which actively opposes the status quo. The intricacy of analysis demanded by the kinds of activity counter institutions engage in forces us to deeply reassess what have become common, almost default, practices among radical activist groups. Successfully melding the counter activity of XIs with the proactivity of AIs requires a new level of strategic and tactical comprehension and coordination. |
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| 224 | + |
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| 225 | +**Community** |
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| 226 | + |
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| 227 | +For our purposes, community refers to a self-defined group of consciously active individuals located in local or regional proximity (that too self-defined). The main tasks of community development are (1) the internal development of alternative and counter institutional structures within the community; (2) the expansion and diversification of the community itself (popularly, not geographically); (3) the subjective (personal) enhancement and education of community members; (4) constitution of a sovereign municipality (having reached a “critical mass” of stable, participatory support); (5) the identification of the community within the context of a world-wide revolution. |
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| 228 | + |
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| 229 | +We’ll handle the last directive first. Once we have generally identified and defined our community (and this is an ongoing, unending process), we must recognize it, and have it recognized from without, as part of a larger, essentially global revolutionary struggle. Communities revolting in isolation will fail. And while dual power will develop at different rates in different societies, regions and localities, all dual power projects must be autonomously affiliated. |
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| 230 | + |
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| 231 | +We are trying to revolutionize society, but to do so on a scale with which we can grapple. Direct democracy, at this stage, lends itself best to the community or smaller unit. A single city may have to be divided into several dual power municipalities, depending on its size and the wishes of its residential members. It’s generally inconceivable that a unit larger than a city (ie, state, region, etc) could function as a directly democratic dual power community, where face-to-face interaction and the potency of an individual’s impact on pertinent decisions is imperative — at least at any early stage. |
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| 232 | + |
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| 233 | +The problem of scale is a simple one, but one without easy solutions: we want to radically reorganize all of society, but in a decentralized manner. This means there can be no central committee on the national or continental or global level which dictates or directs the development of individual communities. The revolution must come about from the bottom up, from the outside in. If there are to be institutions and associations which extend beyond the neighborhood and community, they must be put together after the autonomous units (ie, neighborhoods, municipalities, etc) are defined. |
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| 234 | + |
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| 235 | +Should we decide to set up an elaborate system of strata (eg, neighborhood, municipality, county, state, region, nation, etc), each unit must come about, from smallest and most intimate, first. And then we can affiliate with other so-developed units to form networks. For example, we organize our neighborhood into a dual power network, and that neighborhood association seeks out nearby neighborhoods and develops another network to form a municipal network, which networks with other local municipalities to form a city or county dual power, and on up the list. |
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| 236 | + |
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| 237 | +Realistically, we have to expect that dual power networks will first form at the community/municipal level, at least in most urban zones, and will then break up into neighborhoods, or however the strata will be defined by those involved. This approach still lends itself to direct democracy. However, we cannot form a Continental Dual Power Network, for instance, and then divide it down. We would be spending too much time traveling to meetings to develop our own communities! |
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| 238 | + |
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| 239 | +In any case, scales will be experimented with, and communities will define themselves variously. This will cause a lack of uniformity between various communities, even among communities which “border” each other as defined; it will even cause confusion and conflict, or so it can be assumed. But if the alternative is centralization and loss of democratic control, we will have to go it the hard way, which is after all the grassroots way. |
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| 240 | + |
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| 241 | +The question when it comes to scale and association is not whether the revolution should be world-wide vs. community-wide. Of course it must be global, as critics of most grassroots organizing projects constantly insist. The real question is how we are going to develop the elaborate social system(s) necessary for ground-up, popular self-management of revolutionary struggle. Therefore, without precluding — indeed recognizing! — the need for over-arching, inter-networking organization of the revolution, we insist on an organic, grassroots process by which “umbrella” structures can come about, forming holarchies in place of hierarchies. |
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| 242 | + |
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| 243 | +Here we run into an unusual but very simple concept. A holarchy is a model of organizational structure which provides various levels of social strata for administrative purposes, but not various levels of authority. Abstractly speaking, it is a hierarchy without differentials in the amount of decision-making power the various levels of the “pyramid” have at their disposal. In the current, republican model of federal government used by the United States, there are several levels of authority. The president, at the top of the pyramidal hierarchy, obviously has inordinant amount of power compared to everyday citizens. And there are various levels of power in between. |
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| 244 | + |
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| 245 | +In a holarchy, which is still shaped as a pyramid with fewer “officers” manning the top “ranks,” as you go up model from citizen to the higher levels, decision-making power (ie, authority) decreases as administrative function increases. That is, those at the “top” are charged with merely implementing, not choosing, the desired course on any given issue. Voters at the bottom (in their neighborhoods or workplaces, for instance) make the decisions, and at some levels (eg, regional, industry-wide, etc) “representatives” are mandated to vote again, proportionately representative of their “constituents'” wishes. |
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| 246 | + |
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| 247 | +We will see more examples of holarchical organization when we discuss the specifics of economic and political dual power. For now, the abstract concept is important to introduce a fresh way of looking at large scale democratic action. |
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| 248 | + |
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| 249 | +The most obvious reason to network local dual power institutions and define our dual power communities (thus forming a second power) is so they can form community-wide institutions, the second stage of internal development (the first being the formation of alternative institutions and counter institutions). Community-wide institutions such as an alternative economy and political forums, and programs like policing and sanitation, are an enormous step, but a vital one if our communities are to become anything more than loose amalgamations of collectives and co-ops. |
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| 250 | + |
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| 251 | +The dual power community must grow. It must accumulate more and more members and form more institutions to serve the expansion. The community can only grow, however, as a result of individuals and organizations willingly deciding to participate in the community. We cannot, like traditional union organizers, approach an organization and ask it to vote on whether to join us or not. We must use a far more organic approach, and participation must be based on consensus. Unenthusiastic members are valuable only as numbers, at best as means to an end, and this is simply not how to go about making revolution. |
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| 252 | + |
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| 253 | +Furthermore, the openness of the community must be limited. There should be a clearly-defined mission, and structures which ensure the community’s consistency with the mission. The mission should be explicit about it’s desire to change society structurally, and not just to provide a comfortable alternative to the dominant system. This will certainly limit the number of people enthusiastic about joining. Most of the yuppie types now affiliating with food co-ops will shy away or even be opposed. This is where class divisions will become more obvious, and those content with leftist lip-service will duck out. Those less interested in rhetoric but eager for practical change and action will take their places, hopefully several-to-one. |
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| 254 | + |
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| 255 | +This obviously implies that existing AIs and XIs which consider becoming official member institutions of the new dual power community will often undergo internal strife themselves. But this is a necessary stage in the development of revolutionary organization. Those members which would opt not to become members of the new community, or would not have their organization become part of it, are choosing either a different revolution, or no revolution at all. Unfortunately, not every alternative or counter institution will be at the appropriate point in its development to embrace the dual power and become an integral aspect of it. Some institutions will split, certain factions opting to move on to the dual power, others maintaining the current direction. |
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| 256 | + |
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| 257 | +When we talk about forming dual power institutions, we don’t simply mean organizing them from scratch, or radicalizing existing AIs. Especially where economic institutions are concerned, we are talking in many cases about transforming existing firms and entire industries. Labor organizations are good, general examples of XIs. Their job, when they carry it out properly, is to represent labor in opposition to management/ownership. A radical union seeks not only cosmetic and quality-of-life gains for workers, but also more power structurally. As bosses’ control of the workplace decreases, workers’ power increase. And when this can be done structurally, such as through the formation of various kinds of workers’ councils, a radical change has occured. A firm undergoing such structural alteration may be well on its way to becoming a workers’ cooperative, collectively managed and thus eligible for membership in the dual power community. |
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| 258 | + |
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| 259 | +Finally, as has been suggested, the implementation of dual power is not merely a method of arranging objective social conditions such as institutions and the political/economic system in general, but also serves to facilitate the subjective, or personal, growth of the very individuals who will make the revolution. This is handled not only by economic and political institutions, but also by new conceptions and relationships of kinship and culture as well. A hybrid kind of institution, both political and economic in its nature, is required for this type of activism. |
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| 260 | + |
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| 261 | +**Outreach and Education** |
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| 262 | + |
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| 263 | +The cure for vanguardism is strengthened individuality. Grassroots strategy must provide education and skills development via several methods. The more formal forms of instruction and booklearning will probably not be done away with anytime soon, but we now have at our disposal a plethora of tactics more applicable to liberatory education. And, as has been mentioned repeatedly here, practice and the application of skills is the best course for their development. Activist skills can be applied in activism, in the family setting, in radical workplaces, even in cultural and leisure activities. Most truly radical activism itself is empowering and enlightening, but managerial and leadership roles are even more so. |
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| 264 | + |
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| 265 | +Another major aspect of developing subjective change among people involves reaching out to the population existing outside the dual power, in the throes of the dominant system. For this reason, any dual power community must maintain its own media. Propaganda involves public critique and ideological dismantlement of the dominant social notions and institutions, as well as promotion of revolutionary alternatives. That is, the propagandist’s twofold goal includes destroying the perceived legitimacy of mainstream thought and structure, plus advertisement of the benefits of membership in the dual power community. Propaganda must reintroduce the idea of revolution, this time as a desirable possibility, not a frightening, ominous ideal or a commodified buzzword. |
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| 266 | + |
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| 267 | +One of the most important kinds of dual power institution is the alternative media. Parts counter institution and alternative institution, the radical media is more than just propaganda. It operates as another form of education. Dual power media must be explicit about it’s bias, its intentions to foster new forms of community, etc. It must facilitate communication and help those who’ve become accustomed to silence find new voices. The alternative media is not about negating the status quo, but about decyphering it and demystifying the alternatives. |
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| 268 | + |
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| 269 | +**The Structure of Revolution** |
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| 270 | + |
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| 271 | +In the spirit of participatory democracy, the dual power strategy places a strong emphasis on collectivism, the application of non-authoritarian principles and practices in everyday social situations, from home and family to workplace and economy. Collectivism demands, beyond the distribution of power equally among individuals, an emphasis on participation and diversity of ideas. Therefore, not only are actors given equal weight in the making of decisions, but the options themselves are given attention. The greatest defining factors of well-organized collective institutions are: (1) the valuing (not merely tolerance) of dissent; (2) emphasis on democratic process; (3) elicitation of maximum participation from all members; (4) sense of unity and common purpose; (5) encouragement of interpersonal familiarity among members; and (6) the development and sharing of skills among members. |
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| 272 | + |
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| 273 | +So the individual is the primary unit of social change, and the collective is the secondary unit. But just as the individual cannot self-actualize in a void, the collective must recognize the larger movement context and its place therein. It is for this reason that individual institutions, collectively organized if revolutionary, must affiliate with other like institutions. Toward this end, networks connect alternative institutions for purposes of communication, planning and mutual aid. At the same time, federations unite counter institutions around common tactics and objectives. Coalitions are essentially temporary federations which focus on a given issue or goal. Unlike collectives, which typically rely on limited scale for face-to-face encounters, networks and federations, while always emphasizing communication and relativity, can be based on a range of scales, from neighborhood to intercontinental — as long as their purpose is to connect collectives which share similar intents. In the interest of remaining consistent with the principles of collectivism (and therefor of individual member collectives), networks and federations must value decentralized, democratic processes, encourage participation and dissent, and so forth. |
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| 274 | + |
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| 275 | +Developing alternative social infrastructure is the ultimate goal of networking alternative institutions. When political organizations such as community forums, mediation councils and municipal structures, themselves based on collectivist principles, are joined with interconnected economic institutions such as worker and community cooperatives, alternative social infrastructure is on its way to fruition, at least at the community level. |
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| 276 | + |
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| 277 | +There is considerable argument with regard to just how explicitly “revolutionary” the dual power project should be. First, we recognize it as a community-based program. However, it is not expected that any community will adopt a formal dual power structure, as such. For instance, there will probably never be a Syracuse Dual Power Association, or anything of that nature. And this is likely best. Dual power is not an ideology, and as a theory or strategy, it is not even a program. It may become a program if it is popularized within a given community. But by the very notion of dual power as an idea, or a set of suggestions, or a context for smaller programs, etc, instead of a blueprint or dogma, we see dual power as informal and relatively amorphous, always yielding to the demands and pressures of actual circumstance. As a general guiding idea, dual power has been relevant, in various forms, for some time now. In order for it to stay relevant, it must remain non-specific. |
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| 278 | + |
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| 279 | +So far I have defined dual power generally, as I see it to be most relevant in North America at this time. Others from other societies or other points in history may find it necessary to radically alter even these basic assumptions, and in the interest of human liberation I offer my fondest wishes. |
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| 280 | + |
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| 281 | +In the following chapters we will finally get down to the nitty-gritty of organizing dual power institutions, including workplaces, families, neighborhoods, media, and so forth. We will also deal with networks such as municipalities and beyond, as well as economic systems, federations of counter-institutions, and the like. Just as should be the case in real life, we will start with the smallest in each category and move outward to increasing scales. Hopefully, in the coming chapters, we will develop a more concrete, stable vision of the kind of society we are trying to achieve, at a much more intimate level. |
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| 282 | + |
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| 283 | +**Conflict and Insurrection** |
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| 284 | + |
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| 285 | +Twisting the words of Alexander Berkman, who said “revolution is the boiling point of evolution,” it can be said that insurrection is the boiling point of revolution. It is a period more likely to be brought about by the state, its agents acting on behalf of all manner of oppressive ideologies, trying once and for all to reassert the old order which the dual power has wrested from its grasp. Putting the violent aspects of the insurrectionary ordeal into perspective, Berkman also wrote, “the fighting phase of [revolution] is the smallest and least significant part.” Which is to say, even where the object is destruction, most of what is to be destroyed is ideological — it is our understandings, our intentions, and so forth. Eliminating prisons and garrisons, while necessary targets of insurrectionary acts, are not what insurrection is about. Instead, the primary destruction will be that of outlived ideas and oppressive ways. |
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| 286 | + |
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| 287 | +In order for any proposal for a revolutionary strategy to be convincing, it must contain a component detailing how revolutionary movements will handle conflict and, if they are sustainable, insurrection. I intend to deal with these issues much later in far more detail. For now, so that the strategy I’ve just described will be more believable, I am offering a cursory discussion of how a holistic dual power movement can hope to deal with conflict and insurrection. |
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| 288 | + |
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| 289 | +The establishment of dual power is offensive in a very subversive sense: it seeks to encroach slowly yet fully the domain of those in authority, the status quo. And thus assaults on dual power institutions can be seen as defensive manuevers on the part of the state and its cohorts. Typically in any struggle, if defenders are well established, they have a decided advantage over their attackers. So obviously the key is to become well established. |
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| 290 | + |
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| 291 | +Part of that preparation for the insurrectionary moment is weakening the enemy well in advance. This means agitating and organizing among the ranks of the agents of the old order. It means demoralizing the police and the military, encouraging them to make changes in their institutions as we are in various others. Indeed, it means encouraging them to become us. More often than not, because of the rigidity of hierarchy in such institutions, transformation will mean abandonment more than conversion. But make no mistake about it, when the violence heats up because the once-comfortable authorities recognize the threat to their status, and to the very social framework which gives rise to that status, we will not be able to beat an army that is at full strength, or police forces which are functioning smoothly. Resistance, refusal, sabotage, desertion — these will all need to be commonplace within the armed forces, or we will have no hope of success in the insurrection. |
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| 292 | + |
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| 293 | +Another major element of insurrectionary victory will be stealth. That is, since the insurrection will begin around the time elites discover they are about to lose the rug from beneath their feet, we must dispose of as much of that rug as possible, and replace it with our new foundation, the dual power, before they recognize a significant threat. Yes, I am saying we must actually postpone the insurrection until we are most prepared to fight, and most prepared to fill those voids left behind by our toppling of society’s oppressive apparatuses. This doesn’t mean pretending our new institutions are not in competition with their oppressive counterparts. No, we can make no secret of our intentions lest we forget them ourselves! Instead, we need to be careful to attack only those targets which are ready to fall, which we can replace without petitioning for permission or relying on state and capitalist hand-outs. |
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| 294 | + |
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| 295 | +Reappropriation, of both wealth and political power, must be done carefully, without exposing our weaknesses. A simple example: rather than having 15% of community fully dependent upon politicized, cooperative grocery providers for all its food and such needs; it is better to have a vast majority rely on dual power institutions for a smaller fraction of its needs. Because then we could start taking more drastic steps to shut down commercial grocers, or force them to yield ownership and management to workers and the community. We will have bided our strength well, and staged a mini-insurrection in the local grocery industry. If we cause too much of a fuss by attacking an institution while we are still weak, we will be crushed. |
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| 296 | + |
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| 297 | +Another key to insurrectionary success is the ability to use the attacker’s strength against itself. This happens on the small scale of actual physical confrontation, and also on the larger range of the ideological battlefield. When a better-armed attacker advances on a weak opponent, the latter must somehow make use of the former’s power, to turn the tide of advantage. On the ground, in street confrontations, we will use Aikido and other martial arts which rely on this concept. We will also sabotage the machinery on which the agents of order depend. When their computers and their helicopters do not function, they lose their edge over us, and in fact they begin to decay from within. When those not yet aroused to rise up see others resist nonviolently as the latter are brutally attacked by their fabled “protectors,” victory for us is snatched from the jaws of defeat. |
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| 298 | + |
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| 299 | +I don’t know how many times I have been asked that dreadful question: “Can we win?” It’s a useless thing to ponder. Most people, activists and authorities alike, think they know the answer. Most think No, a few optimists say Yes. I insist the question is without value. As Noam Chomsky always implores, “by doing nothing, we only guarantee that we will lose.” The real question, then, is by what methods do we stand the best chance of winning? |
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| 300 | + |
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| 301 | +That’s really what we should be looking for, what we should be trying to accomplish: and the answer is in strategic and tactical outlook. If we are struggling against a weakened, demoralized enemy; if our movement size, strength and discipline are at peak levels; if our goals our clear; if we are unified in our resistance efforts; if we are massive and foreboding; then I say we stand a chance. So we ask how to achieve these conditions as our preparation for the main event. We will not win without violence, but neither will we win with violence. We will be attacked, brutally and viciously, and we will have no choice but to withstand, recover and fight back. But fighting cannot be our primary tactic in achieving any of the strategic goals discussed in this chapter. Without preparation, the fight is lost before it begins. |
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| 302 | + |
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| 303 | +If you need to know you’re going to win before you get involved, we won’t be seeing you around anyway. However, it does make sense to know how you’re going to try to win. Insurrection is the greatest wildcard. More can be said of it when we have a better idea of what it will look like. It is not coming tomorrow, but perhaps in a decade or a generation. Let us only hope we will have warning, and some reasonably better prediction of how it can be dealt with. Later on in this book we will discuss at some length the more applied elements of resistance and conflict, including how to organize for (mostly nonviolent) offensive and defensive manuevers without resorting to traditional military methods of organization or combat. |
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| 304 | + |
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| 305 | +--- |
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| 306 | +\*There are several problems with these notions and the projects they breed. First of all, they repeat the obvious flaws of classical revolutionary theory. Marxists refuse to learn the primary lesson of historical revolutionary failures, instead blaming the downfall of leninist communism (and other formalized brands) on outside intervention and counterrevolution. The fact is that a population must be not only intellectually but organizationally prepared for revolution. Not only must the capacity for economic stability be in existence (not a tall order for a species which once hunted and gathered to provide for its survival needs!), but also necessary is political and economic organization capable of managing the complexities of mass scale social relations, including the allocation of resources and products equitably among entire populations. |
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| 307 | + |
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| 308 | + |
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| 309 | + |
webpages/ourarticles/intersectionnalite-ab35.md
| ... | ... | @@ -0,0 +1,827 @@ |
| 1 | +--- |
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| 2 | +title: Pour une synthèse anarchiste intersectionnelle |
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| 3 | +--- |
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| 4 | + |
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| 5 | +Autrice : Crabi - Liaison commune de Lyon - Fédération anarchiste - 07 / 05 / 2025 |
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| 6 | + |
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| 7 | + |
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| 8 | + |
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| 9 | +<p align="center"> |
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| 10 | +<img src="media/images/Intersec_FA_project_neg.png" style="background-color: transparent;" width = 600> |
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| 11 | +</p> |
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| 12 | + |
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| 13 | + |
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| 14 | +# Chapitres |
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| 15 | + |
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| 16 | +<p><a href="#les-luttes-portées-par-les-autrices"><button class = "button_header button_history"> Les luttes portées par les auteurices </button></a></p> |
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| 17 | + |
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| 18 | +<p style = "border-left-width: 50px; border-left-style: solid;"><a href="#le-classisme-dans-le-militantisme"><button class = "button_header button_history"> Le classisme dans le militantisme </button></a></p> |
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| 19 | + |
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| 20 | +<p style = "border-left-width: 50px; border-left-style: solid;"><a href="#l-isolement-sectarisme-et-sacrifice-militant"><button class = "button_header button_history"> Isolement et sectarisme </button></a></p> |
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| 21 | + |
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| 22 | +<p style = "border-left-width: 50px; border-left-style: solid;"><a href="#matérialisme-et-individualisme"><button class = "button_header button_history"> Matérialisme et individualisme </button></a></p> |
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| 23 | + |
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| 24 | + |
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| 25 | +<p><a href="#la-fa-est-intersectionnelle"><button class = "button_header button_militant">La FA est intersectionnelle </button></a></p> |
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| 26 | + |
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| 27 | +<p style = "border-left-width: 50px; border-left-style: solid;"><a href="#une-structure-qui-sert-l-individu-sans-catégorisation"><button class = "button_header button_militant">Une structure qui sert l’individu sans catégorisation </button></a></p> |
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| 28 | +<p style = "border-left-width: 50px; border-left-style: solid;"><a href="#la-synthèse-anarchiste-comme-engrenage"><button class = "button_header button_militant">La Synthèse anarchiste comme dernier rouage</button></a></p> |
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| 29 | + |
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| 30 | + |
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| 31 | +*Parties futures à développer* |
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| 32 | + |
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| 33 | +*** |
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| 34 | + |
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| 35 | +# Définir Intersec |
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| 36 | + |
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| 37 | +# Historique du Terme |
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| 38 | + |
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| 39 | +# Notre intersectionnalité |
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| 40 | + |
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| 41 | +## Les collectifs |
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| 42 | + |
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| 43 | +## Les luttes portées par les autrices |
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| 44 | + |
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| 45 | +### Le classisme dans le militantisme |
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| 46 | +Abstract de Crabi - Juillet 2025 |
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| 47 | + |
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| 48 | +On appelle le classisme la division systémique en classe sociale d'un environnement associée d'une oppression d'une classe sur une ou plusieurs autre classe. Aussi désigne-t-on par classisme dans le militantisme, la division en classes sociales le milieu militant. Inhérentes à la société, nos activités militantes reflètes nos moyens et nos besoins. Aussi une catégorisation existe dans l'activisme à défaut des théories et des idées. En exemple peut-on parler de la « lutte des classes » : |
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| 49 | + |
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| 50 | +Ce mouvement touche dans le passé une grande partie de la population militante du passé à raison de leur condition sociale ouvrière ou précaire. Au contraire, on comprendra aussi que les auteur.ices des mouvements révolutionnaires sont de classes privilégiés, pour la plupart. |
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| 51 | + |
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| 52 | +Aujourd'hui, on hérite de ce passé où la légitimité de l'écriture ne revient que très rarement aux classes précaires et opprimé.es. On retrouve cela dans un discours très souvent matérialiste et élitiste : tout part de la lutte des classes et rien ne peut s'expliquer en dehors de ce spectre. |
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| 53 | + |
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| 54 | +A preuve peut-on parler du rejet total des mouvements matérialistes communistes du mouvement féministe moderne, qualifiant de « post-modernisme » toute idée ne reprennant pas la lutte des classes comme argumentaire. Il serait impossible d'expliquer que le sexisme n'est pas inhérent à l'exploitation du prolétariat par la bourgeois.es. Et que donc, seul le pouvoir aux mains du prolétariat permettrait la fin du sexisme (et de toute autre oppression!). |
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| 55 | + |
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| 56 | +Ce que le matérialiste ne dit pas, c'est que ce sexisme planera evidemment après la « révolution », et que toutes les mesures demandées par les féministes dans le passé devront alors être misent en place. D'après leur vision, en attente de la révolution, le féminisme ne devrait donc pas se développer et s'exprimer en dehors du développement de la vision révolutionnaire. On y admet alors aucune « révision » du féminisme. |
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| 57 | + |
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| 58 | +Peut-on remarquer alors que cette lutte des classes n'est pas simplement une idée mais une stratégie. C'est une recherche de prise de pouvoir que convoite le communisme. Alors, on prime dans ce milieu le « soulèvement du prolétariat » pour prendre le pouvoir, le mettre au main du Parti communiste pour la mise en place de la dictature du prolétariat. |
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| 59 | + |
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| 60 | +>« *Les communistes avec leurs méthodes, au lieu de mettre le peuple sur la voie du communisme, finiront par lui faire hair jusqu'à son nom. Ils sont sincères sans doute ; mais leur système les empêche d'introduire dans la pratique le moindre principe du communisme. Et constatant que l'oeuvre révolutionnaire n'avance point, ils en augurent que le peule n'est pas prêt pour avaler leurs décréts, qu'il faut du temps, des détours (...). Le plus triste est qu'ils ne reconnaissent nullement, ne veulent pas reconnaître leurs erreurs, et chaque jour ils enlèvent à la masse un morceau des conquêtes de la révolution, au profit de l'État centraliste.*» |
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| 61 | +> |
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| 62 | +>- Kropotkine/ Cité par Vilkens dans « Le libertaire » - 28 janvier 1921 |
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| 63 | + |
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| 64 | +En tant qu'anarchiste, nous ne souhaitons en rien cette finalité, alors nous n'en supportons pas les étapes et méthodes. Dès maintenant nous souhaitons le changement pour justement éviter de ne baser tout nos espoirs dans un Parti politique certainement corrompu, qui admettra dans le futur des massacres pour palier à l'incohérence de sa politique. |
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| 65 | + |
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| 66 | +On qualifie alors tout ce mécanisme dans le milieu militant, de classisme. Car dans la gauche révolutionnaire, une habitude se fait de discriminer toute divergence à la penser classique. Cela pourrait s'apparenter à un sectarisme si ce n'était pas aussi généralisé. |
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| 67 | + |
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| 68 | +Toute ces oppressions écrasent alors le développement d'idées nouvelles, avec elles leurs activistes. |
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| 69 | + |
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| 70 | +Ce classisme qui s'exprime sous les termes de « contre-révolutionnaires » ou encore de « post-modernistes » crèe évidemment une réaction. |
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| 71 | + |
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| 72 | +Peut-on alors aujourd'hui comprendre les récentes altercations entre les milieux militants, développés sur 200 ans de théories et d'expériences, qui ne sont plus que de simple dispute idéologique : c'est la lutte des classes dans le milieu militant. |
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| 73 | + |
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| 74 | +Selon nous, cette étude du classisme démontre la nécessité à lutter en dehors de la logique de celui-ci, qui semble être en soit une impasse stratégique et idéologique : L'anarchisme n'admet pas imposer une idéologie à raison de savoir - par son développement historique - que l'individu, comme le collectif, admet l'erreur ; et qu'alors sa prise de pouvoir politique n'est synonime que de désordre et de chaos ; l'histoire l'ayant démontré à chaque itération. |
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| 75 | + |
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| 76 | +Ici, cette partie souhaite démontrer la difficulté des mouvements à se développer face aux réactions de la société publique et de la société politique. |
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| 77 | + |
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| 78 | +#### Du féminisme aux luttes antiracistes |
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| 79 | + |
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| 80 | +>« Pour bien comprendre la dynamique actuelle de l'approche intersectionnelle, il est essentiel d'examiner les racines historiques et le développement du féminisme aux États-Unis. |
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| 81 | +> |
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| 82 | +>La première vague du féminisme est apparue dans le contexte de la lutte pour le droit de vote des femmes. Le mouvement a été marqué par deux associations principales : la National Woman Suffrage Association (NWSA) et l'American Woman Suffrage Association (AWSA). |
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| 83 | +> |
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| 84 | +>D'une part, la NWSA a été fondée en 1869 par Susan B. Anthony et Elizabeth Cady Stanton. Elles militaient en faveur d'un amendement fédéral accordant le droit de vote aux femmes et avaient également des revendications plus larges, telles que les droits de propriété des femmes et la réforme du mariage. D'autre part, l'AWSA, également créée en 1869, était plus conservatrice. Elle adoptait une approche état par état en matière de suffrage et se concentrait uniquement sur le droit de vote, dans le but de convaincre un public plus large, y compris les hommes. |
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| 85 | +> |
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| 86 | +>Il y avait toujours des tensions entre ces deux associations, précisément en raison de leurs stratégies et priorités différentes. Ces deux associations ne fusionnèrent qu'en 1890, principalement en raison de tensions exacerbées lorsque les hommes noirs obtinrent le droit de vote avant les femmes grâce au 15e amendement de 1870, alors que de nombreuses féministes militaient également pour le droit de vote des anciens esclaves. Même si l'organisation unifiée a finalement obtenu l'adoption du 19e amendement en 1920, qui accordait le droit de vote aux femmes, cette situation a révélé les limites d'un mouvement qui ne traitait pas pleinement la « triple oppression » subie par les femmes noires et les autres minorités. La notion de « triple oppression » a été inventée en 1949 par Claudia Jones dans un article intitulé « An End to the Neglect of the Problems of the Negro Woman » (Mettre fin à la négligence des problèmes des femmes noires). Elle décrivait un type d'oppression que les femmes noires avaient toujours connu : elles étaient marginalisées en raison de leur sexe, de leur race et de leur classe sociale, ce que les organisations féministes négligeaient souvent, soulignant la nécessité d'une approche plus inclusive et intersectionnelle au sein du mouvement pour les droits des femmes. |
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| 87 | +> |
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| 88 | +>Claudia Jones était très consciente du manque de réflexion intersectionnelle autour d'elle ; en tant que membre du Parti communiste, elle constatait que celui-ci se concentrait sur l'oppression des hommes blancs de la classe ouvrière, peinant à reconnaître les oppressions spécifiques des femmes noires. |
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| 89 | +> |
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| 90 | +>Une autre période difficile fut celle des années 1960, en particulier dans le contexte de la ségrégation aux États-Unis, qui persista malgré d'importants progrès législatifs, tels que le Civil Rights Act de 1964, qui interdisait théoriquement la discrimination fondée sur la race, la couleur, la religion, le sexe et l'origine nationale. Cette loi mit également fin à la ségrégation dans les lieux publics tels que les bibliothèques et les écoles publiques, mais les préjugés raciaux restaient profondément ancrés. |
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| 91 | +> |
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| 92 | +>Puis vint la deuxième vague du féminisme et ses principales revendications, qui portaient sur la sexualité, les droits reproductifs, la famille et le lieu de travail : elles luttaient pour une égalité substantielle (c'est-à-dire l'égalité des résultats pour les groupes défavorisés), maintenant que les féministes de la première vague avaient plaidé en faveur de l'égalité formelle. Il est important de noter que la deuxième vague du féminisme a croisé le mouvement des droits civiques, car des femmes issues de divers milieux raciaux et socio-économiques ont uni leurs forces pour lutter contre l'oppression systémique. Cependant, le mouvement était principalement dominé par des féministes blanches issues des classes moyennes et supérieures et ne tenait pas compte des récits des femmes de couleur et des femmes issues de la classe ouvrière. |
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| 93 | +> |
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| 94 | +>À ce stade, l'écrivaine américaine Audre Lorde a commencé à soutenir que le concept de « sororité » du mouvement était insuffisant pour apporter un véritable changement, car il négligeait des aspects essentiels de l'identité, tels que la race, la sexualité, l'âge et la classe sociale. |
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| 95 | +> |
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| 96 | +>Ce changement, parallèlement à la montée du féminisme lesbien dans les années 1970, a jeté les bases de l'approche intersectionnelle qui allait définir le féminisme de la troisième vague, qui cherchait à aborder un spectre plus large d'identités et d'expériences au sein du mouvement. » |
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| 97 | +> |
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| 98 | +>- Anaïs -- extrait traduit de l'anglais par Crabi de « Discussing homosexuality in the english classroom : an intersectional approach » - p.8 |
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| 99 | + |
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| 100 | +### L’isolement, sectarisme et sacrifice militant |
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| 101 | + |
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| 102 | + |
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| 103 | + |
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| 104 | +> « La pertinence du fonctionnement de nos organisations « militantes » |
|
| 105 | +doit être remise en cause. Il existe un gouffre entre la population et |
|
| 106 | +le milieu militant qui rend impossibles toutes véhémences à la |
|
| 107 | +constitution de collectifs militants. Aujourd'hui, seuls des événements |
|
| 108 | +sociaux ponctuels amènent à de l'engagement temporaire. Le reste du |
|
| 109 | +temps, les collectifs peinent à se constituer, à perdurer ou bien à |
|
| 110 | +mobiliser. |
|
| 111 | +> |
|
| 112 | +>Patricia Vendramin[^1] définit l'engagement militant comme la triple |
|
| 113 | +rencontre entre l'individu, une organisation et une cause. L'engagement |
|
| 114 | +se produirait lorsqu'un.e individu se retrouve dans les idées et dans |
|
| 115 | +les pratiques d'une organisation. Pour assurer cet engagement dans le |
|
| 116 | +temps, l'établissement d'une élite militante est assuré, celle-ci |
|
| 117 | +associée à une grammaire, à une doctrine ou à des postes de carrières. |
|
| 118 | +> |
|
| 119 | +>Alors, je propose de réfléchir sur cette question d'engagement militant, |
|
| 120 | +qui mènent à la constitution en France d'organisations difficiles et |
|
| 121 | +complexes. Très souvent forcées de se diviser pour survivre. Quitte à ne |
|
| 122 | +servir pour finir qu'à se maintenir à rien faire. \[...\] |
|
| 123 | +> |
|
| 124 | +>L\'engagement « contemporain » selon Jacques Ion[^2] se caractérise par |
|
| 125 | +une activité diversifiée par des causes et des moyens d'actions marquée |
|
| 126 | +par une certaine attitude « responsable » face aux enjeux actuel. |
|
| 127 | +Contrairement aux engagements idéologiques du passé, il serait plus |
|
| 128 | +personnel, ponctuel et souvent local, avec un accent sur la |
|
| 129 | +responsabilité individuelle : l\'individu cherche à contribuer au |
|
| 130 | +bien-être social tout en reconnaissant la complexité du monde. En |
|
| 131 | +résumé, **l\'engagement contemporain est flexible, pluraliste et |
|
| 132 | +réfléchi, loin des modèles collectifs ou partisans traditionnels.** |
|
| 133 | +\[...\] |
|
| 134 | +> |
|
| 135 | +>S'engager dans un mouvement anarchiste n'est pas l'application d'un |
|
| 136 | +plan. Ce n'est pas l'idée d'une expression d'un futur mais l'idée de |
|
| 137 | +l'expression de diverses visions du futur. |
|
| 138 | +> |
|
| 139 | +>L'engagement militant ne doit pas rimer avec dogme idéologique. Pour |
|
| 140 | +répondre à cela, nous militons pour un anarchisme sans scissions ni |
|
| 141 | +rapports de force. Un anarchisme où chaque voix compte. Un anarchisme où |
|
| 142 | +chaque voie personnelle est justifiable si elle ne met pas en |
|
| 143 | +contradiction[^3] la vie d'autrui. Quel que soit le désir exprimé par |
|
| 144 | +une personne, il se doit d'être exprimé. Bien que cela puisse nous |
|
| 145 | +irriter, nous devons entendre les désirs des autres[^4]. Nous ne pouvons |
|
| 146 | +pas « interdire » la possibilité future de l'existence de certaines |
|
| 147 | +pratiques[^5]. |
|
| 148 | +> |
|
| 149 | +>Nous militons alors pour un anarchisme qui porte la voix de tous.tes au |
|
| 150 | +même niveau. Pour que l'indépendance des individus soit véritable. Pour |
|
| 151 | +qu'aucunes visions du monde ne leur soient imposées. \[...\] |
|
| 152 | +> |
|
| 153 | +>Le milieu militant ne doit pas imposer une manière de vivre, ni des |
|
| 154 | +pratiques criminelles, à ses membres[^6]. Les individus ne pourront pas |
|
| 155 | +militer si cela nécessite obligatoirement de confronter la police ou de |
|
| 156 | +lire Trotski. Nous critiquons alors ce militantisme « identitaire » |
|
| 157 | +accessible que par une faible partie de personne. A l'inverse nous |
|
| 158 | +pensons que toutes les personnes doivent pouvoir s'engager. Nous |
|
| 159 | +souhaitons que les luttes personnelles ne soient pas étouffées, que des |
|
| 160 | +collaborations se fassent sans entrisme, que des passerelles se forment |
|
| 161 | +entre les villes et les quartiers. |
|
| 162 | +> |
|
| 163 | +>Nous souhaitons que la décentralisation de nos organisations brise |
|
| 164 | +l'identitarisme militant. \[\...\] |
|
| 165 | +> |
|
| 166 | +>Les compétences « utiles » ou « efficaces » ne sont pas listées dans un |
|
| 167 | +manuel. Il ne doit pas exister de conditions pour militer. Mais nos |
|
| 168 | +libertés de pratiques sont limitées par le fonctionnement des collectifs |
|
| 169 | +actuels. Parfois centrés sur des pratiques « militaires »[^7] ou bien |
|
| 170 | +« littéraires ». |
|
| 171 | +> |
|
| 172 | +>Toutes les organisations se considèrent plus ou moins « ouvertes » aux |
|
| 173 | +propositions, mais leur fonctionnement restreigne très souvent les |
|
| 174 | +militant.es. Les propositions non-habituelles sont souvent considérées |
|
| 175 | +comme non-efficaces ou hors contexte. Alors il n'existe pas énormément |
|
| 176 | +de moyen d'exprimer des activités « non-conventionnelles ». \[\...\] |
|
| 177 | +> |
|
| 178 | +>Il est difficile de s'y identifier car une fracture sociale existe entre |
|
| 179 | +les individus et les militant.es. De s'y investir car les individus ne |
|
| 180 | +se retrouvent pas dans les compétences « militantes » types. D'y |
|
| 181 | +plébisciter parce que les collectifs ne proposent pas de plateforme |
|
| 182 | +décisionnelle libre et d'organisation fluide. |
|
| 183 | +> |
|
| 184 | +>Dans « Articles politiques » Errico Malatesta[^8] veut donner une |
|
| 185 | +conception politique à travers des évènements et des idées. Plaçant les |
|
| 186 | +expériences au-dessus des idées, Malatesta est l'une des dernières |
|
| 187 | +figures de l'anarchisme « d'après-avant-guerre »[^9] portant une vision |
|
| 188 | +fluide, flexible et critique des activités anarchistes et |
|
| 189 | +révolutionnaires. |
|
| 190 | +> |
|
| 191 | +>Critique du syndicalisme révolutionnaire dès 1907[^10] et plus tard de |
|
| 192 | +la « plateforme », il alertait les militant.es espagnol.es sur la |
|
| 193 | +tactique du « syndicat unique » et de sa nature bureaucratique en 1931. |
|
| 194 | +Avant la guerre civile Espagnole. Tout en étant aussi critique de |
|
| 195 | +l'entre-soi anti-organisationnel qui ne mène à aucun changement de |
|
| 196 | +société. En contact avec Kropotkine, Bakounine et bien d'autres, son |
|
| 197 | +expérience est proche de la nôtre. Car comme lui, nos idées se |
|
| 198 | +formalisent énormément par le biais des théories pensées dans le passé. |
|
| 199 | +Comme lui, nous n'avons pas la volonté de théoriser de nouveau |
|
| 200 | +l'anarchisme. Comme lui, nous souhaitons plutôt amener l'anarchisme à la |
|
| 201 | +pratique par de nouveaux outils. |
|
| 202 | +> |
|
| 203 | +>Tout le parcours de Errico est défini par le rejet de l'autorité des |
|
| 204 | +théories établies en dogmes, des organisations bureaucratiques |
|
| 205 | +aliénantes ou bien des figures de martyrs. L'idée même de son principe |
|
| 206 | +de gradualisme n'est pas gravé dans le marbre. C'est un composite |
|
| 207 | +d'idées et de pratiques pour que nos désirs[^11] de changement de la |
|
| 208 | +société soient comblés[^12]. De cette manière, diverses pratiques et |
|
| 209 | +activités prennent vie aujourd'hui sans que la quête de la révolution |
|
| 210 | +parfaite ne les écrase. » -- Extrait de « Les Raisons De La Colère -- |
|
| 211 | +Organisations Incapables » - Crabi -- 28 avril 2025 |
|
| 212 | + |
|
| 213 | +### Matérialisme et individualisme |
|
| 214 | + |
|
| 215 | +>« *Les forces motrices qui se trouvent à la base de l'évolution |
|
| 216 | +historique des sociétés humaines, ne sont nullement mystiques ou |
|
| 217 | +spirituelles (Dieu, idées, volonté, etc...), mais purement et simplement |
|
| 218 | +matérielles (cosmique, géographiques, biologiques, physiques, chimiques, |
|
| 219 | +etc...). Une telle interprétation de la formule du matérialisme |
|
| 220 | +historique rallierait certainement les suffrages de l'écrasante majorité |
|
| 221 | +des anarchistes. Et ce fut précisément Kropotkine qui, en tant que |
|
| 222 | +naturaliste, établit et précisa cette thèse. Ce fut lui qui préconisa |
|
| 223 | +l'application des méthodes naturalistes à l'étude des phénomènes |
|
| 224 | +sociaux. Ce fut encore lui qui plaça l'élément biologique à la base de |
|
| 225 | +l'évolution de l'homme et de la société humaine.* » --- Matérialisme |
|
| 226 | +historique --- Voline[^13] |
|
| 227 | + |
|
| 228 | +Loin de couvrir le sujet complet du **matérialisme**, cette partie |
|
| 229 | +présente les luttes matérialistes individuelles. Celles qui, malgré les |
|
| 230 | +doctrines sectaires, visent à permettre à nos individualités d'exister. |
|
| 231 | + |
|
| 232 | +Les anarchistes investissent alors depuis bientôt deux siècles tous les |
|
| 233 | +milieux sociaux tant bien dans une logique d'entraide et que dans une |
|
| 234 | +logique d'émancipation sociale : aucun.e individu ne peut être laissé.e |
|
| 235 | +dans la souffrance dans l'attente d'un changement global de la |
|
| 236 | +société[^14]. |
|
| 237 | + |
|
| 238 | +Alors, sans changement possible sociétale, il fut pensée une conception |
|
| 239 | +**individualiste** de ce matérialisme. Un matérialisme individualiste |
|
| 240 | +permettant notammment la remise en cause permanente de nos mœurs via le |
|
| 241 | +prisme de l'individu. |
|
| 242 | + |
|
| 243 | +>« *Je me contenterai d'envisager le matérialisme au point de vue |
|
| 244 | +particulier de notre individualisme anarchiste, autrement dit d'un |
|
| 245 | +individualisme qui s'insoucie complètement des restrictions et des |
|
| 246 | +constrictions d'ordre archiste*[^15]*, cet archisme fût-il religieux ou |
|
| 247 | +civil. Qui dit individu dit réalité. Parler de matérialisme, d'autre |
|
| 248 | +part et pour nous, est synonyme de parler de réel. Rien ne nous |
|
| 249 | +intéresse en dehors du réel, du sensible, du tangible individuellement, |
|
| 250 | +voilà notre matérialisme. \[...\]* |
|
| 251 | +> |
|
| 252 | +>*Pour vivre un tel individualisme qui veut rayonner, porter, créer |
|
| 253 | +l'amour de la joie de vivre, il faut jouir d'une bonne santé, d'une |
|
| 254 | +riche, d'une robuste constitution interne.* |
|
| 255 | +> |
|
| 256 | +>*Tout le monde n'est pas apte, par exemple, à assouvir les appétits de |
|
| 257 | +la sensibilité qu'on a déclenchée chez autrui. Et cette santé-là ne |
|
| 258 | +dépend pas d'un régime thérapeutique, n'est pas œuvre d'imagination, ne |
|
| 259 | +s'acquiert pas dans les manuels.* |
|
| 260 | +> |
|
| 261 | +>*Pour la posséder, il faut avoir été forgé et reforgé sur l'enclume de |
|
| 262 | +la variété et de la diversité expérimentale ; avoir été trempé et |
|
| 263 | +retrempé dans le torrent des actions et réactions de l'enthousiasme pour |
|
| 264 | +la vie. Il faut avoir aimé la joie de vivre jusqu'à préférer disparaître |
|
| 265 | +plutôt que d'y renoncer. Telles sont les lignes de développement de |
|
| 266 | +notre matérialisme individualiste.* » --- Matérialisme Individualiste |
|
| 267 | +--- E. Armand[^16] |
|
| 268 | + |
|
| 269 | +---- |
|
| 270 | + |
|
| 271 | +#### Transidentité |
|
| 272 | + |
|
| 273 | +Comme toutes luttes sociétales, la lutte associée à la transidentité est |
|
| 274 | +matérialiste : Les oppressions transphobes sont causées par les |
|
| 275 | +administrations et institutions d'État, les religions et traditions, par |
|
| 276 | +ceux/celles qui les maintiennent et par celles/ceux qui les soutiennent. |
|
| 277 | + |
|
| 278 | +Mais c'est une lutte qui nécessite un travail individuel. Car la |
|
| 279 | +transidentité ne peut se contenir sans souffrance personnelle. Dans le |
|
| 280 | +militantisme, certaines luttes d'image/de consommation/ de boycott sont |
|
| 281 | +« évitables » sans conséquences personnelles. Par exemple, le |
|
| 282 | +végétarianisme est un acte de boycot qui n'impacte pas directement |
|
| 283 | +l'individu ou la société dont il fait partie[^17]. A l'inverse, la lutte |
|
| 284 | +trans est intraséquement matérialiste et individualiste : il est |
|
| 285 | +difficile de renier son identité sans en souffrir, et il est impossible |
|
| 286 | +de vivre sans la société. Ce qui implique que l'individu doit |
|
| 287 | +inévitablement s'exposer aux dangers, se confronter son quotidien et |
|
| 288 | +changer ses interactions sociales. |
|
| 289 | + |
|
| 290 | +Sans attente du changement, il nous ait primordial d'imposer notre |
|
| 291 | +identité personnel. Sans attente de la révolution, il nous ait crucial |
|
| 292 | +d'imposer des alternatives sociales pour vivre. |
|
| 293 | + |
|
| 294 | +Aujourd'hui, en utilisant les mots d'E. Armand, nous décidons de |
|
| 295 | +« forger notre santé » pour affirmer notre réel, notre joie de vivre, |
|
| 296 | +malgré les conditions difficiles de cette société. Il nous faut forger |
|
| 297 | +alors des collectifs, des communautés et des alternatives libres et |
|
| 298 | +transidentitaires : collectif non-mixte, rencontre entre trans, groupes |
|
| 299 | +affinitaires etc. |
|
| 300 | + |
|
| 301 | +>« *Je suis. Apparence, phénomène ; ou bien réalité, qu'importe. Je suis, |
|
| 302 | +c'est-à-dire que je me sens exister comme distinct du milieu. Je me sens: un individu.* |
|
| 303 | +> |
|
| 304 | +>*J'ai des besoins. Les satisfaire me donne de la joie, du bonheur. Mon |
|
| 305 | +bonheur se mesure à la possibilité de satisfaction, à ma puissance. Ma |
|
| 306 | +peine, ma souffrance, est la mesure exacte de mon impuissance. Mon |
|
| 307 | +activité, qui a pour but constant, la conquête du bonheur, s'exerce à la |
|
| 308 | +fois sur le monde minéral, végétal, animal et sur les autres individus |
|
| 309 | +de mon espèce. Mais tout, dans l'Univers, lutte, envahit, absorbe. |
|
| 310 | +Malheur aux faibles. Seul, j'ai : tout, comme ennemi. Aussi, je |
|
| 311 | +recherche la société des autres individus, trop faibles aussi pour vivre |
|
| 312 | +seuls. Je passe contrat avec eux. Un contrat qui soit susceptible |
|
| 313 | +d'augmenter notre puissance à tous, qui, par conséquent, sauvegarde |
|
| 314 | +notre indépendance. Mon contrat, c'est une assurance contre |
|
| 315 | +l'intervention des autres Hommes dans ma, recherche du bonheur. C'est le |
|
| 316 | +seul contrat social que je peux accepter. Mais je passe d'autres |
|
| 317 | +contrats avec des individus désireux comme moi de conquérir telle ou |
|
| 318 | +telle jouissance. Le but atteint, le contrat cesse.* |
|
| 319 | +> |
|
| 320 | +>*Dans la société actuelle, il existe un « contrat social ». Je n'ai pas |
|
| 321 | +été appelé à en discuter les termes. Je ne l'accepte pas. Même quand une |
|
| 322 | +clause m'est favorable. Ce contrat, on me l'impose. Selon les |
|
| 323 | +circonstances, j'en dénonce l'arbitraire. Je lutte pour son abolition. |
|
| 324 | +Faible, j'emploie la ruse. En attendant que plusieurs faiblesses |
|
| 325 | +s'unissent, pour refuser la reconnaissance des « lois », je désobéis |
|
| 326 | +seul, en évitant : le gendarme, le juge, le soldat. Ce contrat |
|
| 327 | +unilatéral est basé sur la Force ou le Sophisme. Sa seule réalité réside |
|
| 328 | +dans l'ignorance des individus à qui on l'impose. Ceux-ci étant de |
|
| 329 | +beaucoup le plus grand nombre, il est évident qu'ils pourraient être la |
|
| 330 | +force. Leur acceptation vient de ce qu'ils croient le contrat juste. |
|
| 331 | +Cette croyance vient de ce qu'ils n'examinent pas les « valeurs sociales |
|
| 332 | +» : Dieu, Patrie, Intérêt général, etc. ; et les Lois qui en découlent : |
|
| 333 | +Morale ;Service Militaire, guerre ; Propriété, paupérisme moral et |
|
| 334 | +matériel. Aussi la forme principale de résistance et de lutte des |
|
| 335 | +individualistes à ma façon, porte-t-elle, sur la provocation à |
|
| 336 | +l'examen.* |
|
| 337 | +> |
|
| 338 | +>*Montrer le mensonge des termes, le sophisme des raisonnements, c'est |
|
| 339 | +saper l'organisation imposée. Tendre les esprits, vers la. recherche des |
|
| 340 | +contrats libres et préparer la rupture définitive, violente ou non du |
|
| 341 | +contrat autoritaire, telle est notre propagande. En résumé :* |
|
| 342 | +> |
|
| 343 | +>*Hors l'autorité, vivre le plus intensément possible, tout de suite, |
|
| 344 | +aujourd'hui ; et préparer pour demain un terrain plus riche en |
|
| 345 | +expériences.*» ---Mon Individualisme --- A. Lapeyre [^18] |
|
| 346 | + |
|
| 347 | +--- |
|
| 348 | + |
|
| 349 | +Des témoignages personnelles permettent de soutenir nos idées. Au delà |
|
| 350 | +de grand mots et de la philosophie, il existe bien des cas personnelles, |
|
| 351 | +des revendications, des travaux et des représentations qui nous |
|
| 352 | +permettent de parler de la lutte transidentitaire. |
|
| 353 | + |
|
| 354 | +>« Ayant pris conscience de ma transidentité et non-binarité il y a |
|
| 355 | +seulement 9 mois et n\'étant pas sorti-e du placard dans tous mes |
|
| 356 | +cercles sociaux, j\'ai pour le moment été épargné.e de la plupart des |
|
| 357 | +violences auxquelles les personnes transgenres - notamment les femmes |
|
| 358 | +transgenres -- sont régulièrement exposées. En revenant sur mon |
|
| 359 | +parcours, je me dis que cette prise de conscience aurait pu advenir plus |
|
| 360 | +tôt avec davantage de représentations, notamment de représentations |
|
| 361 | +positives et de représentations de personnes transgenres en tant que |
|
| 362 | +personnes «ordinaires». Il en va du même du côté de l\'éducation à la |
|
| 363 | +thématique de la transidentité ; une absence totale d\'éducation sur ce |
|
| 364 | +sujet, dans ma famille comme à l'école. À l'âge de 11 ans, lorsque |
|
| 365 | +j\'essayai la lingerie de ma mère en lui la prenant sur l'étendage, je |
|
| 366 | +gardai cela secret, déjà conscient-e des normes de genre en vigueur dans |
|
| 367 | +notre société. |
|
| 368 | +> |
|
| 369 | +>Par ailleurs, lorsque je lisais des œuvres de fiction où des personnages |
|
| 370 | +hommes pouvaient devenir des femmes, je me sentais proche de ces |
|
| 371 | +personnages et éprouvais le désir de faire de même. Toutefois, je |
|
| 372 | +pensais que ce n\'était que de la fiction et ignorais tout des personnes |
|
| 373 | +ne rentrant pas dans les normes de genre. Je n'ai pas le souvenir |
|
| 374 | +d'avoir entendu de discours transphobes ou caricaturaux dans mon milieu |
|
| 375 | +familial, mais je n\'ai pas non plus le souvenir que cela ait été un |
|
| 376 | +véritable sujet de discussion. |
|
| 377 | +> |
|
| 378 | +>En revanche, jai le souvenir d'un épisode particulièrement marquant, |
|
| 379 | +d'un repas avec ma mère et mon frère. Je devais être au lycée ou au |
|
| 380 | +début de mes études supérieures et, alors que nous dînions dans la |
|
| 381 | +cuisine, mon frère nous demanda des idées de déguisement pour une soirée |
|
| 382 | +à laquelle il était convié. La seule consigne était d'avoir un |
|
| 383 | +déguisement d'une chose dont le mot commence par la lettre « B ». Après |
|
| 384 | +avoir réfléchit quelques instants, je lui suggérai de s\'habiller en |
|
| 385 | +Barbie, mi-sérieux, mi pour plaisanter. Mon frère fut immédiatement |
|
| 386 | +emballé par l'idée. Ma mère, en revanche, sembla très contrariée et, sur |
|
| 387 | +un ton très sérieux et très rare, nous défendit de nous « habiller en |
|
| 388 | +fille ». J\'ai été très surpris de la réaction de ma mère et il se peut |
|
| 389 | +qu'inconsciemment elle m\'ait atteint plus profondément, car il |
|
| 390 | +m\'arrivait secrètement de « m\'habiller en fille ». Plus tard, lors de |
|
| 391 | +ma première année d\'étude à Lyon, j\'ai commencé à explorer plus |
|
| 392 | +ouvertement la partie féminine de mon identité, sans néanmoins me |
|
| 393 | +définir comme une personne transgenre ou non-binaire, principalement du |
|
| 394 | +fait de ma méconnaissance sur le sujet. |
|
| 395 | +> |
|
| 396 | +>J\'ai demandé à une amie de me travestir, de me maquiller et de me |
|
| 397 | +prêter ses habits. J\'ai alors souhaité partager des photos de cette |
|
| 398 | +expérience à des amis du lycée à qui je partageais tout à cette époque. |
|
| 399 | +Cela a entraîné des réactions négatives (on m\'a dit que c\'était « |
|
| 400 | +dégénéré ») et moqueuses de leur part. \[...\] |
|
| 401 | +> |
|
| 402 | +>Chose dont je ne me souvenais pas, qui avait été effacé de ma mémoire, |
|
| 403 | +j\'avais affirmé à ces mêmes amis que je n\'étais ni femme, ni homme à |
|
| 404 | +l'intérieur. Les années qui ont suivies, pendant 2-3 ans, j\'ai occulté |
|
| 405 | +presque entièrement les questionnements que j\'avais sur mon genre. Ce |
|
| 406 | +n'est que récemment, en février 2024, que j\'ai réalisé mon coming-in. |
|
| 407 | +Depuis mon coming-in et le début de mon coming-out, certaines choses ont |
|
| 408 | +changé. D\'abord, je réalise que j\'ai intériorisé certaines injonctions |
|
| 409 | +à la féminité/ pesant sur le corps des femmes. Je n'en avais jamais pris |
|
| 410 | +conscience auparavant, car elles n\'étaient pas pertinentes dans mon |
|
| 411 | +vécu d\'homme. Certaines injonctions sont soudainement devenues |
|
| 412 | +pertinentes quand je me regarde dans la glace et passe de plus en plus |
|
| 413 | +de temps à scruter les soupçons de masculinité pouvant « trahir » mon |
|
| 414 | +« femode ». Dans la rue, j\'ai pour l'instant eu le droit qu\'à quelques |
|
| 415 | +regards insistants et une fois des commentaires déplacés alors que je |
|
| 416 | +faisais du vélo avec une amie. Autrement, j\'évolue actuellement dans |
|
| 417 | +des cadres sûrs et n'ai pas été victime de violences interpersonnelles.» |
|
| 418 | +--- 30/11/2024 --- Esté |
|
| 419 | + |
|
| 420 | +** ** |
|
| 421 | + |
|
| 422 | +# La FA est Intersectionnelle |
|
| 423 | + |
|
| 424 | +## Une structure qui sert l’individu sans catégorisation |
|
| 425 | + |
|
| 426 | +### Les objectifs de la FA |
|
| 427 | + |
|
| 428 | +** ** |
|
| 429 | + |
|
| 430 | +Les anarchistes luttent pour une société libre, sans classe ni État, |
|
| 431 | +ayant comme buts premiers : |
|
| 432 | + |
|
| 433 | +- L'égalité sociale, économique de tous les individus. |
|
| 434 | + |
|
| 435 | +- La possession collective ou individuelle des moyens de production et |
|
| 436 | + de distribution, excluant toute possibilité pour certains de vivre en |
|
| 437 | + exploitant le travail des autres. |
|
| 438 | + |
|
| 439 | +- L'égalité dès la naissance des moyens de développement, c'est-à-dire |
|
| 440 | + d'éducation et d'instruction dans tous les domaines de la science, de |
|
| 441 | + l'industrie et des arts. |
|
| 442 | + |
|
| 443 | +- L'organisation sociale sur les bases de la libre fédération des |
|
| 444 | + producteurs et des consommateurs, faite et modifiable selon la volonté |
|
| 445 | + de leurs composants. |
|
| 446 | + |
|
| 447 | +- La libre union des individus selon leurs convenances et leurs |
|
| 448 | + affinités. |
|
| 449 | + |
|
| 450 | +- Le droit absolu pour tout individu d'exprimer ses opinions. |
|
| 451 | + |
|
| 452 | +- L'abolition du salariat, de toutes les institutions étatiques et |
|
| 453 | + formes d'oppression qui permettent et maintiennent l'exploitation de |
|
| 454 | + l'Homme par l'Homme, ce qui implique la lutte contre le sexisme et les |
|
| 455 | + dominations de genre, contre le patriotisme et le racisme, contre les |
|
| 456 | + religions et les mysticismes même s'ils se cachent sous le manteau de |
|
| 457 | + la science, et pour la fraternisation de tous les groupes humains et |
|
| 458 | + l'abolition des frontières. |
|
| 459 | + |
|
| 460 | +C'est la société entière que nous voulons reconstruire sur une base de |
|
| 461 | +respect et d'entraide, non pour un individu, une classe ou un parti, |
|
| 462 | +mais pour tous les individus ; la question sociale ne pouvant être |
|
| 463 | +résolue définitivement et réellement qu'à l'échelle mondiale. |
|
| 464 | + |
|
| 465 | + |
|
| 466 | + |
|
| 467 | + <p align="center"> |
|
| 468 | +<img src="media/images/Illus_bas_de_page_2_blanc.png" style="background-color: transparent;" width = 500> |
|
| 469 | +</p> |
|
| 470 | + |
|
| 471 | +### Pourquoi la FA doit fédérer les individus et leurs luttes |
|
| 472 | + |
|
| 473 | +** ** |
|
| 474 | + |
|
| 475 | +**La FA fédère les individus et de la même manière leurs luttes**. Elle |
|
| 476 | +ne porte pas de luttes sans que ses membres ne les portent d'eux et |
|
| 477 | +d'elles-mêmes[^19]. L'expression des individus amène la FA à toujours |
|
| 478 | +porter, à travers ses outils et ses moyens d'action, de nouvelles |
|
| 479 | +luttes. |
|
| 480 | + |
|
| 481 | +**Ces luttes et ces idées sont, du point de vue de l'individu, propres à |
|
| 482 | +son vécu,** et non définies par la FA. Dans la Fédération l'activité de |
|
| 483 | +l'individu ne se fait qu'en fonction de sa volonté et de ses moyens. |
|
| 484 | +Dans le même sens, cela permet l'autocritique de la fédération dans son |
|
| 485 | +ensemble et l'évolution de ses motions[^20]. Propre à son vécu car lors |
|
| 486 | +d'une discussion libre quelconque, une lutte est exprimée différemment |
|
| 487 | +par les individus spécifiques présent.es. La lutte prend forme selon les |
|
| 488 | +convictions exprimées et leurs complexités. Par conséquent une lutte est |
|
| 489 | +propre aux personnes et à leurs convictions. |
|
| 490 | + |
|
| 491 | +Nul doute que **si les expressions ne sont pas libres**, et que la |
|
| 492 | +définition finale est écrite par certains rapports de forces[^21], alors |
|
| 493 | +elles seront biaisées... Par exemple, si l'on se réfère au féminisme, la |
|
| 494 | +lutte s'est exprimée de manière complètement différente selon les |
|
| 495 | +collectifs. Les assemblées en non-mixité et les assemblées ouvertes à |
|
| 496 | +tous.tes donnent des résultats complètement différents. |
|
| 497 | + |
|
| 498 | +Si on a l'opportunité de participer aux deux |
|
| 499 | +pratiques, il est évident que lorsque les opprimé.es sont libres de |
|
| 500 | +s'exprimer, sans rapports de forces prononcés, alors des luttes plus |
|
| 501 | +ciblées se définissent de manière plus efficace. Au contraire, dans des |
|
| 502 | +espaces qui ne sont pas destinés aux opprimé.es, les luttes qu'iels |
|
| 503 | +expriment sont souvent minimisées, ignorées ou rapportées au second |
|
| 504 | +plan.[^22] |
|
| 505 | + |
|
| 506 | +<p align="center"> |
|
| 507 | +<img src="media/images/Logo_vectorized_resized.png" style="background-color: transparent;" width = 30> |
|
| 508 | +</p> |
|
| 509 | + |
|
| 510 | +**Seule une organisation permettant l'expression de tous.tes les |
|
| 511 | +opprimé.es portera la lutte contre toutes les oppressions.** A travers, |
|
| 512 | +non pas une ***structure hiérarchique, autoritaire et bureaucratique |
|
| 513 | +mais, une structure anarchiste, autogérée et fluide.*** |
|
| 514 | + |
|
| 515 | +**L'expression de toutes les luttes dans la fédération** amène les |
|
| 516 | +individus à défendre des décisions qui prennent en compte le plus de |
|
| 517 | +sections de luttes possibles, prenant en compte des oppressions |
|
| 518 | +multiples. Les oppressions se croisent et ont des effets propres à leur |
|
| 519 | +accumulation sur les individus. Ainsi, il est possible de couvrir une |
|
| 520 | +pluralité de luttes et de développer nos moyens d'actions. |
|
| 521 | + |
|
| 522 | +**L'oppression que les individus subissent, diffère selon leurs |
|
| 523 | +situations et leur individualité.** Il est alors pour nous impensable de |
|
| 524 | +soutenir des organisations qui ne prennent pas en compte cette réalité. |
|
| 525 | +Cette différence est peut-être anodine pour d'autres organisation mais |
|
| 526 | +cruciale pour nous. Elle définit notre stratégie politique : nous |
|
| 527 | +refusons que la lutte contre toutes les oppressions puisse être portée |
|
| 528 | +par une organisation qui en minimise certaines par soucis d' « |
|
| 529 | +efficacité » [^23]. |
|
| 530 | + |
|
| 531 | +**La FA fédère les collectifs anarchistes, leurs moyens et leurs |
|
| 532 | +besoins.** Les besoins des collectifs s'expriment de la même manière que |
|
| 533 | +ceux des individus. Etant donné que la FA sert l'individu et non une |
|
| 534 | +tendance portée par un collectif, alors l'expression d'une idée portée |
|
| 535 | +par un collectif se mêle avec celle des individus. En fait, la FA est un |
|
| 536 | +outil, elle ne permet pas d'imposer un rapport de force d'un individu |
|
| 537 | +sur un collectif, et vice-versa. Enfin, les moyens apportés par les |
|
| 538 | +collectifs et les individus se partagent en fonction de ces mêmes |
|
| 539 | +collectifs et individus. |
|
| 540 | + |
|
| 541 | +La liberté d'expression des individus et leurs collectifs est alors |
|
| 542 | +étendue à ses mêmes individus et collectifs. |
|
| 543 | + |
|
| 544 | + |
|
| 545 | + |
|
| 546 | +<p align="center"> |
|
| 547 | +<img src="media/images/intersectionnalité_FA.png" style="background-color: transparent;" width = 800> |
|
| 548 | +</p> |
|
| 549 | + |
|
| 550 | + |
|
| 551 | + |
|
| 552 | +** ** |
|
| 553 | + |
|
| 554 | +## La Synthèse anarchiste comme engrenage |
|
| 555 | + |
|
| 556 | +### Coopération des tendances anarchistes à la fédération |
|
| 557 | + |
|
| 558 | +** ** |
|
| 559 | + |
|
| 560 | +<p align="center"> |
|
| 561 | +<img src="media/images/Intersec_FA_neg.png" style="background-color: transparent;" width = 400> |
|
| 562 | +</p> |
|
| 563 | + |
|
| 564 | +L'action de la Fédération anarchiste est basée avant tout sur la défense |
|
| 565 | +des exploités et sur leurs revendications révolutionnaires ; mais sans |
|
| 566 | +que soit perdu de vue le fait que ce sont à la fois les classes et les |
|
| 567 | +positions d'esprit qui s'opposent à l'anarchie. Cette action est menée |
|
| 568 | +sur tous les plans de l'activité humaine, selon les vues et les moyens |
|
| 569 | +de chaque tendance. Pour cette raison, la Fédération anarchiste |
|
| 570 | +reconnaît: |
|
| 571 | + |
|
| 572 | +- La possibilité et la nécessité de l'existence de toutes les tendances |
|
| 573 | + libertaires au sein de l'organisation. |
|
| 574 | + L'autonomie de chaque groupe. |
|
| 575 | + |
|
| 576 | +- La responsabilité personnelle et non collective. |
|
| 577 | + |
|
| 578 | +- L'organe du mouvement, le Monde Libertaire, ne peut être l'organe |
|
| 579 | + d'une seule tendance ; celles-ci ont donc toute possibilité d'éditer |
|
| 580 | + des organes particuliers, avec l'assurance que l'organe du mouvement |
|
| 581 | + leur accordera toute publicité, ainsi d'ailleurs qu'à toute activité |
|
| 582 | + s'exerçant dans le cadre de la culture, de la recherche, de l'action |
|
| 583 | + ou de la propagande anarchiste. |
|
| 584 | + |
|
| 585 | +- Des relations cordiales, compréhensives, avec les mouvements allant |
|
| 586 | + dans le sens anarchiste sur un point particulier. |
|
| 587 | + |
|
| 588 | +- La révocabilité des secrétaires et mandatés. |
|
| 589 | + |
|
| 590 | +Enfin, lorsqu'une tendance engage une action, dès que cette action n'est |
|
| 591 | +pas contraire aux idées de base de l'anarchisme, les autres tendances, |
|
| 592 | +si elles ne sont pas d'accord pour participer à cette action, observent |
|
| 593 | +à son égard une abstention amicale. |
|
| 594 | + |
|
| 595 | +La critique de cette action demeure libre après l'événement. Les groupes |
|
| 596 | +ont la faculté de se donner l'orientation de leur choix : |
|
| 597 | +anarcho-syndicalisme, communiste-anarchiste, néo-malthusienne, |
|
| 598 | +anarcho-pacifiste... Ils ont naturellement la possibilité de cumuler |
|
| 599 | +toutes ces tendances ou de ne se déclarer d'aucune. Des régions peuvent |
|
| 600 | +être formées et ne peuvent être que sur l'initiative des groupes les |
|
| 601 | +composants, le Comité des Relations ne pouvant apporter que des |
|
| 602 | +suggestions dans ce domaine. |
|
| 603 | + |
|
| 604 | + |
|
| 605 | +### Croisement de l’intersectionnalité et de la synthèse |
|
| 606 | + |
|
| 607 | +** ** |
|
| 608 | + |
|
| 609 | +<p align="center"> |
|
| 610 | +<img src="media/images/Intersec_FA_1_neg.png" style="background-color: transparent;" width = 400> |
|
| 611 | +</p> |
|
| 612 | + |
|
| 613 | +Les deux rouages ne peuvent qu'être liés. L'intersectionnalité repose |
|
| 614 | +sur l'horizontalité des idées et la synthèse, en quelque sorte, sur |
|
| 615 | +l'horizontalité des moyens d'actions. Le féminisme, comme l'écologie |
|
| 616 | +radicale, **ont créé des organisations horizontales, intersectionnelles, |
|
| 617 | +illégales et autonomes comptant des milliers de membres**, comme quoi |
|
| 618 | +les concepts de l'anarchisme ne sont pas morts. Bien au contraire, ces |
|
| 619 | +concepts sont partout. Alors pour contre-carré la venue et |
|
| 620 | +l'implantation de mouvements de types maoïstes dans l'ensemble des |
|
| 621 | +luttes, nous devons réorganiser nos façons de procéder. |
|
| 622 | + |
|
| 623 | +**L'organisation synthétiste** de la FA fédère : |
|
| 624 | + |
|
| 625 | +- **Les individus et de la même manière leurs luttes** |
|
| 626 | + |
|
| 627 | +- **Les collectifs anarchistes, leurs moyens et leurs besoins** |
|
| 628 | + |
|
| 629 | +**L'intersectionnalité** c'est le croisement : |
|
| 630 | + |
|
| 631 | +- **D'oppressions impactant les individus différemment selon leurs |
|
| 632 | + situations et leur individualité** |
|
| 633 | + |
|
| 634 | +- **Des luttes et des idées du point de vue de l'individu dépendamment |
|
| 635 | + de son vécu et ses expériences** |
|
| 636 | + |
|
| 637 | +La coopération des individus dans une **structure synthétiste** et |
|
| 638 | +**intersectionnelle** permet alors que : |
|
| 639 | + |
|
| 640 | +- **La liberté d'expression des individus et leurs collectifs soit |
|
| 641 | + étendue à ses mêmes individus et collectifs.** |
|
| 642 | + |
|
| 643 | +- **Les moyens d'actions des individus et leurs collectifs soient |
|
| 644 | + étendus à ses mêmes individus et collectifs.** |
|
| 645 | + |
|
| 646 | +- **L'individu puisse exprimer ses tendances, ses luttes et ses idées** |
|
| 647 | + |
|
| 648 | +- **Les individus ne soient pas hiérarchisé.es** |
|
| 649 | + |
|
| 650 | +- **Les oppressions subies par ses mêmes individus, et les luttes en |
|
| 651 | + découlant, ne soient pas hiérarchisées** |
|
| 652 | + |
|
| 653 | +Pour nous, une structure ne répondant pas à ces derniers points peut |
|
| 654 | +difficilement se qualifier d'anarchiste. **Aucune raison ne peut exister |
|
| 655 | +pour catégoriser des individus et restreindre leur liberté. Comme aucune |
|
| 656 | +raison ne devrait amener une organisation anarchiste à ignorer |
|
| 657 | +l'existence d'oppressions subies par ses membres** [^24]. Surtout pour |
|
| 658 | +des soucis de pseudo « efficacité ». Le changement de société se fera |
|
| 659 | +par la lutte contre toutes les oppressions. Pour qu'aucune de ces |
|
| 660 | +oppressions ne puissent vivre dans notre structure, et dans notre futur. |
|
| 661 | + |
|
| 662 | +Nous rappelons que le dicton « a chacun.es selon ses besoins, a |
|
| 663 | +chacun.es selon ses moyens » n'a de sens que si chaque individu à la |
|
| 664 | +liberté d'agir **selon ses moyens** -- ses possibles handicap et |
|
| 665 | +capacités fluctuantes -- **et selon ses besoins** -- ses luttes |
|
| 666 | +personnelles, ses désirs et ses volontés. |
|
| 667 | + |
|
| 668 | +**Enfin, sans la prise en compte égale de toutes les tendances propres |
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| 669 | +aux individus** [^25], **la synthèse anarchiste ne peut être complète**. |
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| 670 | +La synthèse anarchiste est intersectionnelle par définition car elle |
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| 671 | +n'impose pas de plan politique strict mais une coopération des tendances |
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| 672 | +propres aux anarchistes. Evidemment, nous ne pouvons pas définir la |
|
| 673 | +société de demain mais nous pouvons, autant que faire se peut, établir |
|
| 674 | +notre organisation. Aujourd'hui nous choisissons alors une Fédération |
|
| 675 | +qui sert les individus et tous.tes les opprimé.es. |
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| 676 | + |
|
| 677 | +<p align="center"> |
|
| 678 | +<img src="media/images/Logo_vectorized_resized.png" style="background-color: transparent;" width = 30> |
|
| 679 | +</p> |
|
| 680 | + |
|
| 681 | +Pour que demain**, les individus puissent se retrouver autour de |
|
| 682 | +méthodes rôdées et émancipatrices au possible.** |
|
| 683 | + |
|
| 684 | +Pour que demain, **le résultat de nos révoltes soit le moins flou |
|
| 685 | +possible.** |
|
| 686 | + |
|
| 687 | +Pour que demain, **nous évitions les erreurs du passé au possible.** |
|
| 688 | + |
|
| 689 | +Pour que demain, **aucune organisation ne puisse nous manipuler et nous |
|
| 690 | +fusiller.** |
|
| 691 | + |
|
| 692 | +Pour que demain, **l'avenir soit à la liberté et non à la dictature.** |
|
| 693 | + |
|
| 694 | + |
|
| 695 | +<p align="center"> |
|
| 696 | +<img src="media/images/Logo_vectorized_resized.png" style="background-color: transparent;" width = 30> |
|
| 697 | +</p> |
|
| 698 | + |
|
| 699 | +** ** |
|
| 700 | + |
|
| 701 | +# References |
|
| 702 | + |
|
| 703 | +[^1]: Docteure en sociologie, licenciée en communication sociale et |
|
| 704 | + titulaire d\'un diplôme de troisième cycle en études des pays en |
|
| 705 | + développement (UCL). |
|
| 706 | + |
|
| 707 | +[^2]: Jacques Ion est sociologue, directeur de recherches au CNRS, |
|
| 708 | + membre du Centre de recherches et d\'études sociologiques appliquées |
|
| 709 | + de la Loire (Crésal). |
|
| 710 | + |
|
| 711 | +[^3]: Si l'opinion ne souhaite pas l'oppression d'une |
|
| 712 | + identité/minorité/classe/communautés etc. |
|
| 713 | + |
|
| 714 | +[^4]: J'entends ici l'expression de désirs de changement de société dans |
|
| 715 | + une optique anarchiste. Un changement sans idées au-dessus des |
|
| 716 | + autres ou bien d'organisations au-dessus des individus. |
|
| 717 | + |
|
| 718 | +[^5]: Du travail du sexe à l'existence de communautés sociales diverses. |
|
| 719 | + En excluant toutes les pratiques qui sont |
|
| 720 | + considérées aliénantes et autoritaires (la religion ou des |
|
| 721 | + communautés autoritaires) imposant des réalités ou des |
|
| 722 | + fonctionnements à des personnes ne les pratiquant pas. |
|
| 723 | + |
|
| 724 | +[^6]: Petite précision, ici n'est pas de dire que les situations |
|
| 725 | + « dangereuses » ne peuvent et ne doivent pas exister. Mais qu'il |
|
| 726 | + n'est pas viable de cultiver le sacrifice des militant.es dans des |
|
| 727 | + causes données et de ne pas donner leur donner le choix. |
|
| 728 | + |
|
| 729 | +[^7]: A l'image des groupes antifascistes qui ne propose que le combat |
|
| 730 | + physique ou bien l'entrainement militaire comme activités. Leur |
|
| 731 | + existence étant limitée en nombre, les antifascistes qui |
|
| 732 | + souhaiteraient faire autrement se retrouvent isolé.es |
|
| 733 | + |
|
| 734 | +[^8]: Traduit de l'italien et présenté par Frank Mintz. |
|
| 735 | + |
|
| 736 | +[^9]: Car il a vécu avant les deux guerres mondiales mais aussi après la |
|
| 737 | + première. |
|
| 738 | + |
|
| 739 | +[^10]: Il exprime son point de vue sur cette question au congrès |
|
| 740 | + international anarchiste d\'Amsterdam en 1907 |
|
| 741 | + |
|
| 742 | +[^11]: Nos désirs personnels et collectifs soient comblés sans qu'une |
|
| 743 | + autorité domine, que des individus soient ignorées ou bien que des |
|
| 744 | + massacres prennent place pour imposer un autoritarisme. |
|
| 745 | + |
|
| 746 | +[^12]: J'aurai aimé écrire désordres. |
|
| 747 | + |
|
| 748 | +[^13]: L'Encyclopédie Anarchiste -- M -- Voline, Vsevolod Mikhaïlovitch |
|
| 749 | + Eichenbaum (en russe : Всеволод Михайлович Эйхенбаум) dit Voline |
|
| 750 | + (Волин), né le 11 août 1882 à Voronej (Empire russe) et mort le 18 |
|
| 751 | + septembre 1945 à Paris, est un poète et militant libertaire russe, |
|
| 752 | + théoricien de la synthèse anarchiste. |
|
| 753 | + |
|
| 754 | +[^14]: Autrement dit, nous ne souhaitons pas attendre la révolution pour |
|
| 755 | + mettre en place l'alternative sociale. |
|
| 756 | + |
|
| 757 | +[^15]: ARCHIES. (du grec arché). Cette terminaison désigne les |
|
| 758 | + différents pouvoirs qui exercent dans la société l'autorité et le |
|
| 759 | + commandement, pouvoirs néfastes à tous les points de vue, incapables |
|
| 760 | + d'assurer l'ordre véritable, qu'il s'agisse de la monarchie (monos, |
|
| 761 | + un seul), pouvoir laissé à l'arbitraire d'un individu, ou de |
|
| 762 | + l'oligarchie (oligos, peu nombreux), pouvoir d'une clique (une |
|
| 763 | + olig-archie d'hommes d'affaires, de politiciens, de guerriers, |
|
| 764 | + etc..., asservissant le monde à ses caprices, --- cent tyrans au |
|
| 765 | + lieu d'un), ou de toutes les archies passées, présentes et futures |
|
| 766 | + |
|
| 767 | +[^16]: L'Encyclopédie Anarchiste -- M -- E.Armand, E. Armand (et non |
|
| 768 | + Émile), né le 26 mars 1872 dans le 11e arrondissement de Paris et |
|
| 769 | + mort le 19 février 1962 à Rouen, est le pseudonyme de Lucien Ernest |
|
| 770 | + Juin, un militant libertaire individualiste, antimilitariste et |
|
| 771 | + défenseur acharné de la liberté sexuelle. |
|
| 772 | + |
|
| 773 | +[^17]: Nous pourions dire que l'impact existe mais qu'il reste hasardeux |
|
| 774 | + et très moral. Une personne végétarienne ne va pas affronté les |
|
| 775 | + abatoirs directement. Dans l'absence d'engagement dans des |
|
| 776 | + collectifs et des mouvements, cette activité n'a pas d'effet sur |
|
| 777 | + l'individu mise à part sur sa bonne conscience\... |
|
| 778 | + |
|
| 779 | +[^18]: L'Encyclopédie Anarchiste --- I --- Individualisme (Mon)--- A. |
|
| 780 | + Lapeyre,Justin Aristide Lapeyre, né le 31 janvier 1899 à Monguilhem |
|
| 781 | + (Gers) et mort le 23 mars 1974 à Bordeaux (Gironde), est un militant |
|
| 782 | + libertaire, anarcho-syndicaliste, libre-penseur, anticlérical, |
|
| 783 | + pacifiste, pro-avortement et antimilitariste. |
|
| 784 | + |
|
| 785 | +[^19]: L'inverse serait qu'elle puisse porter et imposer des points de |
|
| 786 | + vue aux individus. A l'image d'un Parti politique. |
|
| 787 | + |
|
| 788 | +[^20]: Les motions de congrès permettent la visibilité de luttes |
|
| 789 | + actuelles diverses. Leurs intentions diffèrent en fonction des |
|
| 790 | + discussions qui ont lieu au congrès tous les ans. Elles donnent les |
|
| 791 | + lignes politiques actuelles de l'organisation. |
|
| 792 | + |
|
| 793 | +[^21]: On entend par rapport de force une relation de conflit entre |
|
| 794 | + plusieurs parties qui opposent leurs pouvoirs, ou en un sens plus |
|
| 795 | + littéral leurs forces, que cette force soit physique, psychique, |
|
| 796 | + économique, politique, religieuse, militaire. Ces rapports de force |
|
| 797 | + amènent l'étranglement de certaines opinions pour en valoriser |
|
| 798 | + d'autres. On retrouve souvent dans les organisations des militant.es |
|
| 799 | + plus connu.es que d'autres qui permettent, par leur charisme ou leur |
|
| 800 | + ancienneté, de faire taire l'opposition sans réels débats. Autre |
|
| 801 | + exemple, des militant.es qui préparent des débats qu'iels savent |
|
| 802 | + pouvoir guider pour obtenir un résultat planifié. |
|
| 803 | + |
|
| 804 | +[^22]: Il est plus que probable d'être qualifié.e de petit.es |
|
| 805 | + bourgeois.es lorsque l'expression de son identité dérange le « |
|
| 806 | + collectif » et son fonctionnement. Le monde militant regorge de |
|
| 807 | + trous duc qui, pour satisfaire leurs petites personnes et pseudo |
|
| 808 | + appartenance à la classe prolétaire, lâchent des citations à |
|
| 809 | + l'emporte-pièce, l'un.e « n'arrêtera pas de manger de la viande » ou |
|
| 810 | + l'autre « ne supporte pas la non-mixité ». |
|
| 811 | + |
|
| 812 | +[^23]: Beaucoup d'organisations prônent l'efficacité de leur existence |
|
| 813 | + lorsqu'elles maximisent une activité donnée. Alors lorsqu'un |
|
| 814 | + désaccord majeur apparait, seule une scission peut résoudre le |
|
| 815 | + problème. Les deux parties qui en résulteront se revendiquent alors |
|
| 816 | + toutes deux efficaces, malgré l'évident disfonctionnement de la |
|
| 817 | + méthode et de leur inhabilité à se remettre en question. |
|
| 818 | + |
|
| 819 | +[^24]: Nous pointons alors du doigt l'UCL, la CGA et autres |
|
| 820 | + organisations qui réduisent leur existence à la mise en place d'un |
|
| 821 | + fonctionnement avant-gardiste, bureaucratique et rigide. En témoigne |
|
| 822 | + toutes les récentes scissions, causées par des combats internes sur |
|
| 823 | + l'existence ou non d'oppressions et de luttes... |
|
| 824 | + |
|
| 825 | +[^25]: On parle ici de toutes les luttes comprises dans |
|
| 826 | + l\'intersectionnalité en dehors du mutuelisme, de |
|
| 827 | + l'anarcho-communisme, du collectivisme etc. |